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amour - Page 3

  • Mufle d'Eric Neuhoff

    culture,littérature,livre,roman,citation,amour,adultère,jalousieEditions Albin Michel - 114 pages

    Présentation de l'éditeur : Le narrateur découvre la jalousie et la trahison en lisant un sms sur le portable de la femme de sa vie. A plus de cinquante ans, deux divorces et de grands enfants, il se retrouve en pleine confusion sentimentale, animé de sentiments violents et contraires, alternant passion, colère, souffrance, doute, tristesse, regret, panique. L'insomnie redouble sa fixation sur Charlotte, jolie blonde fantasque dont il n'a jamais su capter le mystère et qui le renvoie à ses ruptures précédentes. Anatomie d'une déliaison, portrait d'un homme qui rêve d'une idole qui se comporterait en femme fidèle, ce sont tous les sentiments, jérémiades, déni, impuissance, complaisance, avec lesquels il faut bien vivre. Eric Neuhoff a déjà évoqués la jalousie, la passion la séparation, et la solitude dans Un bien fou et Pension alimentaire. Comme l'Antoine Doisnel de Truffaut, il en suit les méandres de livre en livre, aux différents âges de la vie, avec cette même mélancolie, cette musique douce amère, cet effroi poli devant l'éphémère des sentiments et la répétition des comportements, l'autodérision qui mêle lucidité, cruauté, tendresse et obsession.

    Ce très court roman nous plonge dans les monologues intérieurs d'un homme bafoué et invite le lecteur à (re)découvrir cette multiplicité de sentiments propres à la trahison amoureuse. Stupeur, déni, désir de l'impossible pardon, incapacité à quitter, désespoir, jalousie, paranoïa, colère, dégoût, désamour... Autant de phases très justement analysées. Et pourtant.

    L'ensemble, je ne saurais dire pourquoi, me laisse un sentiment de fadeur par rapport à la réalité. Peut-être l'intériorité du personnage ne peut que susciter une impossible identification tant le pathétique de l'amoureux désespéré renvoie à une image personnelle dont notre orgueil amoureux ne peut (veut) se souvenir ? Peut-être est-il impossible de traduire des émotions dont la puissance ne saurait être verbalisée ?

    Quoiqu'il en soit, je reste sur ma faim. Certes, le style est incisif, mais l'ensemble est relativement convenu et bien que réchauffé, souffre sans doute d'une écriture à froid.

    Extraits :

    Il fut faible. Il fut lâche. Il fit semblant de pardonne. Il se flattait d'être magnanime. C'était une blague. Il avait encore envie de la baiser, oui. Charlotte était sa prison. Il ne parvenait pas à s'en évader.

    ...

    Je t'ai tant aimée, Charlotte. Est-ce que tu te rendras compte de ça ? Est-ce que ça te servira à quelque chose ?

    ...

    Avant, ils se parlaient plusieurs fois par jour au téléphone. Ils s'appelaient pour des riens, trouvaient des prétextes dérisoires, des choses essentielles qu'ils avaient oublié de se dire, pour le simple plaisir d'entendre la voix de l'autre. Ca n'était pas un hasard si tout s'était effondré quand il n'avait pas réussi à la joindre, qu'il tombait tout le temps sur sa messagerie. Ils se livraient désormais à une intifada de sms.

    ...

    Il n'avait pas pris assez de photos d'elle. Il était obligé de faire confiance à ses souvenirs. Certains revenaient sans effort. D'autres, c'était plus difficile. Charlotte, par moments tu encombres ma mémoire. Sinon, il arrive que tu sois insaisissable. Je ne parviens pas à reconstituer tes traits. Ne me dites pas que je vais l'oublier pour de bon. Elle ne va pas s'effacer comme ces vieux polaroïds, si ? Cette fille avait failli m'éviscérer. Je me prenais les pieds dans mes propres tripes.

    ...

    Tu prétendais ne jamais porter de parfum, te frictionner seulement avec des feuilles de menthe qui poussaient sur ta terrasse. C'était fantasque et poétique. L'âge adulte demeurait pour toi une contrée interdite.

    ...

    Je ne t'oublie pas, Charlotte. Je prends mes distances. Je ne te connais plus. Tu étais vrombissante, originale, inclassable. Tu te servais de ta beauté avec violence. Beaucoup devaient te prendre pour une emmerdeuse. Tu faisais bouger les jours. Avec toi, aucun ne durait vingt-quatre heures. Tu inventais la vie. Tu enchantais le quotidien. La banalité, tu la piétinais. C'était cela qui m'avait séduit chez toi. Le rythme était usant. Il avait ton physique. Dans la rue, les hommes se retournaient sur ton passage.

    ...

    Leur histoire s'était transformée en une charogne de sentiments corrompus. Bye Charlotte. Mon meilleur souvenir.

    ...

    Comment faire ? Elle était difficile à remplacer. Elle prenait du volume. Charlotte était un pluriel à elle toute seule. Avec elle, cela tanguait. On n'avait pas le temps de s'assoupir. Il fallait qu'elle ait la vedette. Pour cela, elle arborait une jeunesse absurde. Qu'est-ce qu'elle allait encore inventer ? Avec qui allait-elle se disputer à table ?

    Le nombre de dîners qu'elle avait gâchés. Combien de ses voisins avait-elle agressés ? Elle entrait dans la pièce et l'atmosphère changeait. Elle faisait tout pour. Il lui fallait du bruit, de la musique, de l'alcool et des tempêtes. J'avais été servi. Elle criait "Où sont les bouteilles ?" Où sont les toros ?" Quand on vivait à côté d'elle, chaque année en valait sept. On devait compter en calendrier pour chiens. Elle fouettait l'instant. L'imprévu était sa résidence secondaire. Elle ne croyait pas à la prudence. Elle fuyait le raisonnable. Elle avait un appétit de requin-marteau. Elle ne se rendait jamais. Elle voulait diriger les opérations. C'était Miss Patton, Gengis Khan au féminin. Cela l'avait séduit. Maintenant, il en faisait les frais.

  • Rentrée littéraire : Le jeu des ombres de Louise Erdrich

    A paraître le 3 septembre 2012le jeu des ombres.jpg

    Editions Albin Michel - 253 pages

    Présentation de l'éditeur : Rythmé à la manière d’un thriller sombre et tragique, Le jeu des ombres est sans doute le livre le plus personnel de Louise Erdrich. Construit comme un huis-clos hypnotique, portrait d’un mariage et d’une famille sur le point de voler en éclat, d’un homme et d’une femme en proie à la violence d’un face-à-face, c’est aussi une réflexion sur les cicatrices qu’une histoire collective douloureuse peut laisser sur les individus. Gil est un peintre reconnu qui doit son succès à Irene, sa femme, un écrivain qui a longtemps été son modèle. Quand elle découvre que son mari lit son journal intime, Irene décide d’en rédiger un autre, qu’elle met cette fois-ci en lieu sûr. Elle y livrera sa vérité, se servant du premier comme d’une arme pour manipuler son unique lecteur. Une guerre psychologique commence, qui va révéler le côté obscur de chacun des personnages. En faisant alterner les journaux d’Irene et un récit à la troisième personne, Louise Erdrich témoigne, une fois de plus, d’une prodigieuse maîtrise narrative.

    Lors de la rentrée littéraire 2011, Louise Erdrich n'avait pas eu l'heur de me plaire avec La malédiction des colombes qui m'était tombé des mains en page 94. N'étant pas d'un naturel rancunier, j'ai décidé de laisser une chance à cette auteur contemporaine dite incontournable qui s'annonce avec deux ouvrages en ce cru 2012 : un roman, Le jeu des ombres et un recueil de ses nouvelles parues ces trente dernières années dans les plus prestigieux magazines américains, La décapotable rouge.

    S'agissant du recueil, je ne saurais dire ce qu'il en est. Mais au regard de la véritable claque que m'a assenée Le jeu des ombres, je ne devrais pas bouder mon plaisir bien longtemps, le service de presse de La décapotable rouge étant à ma disposition.

    Une claque, donc. Impossible de trouver de phrase laudative juste pour exprimer mon enchantement à la lecture de ce roman. Louise Erdrich parvient, d'une plume magistralement lucide, à dresser le portrait d'un naufrage amoureux. Comme il est dit dans une des nombreuses dithyrambes de la presse américaine, c'est un "livre d’un mérite exceptionnel que ce soit sur le plan artistique, intellectuel ou psychologique. Nulle part ailleurs, les complications de l’amour n’ont été aussi bien exposées que dans l’honnêteté crue du Jeu des ombres." - The Boston Globe.

    L'atmosphère pesante, l'ambiguïté de l'amour qui se meurt sont ciselés à la perfection. Un sentiment d'urgence m'a envahie dès les premières pages, pour ne plus me quitter jusqu'au dénouement, surprenant. Les personnages - toujours Amérindiens semble-t-il dans l'écriture d'Erdrich qu'elle appelle ici très joliment les Indiens-plume à ne pas confondre avec les Indiens-point - sont explorés avec infiniment de compassion de telle sorte que la beauté parvient à s'immiscer là où tout n'est que bassesse, vice et désespoir. Une véritable prouesse narrative qui nous entraîne viscéralement au coeur de la nature humaine et de l'ambivalence du sentiment amoureux.

    Décidément, après la très profonde allégorie La Vallée des masques de Tarun Tejpal chez Albin Michel et la biografiction plus vraie que nature Ciseaux de Stéphane Michaka chez Fayard, c'est pour l'instant un incroyable sans faute pour cette dernière rentrée littéraire pour le moins enthousiasmante.

    Extraits :

    Maintenant, j'ai deux agendas. Le numéro un, c'est le Mémento Journalier à couverture rouge et cartonnée, semblable à ceux dans lesquels j'écris depuis 1994, quand nous avons eu Florian. Tu m'as offert le premier pour que j'y consigne ma première année dans mon rôle de mère. C'était vraiment adorable de ta part. J'écris dans ce genre de carnets depuis ce temps-là. Ils sont tous cachés au fond d'un tiroir, dans mon bureau, sous un tas de bolduc et de papier cadeau. Le dernier en date, celui qui t'intéresse à présent, je le garde tout au fond d'un classeur métallique plein de vieux relevés bancaires, de chéquiers d'anciens comptes oubliés, le genre de choses que nous nous jurons chaque année de passer à la déchiqueteuse, mais que nous finissons par fourrer dans des dossiers. Après avoir pas mal cherché, je suppose, tu as trouvé mon agenda rouge. Tu t'es mis à le lire pour découvrir si je te trompais.

    Le second, que l'on pourrait appeler mon véritable agenda, c'est celui dans lequel je suis en train d'écrire.

    ...

    Elle était élancée, grande, brune de peau, et ne savait pas s'exprimer. Un marchand d'art l'avait comparée à une panthère, ce que Gil avait répété des semaines durant, mais Irene avait aimé se croire séduisante, enfermée dans son silence, plutôt que muette et empruntée. Son pouvoir, si elle en possédait un, tenait à sa fausse indifférence.

    ...

    Si Gil ne savait pas qu'elle savait qu'il lisait son journal, elle pouvait y écrire des choses visant à le manipuler. Et même à lui faire mal. Elle se dit qu'elle commencerait par un simple essai, un hameçon irrésistible.

    ...

    Tocade, soudaine attirance, sont en partie une fièvre superficielle, un manque de connaissance. Tomber amoureux c'est aussi tomber dans l'état de connaissance. L'amour durable survient quand nous aimons la majeure partie de ce que nous apprenons sur l'autre, et sommes capables de tolérer les défauts qu'il ne peut changer.

    Plus tard, il lui revint que chacun de ses enfants, à l'âge de six ans, avait été sérieux, avait dit des choses surprenantes, et fait l'expérience de la honte. Parfois l'humiliation était publique, parfois l'incident avait eu lieu à la maison. Mais la première fois, la honte vous transperçait. C'était un sentiment nouveau, inconnu, et atroce. Vous aviez envie de vous glisser hors de votre peau.

    ...

    Gil mettait au point les tableaux, les couleurs, l'émotion et, ce faisant, il était heureux. Il ne se sentait pas seul quand il travaillait. Même quand par ailleurs les choses n'allaient pas très fort, il arrivait à peindre. Peu importait, même, qu'Irene soit en colère. En fait, c'était mieux. Quand ils étaient heureux, quand Gil pouvait compter sur son adoration quotidienne, les tableaux semblaient virer à l'insipide. Il devait combattre le sentiment de satisfaction. Au fur et à mesure qu'elle s'éloignait de lui, les tableaux devenaient plus forts. Le violent désir qu'il avait d'elle leur donnait vie. Dans ses tableaux, il mettait son chagrin, la nature insaisissable d'Irene, l'avidité de son étreinte, le rejet d'Irene, l'amertume de son espoir, la rage maussade d'Irene. Il avait pris conscience que plus leurs rapports étaient tendus, plus son travail en bénéficiait. Il n'avait pas encore songé à se demander si ses soupçons à l'égard d'Irene étaient aussi une méthode visant à la repousser, afin de ressentir son absence, puis un douloureux appétit duquel tirer son art.

    ...

    Dans le cadre de ses nouveaux efforts d'observation, Riel remarquait quantité de choses. Par exemple, elle avait remarqué que les chiens se comportaient comme si leurs maîtres humains partaient en voyage. Les chiens détestaient voir apparaître les valises. Mais il n'y avait pas de valises. Les chiens réagissaient simplement comme s'il y avait des valises. Ils étaient nerveux et aux aguets, ces jours-ci. Il y avait dans l'air quelque chose qui les mettait mal à l'aise. Grâce à ses sens fraîchement affinés, Riel le sentait aussi. C'était quelque chose de particulier à quoi elle ne tenait pas à donner un nom, même si d'habitude elle était capable de donner un nom à tout.

    ...

    C'était encore une de leurs agréables disputes. Quand ils avaient fini par rendre un sujet neutre, ils pouvaient parler des heures. Une chose : jamais ils ne s'ennuyaient ensemble. Ils pouvaient bien se haïr, du moins, Irene pouvait bien haïr Gil, alors que celui-ci ne soupçonnait pas à quel point il haïssait Irene tant il était obsédé par son désir de la reconquérir. Il la détestait vraiment. C'était un élément de son mur immatériel. Il ne pouvait ni voir ni ressentir cette haine, mais elle était là.

    ...

    On revient toujours à des tropes anciens pour tenter de rester amoureux.

    ...

    En rentrant du feu d'artifice, Gil s'arrêta dans une pharmacie Walgreens ouverte 24h/24 et Irene acheta des produits pour chats. A la maison, Florian installa la caisse à litière au sous-sol et laissa l'animal gratter dedans. Ils l'emporta dans son lit. D'un air grave et raide, celui-ci longea les oreillers, flaira l'un, puis l'autre, en fixant Florian de ses yeux jaunes d'extra-terrestre. Il s'installa enfin par étapes progressives sur l'oreiller proche de la tête du garçon, et un crépitement doux et irrégulier démarra dans sa gorge. Florian se tourna sur le côté et l'observa, sans le toucher, puis petit à petit ferma les paupières.

    ...

    Toute sa vie, Bonnard avait peint des petits moments, intimistes, un enfant jouant dans un tas de sable, des chiens ou des chats attentifs aux plats posés sur la table. Et il y avait Marthe. Son petit corps sinueux, l'idéal de Bonnard. Il l'avait peinte indolente après l'amour, chatoyante et rêveuse dans son bain, regardant par la fenêtre, à côté de cette porte bleue qui s'ouvrait vers l'intérieur. De l'avis de beaucoup, c'était une mégère grincheuse, et pourtant Bonnard l'avait aimée de tout son art. A cause de la guerre, son monde s'était rétréci. Il avait perdu sa femme. A cette époque-là, il avait peint un autoportrait que Gil trouvait à la fois insupportable et héroïque. Dans ce tableau de lui, seul, fragile, âgé, scrutant le miroir de la salle de bains, Bonnard avait employé toutes les couleurs. Ses yeux étaient très creux, omniscients, fixes. Toutes les couleurs dont il s'était servi dans sa vie étaient là dans cet autoportrait. C'était une représentation de l'esprit unifié de l'artiste, le moi se dissolvant avec lassitude dans la lumière et la couleur inlassables. Il était aussi chauve qu'un oeuf, et pourtant son crâne nu était encore caressé çà et là par un peu d'éclat, un zeste de soleil.

    Ensemble, à Paris, Irene et Gil avaient contemplé ce portrait et, pour des raisons différentes, ils avaient pleuré.

  • En moins bien d'Arnaud Le Guilcher

    Stéphane Million Editeur : 276 pagesen moins bien.jpg

    Présentation de l'éditeur : Emma. Un pélican à la con. Une station balnéaire aux États-Unis. Un Allemand qui tourne. Une tribu de hippies crados. Le moral dans les bottes. Une dune qui chante. Cassavetes, Kurosawa et Huey Lewis. Un pressing. Un verre de trop. Une équipe TV. Puis une autre. Richard. Love in Vain. Un requin et un marteau. Un coup de feu. Du sang sur le sable. Une Chevrolet Impala. Le bruit des vagues. L’amour à trois. L’amour tout seul. Une lettre d’amour. La vie qui continue. En moins bien.

    Découvrir un auteur français qui a la trempe d'un auteur américain, ça n'a pas de prix. C'est d'ailleurs cet intéressant croisement qui donne à ce texte toute sa beauté : l'action se déroule aux Etats-Unis mais le verbe est argotique.

    L'écrivain, probablement un brin zinzin (au sens élogieux du terme), nous fait emboîter le pas d'un loser magnifique. Les personnages sont déjantés, les situations sont cocasses mais sous ces airs d'absurdité la plus crasse, le fond est pro, le récit est profond. Ca vous chatouille les zygomatiques et ça peut même vous tirer la larmiche. Des bouquins commak, on devrait en boulotter plus souvent. Non seulement ça fait reluire les méninges mais en plus, c'est bon pour le moral de se gondoler. Le must ? Il y a une suite !

    Extraits :

    Ce bâtiment avait un capital sympathie dégueulasse : un enduit dégoulinant, des petites fenêtres immondes. Il y a des gens à l'urbanisme qui mériteraient d'habiter dans les saloperies qu'ils dessinent.

    ...

    Y a pas de mots pour décrire  le moment où on déshabille pour la première fois la personne qui cristallise tout.  J'étais bouleversé. Je me suis mis à trembler. Comme une feuille. Quand je l'ai pénétrée pour la première fois, j'ai eu envie de pleurer. Je suis pas une fiotte, mais là faut reconnaître que ça m'a méchamment secoué.

    Je sais pas comment réagi un bonhomme dans les quelques jours qui suivent ou précédent le début d'une histoire d'amour... C'est étrange... On est crevé, mais en forme. Epuisé, mais heureux. Le sentiment amoureux doit générer des hormones euphorisantes ou du Prozac.

    ...

    Tableau du 1er tour :

    Nous - Les gens normaux

    Les flics - Les hippies

    Pierre de Coubertin en voyant ça a dû faire des triples axels dans sa tombe. On jouait sur deux terrains parallèles, les torses nus contres les tee-shirts. Y avait pas d'arbitre et ça a tourné à la foire. La moitié des hippies, dont le goal, jouait à poil. A la première patate, le portier baba a fait un amorti de la bite et ona dû le sortir. De notre côté ? Waterloo...

    ...

    Je marque à mort. On me touche, j'ai un hématome. Je me cogne et vlan, un bleu. Dans le coeur c'est pareil, je marque à mort. Un coeur brisé plein de bleus, c'est mon coeur à moi. C'est pas de la faïence, c'est autre chose. J'ai plus tellement envie. J'ai plus envie du tout même, pour être honnête. Tout ça me pèse. Mais peser c'est autre choses, alors...

    Elle est où Emma ? Elle est partie...

    T'est où ? C'est qui, qui te fait l'amour ? C'est qui ? C'est comment, les bras des autres ? C'est plus chaud ou moins chaud ? C'est plus fort ? Moins fort ? C'est comment ? Ils te tirent les cheveux, parfois ? Tu leur dis "Je t'aime" à l'oreille, aussi ? Tu dis quoi ? Et à qui ? Et quand ? Et où ? Ca me donne le vertige tout ça, c'est trop haut pour moi.

    La vache...

    C'est dur quand même.

    Je pourrais faire sans toi. C'est sûr. Je peux me mentir assez longtemps. Mentir, je sais faire. Ne pas penser à toi, c'est autre chose. Je suis mort, putain, tu te rends compte ? Je suis mort... Toutes ces expériences pour en arriver là... Tout ça pour ça. C'est fou. Mort et vivant. A la fois. C'est barjot. C'est des coups à pas renaître. Mais renaître, c'est autre chose.

    Alors...

    T'es où, Emma. T'es où ?

    Je t'en veux pas de tout ça. S'en vouloir, c'est autre chose. J'aimerais juste savoir comment tu vas, comment tu te sens et si tu es bien dans tes pompes. Je reprendrais bien un peu de quotidien. J'aimerais te voir te laver. T'entendre fredonner l'infredonnable, toutes tes chansons pourries, faire tes imitations à la con et rire. Rire. C'est ça. C'était bien ça.

    Une vie sans toit, ça risque d'être un peu long. Pas beaucoup plus qu'une éternité, mais pas beaucoup moins non plus.

  • Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins

    Editions Au diable vauvert - 203 pagesculture,citation,littérature,livre,roman,télévision,tv,famille

    Présentation de l'éditeur : On retrouve ici Antoine Duhamel, le personnage du premier roman de l'auteur, Un coup à prendre. Il est désormais divorcé et père recomposé dans les bras de Laurence, mais peine toujours à se séparer d'Alice et ne se résout toujours pas à cesser d'hésiter entre deux femmes. Comme entre regret et renoncement. Il va offrir à celle qui est finalement sa seule confidente, sa grand-mère Mouna, deux jours hors de la maison de retraite où elle a préféré finir ses jours. Un pèlerinage clandestin dans l'hôtel de leurs vacances passées, le temps d'une escapade sous le ciel bleu de la côte normande. Sous un parfait ciel bleu, c'est le face à face d'un homme de trente-sept ans qui a encore peur de vivre et d'une vieille dame qui a peur de mourir. Et c'est celle qui a pourtant tout connu du renoncement qui, au soir de sa vie, va lui donner le courage de choisir sa vie.

    Xavier de Moulins est journaliste. Pour ceux qui ne situeraient pas, il est le journaliste animateur du 19h45 sur M6. J'avoue que je n'accroche pas à sa présentation mais n'étant pas du genre à me fier aux apparences, j'ai suivi ma curiosité en acceptant de découvrir sa facette auteur en me plongeant dans son second roman, délicatement offert par Babelio et les Editions Au diable vauvert.

    Et bien si le journaliste apparaît, selon mon jugement purement subjectif, froid et guindé, l'écrivain est quant à lui d'une délicatesse extrême dans une écriture parlée originale et drôle. Faisant s'affronter les générations et s'interrogeant sur les difficultés de tourner les pages de nos vies, particulièrement amoureuses, Xavier de Moulins m'a touchée et m'a procuré un délicieux moment de lecture. C'est tout simple, sans prétantion mais ça fait du bien à l'âme. Bref, une agréable surprise.

    Extraits :

    On est toujours hypocrite au début d'une histoire. On cache ses zones d'ombre et ses vilains défauts. On prend facilement l'autre pour une Ferrari avant de lui en vouloir de n'avoir à offrir qu'un moteur de 2CV.

    ...

    - Tu sais Antoine, ça ne sert à rien la vieillesse.

    Mouna adore cette phrase. Elle a raison, la vieillesse, ça ne sert à rien, sauf peut-être à apprendre aux enfants à profiter de la vie avant la liste d'attente pour la Résidence des Lilas. A comprendre qu'iol faut vivre sans se retourner. Commencer à oublier avant d'être lâché par sa mémoire. L'entretenir en refusant de se souvenir d'hier pour mieux embrasser demain.

    ...

    Alice, Laurence, Mouna, une chaîne de montagnes, trois sommets, trois visions différentes, du monde, de l'amour, des hommes, et ma pomme en dénominateur commun. Peut-être que c'est ça, être une famille, se faire trait d'union entre des étrangers. Est-ce que Alice, Laurence et Mouna auraient croisé leur chemin sans moi ?

    La vraie famille est celle que l'on se construit accidentellement.

    Mouna m'inspire, j'ignore pourquoi en l'emportant sur la route de son dernier rêve j'ai enfin la sensation de savoir qui je suis.

    Je cultive mon cercle, j'y fais pousser des emmerdes et de la grâce, je me clôture avec des femmes, une garde rapprochée bigarrée, jalouse et rebelle, elles sont le souci et l'issue, mes astres et mes boulets. Je songe à la grande harmonie en foutant un bordel monstre, j'ai l'autodestruction fertile, la créativité déchirante lorsque la vie me demande de choisir.

    ...

    Elle ouvre ses yeux immenses et m'explique que malgré le temps, les rides et la mémoire qui flanche, les jolies choses restent intactes. Alors quand la vie fait sa garce, parce que la vie peut facilement nous faire dérailler et prendre un mauvais tournant, il ne faut pas hésiter à descendre au plus profond de soi et refaire jaillir une odeur, une matière, une image, une note de musique, quelque chose de doux pour affronter la violence et, surtout, s'en protéger. Se faire la belle n'est jamais compliqué. On a tout un tas de ressources à l'intérieur de soi, il suffit de prendre la peine d'aller les chercher.

    ...

    A les voir penchés sur leur déambulateur, affalés dans leur chaise roulante, en mettre partout en mangeant ou baver en s'endormant, on oublie que derrière les rides, dos voûtés et mots croisés pour les plus vaillants, il y a eu nous.

    Des hommes et des femmes en pleine force de l'âge, faits de rêve, de doutes , de certitudes, de projets, d'envies, de fantasmes, de révoltes aussi, d'insatisfactions, de colères, d'amours et de passions. Il y a eu toutes ces histoires, légères et graves, découvertes et cachées, assumées et ratées. Ces espoirs et ces désillusions, ces chagrins et ces joies, autant d'orgasmes et de petites morts. Les vieux vivent en secret avec le même besoin de consolation que nous. Leur vie n'est pas cette trajectoire lisse et ordonnée que l'on s'imagine enfant observer, souvent dans la confiance de notre extrême jeunesse, parfois dans la crainte. Les vieux ont simplement muté, mais à l'intérieur ils sont ce que nous sommes, amas craintifs bourrés de cette envie d'amour qui nous obsède jusqu'à nous rendre aveugles, nous encourage à imaginer que personne ne peut comprendre notre quête. Que personne n'a jamais rien vécu avant nous, que nous sommes les seuls à savoir, à vivre avec ces blessures et ces manques, ces lâchetés et ces obsessions, ces vagues et ces creux. Nous supposons la vie des vieux, mais nous n'osons jamais la connaître car son reflet rassurant peut, s'il se précise un peu, nous terroriser, concourir à la chute toujours inévitable de nos illusions.

    ...

    - Le passé tu ne peux pas le changer et tu ignores tout du futur. Vis au présent, aime au présent, c'est la seule solution pour ne pas tomber malade. Tu verras bien demain ce que l'avenir t'a réservé.

  • Les témoins de la mariée de Dider Van Cauwelaert

    les témoins de la mariée.jpgEditions Albin Michel - 248 pages

    Présentation de l'éditeur : « Nous étions ses meilleurs amis : il nous avait demandé d'être ses témoins. Trois jours avant le mariage, il est mort dans un accident de voiture. Ce matin, à l'aéroport, nous attendons sa fiancée. Elle arrive de Shanghai, elle n'est au courant de rien et nous, tout ce que nous savons d'elle, c'est son prénom et le numéro de son vol. Comment lui dire la vérité ? Nous nous apprêtions à briser son rêve ; c'est elle qui, en moins de vingt-quatre heures, va bouleverser nos vies. Mais cette jeune Chinoise est-elle la femme idéale ou bien la pire des manipulatrices ?" Avec son humour implacable, l'auteur d'Un aller simple et de L'éducation d'une fée nous entraîne, entre suspense et sensualité, dans un grand roman d'amitié où le machiavélisme amoureux agit comme un révélateur.

    Des Van Cauwelaert, j'en ai lu des tonnes il y a une éternité. Et puis j'ai abandonné l'auteur comme une vieille chaussette sans qu'il m'ait déçue. Peut-être avant qu'il me déçoive. Mais là, je n'ai pas eu le choix, l'on m'en a fait cadeau.

    Quel délice de redécouvrir cet auteur qui m'avait fascinée mais qui n'avait pas eu l'heur - pourquoi ? mystère... - comme John Irving de décrocher ma fidélité inconditionnelle. Pour dire mon ingratitude, j'ai même eu des a priori, je trouvais le titre bof et n'avait qu'à peine pris le temps de lire la jaquette qui, si on lui accorde un tant soit peu d'attention il faut le reconnaître, a le don d'intriguer, de capter quasi immédiatement.

    Quant au contenu en lui-même, parce que bien sûr une quatrième de couv' ce n'est pas le tout (combien sont en-deçà de la qualité de l'ouvrage ?!), comment dire : époustouflant, haletant... Bref, énorme, un page-turner de plus. Pas moins.

    Les personnages sont géniaux, chacun à leur façon très particulière et l'intrigue... Ben l'intrigue, c'est le summum. Où l'auteur va nous mener ? C'est ce qui nous fait cavaler tout du long et cerise sur le gâteau, l'on n'est aucunement déçu par le dénouement. La recette parfaite pour faire un excellent roman. Tout est dit.

    Evidemment, les quêteurs de textes hautement intellectuels ne seront pas de cet avis et trouveront à n'en pas douter l'ensemble léger. Mais qui a dit que légèreté était incompatible avec qualité ? Et puis Van Cauwelaert nous offre avec beaucoup d'intelligence, beaucoup d'esprit, une bonne tranche d'humanité et de nos jours, c'est carrément du luxe.

    Sur ce et sans transition, je vous tire ma révérence. Au moment de la parution de cette note, je serai hospitalisée depuis dix jours et j'en aurai pour encore au moins trois semaines. Mais là en vrai au moment où j'écris ces mots, je suis sur le point de partir à la clinique et je n'ai pas eu le courage de pré-enregistrer plus de notes. Vous ne m'en tiendrez pas rigueur. En vous remerciant. Commencez à vous faire du souci à partir disons du 1er mars. See ya !