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amour - Page 10

  • Chronique amoureuse #10

    Quelle donzelle un tant soit peu abordable n'a jamais vécu ce moment pénible de soirée où, après avoir délicatement éconduit un certain nombre de prétendants, elle se fait entreprendre par un énième chacal qui, la soirée étant déjà bien avancée, est passablement éméché et donc développe un discours complétement absurde et inintéressant et ce, de surcroît, en postillonnant gaiement (même si pour certains, le vide intersidéral de l'homélie et l'écume jaillissante n'ont rien à voir avec quelque consommation déraisonnable de toute substance alcoolisée que ce soit, mais passons) ?

    Aucune donc.

    D'aucuns péroreront probablement sur le fait qu'il n'y a pas à tergiverser, il suffit de congédier l'importun de manière ferme et définitive. Sauf que.

    D'aucunes savent pertinemment que, bien que certaines exceptions soient existantes, la survie de la femme - instinctive - consiste à opérer une relation passablement sociale pour évincer le mâle prochainement atteint dans son orgueil, sous peine de le voir s'énerver voire insulter ou pire pourrir la soirée de sa conquête manquée dans une logorrhée imbitable à tendance agressive.

    Et bien mesdames et mesdames, j'ai un truc ! Bon, pas pour esquiver les boulets qui, contrairement à d'autres malheureuses espèces, ne sont pas en voie d'extinction. Mais pour obvier aux postillons et potentiellement écourter le squattage intempestif du con centré de testostérone.

    A l'occasion d'une escapade cigarette désormais à l'extérieur de tout lieu fréquenté (grrr), moment particulièrement convoité par les traqueurs de ces dames, il s'agit de veiller à toujours garder la posture suivante :

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    Oui parce qu'il faut savoir que le bonhomme de base répondant au profil du chasseur de femelle n'a aucune notion de la zone d'agression, dispose de fait d'une désagréable tendance à converser avec sa proie à moins de cinq centimètres et donc de l'arroser joyeusement des crachats de son incontinence salivaire. En intercalant sa main, prolongée d'une clope, entre sa petite personne et l'importun, la distance de sécurité est infailliblement conservée puisqu'aussi bourré et balourd soit-il, il rechigne manifestement à se faire cramer le faciès. Distance qui peut évidemment être modulée en fonction de la posture adoptée et dont l'agrandissement est proportionnel au découragement de l'indélicat, qui renonce relativement rapidement.

    Naturellement, il est inutile de se mettre à fumer pour survivre dans la jungle du convoitage amoureux, pour ne pas dire sexuel. Ca marche aussi en interposant son verre.

  • C'est quoi l'amour ?

    Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour, disait le poète Pierre Reverdy. Mais point n'est besoin pour celles-ci de fougueuse jeunesse qui semble bien en reste face à sage vieillesse. Il est certaines mesures qui ne se prennent qu'au soir de la vie.

    Ainsi, aimer, c'est survivre à une guerre du bout du monde ne vous accordant que quelques miettes de temps pendant plusieurs années, c'est se marier envers et contre belle-maman, c'est tailler la route à moto de Copenhague à Oslo, c'est faire deux beaux enfants, c'est partager son temps pendant plus de cinquante ans.

    Mais aimer, c'est surtout tenir la promesse faite quand on s'est unit, une fois qu'est venue la maladie. C'est soutenir, sans jamais faillir, dans le meilleur et dans le pire. Et puis c'est affronter la mort. Et parler de sa puce pour qu'elle vive et vive encore. C'est parler au ressac, où ses cendres reposent. Et l'un peu porter sur son coeur, pour éternelle symbiose.

    A Monique et Jacques 

  • Chronique amoureuse #9

    Si la langue française est réputée pour être aussi riche que complexe, elle se révèle l'être tout particulièrement sur le terrain de la concupiscence. En cela, pourquoi, à l'instar de l'éducation civique qui a vocation à démystifier le fonctionnement occulte de nos institutions, l'Education nationale n'enseigne-t-elle pas la grammaire amoureuse et ses subtilités à sa fougueuse jeunesse ?

    Je t'arrête tout de suite, les cours de lettres ne sont absolument pas compétents pour combler cet immense vide laissé par le système éducatif de quelque contrée que ce soit dans ce qui, bien objectivement, devrait être la priorité de tous, davantage que l'argent par exemple. Ou la guerre, parce que c'est mal. Et je n'aime pas l'hypocrisie.

    Bon trêve de MissFrancisme, comme tu es exigeant, je te donne la preuve par l'exemple. En cours de Français, l'expression "en tout bien tout honneur" signifie "avoir des intentions honorables", "sans relations sexuelles illicites dans le cadre d'une relation amoureuse". Or, en classe du verbe d'Eros, cette même expression est immanquablement la formalisation verbale, convenons-en quelque peu hypocrite, d'une inexorable conclusion. Et tu vois bien que ça continue, puisque en Français, conclure est un achèvement alors qu'en langage galant, conclure est un commencement.

    Non, vraiment, tant de subtilité mériterait d'être enseignée. 

  • Let's talk about sex, ba-bis...

    Malgré une vie sentimentale bien remplie depuis hum hum années, comment se fait-il que chaque 14 février de chaque année, mon seul plan de Saint-Valentin soit de passer un coup de fil à mon fillot éponyme ?

    Vas-y, rigole sous cape en me traitant de loseuse. N'empêche que contrairement à toi qui prétend d'un air décontracté attendre avec impatience la roucoulade tant marketée, je ne suis pas en train de vivre le stress de la sempiternelle interrogation calendaire : "mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir trouver d'original à lui offrir, encore ?!"... tout ceci en partant du postulat fort présomptueux que tu t'interroges sur la fantaisie et le romantisme de tes cadeaux. Parce qu'entre nous, la rose rouge et les chocolats, c'est bien sympa, mais ça n'a pas à proprement parler le mérite d'épicer la vie de couple. Sans compter les risques d'allergies et les reproches post-événement concernant les kilos superflus... Pour faire court, laisse tomber les plans à la papa que, soit dit en passant, tu devrais faire naturellement tout au long de l'année sans te référer à une quelconque dictature commerciale, mais passons, là n'est pas le sujet.

    Figure-toi que c'est ton jour de chance car en plus de t'éviter un énième plan navrant, je vais te donner l'idée cadeau qui rime avec libido. Et oui, peut-être cette année arriveras-tu enfin à conclure ! Non, parce que c'est bien joli tout ça, mais les amoureux, on sait tous que ça ne se regarde pas que le blanc des yeux. Ce que je te propose, c'est de bousculer un peu le train-train. Tu peux malgré tout garder les standards du type déclaration d'amour en poésie, du moment que tu fait rimer Valentin avec libertin et Valentine avec coquine. Au lieu donc de courir les boutiques en tous sens pour finir avec un cadeau marasme, je te propose de te rendre paisiblement ici et dégoter un présent fantasme. Au travers d'un espace spécialement dédié pour l'occasion, Sexy Avenue propose toute une série de produits érotiques pour mettre du piment dans la fête des galants. Design, flashy, pour elle, pour lui, encore mieux pour les deux... N'hésitez plus, engagés de toutes contrées, célibataires sans frontières : have fun, take pleasure!

    disclaimer
  • Chronique amoureuse #8

    Allez savoir pourquoi, les jeunes filles sont toujours attirées par des hommes plus âgés. Vous conviendrez, Messieurs qui vivez plutôt difficilement cette rubrique, que j'ai fait preuve d'un ménagement compatissant à votre égard en n'avançant pas un énième argument captieux qui prétendrait qu'il s'agit là d'une inclination toute naturelle, la maturité masculine étant bien plus longue à éclore.

    J'avais donc dix-sept ans, lui vingt-neuf et, au regard de cet écart générationnel en la matière indécent, le plus bête des deux était bien celui que l'on croit, la suite du récit tendra à le prouver.

    Ce presque vieillard du haut de la fin de mon adolescence n'avait pour commencer pas beaucoup d'humour. Le susceptible avait été offusqué par la taquinerie de ma chère soeur qui, aide-soignante de son statut et prédisposée aux panaris, lui avait gentiment fait don de l'un de ses doigtiers (ndlr - petit gant de doigt qui ressemble à s'y méprendre à un préservatif version nourrisson) en lui formulant le sage conseil de ne pas oublier de nous protéger. Mais à cette époque peu expérimentée de mon existence, j'avais tendance à prendre pour des détails ce qui m'apparaît aujourd'hui comme des impératifs, en l'occurrence, second degré et subtilité. J'avais de fait très innocemment fait fi de ce présage que j'interpréterais désormais illico comme un signal d'alarme loin d'être secondaire.

    De ma désespérante confiance, je continuais donc à m'investir dans cette relation mort-née augurable qui donna rapidement le jour à une princière et romantique invitation de l'irritable et inimitable gentleman à un dîner exotique dans un cadre hors du commun : kebab dans sa voiture allemande sur les bords de l'Yonne. Pas fine bouche pour un sou et maladivement capable de trouver de quoi m'émerveiller en toute situation - à cette époque si besoin est de faire une piqûre de rappel -, je m'extasiais sur la pleine Lune et accumulait les inepties pour combler le manque de conversation de mon cavalier. C'est là que cher lecteur et surtout chère lectrice, tu vas t'apercevoir qu'une niaiserie peut te sauver la vie. Alors que je monologuais inlassablement, je me mis à prétendre que mon rêve pour l'an 2000 serait d'aller trinquer sur le satellite terrestre. Croyant un instant avoir dégoté le sujet de conversation ayant raison de la léthargie de mon champion du monde hors compétition, mon désenchantement fut immédiat quand celui-ci me retorqua d'un outrageux aplomb : "T'es conne où quoi ?" Lui demandant d'étayer quelque peu sa théorie, l'érudit me répondit qu'il fallait vraiment que j'arrête de me faire des films, que c'était pas possible vu que tout le monde sait que la Lune, c'est comme les nuages, c'est du gaz et que donc - oui, parce qu'il avait malgré tout un certain sens de la logique -, ben on pouvait pas marcher dessus. L'évocation de 1969 et de Neil Armstrong ne trouva pas plus d'écho dans le trou noir supermassif de l'univers cérébral de cette cervelle de moineau ayant grandi, je le souligne, en France, où l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans.

    J'avais dix-sept ans, lui vingt-neuf. Donc.

    Conne, dixit, mais pas irrécupérable, je compris tout de suite que ses prétentions chevaleresques seraient à jamais limitées : il ne me décrocherait jamais la Lune. De cet instant date mon irrévocable décision de l'éloigner de mes orbites et de le propulser à jamais dans le vide intersidéral.

    NB : l'on peut également déduire que les hommes plus âgés ne satisfont les fantasmes quasi oedipiens des jeunes filles que parce que les femmes démasquent trop vite leur stupidité.