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SF, fantasy, fantastique - Page 2

  • Enig Marcheur de Russel Hoban

    enig marcheur.jpgÉditions Monsieur Toussaint Louverture - 289 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans un futur lointain, après que les feux nucléaires aient ravagé le monde - le Grand Boum -, ce qui reste des hommes est retombé à l'âge de fer, leur survie sans cesse mise en péril par les chiens mangeurs d'hommes et les autres clans. La gnorance, la preuh et les superstitions ont pris le pouvoir. La langue n'est désormais plus qu'un patois menaçant et vif dans lequel subsiste par fragments les connaissances du passé. C'est là qu'Enig Marcheur, douze ans, va prendre la décision inédite de coucher par écrit les aventures hors normes qu'il mène à la poursuite de la Vrérité en revenant sur les pas des hommes à l'origine du Sale Temps. Road-moavie monty-pychonesque, Enig Marcheur est avant tout une oeuvre profondément humaine qui s'interroge tout à la fois sur la survie, les croyances, la politique, la manipulation et l'espoir. Raconté avec les mots d'un enfant dans la seule langue qu'il connait, ce livre propose un voyage intimiste d'une rare intensité dans des contrées menaçantes. Publié pour la première fois en 1980, qualifié de chef d'oeuvre, de livre culte et classique, ce roman post-apocalyptique, défi de traduction à la croisée des univers de Vonnegut, Pynchon, Self et McCarthy, est pour la première fois proposé en parlénigm.

    Ma note :

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    Broché : 20 euros

    Un grand merci aux Éditions Monsieur Toussaint Louverture pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre hors norme.

    Avant de lire Enig Marcheur, je pensais, comme à n'en pas douter nombre de lecteurs, qu'il n'y avait que deux sortes de livres : ceux que l'on a aimés, dont on se souviendra et ceux que l'on n'a pas appréciés, que l'on a peut-être même pas finis et que l'on oubliera. Une dichotomie à laquelle on peut ajouter une subdivision si l'on prend en compte la portion non négligeable de livres qui nous ont fait passer un agréable moment mais dont on ne garde au final pas le moindre souvenir.

    Enig Marcheur m'a fait prendre conscience de l'existence d'une autre catégorie de livres. Ceux qui, indifféremment à la perception, à l'appréciation, s'ancrent dans les souvenirs de manière indélébile. Qu'on les adore ou qu'on les déteste, qu'on les lise du début jusqu'à la fin ou qu'on ne fasse que les effleurer, jamais, ils ne sortent jamais plus des esprits qu'ils ont touchés. Ils restent définitivement gravés en mémoire.

    Mais alors, pour quelles raisons des livres tels Enig Marcheur s'inscrivent-ils dans les annales littéraires ? Tout simplement parce qu'il s'agit de véritables Objets Littéraires Non Identifiés. Des livres absolument conceptuels qui, sans forcément révolutionner les Lettres, marquent en avant et un après.

    Sur le fond, Enig Marcheur n'a ainsi rien d'excessivement original : un roman d'anticipation post-apocalyptique - un de plus -, une quête initiatique - nullement la première -, une critique de l'Homme et des sociétés - déjà vu ! Rien donc ne semble différencier ce roman des autres du genre. Et pourtant. Si Enig répond dans les grandes lignes aux classiques, sa forme, elle, est bien unique.

    Russel Hoban a su faire de son roman une création digne de l'OuLiPo, un livre original écrit de bout en bout dans une langue artificielle : le parlénigm. Car qu'on se le dise, la langue, à l'instar de l'humain, n'est nullement figée dans le temps ni dans l'espace. Le vieux Français ou encore le langage SMS suffisent à le prouver.

    Si ce sabir semble a priori sceller l'impénétrabilité du roman, l'adaptabilité - faculté dit-on première de l'homme - prend vite le pas et l'oeil fait très rapidement la mise au point. La langue hors norme devient quasi instantanément naturelle.

    Alors certes, la lecture est tout de même un brin plus ardue et nécessite un effort de concentration spécifique. Mais si l'on lit incontestablement plus lentement qu'habituellement, on le lit bel et bien ce parlénigm ! Saluons d'ailleurs la prouesse du traducteur !

    L'on pourrait penser que le message nécessitant l'invention d'un dialecte est pour le moins crucial. Mais, comme énoncé ci-dessus, le fond d'Enig n'a pas vocation à bouleverser l'ordre établi. Simplement à rappeler à l'homme qu'il court à sa perte et que si l'occasion lui était donnée, il recommencerait certainement encore et encore, il reproduirait sempiternellement les mêmes erreurs (guerre, nucléaire, pouvoir, conquête...). Fatalisme ou réalisme ? A tout le moins, désespérant...

    Ce qui serait vraiment révolutionnaire serait la prise de conscience... Mais cela signifierait que l'homme n'est pas naturellement mauvais... Improbable, n'est-il pas ?

    Quoiqu'il en soit, l'expérience d'Enig Marcheur vaut vraiment le coup d'oeil, ne serait-ce que pour voir si l'on est bien capable de le prendre ; le coup.

    "C'est un livre sur l'illusion du progrès, un livre sur ce rêve humain et confus qu'est l'Histoire, un livre sur les différentes facettes de la conscience. C'est un livre grandiose, un livre exigeant, un livre déstabilisant." Will Self

    Ils en parlent aussi : Les voltés anonymes, Racines, Laure, Joël, L'ivre mot, .

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    Là où vont nos pères de Shaun Tan

    Peste de Chuck Palahniuk

    Lunerr de Frédéric Faragorn

    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Extraits :

    Ce n’est pas un livre sur le passé travesti en roman sur l’avenir. C’est un livre sur l’illusion du progrès, sur ce rêve collectif et confus que l’humanité nomme «Histoire», sur ce que pourrait être la conscience. (Préface de Will Self)

    ...

    Elle m'a chanté ça à l'oreille en suite on est partis de jambon l'air en ho du poss de garde. Elle été la plus vieille de notre foul mais sa voyx été pas vieille. Du coup le ress d'elle a semblé jeune un moment. C'été une froa nuyt mais ça a chauff dans ce sac a pionce.

    ...

    Bon je peux pas être sûr si j'avais la moindr de ces ydées à l'espryt àvant qu'elle m'en parl mais depuis on diré que ça a tout jour été là. On diré que j'ai tout jour pensé à cette chose en nous qui nous pense mais qui pense pas comme nous. Notre vie en tiers est une ydée quon a pas pensé on sait pas nonplus ce que c'est. Tu parles d'une vie.

    C'est pour ça que final ment j'en suis venu à écrire tout ça. Pour penser à ce que l'ydée de nous purait être. Pour penser à cette chose qu'est en nous ban donnée et seulitaire et ivrée à elle même.

    ...

    Je pense que ça fait pas de diff errance par où on des bute quand on narr une chose. On sait jamais où ça a des butté vrai ment. Pas plus qu'on sait où on a des buté soi même. On peut bien çavoir le lieu et le jour et l'heure du jour de sa naissence. On peut même çavoir le lieu le jour et l'heure où on a été eu. N'en pêche ça veut rien dir. On sait pas pour au temps où on a des buté.

    ...

    Les ptits Môm zantant en conrt bas. Jouant à la Meute Noire :

    Plaie Lune Plaie Lune

    Plaie Lune ta la frouss

    Suiveuri Suiveurou à tes trouss

    Ou hou hou Youp Yarou

    Suiveuri Suiveurou suiveur jusqu'où

    S'ils te trappent tu sais

    Tu seras en gloupsé

    ...

    L'en demain matin en me rveillant j'ai a 1/2 cru que peu dêtre ça avété un rêve. Comme quand quelq chose de rible rive dans un rêve en suite tu te rveilles et cété rien quel soulâge ment. Mais quand eum suis rveillé à fond cété bien là. Non pas que cété si très rible mais cété pas rien non plus.

    ...

    Jai fait entrer Lecouteur et l'ai couvert avec son sac à pionce en suite je l'ai peu lotoné au mi lieu de tous les chiens mouillés. Au chauff et tout confor en plus la schlingue c'été quelq chose qui pouvé te des foncé même pas bsoin de fhumer. Au bout d'un tant eum suis dit quil y avé peu dêtre aussi une aurt odeur là dedans mais j'ai papu dire ce que cété. J'ai comptine hué à radariser tentif un long long tant en suite eum suis dit que j'allé moi aussi me prendre un peu de somnol.

    ...

    Couac tu cherch tu en trouvveras jamais le des buts c'est pour ça que tu riveras tout jour trop tard. La seule chose que tu trouvveras cest la fin des choses. Couac il rivera ce sera  ce que tu voulé pas qu'il rive. Touss qui rivera pas ce sera ce que tu voulé qui rive. A toi de choizir à ta guiz tu auras ce que tu veux pas.

    ...

    De fil en aiguille, ce langage vernaculaire avec lequel je me suis retrouvé a fini par me sembler parfaitement plausible ; la langue n'est pas un monolithe, et les mots charrient souvent des sens tombés depuis longtemps en désuétude. Le langage n'Enig n'est au fond qu'une version effondrée et tordue de l'anglais classique, si bien qu'en prononçant à voix haute et avec un peu d'imagination le lecteur devrait être capable de le compendre. Techniquement parlant, cela correspond bien à l'histoire car cela ralentit le lecteur au rythme de compréhension du héros. (Postaface de Russel Hoban)

  • Lunerr de Frédéric Faragorn

    A paraître le 2 novembre 2012lunerr.jpg

    Editions L'école des loisirs - 189 pages

    Présentation de l'éditeur : Pour les habitants de Keraël, la cité des aëls, il n’y a pas d’ailleurs. Leur ville est située dans un désert de sable, de pierre et de sel. Keraël est une île sans eau autour. Le mot Ailleurs y est interdit, considéré comme une insulte, un blasphème. Le jeune Lunerr l’a appris à ses dépens. Pour avoir enfreint la règle, il a été fouetté jusqu’au sang et mis au ban de la société. À cause de lui, Mamig a perdu son travail. Qui oserait embaucher la mère d’un paria ? Ken Werzh ! L’homme le plus vieux et le plus craint de l’île les a convoqués dans son brug, demeure unique et fabuleuse toute de bois sculpté. Il a l’air très intéressé par Lunerr, suffisamment pour faire de lui son lecteur et secrétaire particulier. L’adolescent reste sur ses gardes : le vieillard aux yeux morts et au corps fripé comme celui d’un cadavre paraît doté d’une force singulière. Il se comporte de manière étrange, il tient des propos qui pourraient le faire condamner. Ken Werzh semble détenir un secret, un secret que Lunerr a très peur de découvrir…

    Ce livre à classer au rayon science-fiction n'est pas seulement doté d'une énergie littéraire qui l'érige au rang de page turner, il est également un roman d'initiation profond qui amène le lecteur à s'interroger sur des questions essentielles. Le droit à l'erreur, le droit de révolte, la transmission du savoir, la liberté de penser sont autant de notions évoquées en filigrane, au gré des circonstances délicates que doit affronter le jeune Lunerr.

    Le monde imaginaire créé par l'auteur est tout à fait crédible, aussi terrifiant - pour la cruauté du régime totalitaire en place et les conditions de vie parfois difficiles - que fascinant - Mourf, le petit pitwak de compagnie, est absolument délicieux. L'atmosphère de Lunerr n'est pas sans rappeler celle d'Hunger Games de Suzanne Collins ; de quoi convaincre les lecteurs qui ne sont pas encore en âge de lire la célèbre trilogie.

    L'on est immergé dans cet univers fantastique dès les premières pages que l'on tourne, tourne et tourne encore irrésistiblement jusqu'à avoir, enfin, le fin mot de l'histoire. Une fin de roman pouvant se suffire à elle-même mais assez ouverte pour laisser espérer une suite que je serais enchantée de lire.

    Dans la droite ligne de la politique éditoriale de L'école des loisirs, Lunerr aborde des sujets durs qui ne sont ni édulcorés ni, à l'inverse, exagérés par le biais d'une violence gratuite teintée d'inutile hémoglobine. Les thématiques de ce roman offrent une approche allégorique des dérives politiques ou religieuses et sont une formidable occasion d'éveiller la conscience politique des jeunes lecteurs et de les faire réfléchir sur les possibilités (nécessités ?) de s'affranchir des pensées formatées. De quoi satisfaire les ambitions des parents les plus vigilants et exigeants tout en répondant aux goûts d'aventure des lecteurs pré-ados.

    Voilà incontestablement un excellent roman à mettre entre toutes les mains dès 12 ans !

  • La Fille de l'Eau de Sacha Goerg

    la fille de l'eau.jpgEditions Dargaud - 182 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin d'automne, une jeune femme travestie en homme arrive au pied d'une magnifique villa moderne. Elle espère découvrir, incognito, cette famille à qui son père a jugé nécessaire de cacher son existence.

    Avec ma tendance à rester à l'affût des nouveautés bd ou de celles dont on parle, je ne pouvais manquer La Fille de l'Eau dont la couv' m'a tout de suite tapé dans l'oeil.

    Cette production helvète par l'un des membres du collectif d'auteurs du premier feuilleton bd diffusé sur le web puis édité Les autres gens est un récit délicat et subtil à double titre.

    En premier lieu, ce roman graphique est avant tout un livre à contempler, comme mon coup de coeur visuel l'indique. Sacha Goerg offre un one shot très esthétique mêlant encre de Chine et aquarelle qui mettent particulièrement en valeur le décor végétal et minéral omniprésent. Ce cadre naturel éthéré est relevé par des aplats monochromes de couleurs tranchées, qui s'inscrivent notamment dans l'architecture de l'espace où se tient le huis clos ; architecture fondamentale quasi anthropomorphique dans l'histoire. L'originalité se retrouve, outre le trait, dans la construction qui sort du schéma classique de l'art séquentiel. L'absence de cases qui ont tendance à enfermer permet de faire la part belle aux couleurs pour un ensemble résolument contemporain.

    Mais au-delà de la remarquable performance graphique, La Fille de l'Eau est également un récit étrange très abouti, ponctué de touches oniriques et fantastiques. Cette introspection complexe aborde de nombreux sujets psychologiques de manière franche quoique tout en pudeur, ce qui tranche incroyablement avec le caractère explicite et parfois cru mais toujours sensuel du dessin.

    Si le thème initial de cet album intimiste est la quête identitaire d'une fille naturelle par le prisme de son père décédé, l'on découvre au fil du récit que l'éventail des thèmes abordés est très large : quête de soi, homosexualité, deuil mais aussi environnement ou encore art contemporain. La densité des thématiques est totalement maîtrisée. A aucun moment l'on ne se perd dans cette galerie de personnages ambigus, intenses et très différents qui ont pourtant un point commun, celui d'être enferrés dans des faux-semblants, des apparences trompeuses, des masques sensés les protéger, dissimuler leurs secrets, leurs faiblesses, leur mal-être, mais qui doivent immanquablement se fissurer pour mieux se révéler et se reconstruire.

    Sacha Goerg, fondateur des éditions L'employé du moi, comble savamment les non-dits de ses personnages par des dessins très expressifs. Il utilise de manière récurrente la métaphore pour ses démonstrations. Ainsi, la dualité entre le moi des protagonistes et ce qu'ils veulent bien laisser paraître est parfaitement représenté par la mise en scène passant sempiternellement de l'intérieur à l'extérieur de la maison. Et l'idée de la fêlure et de l'effondrement nécessaire pour repartir sur de bonnes bases sera lui aussi représenté dans la fin dramatique, quasi apocalyptique annoncée.

    Malgré mon analyse un brin intellectualisante je le concède, n'allez surtout pas croire que cette histoire est inaccessible ou prise de tête. Il n'en est rien. La Fille de l'Eau est une lecture certes inhabituelle aux accents psychologisant indéniables, mais c'est surtout un morceau de beauté et de poésie tout ce qu'il y a de plus agréable et rafraîchissant. Bref, une belle et intelligente bd que je vous recommande.

    L'interview de Sacha Goerg à propos de La Fille de l'Eau.

  • Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Editions Michel Lafon - 363 pagesles enfants de la paranoia.jpg

    Présentation de l'éditeur : Règle un : on ne tue pas les innocents. Règle deux : on ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans. Depuis des siècles une guerre clandestine, ignorée du commun des mortels, oppose deux anciens clans qui se déchirent au nom du Bien et du Mal. Des deux côtés : des assassins endoctrinés et entraînés dès leur plus tendre enfance à haïr et détruire le camp adverse. Joseph, vingt-trois ans, est l'un de ces tueurs d'élite. Il ne connaît qu'une réalité : tuer ou être tué. Mais alors qu'il retrouve ses deux plus proches amis pour quelques jours de vacances dans le New Jersey, il tombe dans une embuscade. Echappant de peu à ce piège mortel, il est envoyé en mission à Montréal où il rencontre Maria, une jeune innocente de dix-sept ans. Pour la première fois, Joseph découvre l'amour... et le doute. S'il veut protéger la femme qu'il aime, il doit abandonner la vie qu'il a toujours connue et trahir ses frères d'armes. Osera-t-il transgresser les règles ?

    Merci aux Editions Michel Lafon de m'avoir offert la possibilité de découvrir cette saga.

    Ce roman trompeur m'a surprise à plus d'un titre.

    Pour commencer, ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Primo, ne vous fiez pas à la couverture aux allures de roman jeunesse, il n'en est rien. Je dirais de ce livre qu'il n'est pas conseillé à des lecteurs de moins de 16 ans.

    Segundo, ne pensez pas que vous obtiendrez le fin mot de l'histoire en refermant la couverture. Aucune indication en jaquette, pas plus qu'en postface et pourtant, il s'agit bien du premier tome d'une trilogie - même s'il serait concevable que l'histoire s'en tienne là malgré les interrogations laissées en suspens.

    Enfin et surtout, ne croyez pas que vous allez vous embarquer pour un thriller manichéen s'appuyant sur le cliché de l'opposition entre le bien et le mal même si le choix des prénoms des protagonistes (Joseph, Maria, Christopher) laisse un peu à désirer. L'histoire n'est ni gentillette, ni banale.

    Ces points étant éclaircis, je dirais que le plus surprenant de ce roman est bien sa qualité.

    Enfants de la paranoïa est un récit oppressant et sombre qu'il est difficile de lâcher tend il vous prend aux tripes dès les premières pages. Ecrit sous forme de journal, il nous fait suivre le parcours du "soldat" d'une guerre dont les tenants et les aboutissants sont obscurs tant pour le lecteur que pour ceux qui la mènent et la subissent. Tout au long de la lecture, on s'interroge sur le bien-fondé du combat en avançant au rythme angoissant du tueur. Grâce un subtil mélange de suspens, de violence et de romance, l'auteur nous plonge dans une chasse à l'homme prenante parfaitement rythmée. La narration est servie par une écriture soignée et fluide, simple et efficace. Les personnages sont attachants même si l'ambiguïté demeure sur leur réelle bonté. L'atmosphère très noire, très fataliste, sans note d'humour pour alléger l'ambiance, permet de ressentir au plus prêt les doutes, les angoisses et la paranoïa des personnages. Les forts sentiments suscités font froid dans le dos et coupent le souffle. L'auteur relève ici le défi d'en dire assez pour nous impliquer avec force dans l'histoire sans en dire trop pour que les tomes suivants soient à la hauteur de ce premier opus. Ce qu'on ne peut qu'espérer...

    Le plus de cette lecture entre polar et fantastique est d'offrir deux niveaux de lecture. L'on peut se contenter de l'aventure bourrée de suspens, de l'histoire palpitante de survie sanglante. Mais l'on peut également passer au-delà de l'intrigue et lire une véritable critique de notre société. L'auteur, par ses partis pris, fait de son roman une allégorie sartrienne selon laquelle l'enfer, c'est les autres. Il dénonce métaphoriquement avec beaucoup de justesse l'absurdité de la violence, le fait que les soldats de toutes les guerres, de tous les camps, sont persuadés de se battre pour la justice, sans trop savoir laquelle. Il met également en évidence la manipulation des gouvernements qui utilisent la paranoïa, la peur et le désir de vengeance pour conserver leur pouvoir et la paix intérieure. Il critique magistralement notre époque avec ces guerres sans réelles valeurs, ces régimes manipulateurs et ces combattants fanatiques endoctrinés. Et surtout, il fait l'apologie du doute comme clé de la liberté - au moins morale.

    En bref, j'ai adoré le rythme, le crescendo brillamment opéré et le final explosif qui m'a laissée abasourdie. Je n'ai qu'une hâte, c'est d'avoir les deux autres tomes. Mais comme pour toute saga, il faut s'armer de patience...

    A noter que les passionnés pourront continuer l'aventure en jouant aux enfants de la paranoïa sur l'Appstore. Souhaitons que cette petite application ingénieuse très bien marketée évolue au cours des sorties des prochains tomes de la trilogie.

    Extrait :

    - J'ai envie de toi, ai-je dit en te relevant et en t'embrassant.

    Puis je t'ai soulevée dans mes bras et je t'ai emportée dans la chambre. J'étais décidé à reprendre le dessus, mais tu l'étais encore plus à me conquérir. Nous sommes tombés sur le lit. J'ai essayé de me glisser entre tes jambes. Tu as déjoué ma manoeuvre, et tu m'as chevauché, les mains sur mon torse. J'ai saisi ta poitrine entre mes mains, passé mes lèvres et ma langue sur tes seins. Tu as étouffé un cri. Je voulais te regarder dans les yeux, mais je ne pouvais empêcher mon regard d'errer sur ton corps. Tu avais la peau pâle, mais sans défaut. Haletante, cambrée, tu étais là, nue devant moi. Si ton but était de me posséder, de me marquer à jamais comme ta propriété, il aurait été atteint, si je n'avais déjà été marqué à ton fer.

  • Château de sable de Frederik Peeters et Pierre-Oscar Lévy

    culture,littérature,livre,bande dessinée,BDEditions Atrabile - 100 pages

    Présentation de l'éditeur : Château de sable se présente comme un huis clos à ciel ouvert, une fable sociale mordante et dérangeante. Sur une plage, le destin de 13 personnages va se retrouver bouleversé par un événement inconcevable, un basculement de la réalité qui va plonger cette petite troupe dans un abîme de questionnements. Face à cet événement fantastique, les protagonistes vont d’abord traverser une phase bien humaine de dénégation tendue et conflictuelle, puis viendra la période de l’acceptation, quand les masques seront tombés et qu’il faudra bien composer avec la nouvelle donne, car le temps est compté… Face à un destin qui s’échappe inexorablement comme une poignée de sable entre les doigts, chacun réagira à sa manière, mais comment et que faire quand un coucher de soleil peut être synonyme de fin ? Récit complet et complexe, où la situation est plus importante que l’explication, Château de sable balance tout au long de ses cent pages entre noirceur et humanisme, pour former à l’arrivée un conte moderne, cruel et passionnant.

    Si, dans un premier temps, la lecture de cette bande dessinée m'a tellement déconcertée que j'ai décidé qu'elle ne me plaisait pas, j'ai revue ma copie après une deuxième tentative.

    Dans ce huis-clos fantastique, Peeters et Lévy nous entraînent dans une réflexion sur le temps qui passe et sur la mort. Face à ces deux inexorabilités, la fragilité de la vie se compare à celle d'un château de sable. C'est cette précarité de l'édifice qui en fait tout son charme mais lui confère aussi son caractère angoissant. En nous catapultant dans un espace-temps où, bien loin de suspendre leur vol, les minutes s'égrainent à la vitesse grand V, les auteurs incitent à un cheminement introspectif sur l'existence.

    En arrière plan, l'on peut également y voir une critique sociale sur l'attitude des individus face à la tyrannie - en l'occurrence celle de la fuite du temps et de la mort annoncée. Les psychologies sont fantastiquement décortiquées et les réactions humaines criantes de vérité.

    Ce conte mystérieusement philosophique est bien loin du Pilules bleues de Peeters qui s'ancrait profondément dans la réalité. Mais la fable, aussi étrange et terrifiante soit-elle, n'est-elle pas parfois la meilleure façon de repenser le réel ? Et si aucune réponse ne nous est apportée à la fin de cet ouvrage, peut-être est-ce parce que l'important réside dans la question...

    Preuve, s'il en est, que parfois deux lectures valent mieux qu'une. Notons toutefois que si l'histoire s'est avérée passionnante et si son titre semble coller à la perfection à la période estivale, elle ne me semble pas vraiment correspondre aux aspirations littéraires du vacancier. Ses abords métaphysiques et fatalistes peuvent peut-être sembler un peu trop sérieux et déprimants à l'heure de la détente et de l'évasion ; encore que le repos ne soit pas forcément synonyme de vacuité intellectuelle.

    Extrait :

    Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps !

    Alphonse Allais