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angleterre - Page 2

  • Rescapé de Sam Pivnik

    culture,citation,littérature,livre,biographie,document,témoignage,guerre,shoah,angleterreÀ paraître le 10 janvier 2013.

    Auschwitz, la marche de la mort et mon combat pour la liberté

    Éditions Fleuve noir - 326 pages

    Présentation de l'éditeur : Sam Pivnik est l'un des tout derniers survivants de la Shoah. Un miraculé. Il a à peine 13 ans lorsque les nazis envahissent la Pologne et sa ville, Bedzin, en 1939. Pour la communauté juive, c'est le début de la vie en ghetto, les privations, les humiliations, les violences arbitraires, la peur, les rafles. Puis en 1943, Sam est déporté avec son père, sa mère, ses deux soeurs et ses trois frères cadets au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Il est le seul à échapper aux chambres à gaz. Il n'a que 16 ans. Porté par une volonté de vivre hors du commun, il travaille alors successivement au déchargement des trains à leur arrivée au camp, sur la funeste Rampe de la mort, puis dans la mine de Fürstengrube, avant de connaître les Marches de la mort et de survivre au bombardement accidentel du paquebot Cap Arcona par la RAF... Aujourd'hui âgé de 86 ans, Sam Pivnik raconte son histoire pour la première fois : un témoignage saisissant à destination des générations futures, pour ne jamais oublier que cela a eu lieu, que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants n'en sont jamais revenus.

    Ma note :

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    Broché : 19,90 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Si le XXe siècle fut riche de découvertes, de progrès, d'innovations en tous genres, il fut également le théâtre d'évènements historiques tragiques incomparables ayant donné naissance à un courant littéraire dont n'importe quel lecteur se serait volontiers passé : la littérature concentrationnaire.

    L'homme ayant réussi à repousser les limites de l'atrocité, de l'innommable, il fallait bien un genre littéraire à part entière pour aborder l'expérience des camps. Quelque soixante-dix années après la fin de l'une des horreurs les plus absolues de l'Histoire, l'on ne compte plus les ouvrages qui témoignent de cette sombre période, dont certains sont devenus de véritables classiques parfois étudiés dès le collège, tel Primo Levi avec Si c'est un homme pour n'en citer qu'un.

    Outre les révisionnistes et autres négationnistes, ces nombreux livres ont eu leur part de détracteurs arguant du manque de style ou de l'écriture lourde de cette littérature. Attaques auxquelles certains auteurs ont rétorqué très justement que ces écrits n'avaient pas pour ambition d'être des oeuvres littéraires dans l'acception esthétique du terme mais des témoignages puissants de l'abomination, de la souffrance. Et d'ajouter combien il est difficile de trouver les mots justes, combien le langage est, si ce n'est impuissant, du moins limité pour qualifier l'inhumanité, l'irréalité de ces univers abjects. Mais malgré tout, de nombreuses victimes ont tenu à surmonter autant que faire se pouvait les limites du verbe afin de transmettre une idée de leur calvaire, une idée forcément partielle, mais une idée présente, une idée vivante, une idée que l'infamie n'est pas parvenu à anéantir.

    C'est dans cette optique de crier la vie que Sam Pivnik livre, entre expérience personnelle et données historiographiques générales, son approche du cauchemar nazi, de la libération, de la création d'Israël et du combat sionniste. Alors certes, Rescapé est un énième témoignage qui n'apporte pas grand chose de plus que ses prédécesseurs si ce n'est, excusez du peu, contribuer, nécessairement, fondamentalement, essentiellement, à ce que l'on appelle le devoir de mémoire.

    Un récit tout en retenue, entre défauts d'une mémoire qui ne veut pas trop se souvenir et indispensable pudeur, qui ne peut laisser indifférent.

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    Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

    Extraits :

    Et nous commençâmes à remarquer la fréquence accrue des trains de marchandises qui cliquetaient et ahanaient à l'aiguillage situé à proximité de Modzewojska. Des wagons de fret, en bois, qu'on voyait quotidiennement si l'on vivait près du chemin de fer, transportant du bétail, des porcs, des moutons ou de la volaille vers l'abattoir. Mais ceux-ci étaient différents. Il y avait des cadenas posés sur les portes coulissantes et du barbelé devant les trous d'aération.

    ...

    J'étais à un mois de mon dix-septième anniversaire et je rampais dans une grenier surchauffé dans la pénombre en buvant de l'urine et en écoutant les sanglots de mes frères et soeurs tandis que dehors les Allemands tiraient sur mon peuple.

    La fin du ghetto. La fin de tout ?

    ...

    S'il devait se passer quelque chose, c'était maintenant. Notre groupe ne comptait pas beaucoup d'hommes. Mon père avait la cinquantaine - je le prenais pour un vieillard, à l'époque - et moi seize ans. Que pouvions-nous faire ? Foncer sur les rangs SS ? Sauter sur la voie et s'enfuir ? Tout le monde avait une famille - des femmes, des mères, des enfants. Pourtant, lors de notre chaotique embarquement à bord de ce train, on aurait pu tenter quelque chose. Mais il ne se passa rien. Nous attendîmes commes des moutons (...).

    ...

    Si je n'avais pas été si terrifié, si démoralisé, l'efficacité glaçante du lieu m'aurait impressionné. Déhumanisé en moins de deux heures.

    ...

    A Auschwitz comme dans tous les camps de concentration, l'ordre naturel des choses était inversé. Dans l'univers contre-nature du génocide, la pire racaille tenait les rênes ; les fous géraient l'asile.

    ...

    La mesure du temps. On ne se rend pas compte à quel point on en a besoin avant d'en être privé. A l'école, la sonnerie rythmait l'existence. A la maison, il y avait le rituel immuable des repas pris ensemble, même à Kamionka. A l'usine, on pointait en arrivant et en partant. A Auschwitz, il n'y avait pas d'horloge et on travaillait jusqu'à ce qu'on nous dise de cesser, ou qu'on tombe d'épuisement.

    ...

    On était responsable de son matériel, et coupable de sa disparition. Je n'ai vu aucun homme de Bedzin voler quoi que ce soit, mais nous savions tous que nous étions prêts à voler, si les circonstances l'exigeaient, parce que c'était la nature du camp - la loi de la jungle.

    ...

    Je suis abasourdi aujourd'hui de constater la vitesse avec laquelle la routine du Bloc quarantaine devint un mode de vie à part entière.

    ...

    Une femme consciente de ce qui allait se produire se lança dans un strip-tease au profit des SS. Cette femme avait été danseuse avant toute cette folie et deux hommes, l'Unterscharfürher Josef Schillinger et le Rottenfürher Wilhelm Emmerich, furent captivés par ses mouvements giratoires assez longtemps pour qu'elle s'empare du pistolet de Schillinger dans sa gaine et fasse feu plusieurs fois sur les deux Allemands. Puis elle retourna dans la foule des femmes à demi-nues et une bagarre éclata, pendant laquelle la tâche ardue et sans gloire d'évacuer leurs camarades blessés et le Sonderkommando échut aux SS.

    Ils gazèrent immédiatement celles qui étaient déjà dans la chambre, et fauchèrent les autres à la mitrailleuse. Je n'ai jamais réussi à retrouver le nom de cette femme, mais elle devint une héroïne pour nous tous, (...).

    ...

    Je possède une photo de moi, prise peu de temps après la fin de la guerre. J'ai dix-huit ans. C'est la seule photo qui ait un vague rapport avec mon enfance. Toutes les autres - du reste, il n'en existait certainement pas beaucoup - avaient été jetées et détruites par les nazis dans leur tentative d'anéantir ma vie et, plus généralement, tout un mode de vie. Sur cette photo mes cheveux ont suffisamment repoussé pour que je puisse tracer une raie dans mes boucles.

    "Il a l'air d'aller bien, diraient les révisionnistes d'aujourd'hui dans leur dénégation de l'Holocauste. Si l'on considère ce qu'il est censé avoir traversé."

    ...

    De toutes les émotions qui tourbillonnaient dans nos têtes durant ces premiers jours de liberté, la plus forte était l'instinct de vengeance.

    ...

    L'uniforme SS avait été jeté aux orties, et sa démarche élégante et hautaine avait suivi le même chemin. Il n'y avait plus d'Oberscharfürher, et en lieu et place de celui-ci, il y avait ce vieux Max Schmidt, fils de fermier, qui s'asseyait parmi nous.  (...) Il nous rejoignit à table et bavarda avec nous de choses anodines comme si nous étions tous de vieux copains en pleines retrouvailles d'après-guerre. (...) Son comportement me glaçait le sang. La guerre avait-elle eu lieu ? Auschwitz avait-il jamais existé ? Ces trois dernières années avaient-elle fait des victimes ? C'était invraisemblable.

    ...

    Au fond, je me demandais, en ce début 1945, ce que j'allais faire du reste de ma vie. J'avais déjà vécu les proverbiales neuf vies du chat comme l'assure le dicton, et je n'avais pas encore vingt ans.

    ...

    (...) Harry Truman, devint le premier dirigeant international à reconnaître le nouvel État. Nous n'avions plus qu'à nous battre pour le défendre.

    ...

    Lorsque sa femme lui demanda si on gazait vraiment les gens à Auschwitz-Birkenau, il écrivit : "Au printemps 1942, beaucoup de gens dans la fleur de l'âge passèrent sous les arbres en fleurs de la ferme et de ses dépendances sans avoir aucune prémonition de leur mort prochaine." Comme il est plaisant de noter qu'un des massacreurs les plus efficaces de l'Histoire était aussi - presque - un poète. On pendit Rudolf Höss devant le Bloc II d'Auschwitz I - le Bloc de la mort, où tant de gens avaient péri sur son ordre.

    ...

    L'expérience de l'Holocauste était si douloureuse et destructrice qu'il est probablement impossible à quiconque aujourd'hui de la saisir dans sa totalité.

  • La femme qui décida de passer une année au lit de Sue Townsend

    À paraître le 8 février 2013.la femme qui décida....jpg

    Éditions Charleston - 446 pages

    Présentation de l'éditeur : Le jour où ses jumeaux quittent la maison pour partir à l’université, Eva se met au lit au beau milieu de la journée… et y reste pendant un an. Elle n’est pas malade, bien au contraire. Depuis les confins de son lit, elle va trouver le sens de la vie, rien de moins ! Le rêve secret de TOUTES les femmes vu par Sue Townsend, la papesse de la comédie satirique made in England, auteur de l’inoubliable Journal d’Adrien, 13 ans 3/4, un classique de la littérature jeunesse (plus de 8 millions d’exemplaires vendus dans le monde) et du truculent La Reine et moi.

    Ma note :

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    Broché : 21 euros

    Un grand merci aux Éditions Charleston pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce roman en avant-première.

    Se mettre au lit et n'en plus bouger pour une durée indéterminée, telle est, d'un jour apparemment comme un autre au lendemain, la décision pas banale prise par Eva. À l'origine de cette "initiative", la découverte d'une tâche à base de tomate - très ordinaire bien qu'agaçante - sur son fauteuil préféré. Une décision radicale qui pourrait apparaître un brin excessive, mais ce serait négliger le fait que cette souillure n'est que la goutte d'eau qui fait déborder une coupe déjà bien pleine.

    Ce que l'on va découvrir au fil des pages, c'est qu'Eva était une desperate housewive cinquantenaire au bord de la crise de nerf qui ne demandait qu'à exploser. Délaissée, méprisée, bafouée, humiliée... par son mari, ses enfants, sa mère, sa belle-mère... Effarée et déprimée par les violences, les injustices, les horreurs... de la société et même de l'Humanité, il ne lui fallait pas plus qu'une simple salissure pour qu'elle décide de se retirer de cette vie qu'elle déteste et de ce monde qu'elle ne comprend plus et qui ne lui accorde qu'une place insignifiante qu'elle ne veut plus accepter.

    Ce qu’Eva n'avait pas prévu en revanche, alors qu'elle n'aspire qu'à la tranquillité, c'est qu'en souhaitant littéralement ne plus mettre un orteil en dehors de sa couche, elle allait avoir besoin des autres pour la nourrir ou encore pour la débarrasser de ses excrétions. Sans compter que l'attention générale se braque rapidement sur cette "drôle de femme au lit"...

    Alors, caprice ou délire psychiatrique ? Et comment tout cela va-t-il finir ? C'est ce que Sue Townsend, "l'une des romancières les plus drôles de son époque" selon le Times, nous raconte dans cette comédie satirique aux cocasseries so british. Elle nous plonge dès les premières pages dans son roman choral à la pléthore de personnages farfelus, aussi extravagants les uns que les autres, chacun à sa façon... mais également profonds.

    Eva est une fille, une épouse, une mère... Et surtout une femme qui ne se reconnaît plus, dont la vie insatisfaisante manque cruellement d'existence. Mais il n'est jamais trop tard pour bousculer la vie qui ne nous convient pas. Ce qui m'a le plus touché chez elle, c'est son réveil, son sursaut de conscience, cette envie de dire stop et de le faire, même si sa façon peut sembler discutable, égoïste et pas réellement active ainsi que son empathie, trop rare dans un monde où individualisme et indifférence sont devenus la norme. Et de nous attacher à cette anti-héroïne ordinaire malmenée par la vie ordinaire... Ordinaire ? Normal ? Mais l'est-ce vraiment ? Et si la décision d’Eva était l'action la plus sensée en ce monde qui marche sur la tête ?

    Quand l'absurdité de la réalité rencontre l'humour anglais, cela donne un récit émouvant et drôle derrière lequel se cache une réflexion sur le monde en général, notre vie en particulier, au coeur desquels on oscille constamment entre désir d'agir, léthargie et pétage de plombs. Si le rythme est maîtrisé par l'auteur, j'ai été un petit peu déçue par les dénouements, un peu précipités à mon goût. L'ensemble reste malgré tout un très agréable moment de lecture. Servi par une écriture vigoureuse et des chapitres courts, véritables mini-cliffhangers, La femme qui décida de passer une année au lit est de ces romans qu'on ne repose qu'une fois achevés.

    Ils en parlent aussi : Onirik.

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    Vacances anglaises, N'oublie pas mes petits souliers et S.O.S. de Joseph Connolly

    Extraits :

    Dans sa chambre, sans ôter ni ses vêtements ni ses chaussures, elle se mit au lit et y resta un an.

    Elle ignorait que cela allait durer un an, bien sûr. Lorsqu'elle se coucha, elle pensais se relever une demi-heure plus tard, mais c'était tellement délicieux de se lover entre les draps blancs et propres où flottait une odeur de neige fraîche.

    ...

    Elle comprit à son regard dérouté qu'après vingt-cinq ans de mariage, l'univers domestique qu'il connaissait si bien s'effondrait.

    ...

    Avant que Brian ne parte, elle lui demanda : "Tu crois qu'il y a vraiment un Dieu, Brian ?"

    (...) "Ne me dis pas que tu te tournes vers la religion, Eva. Ca finit toujours par des larmes. D'après le dernier livre de Steve Hawking, Dieu n'a aucune finalité. C'est un personnage de conte de fées.

    - Alors pourquoi des millions de gens croient en lui ?

    - Eva... Il est prouvé, statistiquement, que quelque chose peut sortir de rien. Le principe d'incertitude de Heisenberg rend possible l'apparition d'un bulle d'espace-temps à partir de nulle part... " Il marque une pause. "Mais je reconnais que sur le plan des particules, c'est complexe. Il faut vraiment que les gars de la supersymétrie dans la théorie des cordes trouvent le boson de Higgs. Et la réduction du paquet d'ondes reste problématique."

    Eva hocha la tête et dit : "Je vois. Merci."

    ...

    En fait, j'étais en train de crever mais personne ne s'en rendait compte, parce qu'on faisait tous pareil.

    ..

    Il n'était pas un mauvais mari, pensait-il. Il ne l'avait jamais frappée - pas trop fort en tout cas. Bon, il la bousculait un peu de temps en temps, et une fois - après avoir trouvé une carte de la Saint-Valentin qu'elle avait caché derrière la chaudière et qui disait : "Eva, quitte-le, viens avec moi" -, il l'avait suspendue la tête en bas au-dessus de la rambarde du palier. C'était pour rire, bien sûr. Il est vrai qu'il avait eu un peu de mal à la remonter, et qu'à un moment il avait semblé qu'il pourrait bien la laisser tomber sur le carrelage en dessous. Mais ça ne justifiait pas les hurlement stridents qu'elle avait poussés. Il fallait toujours qu'elle exagère.

    Elle n'avait pas le sens de l'humour, se dit-il.

    ...

    Elle voulait des héros et des héroïnes dans sa vie. Sinon des héros, en tout cas des gens à admirer et à respecter.

  • Enig Marcheur de Russel Hoban

    enig marcheur.jpgÉditions Monsieur Toussaint Louverture - 289 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans un futur lointain, après que les feux nucléaires aient ravagé le monde - le Grand Boum -, ce qui reste des hommes est retombé à l'âge de fer, leur survie sans cesse mise en péril par les chiens mangeurs d'hommes et les autres clans. La gnorance, la preuh et les superstitions ont pris le pouvoir. La langue n'est désormais plus qu'un patois menaçant et vif dans lequel subsiste par fragments les connaissances du passé. C'est là qu'Enig Marcheur, douze ans, va prendre la décision inédite de coucher par écrit les aventures hors normes qu'il mène à la poursuite de la Vrérité en revenant sur les pas des hommes à l'origine du Sale Temps. Road-moavie monty-pychonesque, Enig Marcheur est avant tout une oeuvre profondément humaine qui s'interroge tout à la fois sur la survie, les croyances, la politique, la manipulation et l'espoir. Raconté avec les mots d'un enfant dans la seule langue qu'il connait, ce livre propose un voyage intimiste d'une rare intensité dans des contrées menaçantes. Publié pour la première fois en 1980, qualifié de chef d'oeuvre, de livre culte et classique, ce roman post-apocalyptique, défi de traduction à la croisée des univers de Vonnegut, Pynchon, Self et McCarthy, est pour la première fois proposé en parlénigm.

    Ma note :

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    Broché : 20 euros

    Un grand merci aux Éditions Monsieur Toussaint Louverture pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre hors norme.

    Avant de lire Enig Marcheur, je pensais, comme à n'en pas douter nombre de lecteurs, qu'il n'y avait que deux sortes de livres : ceux que l'on a aimés, dont on se souviendra et ceux que l'on n'a pas appréciés, que l'on a peut-être même pas finis et que l'on oubliera. Une dichotomie à laquelle on peut ajouter une subdivision si l'on prend en compte la portion non négligeable de livres qui nous ont fait passer un agréable moment mais dont on ne garde au final pas le moindre souvenir.

    Enig Marcheur m'a fait prendre conscience de l'existence d'une autre catégorie de livres. Ceux qui, indifféremment à la perception, à l'appréciation, s'ancrent dans les souvenirs de manière indélébile. Qu'on les adore ou qu'on les déteste, qu'on les lise du début jusqu'à la fin ou qu'on ne fasse que les effleurer, jamais, ils ne sortent jamais plus des esprits qu'ils ont touchés. Ils restent définitivement gravés en mémoire.

    Mais alors, pour quelles raisons des livres tels Enig Marcheur s'inscrivent-ils dans les annales littéraires ? Tout simplement parce qu'il s'agit de véritables Objets Littéraires Non Identifiés. Des livres absolument conceptuels qui, sans forcément révolutionner les Lettres, marquent en avant et un après.

    Sur le fond, Enig Marcheur n'a ainsi rien d'excessivement original : un roman d'anticipation post-apocalyptique - un de plus -, une quête initiatique - nullement la première -, une critique de l'Homme et des sociétés - déjà vu ! Rien donc ne semble différencier ce roman des autres du genre. Et pourtant. Si Enig répond dans les grandes lignes aux classiques, sa forme, elle, est bien unique.

    Russel Hoban a su faire de son roman une création digne de l'OuLiPo, un livre original écrit de bout en bout dans une langue artificielle : le parlénigm. Car qu'on se le dise, la langue, à l'instar de l'humain, n'est nullement figée dans le temps ni dans l'espace. Le vieux Français ou encore le langage SMS suffisent à le prouver.

    Si ce sabir semble a priori sceller l'impénétrabilité du roman, l'adaptabilité - faculté dit-on première de l'homme - prend vite le pas et l'oeil fait très rapidement la mise au point. La langue hors norme devient quasi instantanément naturelle.

    Alors certes, la lecture est tout de même un brin plus ardue et nécessite un effort de concentration spécifique. Mais si l'on lit incontestablement plus lentement qu'habituellement, on le lit bel et bien ce parlénigm ! Saluons d'ailleurs la prouesse du traducteur !

    L'on pourrait penser que le message nécessitant l'invention d'un dialecte est pour le moins crucial. Mais, comme énoncé ci-dessus, le fond d'Enig n'a pas vocation à bouleverser l'ordre établi. Simplement à rappeler à l'homme qu'il court à sa perte et que si l'occasion lui était donnée, il recommencerait certainement encore et encore, il reproduirait sempiternellement les mêmes erreurs (guerre, nucléaire, pouvoir, conquête...). Fatalisme ou réalisme ? A tout le moins, désespérant...

    Ce qui serait vraiment révolutionnaire serait la prise de conscience... Mais cela signifierait que l'homme n'est pas naturellement mauvais... Improbable, n'est-il pas ?

    Quoiqu'il en soit, l'expérience d'Enig Marcheur vaut vraiment le coup d'oeil, ne serait-ce que pour voir si l'on est bien capable de le prendre ; le coup.

    "C'est un livre sur l'illusion du progrès, un livre sur ce rêve humain et confus qu'est l'Histoire, un livre sur les différentes facettes de la conscience. C'est un livre grandiose, un livre exigeant, un livre déstabilisant." Will Self

    Ils en parlent aussi : Les voltés anonymes, Racines, Laure, Joël, L'ivre mot, .

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    Extraits :

    Ce n’est pas un livre sur le passé travesti en roman sur l’avenir. C’est un livre sur l’illusion du progrès, sur ce rêve collectif et confus que l’humanité nomme «Histoire», sur ce que pourrait être la conscience. (Préface de Will Self)

    ...

    Elle m'a chanté ça à l'oreille en suite on est partis de jambon l'air en ho du poss de garde. Elle été la plus vieille de notre foul mais sa voyx été pas vieille. Du coup le ress d'elle a semblé jeune un moment. C'été une froa nuyt mais ça a chauff dans ce sac a pionce.

    ...

    Bon je peux pas être sûr si j'avais la moindr de ces ydées à l'espryt àvant qu'elle m'en parl mais depuis on diré que ça a tout jour été là. On diré que j'ai tout jour pensé à cette chose en nous qui nous pense mais qui pense pas comme nous. Notre vie en tiers est une ydée quon a pas pensé on sait pas nonplus ce que c'est. Tu parles d'une vie.

    C'est pour ça que final ment j'en suis venu à écrire tout ça. Pour penser à ce que l'ydée de nous purait être. Pour penser à cette chose qu'est en nous ban donnée et seulitaire et ivrée à elle même.

    ...

    Je pense que ça fait pas de diff errance par où on des bute quand on narr une chose. On sait jamais où ça a des butté vrai ment. Pas plus qu'on sait où on a des buté soi même. On peut bien çavoir le lieu et le jour et l'heure du jour de sa naissence. On peut même çavoir le lieu le jour et l'heure où on a été eu. N'en pêche ça veut rien dir. On sait pas pour au temps où on a des buté.

    ...

    Les ptits Môm zantant en conrt bas. Jouant à la Meute Noire :

    Plaie Lune Plaie Lune

    Plaie Lune ta la frouss

    Suiveuri Suiveurou à tes trouss

    Ou hou hou Youp Yarou

    Suiveuri Suiveurou suiveur jusqu'où

    S'ils te trappent tu sais

    Tu seras en gloupsé

    ...

    L'en demain matin en me rveillant j'ai a 1/2 cru que peu dêtre ça avété un rêve. Comme quand quelq chose de rible rive dans un rêve en suite tu te rveilles et cété rien quel soulâge ment. Mais quand eum suis rveillé à fond cété bien là. Non pas que cété si très rible mais cété pas rien non plus.

    ...

    Jai fait entrer Lecouteur et l'ai couvert avec son sac à pionce en suite je l'ai peu lotoné au mi lieu de tous les chiens mouillés. Au chauff et tout confor en plus la schlingue c'été quelq chose qui pouvé te des foncé même pas bsoin de fhumer. Au bout d'un tant eum suis dit quil y avé peu dêtre aussi une aurt odeur là dedans mais j'ai papu dire ce que cété. J'ai comptine hué à radariser tentif un long long tant en suite eum suis dit que j'allé moi aussi me prendre un peu de somnol.

    ...

    Couac tu cherch tu en trouvveras jamais le des buts c'est pour ça que tu riveras tout jour trop tard. La seule chose que tu trouvveras cest la fin des choses. Couac il rivera ce sera  ce que tu voulé pas qu'il rive. Touss qui rivera pas ce sera ce que tu voulé qui rive. A toi de choizir à ta guiz tu auras ce que tu veux pas.

    ...

    De fil en aiguille, ce langage vernaculaire avec lequel je me suis retrouvé a fini par me sembler parfaitement plausible ; la langue n'est pas un monolithe, et les mots charrient souvent des sens tombés depuis longtemps en désuétude. Le langage n'Enig n'est au fond qu'une version effondrée et tordue de l'anglais classique, si bien qu'en prononçant à voix haute et avec un peu d'imagination le lecteur devrait être capable de le compendre. Techniquement parlant, cela correspond bien à l'histoire car cela ralentit le lecteur au rythme de compréhension du héros. (Postaface de Russel Hoban)

  • Le journal de Mr Darcy d'Amanda Grange

    Éditions Milady Romance - 397 pagesle journal de mr darcy.jpg

    Présentation de l'éditeur : "La seule chose qui me hante quand j'écris est le regard que je surpris de la part de Miss Elizabeth Bennet lorsque je fis remarquer qu'elle n'était pas assez belle pour me donner envie de danser. Si je ne savais pas que c'est impossible, je dirais qu'il était ironique." A travers la rédaction de son journal, Darcy nous dévoile le tréfonds de son âme. Déchiré entre les devoirs de l'honneur dus à son rang et ses sentiments naissants pour la charmante Elizabeth Bennet, il s'interdit de tomber amoureux.

    Ma note :

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    Poche : 7,90 euros

    Ebook : 5,99 euros

    Sans être une Janeite, je m'observe être enthousiasmée par le moindre estampillage Jane Austen. D'un naturel incrédule, j'avais entrepris de prendre connaissance d'un premier récit dérivé, convaincue d'être déçue tant il était foncièrement inimaginable qu'une plume puisse prendre la suite de l'incomparable femme de lettres anglaise au talent suffisamment inégalable pour être l'objet d'un véritable culte. La vie ayant pour habitude de mettre à mal les trop souvent infondés a priori, P.D. James m'avait littéralement bluffée. C'est ainsi que depuis cette heureuse expérience, je ne boude pas mon plaisir en fonçant sur tout récit pouvant me rappeler, ne serait-ce qu'un peu, le plaisir de la littérature austenienne.

    Quel ne fut pas mon enthousiasme quand j'appris la sortie courant novembre du Journal de Mr Darcy ! Comme son nom l'indique, il s'agit des confessions du célèbre et ténébreux héros de l'original Orgueil & préjugés.

    Amanda Grange revisite avec une infinie fidélité le roman adulé et ses scènes clés du point de vue de l'énigmatique Darcy qui nous livre, au travers d'un journal intime, ses impressions, ses doutes, ses émotions. L'on découvre ainsi l'envers du décor originel, comment l'illustre et charismatique gentleman est tombé amoureux de Miss Elizabeth Bennet et de quelle manière il est venu à bout de ses dilemmes intérieurs liés à l'étiquette et à l'honneur l'empêchant de céder à cette mésalliance.

    L'on peut certes s'interroger sur la crédibilité d'un tel journal de la part d'un homme si retenu qu'est censé l'être Darcy. A cela s'ajoute un style incontestablement en-deçà de celui dont il aurait usé s'il avait cédé à la tentation de l'écriture confession. Malgré tout, l'ensemble fonctionne et l'on en redemande. D'accord ce n'est pas de la grande littérature mais la dextérité de l'auteur prouve son excellente maîtrise de l'oeuvre primitive et son désir d'écriture respectueuse, tout en ayant l'audace, pour davantage encore de plaisir, d'aller un peu au-delà de la fin du texte duquel ce roman est inspiré.

    Je ne saurais donc que trop conseiller la lecture de ce journal aux amoureuses du légendaire Darcy qui souhaiteraient lever un peu le voile de mystère entourant ce personnage.

    Ce réel morceau de plaisir n'est d'ailleurs qu'un début puisque les spin off, sequels et autres préquelles, nombreux - et c'est peu dire ! - en anglais, sont de plus en plus traduits en français. Les inconditionnel(le)s d'Austen pourront se réjouir d'avoir à disposition dès 2013 Le journal du colonel Brandon d'Amanda Grange à paraître le 15 février (Raison et sentiments) ainsi que Charlotte Collins de Jennifer Becton à paraître le 18 janvier (Orgueil et préjugés), le tout toujours aux Éditions Milady Romance.

    Ils en parlent aussi : Onirik, Alice, Artemissia Gold, Fantastique roman.

    Vous aimerez sûrement :

    Sanditon de Jane Austen

    Les filles de Mr Darcy d'Elizabeth Aston

    La mort s'invite à Pemberley de P.D. James

    Un portrait de Jane Austen de David Cecil

    La tétralogie d'Anna Godbersen : Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses

    La fille qui voulait être Jane Austen de Polly Shulman

    Extraits :

    - Les chagrins d'amour sont douloureux tant qu'ils durent, mais on ne devrait pas les laisser s'éterniser.

    ...

    (...) ne pensez au passé que s'il doit vous donner du plaisir.

  • Une place à prendre de J.K. Rowling

    une place à prendre.jpgÉditions Grasset - 680 pages

    Présentation de l'éditeur : Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable. Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie. Attendue de tous, J.K. Rowling revient là où on ne l’attendait pas et signe, avec ce premier roman destiné à un public adulte, une fresque féroce et audacieuse, teintée d’humour noir et mettant en scène les grandes questions de notre temps.

    Ma note :

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    (8/20)

    Broché : 24 euros

    Ebook : 15,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Grasset, la librairie Decitre et PriceMinister pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2012.

    Dès l'annonce de la sortie d'un nouveau J.K. Rowling, j'ai, sans grande originalité, rejoint l'immense communauté de lecteurs impatients de prendre connaissance des lignes inédites de la maman d'Harry Potter. Hâte accrue par l'intrigante révolution de genre de l'auteur passant de la littérature jeunesse au rayon adulte, du fantastique à la comédie de moeurs féroce et satirique, de la féerie à la noirceur.

    Pourtant, quand j'ai pris connaissance du tarif de l'ouvrage, première désillusion. Je dois dire que la politique du prix fort face à la certitude d'en vendre des charettes m'a profondément déçue des éditeurs mais surtout de la richissime romancière qui semble avoir totalement oublié ses années de vaches maigres et négligé le fait que dans le monde entier, le commun des mortels se serre la ceinture pour se plier à la "nécessaire" austérité visant à endiguer la crise. Hors de question donc de l'acheter avant qu'il soit sorti en poche.

    Mais le blogging ayant ses avantages, je me suis vue offrir le fameux roman comptant parmi les plus attendus de cette rentrée littéraire.

    Une fois reçu, deuxième désillusion : la couverture criarde est hideuse et il semblerait qu'elle soit - contrairement aux habitudes éditoriales - la même quel que soit le pays de parution ; une sorte de singularité qui prend à mes yeux l'apparence d'un caprice mégalomane. De surcroît, le livre est un véritable pavé, ce qui est un réel frein non pas pour la lectrice boulimique que je suis mais pour la personne handicapée que je suis devenue.

    Vous l'aurez compris, je n'avais pas encore amorcé la lecture que déjà, alors que je l'avais tant attendu, je nourrissais de multiples griefs à l'endroit d'Une place à prendre. (Le caprice n'est pas l'apanage de Lady Rowling !) C'est donc passablement agacée que j'ai enfin amorcé la lecture. J'ai ainsi découvert une trame suffisamment dense pour ne pas souffrir la moindre pause prolongée sous peine de ne plus rien comprendre tant les personnages sont nombreux. Ce qui s'est inévitablement produit dès quelque cinquante pages : j'ai décroché sans arriver à retrouver la moindre étincelle d'envie de m'y replonger. Abandon caractérisé !

    Je retenterais avec certitude l'expérience ultérieurement. Trop difficile pour l'instant de tourner la page de l'extraordinaire saga du sorcier et impossible de me détacher de cette sur-médiatisation qui m'a littéralement écoeurée.

    Ils en parlent aussi : Meelly, Anne-C, MyaRosa, Soukee.

    Vous aimerez sûrement :

    Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

    Les revenants de Laura Kasischke

    L'arbre au poison d'Erin Kelly

    Le diner d'Herman Koch

    Extrait :

    Barry conduisait d'une main nerveuse, sans guère prêter attention aux lacets de la route qu'il connaissait par coeur ; il ne pensait qu'aux erreurs qu'il était certain d'avoir commises, dans sa hâte de terminer l'article qu'il venait d'envoyer à la Gazette de Yarvil. Lui qui était si ouvert et exubérant dans la vie éprouvait une certaine difficulté, chaque fois qu'il fallait prendre la plume, à exprimer sa personnalité dans toute sa faconde.