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Voyage - Page 4

  • Atol et à travers

    Parce que je ne suis pas partie en vacances depuis plus de trois longues et interminables années et qu'il y a peu de chances que cela se produise dans les temps à venir, j'ai fait le pitre devant une webcam pour tenter de gagner le grand jeu concours vidéo (jeu gratuit sans obligation d’achat ouvert du 27 avril au 30 juin 2009) organisé par Atol les opticiens à l'occasion du dizième anniversaire de ce cri légendaire poussé depuis longtemps par Antoine et plus récemment par Adriana.

    Parce que je ne suis pas partie en vacances depuis plus de trois longues et interminables années et qu'il y a peu de chances que cela se produise dans les temps à venir, tu vas gentiment te rendre sur le site poussetoncri.com et tu vas voter massivement pour ma vidéo intitulée Mademoiselle de Bergerac (enregistrée le 13 juin dans la recherche par date) afin que je gagne le voyage de rêve à l'île Maurice d'une valeur de 4 824 € avec Go Voyages, CorsairFly et Apavou hôtel Resorts and spa.

    Parce que je ne suis pas partie en vacances depuis plus de trois longues et interminables années et qu'il y a peu de chances que cela se produise dans les temps à venir, je préférerais vraiment gagner ce premier prix plutôt qu'un des trois week-ends "prêt-à-visiter" pour deux personnes dans un hôtel Mercure en France d’une valeur de 200 € ou des lunettes de soleil d’une valeur de 59 à 125 €. Même si je me contenterais bien de ces gains secondaires.

    Parce que je ne suis pas partie en vacances depuis plus de trois longues et interminables années et qu'il y a peu de chances que cela se produise dans les temps à venir mais que ce n'est pas pour autant que je dois t'empêcher de tenter ta chance, je vais te révéler que tu peux toi aussi pousser ton cri, seul(e), avec ta famille ou tes amis, si tant est que tu possèdes une webcam et un micro... ou à défaut que tu connaisses quelqu'un d'équipé (c'est ce que j'ai fait). Il te suffit d'enregistrer ton cri avec des lunettes de soleil ou de vue, de soumettre ta vidéo et de faire voter massivement ton entourage connu ou inconnu (via Dailymotion, Youtube, Facebook...). Les vainqueurs seront élus à 50 % par les votes du public et à 50 % par le jury.

    Mais parce que je ne suis pas partie en vacances depuis plus de trois longues et interminables années et qu'il y a peu de chances que cela se produise dans les temps à venir, tu vas bien regarder ma vidéo et tu vas faire moins bien que moi pour me laisser gagner le grand voyage mentionné ci-dessus.

    Ou alors tu déchires tout, tu gagnes et tu m'emmènes parce que c'est un peu grâce à moi quand même !

    Article sponsorisé

  • Sur la route de Jack Kerouac

    kerouac.jpgEditions Gallimard - 437 pages

    Quatrième de couv' : Un gars de l'Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j'aurais avec lui, j'allais entendre l'appel d'une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier à tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur un trottoir ou sur un lit d'hôpital, qu'est-ce que cela pouvait me foutre ?... Quelque part, sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare.

    En bref, c'est l'histoire d'allers et de retours incessants d'Est en Ouest américain puis du Nord au Sud, direction le Mexique. Absolument déconseillé donc aux férus d'action allergiques aux descriptions qui ne sauraient apprécier les nombreux tableaux de l'immense territoire arpenté, aussi différents, interminables et parfois monotones que le sont les axes routiers américains.

    Je ne saurais dire dans quelle mesure ce roman est autobiographique, mais si l'on considère que le chef de file de la Beat Generation, vivant avec sa mère, est décédé en 1969 à l'âge de quarante-sept ans, miné par la solitude et l'alcool, l'on peut penser que l'émancipation conventionnelle, le rejet révolté de l'Amérique conformiste et bien-pensante, la poursuite de la liberté semblent brûler les ailes... Mais n'est-il pas dit dans Et au milieu coule une rivière : "brûlons la chandelle par les deux bouts ; elle peut bien fondre et brûler vite, pourvu qu'elle éclaire bien" ? Et entre des études à Columbia, une expérience de marin durant la Seconde Guerre mondiale, une vie de bohème à Greenwich Village, des nuits sans sommeil, les drogues et l'alcool, le sexe, les délires poétiques et jazz bop ou cool, les vagabondages sans argent à travers les Etats-Unis et jusqu'à Mexico, la vie collective trépidante ou la quête solitaire au lisières de la folie ou de la sagesse, l'on peut dire que la chandelle de Kerouac a brûlé bien plus intensément que bon nombre de celles d'aspirants centenaires.

    Captivée par ce récit, je n'en reste pas moins quelque peu sur ma fin. Mais finalement, n'est-ce pas exactement cela, la poursuite de la différence, de l'intensité, de la liberté ?

  • Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

    Editions Gallimard - 4 albums parus

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    Marguerite Abouet : « Dans les années 1970, la vie était douce en Côte d'Ivoire. Il y avait du travail, les hôpitaux étaient équipés et l'école était obligatoire. J'ai eu la chance de connaître cette époque insouciante, où les jeunes n'avaient pas à choisir leur camp trop vite et ne se préoccupaient que de la vie courante : les études, les parents, les amours… Et c'est cela que je veux raconter dans Aya, une Afrique sans les clichés de la guerre et de la famine, cette Afrique qui subsiste malgré tout car, comme on dit chez nous, "la vie continue"...»

    Nous présenter une autre Afrique que celle de tous les rapports et autres informations catastrophiques, tel est le pari réussi de l'auteur Marguerite Abouet et de l'illustrateur Clément Oubrerie.

    L'histoire commence en 1979, dans le quartier populaire d'Abidjan Yopougon, également appelé Yop City. L'on y découvre l'héroïne Aya, sa famille, ses amis et de nombreux personnages hauts en couleurs. Au travers des existences de ces multiples protagonistes, la culture, ivoirienne en particulier et africaine en général, nous est présentée avec beaucoup d'humour, parfois de gravité et appréhende des sujets aussi incontournables que le fossé croissant entre les pauvres et les riches, la condition de la femme, la polygamie, la famille, la sexualité, les espoirs d'un Eldorado français, etc. Tout ceci au coeur d'intrigues qui font la part belle au suspens et dans un langage imagé à mourir de rire qui mêle l'argot ivoirien (le nouchi) et le français, les langues locales et le langage de la rue.

    Non seulement les quatre albums font quelque cent pages chacun mais sont en outre dotés du "bonus ivoirien" qui offre un petit lexique de nouchi, des recettes de plats traditionnels (kédjénou de poulet, soukouya, allocos...) ainsi que des astuces pour bien nouer son pagne ou rouler son tassaba (remuer son popotin) pour faire tomber les hommes à ses pieds.

    Ce n'est pas pour rien que le premier tome s'est vu décerner le prix du 1er album au festival d'Angoulême en 2006 !

  • Qui me paye un séjour ski tout compris ?

    J'aurais pu irrémédiablement être traumatisée par les vacances d'hiver à la montagne et de fait, en faire un définitif rejet.

    Parce que mes débuts ont été marqués par l'apprentissage du fait qu'il faut être prévoyant à la neige où, pour cause de froid et d'humidité, il est impossible pour une enfantine vessie inexpérimentée de se retenir. Même que, ne voulant pas perturber le moniteur et le groupe et ne me sentant de toute façon pas en mesure de m'en sortir seule avec mon attirail de moufles, cagoule, écharpe, combinaison, collant, chaussettes... dans l'espace exigu de toilettes, de surcroît publiques, je décidais d'allègrement pisser dans ma culotte. Personne n'y verrait rien puisque je tombais tellement souvent que, de toute façon, mon fond de pantalon était trempé. Un peu plus, un peu moins... Lors d'une pause donc, je m'affalais dans la neige et opérait mon larcin incognito en envisageant de fermer la marche au prochain départ afin que, dernière à me relever, personne de remarque la jaune empreinte du crime. Mais comme à l'accoutumée, le crime n'est jamais que presque parfait. Une petite peste du groupe des razmokets apprentis skieurs a naturellement fermement décidé que ce serait elle et nul autre qui fermerait le convoi. Et de me relever, humiliée, voyant la pimbêche éberluée puis ricanante me céder finalement la dernière place et se précipiter pour diffuser le scoop.

    Ou encore parce qu'après un interminable voyage à base de "c'est quand qu'on arrive ?" pour situer la tranche d'âge, je n'ai eu l'occasion de découvrir que l'espace d'une toute petite journée que mon adorable moniteur était, si ce n'est Roch Voisine, du moins son sosie. Le reste de la semaine, je l'ai passé clouée au lit par une appendicite aigüe, attendant douloureusement que le séjour soit rentabilisé avant de pouvoir rentrer me faire opérer.

    Mais je garde également d'impérissables souvenances, notamment ma fantastique semaine avec une chouette copine d'internat et de charmants salopards aux noms improbables, mes virées roots d'une journée avec mes potes de fac', ma folle semaine avec ma promo d'école de pub et surtout, mes séduisants week-ends avec un fiancé qui possédait un appartement à la montagne, ce qui, convenons-en sans bégueulerie aucune, n'enlevait rien à son charme.

    Le meilleur l'a emporté. Mais la montagne aurait mon irrémédiable adhésion si je pouvais, rien qu'une fois, réaliser mon rêve de vacances, longues, avec une bande de vrais potes (ceux de l'école, on ne les choisit pas même s'ils sont sympas hein...) et surtout de vrais moyens financiers. Même que je réserverais un des séjours à la montagne du Club Med parce que je suis une grosse feignasse de l'organisation et que c'est du sur-mesure, tout compris : transport, hébergement, cours avec l’Ecole de Ski Française (peut-être avec Roch...) pour s’initier ou se perfectionner au ski free style ou au snowboard, forfait remontées mécaniques, restauration, en-cas et boissons toute la journée, activités diverses pour varier les plaisirs (promenades en raquettes, patinoire, descente en bob-raft...), espaces bien-être pour retrouver un équilibre entre le corps et l’esprit

    Cela dit, tout compris, c'est vite dit. Parce que pour sillonner les pistes dès les premières chutes de neige ou passer les fêtes à la montagne, il faut quand même faire un choix entre les 23 villages du Club Med et je dois bien dire qu'entre Saint Moritz Roi-Soleil en Suisse, Sestrière en Italie ou Sahoro au Japon, mon coeur balance. Mais je crois que le domaine de L'Alpe d'Huez La Sarenne garde ma préférence, rapport aux souvenances sus-mentionnées. A noter également le Village Tignes Val Claret, temple de la glisse, entièrement rénové et redesigné par l’architecte d’intérieur François Champsaur, dans un esprit montagnard contemporain et cosy. Ca fait envie aussi.

    Bon, moi mon rêve, c'est entre potes, mais si j'avais des sous, je pourrais partir en solo, si j'avais un mec, je voudrais partir en couple et si je voulais j'avais des enfants, je devrais souhaiterais partir en famille et, pendant que je dévalerez les pistes, mes enfants s’éveilleraient  à la neige dès 4 ans au Mini Club Med !

    The snow is too soft for me... It's too hard !

    Crédits Photos Club Med

  • Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    dongala.jpgEditions Le Serpent à Plumes - 396 pages

    Quatrième de couv' : Premier roman d'Emmanuel Dongala, Un fusil dans la main, un poème dans la poche est le récit des Indépendances de l'Afrique, à travers le personnage de Mayéla dia Mayéla. De la lutte intellectuelle puis armée dans les maquis d'Afrique australe, jusqu'au sommet du pouvoir, Mayéla incarne oh combien ce rêve porté par les Fanon, Cabral et Lumumba. Ce rêve aura été celui d'un continent libéré du colonialisme mais qui, en réalité, n'aura fait que changer de maître, remplaçant le colon Blanc par le despote Noir. Un roman magnifique, emblème d'une génération perdue.

    Ecrit à l'heure de l'émancipation noire, ce roman n'est reste pas moins d'une actualité déconcertante. Loin de tout manichéisme simplificateur de l'Histoire, l'auteur, malgré son jeune âge au moment de l'écriture de l'oeuvre, a su retracer, avec la force poignante de l'expérience, les blessures d'un continent, d'une communauté, au devenir pas moins difficile que son passé. Les innombrables références permettent au lecteur de se plonger dans une culture trop souvent négligée malgré son incontestable richesse, si souvent bafouée, incessamment spoliée. Un merveilleux cri d'espoir à l'heure où tout un chacun s'accorde à courber l'échine devant ce qu'on nous présente comme une fatalité. Un manifeste qui devrait rappeler aux masses populaires de tous horizons que le réveil se fait attendre et qu'il serait vraisemblablement bon de repenser l'existence ; qu'il vaudrait mieux mourir dans l'exaltation de la révolution que de vivre dans des destins étriqués imposés. Aux armes, citoyens du monde !

    Préface d'Emmanuel Dongala : En ces années-là, comme la plupart des écrivains africains de ma génération, je me considérais comme un "écrivain engagé". Et quelles années ! C'était l'époque de la guerre américaine du Vietnam où par solidarité tiers-mondiste nous proclamions notre volonté, comme le prônait le Che, de créer à travers le monde plusieurs brasiers qui devaient consumer l'impérialisme occidental, c'était l'époque du grand mouvement des droits civiques de l'Amérique noire avec ses Malcolm X et ses Black Panthers, sur notre continent, celle de la lutte contre le colonialisme portugais et pour la libération de Nelson Mandela embastillé par le régime raciste de l'apartheid sud-africain. En tout cas, le fond de l'air était rouge et nous avions fait nôtre le slogan de Mao, "le pouvoir est au bout du fusil". (...) Le temps a passé. Mandela entre temps est devenu Président de la République et nos cousins Noirs Américains se font maintenant appeler Africains-Américains, preuve qu'ils n'ignorent plus l'Afrique. Nos livres, j'en suis convaincu, ont leur petite part dans ces victoires. Mais aujourd'hui les héros sont fatigués et les fusils donnent des enfants soldats. (...) Cependant, je crois toujours profondément que nous pouvons changer ce monde en un monde meilleur (...).

    Extraits :

    (...) ; Marobi proposa à son compagnon d'aller dans un shebeen, un de ces bars clandestins où ils se rencontraient tous les week-ends et jours fériés pour oublier leurs soucis, pour essayer de retrouver leur âme au fond d'un verre et, surtout, se retrouver dans une atmosphère fraternelle. Mais même là-bas il fallait faire très attention car il y avait beaucoup d'espions parmi les Noirs ; l'ennemi du Noir n'a-t-il pas été le Noir lui-même, depuis le temps de l'esclavage jusqu'aujourd'hui ? N'empêche que ces shebeens étaient le seul endroit au monde où ils se sentaient vraiment hommes. Le jour, au travail, ils avaient le Blanc en face d'eux et ils devaient jour le rôle d'oncle Tom, se plier pour ne pas se briser ; le soir à la maison, si on était en congé, on retrouvait sa femme et ses enfants dont les regards insoutenables vous posaient d'une manière insupportable la question de savoir si vraiment vous étiez dignes d'être appelés des hommes, c'est-à-dire les protecteurs de la famille. Et le matin, lorsqu'ils se levaient pour se raser, ils avaient honte de voir leur visage, peur de penser à cette torture mentale qui allait recommencer dans la journée. Alors le soir, pour oublier tout cela, on se retrouvait au shebeen.

    (...)

    - Vraiment je ne me sens pas bien.

    - Bois encore, dit Marobi en lui remplissant son verre de bière. Regarde, moi je commence à oublier.

    - Tu ne comprends rien. Bois, bois, tu ne sais dire que ça. Combien de barils d'alcool dois-je boire pour oublier que je suis un homme.

    ...

    - Si tu veux venger tous les affronts que t'a causés l'histoire, ta vie d'homme n'y suffira pas et je te plains sincèrement. Avant d'accuser ceux qui vendent vos parents partis pour La Mecque y conquérir le titre de Hadj, il faudrait d'abord évoquer la responsabilité de ceux de vos parents ou amis qui y vont tout en sachant ce qu'ils risquent. Aie le courage de reconnaître que peut-être, je dis bien peut-être, l'esclavage n'aurait pas pris cet essor sans la cupidité de certains potentats africains.

    ...

    "Le monde est une tannière où les plus malins utilisent les autres. Nous nous sommes laissés utiliser pendant longtemps, maintenant que nous avons appris, nous devons aussi savoir utiliser les autres pour pouvoir survivre. Désolé de le dire, mais le monde en est arrivé à ce degré de cynisme", conclut Meeks.

    ...

    Après son deuxième repas de la journée, Mayéla se sentait bien mieux. Une bonne nuit de sommeil et il ne resterait rien des épreuves subies, à part les marques de fouet. "Mes stigmates" se dit-il en se moquant un peu de lui-même. La chambre était grande, propre, le lit bien fait, et il y avait un petit coin-toilette pour lui tout seul. Il était servi par une infirmière bien propre et bien belle. C'était cela le pavillon des fonctionnaires ! Il pensa à la salle où il se trouvait ce matin. Comment deux mondes aussi différents pouvaient-ils coexister, l'espace d'un couloir ? C'est cela l'Afrique, se dit-il, un monde sans juste milieu. Où l'on passe brutalement de la grande métropole qui vous rappelle New York par son atmosphère, sa superficialité et son égoïsme, aux villages perdus dans les immense savanes ou les profones forêts. L'Afrique des nouvelles bourgeoisies possédantes avec pavillons spéciaux dans les hôpitaux, face à la masse paysanne dépourvue de tout, et s'entassant comme du bétail dans des salles que l'on imagine mal être des salles d'hôpitaux. Et lui, Mayéla, où était-il dans tout cela ? C'était plus facile de combattre les colons blancs que d'imaginer une société nouvelle après leur départ.

    ...

    "Peut-être l'histoire universelle n'est-elle que l'histoire de quelques métaphores." Et Kapinga d'ajouter :

    - ... l'histoire de diverses intonations de quelques métaphores. Après tout, pourquoi pas ? Mais cela n'est que coquetterie de littérateur. Moi, je suis plus matérialiste : l'univers est un gigantesque ordinateur où se trouvent réunies toutes les données - et toutes les solutions - du problème. L'histoire est le chemin qui mène de ces données aux solutions, d'où son importance. Tu vois maintenant pourquoi on parle d'un sens de l'histoire. Faire l'histoire n'est rien d'autre qu'imaginer la meilleure programmation des données menant à la meilleure solution. En d'autres termes c'est à nous de choisir, c'est-à-dire qu'il nous appartient de faire l'histoire.

    ...

    Et il se mit à penser aux femmes, comme ça. L'Afrique contemporaine avait trop tendance à négliger les femmes, pensa-t-il. Et pourtant, il ne pouvait y avoir le concept d'éternité sans la femme ; ce n'était pas pour rien que plusieurs sociétés africaines étaient matrilinéaires. L'homme, dans toute sa puissance, serait une manchot sans elle.

    ...

    "Un moment arrive dans la vie d'une nation où il ne reste qu'une alternative : se soumettre ou combattre." (ndlr : Nelson Mandela, manifeste de l'Umkonto, 16 décembre 1961)

    ...

    Mais Pontardier, pris dans son envolée, continuait :

    - Vous comprenez, n'est-ce pas, mon cher Mayéla, pourquoi on dit que l'Afrique est mal partie.

    Alors Mayéla ne sut plus se contenir.

    - Ecoutez, monsieur l'expert, j'en ai assez d'entendre que l'Afrique est mal partie, surtout de votre bouche, vous qui n'avez aucun droit moral à nous donner des leçons. A l'"indépendance", vous vous êtes arrangés pour balkaniser l'Afrique et pour créer des structures facilitant votre mainmise sur les nouveaux Etats où vous avez placés de nouveaux rois nègres à votre service, après avoir éliminé les vrais nationalistes. Et pour camoufler tout cela, vous nous jetez aux yeux la poudre de l'"aide et de le coopération". Et vous faites semblant de vous indigner quand vous savez bien que ce que vous appelez de l'argent gaspillé retourne chez vous, bénéfices en plus ! Vous poussez la malhonnêteté jusqu'à dire à vos concitoyens que si rien ne va plus chez vous dans le domaine social, c'est parce que tout l'argent s'envole en Afrique, où la France est en train de construire un système de tout-à-l'égout dans tous les petits villages !

    (...)

    - Voyons, Mayéla, soyons raisonnables, ne cédons pas à l'émotion...

    - "L'émotion est nègre et la raison hellène", missié.

    - Il faut être juste. La colonisation a eut ses bons et ses mauvais côtés comme toute chose. D'ailleurs, je ne sais pas si vous le savez, mais j'ai écrit des articles contres certains abus de la période coloniale et même de la période que vous appelez néo-coloniale. Mais d'un autre côté, la colonisation a laissé des routes, des écoles, des hôpitaux.

    - La colonisation n'a rien laissé, ou plutôt si : un vide, monsieur, un gouffre ! Ne me resservez plus ces salades ! Je la connais votre hypocrisie. Vous nous offrez l'amitié, mais quelle amitié ? Rien ne compte pour vous Occidentaux, que l'argent, le gain. L'amitié, une longue histoire commune, tout cela ne vous dit rien. Comment vous croire lorsque, pour gagner un peu de sous, vous n'hésitez pas à vendre des armes à l'Afrique du Sud contre le sang des Africains, ces Africains qui étaient dans les mêmes rangs que vos soldats pendant deux guerres mondiales, guerres où ils n'avaient rien à gagner...

    - Nous ne vendons que des armes défensives...

    - Défensives contre qui ? La Russie, la Chine, qui sont à des milliers de kilomètres de là ? Non, monsieur l'expert blanc, nous commençons à vous comprendre. L'argent, le gain, l'intérêt, c'est tout le langage que vous comprenez. La realpolitik, n'est-ce pas ? On s'est assez fait baiser ! Je suis solidaire de tous ces gens que vous voyez là-bas en train de danser, je suis l'un d'eux. Croyez-le ou non, ces gens-là sont sincères, ce que vous n'avez jamais été. Alors, il y a des choses que vous ne saisirez jamais. Il y a plus que l'argent entre vous et nous. Nous n'avons pas d'argent, qu'importe, puisque nous avons le temps et l'espace ? Regardez nos amples vêtements, nos grands boubous : nous pouvons nous y mouvoir largement ; en Afrique tout finit par s'arranger parce que nous avons le temps, nous avons une marge d'erreur humaine plus grande, pouvez-vous comprendre cela ? Tout n'est pas question de vie ou de mort. Vous ne saurez jamais pourquoi j'aime l'Afrique malgré tout ce que vous lui reprochez, malgré tout ce que je peux lui reprocher. Je critique l'Afrique parce que je l'aime, vous, parce que vous croyez détenir la vérité qui ne peut qu'être occidentale et blanche. Quand vous aurez fait assez de sous, vous vous en irez chez vous écrire des bouquins sur ce que vous avez vu ici, on vous consultera à la radio et à la télé comme expert des problèmes africains, ce qui vous fera gagner encore pas mal de sous. Critiquez, monsieur, dites que l'Afrique est mal partie, que le bonheur se trouve en Occident. Mais sachez une chose, je ne désespérerai jamais de l'Afrique. Bonsoir, monsieur l'expert.