Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Théâtre - Page 2

  • De Sacha à Guitry

    Après mes déboires estivaux, j'ai oublié, en l'espace d'une soirée, la prestation théâtreuse de Belle du seigneur en me plongeant dans la Comédie, la vraie, la grande, l'inénarrable, avec De Sacha à Guitry, interprétée par Jean Piat et scénographiée par Gérard Kéryse.

    Le Robert d'Artois des Rois maudits de mon enfance, du haut de ses insoupçonnables 83 ans, assure seul en scène un spectacle aussi désopilant que profond sur les textes sensationnels du controversé Sacha Guitry. Feu le comédien, auteur de pièces, metteur en scène, dialoguiste, scénariste et réalisateur dont je ne connaissais que la citation "Je suis contre les femmes, tout contre", s'est révélé à moi comme un inégalable amoureux des mots, de l'amour plus que des femmes - ce qui lui valut sans doute sa réputation de grand misogyne -, bref de la vie. Ses textes, magnifiquement mis en valeur par l'interprétation exceptionnelle de Jean Piat, sont un véritable concentré de perspicacité, d'humour et de philosophie. L'expression "avoir de l'esprit" prend toute sa mesure pendant ces 90 minutes d'acrobatie verbale jubilatoire.

    Si je m'écoutais, j'y retournerais. Mais je ne voudrais pas vous priver de l'opportunité de savourer les dernières représentations de ce spectacle haut en couleurs.

    Car il y a un Sacha charmant, caustique, désinvolte et léger mais il y a aussi un Guitry plus grave, lucide, moraliste à sa manière et qui, sans jamais se prendre au sérieux, parle à chaque génération. Sacha fascine. Sacha irrite. Sacha séduit. On le dit misogyne, égoïste : il s'en défend avec esprit, Guitry, ou Sacha, il vit de cette joie particulière : la joie des autres. L'évoquer, lui, sur un théâtre, était une tentation à laquelle j'ai cédé... Il s'avance sur la scène et il parle de tout, du bonheur, de Mozart, des acteurs, des auteurs, des femmes bien sûr, de la jeunesse, de sa scolarité "tourmentée" et même... de la Libération de Paris où son destin d'exception va le conduir 60 jours en prison. Promenade passionnante à travers une oeuvre à l'humour décapant que le temps n'a pas abîmée et où se révèle l'intelligence de l'homme, son rayonnement et aussi et surtout son amour du public et... de la France !

    Jean Piat 

    Comédie et Studio des Champs-Elysées

    15, avenue Montaigne - 75008 Paris

    Réservations : 01 53 23 99 19

    Dernières dates du 26 au 29 décembre 

  • Chronique d'une ambivalente #9

    D'un côté, j'ai toujours envie de faire plein de choses et de l'autre, je suis un peu flemmarde.cc7a46bcfcde6deb7ec73033001e8085.jpg

    Et si multiplier les activités nécessite un minimum d'organisation, je suis naturellement et paradoxalement allergique à la programmation.

    A partir de là, il est des tonnes de projets que j'aspire à réaliser mais qui n'échapperont pas à ma dichotomie caractérielle. De l'intention à la réalisation, il n'y a qu'un pas... mais c'est toujours le premier qui coûte.

    J'ai donc décidé de transcrire ici mes envies qui vraisemblablement ne se concrétiseront jamais parce que s'il est important de se remémorer ce que l'on a vécu, observé, érigé, détruit... il est également important de se rappeler tout ce qu'on a manqué faute de temps, faute d'argent, faute de motivation...

    Le Vertige est une pièce adaptée du livre d'Evguenia Guinzbourg, arrêtée trois fois par Staline en 1928, 1932 et 1937 et condamnée à trois ans de cachot et huit années de goulag. Cette pièce dépeint les interrogatoires d'une quarantaine de femmes par douze tortionnaires, mêlant l'atrocité au burlesque, comme pour dédramatiser l'horreur qui a tué l'auteur et tant d'autres victimes.

    Cette pièce, jouée à Moscou sans interruption depuis dix-huit ans (!), continue à combler les spectateurs qui, chaque soir, se lèvent pour crier "Merci !".

    Les 11 et 12 septembre au Théâtre de Paris

    15, rue Blanche - Paris 9

    Motif pour cette fois-ci : pas de sous.

  • Les ratés de l'été

    Point n'est question de météorologie en la matière, bien que le sujet - inquiétant - méritât d'être abordé. Mais de quoi8cb71ede37c2deeda28edadb677e11e6.jpg parler alors ? Taadaaaammm ! Lever de rideau. Le propos du jour s'attachera à palabrer relativement au théâtre contemporain.

    Pour être plus précis, le thème prendra appui sur ma sortie de la veille au Théâtre Lucernaire pour une adaptation, contemporaine donc, du chapitre XC de l'oeuvre littéraire magistrale d'Albert Cohen Belle du Seigneur.

    Si je n'avais pas mis les pieds au théâtre depuis un temps certain... je sais désormais pourquoi ! Non, je ne vais pas généraliser. Mais sincérement, trivialement, minimalistement, le spectacle que nous offre la metteur en scène / interprète Aurore Prieto et le scénographe / créateur de sons et lumières Soï est littéralement une bouse énorme.

    Pour ceux qui n'auraient pas lu l'incontournable livre de Cohen, n'allez surtout pas voir cette inconstructive représentation qui ne vous donnera pas le goût de découvrir le chef d'oeuvre. Pour ceux qui auraient déjà goûté à cette merveille de la littérature, n'allez surtout pas voir cette désobligeante représentation qui gâtera le souvenir impérissable de la majesté amoureuse d'Ariane et Solal.

    Alors peut-être suis-je particulièrement obtuse à la création dite "moderne". Quand beaucoup ne jugeaient que par le génie de La Science des rêves, j'abhorrais littéralement pour ma part ce film sans queue ni tête. Mais sincérement, trop de conceptuel tue le conceptuel.

    En l'occurence, le texte pourtant riche et intéressant ne souffre que de l'inattention du spectateur qui est sempiternellement agressé par les intonations et gémissements stridents de la comédienne, ses déplacements saccadés et ses mouvements incohérents. Sans compter les jeux d'eau et la musique très aquatico-retentissante qui, s'ils ont le mérite d'exister, n'ont aucune cohérence ni fonction. Si ce n'est d'agacer sous prétexte d'enrichir.

    Je suis certes loin des critiques dithyrambiques que j'ai pu lire préalablement mais je pense profondément que cette interprétation n'utilise qu'un titre connu qui ne peut qu'attirer pour en faire une pseudo-création. Je ne m'inclinerai que si l'on considère qu'en montant une pièce tirée d'un illustre texte et en me balançant de la peinture sur le corps, à moitié nue et bondissant comme un ouïstiti, je suis une vraie artiste.

    Seul élément positif, la petite salle toute en longueur où l'actrice prend place entre deux rangées de spectateurs qui se font face. Très original... bien que la fuite pour cause de non-adhésion à la performance soit tout à fait impossible.

    Théâtre Lucernaire - 53, rue Notre Dame des Champs - 75006 Paris - www.lucernaire.fr