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Roman - Page 5

  • Les Quatre Grâces de Patricia Gaffney

    les quatre grâces.jpgSortie ce jour en librairie.

    Éditions Charleston - 397 pages

    Présentation de l'éditeur : Depuis dix ans, Emma, Rudy, Lee et Isabel sont liées par une amitié indéfectible. Esprit, humour et compassion sont les armes qui permettent aux Quatre Grâces de résister à tous les tracas de la vie, ce qui ne les empêche pas de se cacher des secrets parfois... Jusqu'au jour où survient une épreuve à laquelle elles n'étaient pas préparées. Quand le destin frappe, c'est tout le groupe qui est touché. Les Grâces sauront-elle surmonter, chacune à sa façon, cette crise sans précédent ? Vif, profond et émouvant, ce roman déjà culte aux États-Unis, vendu à 1,6 million d'exemplaires, fait le portrait de femmes qui, à elles quatre, sont toutes les femmes... Et les meilleures amies dont on peut rêver. Les Quatre Grâces font partie des livres qui changent une vie.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Élizabeth Luc.

    Ma note :

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    Broché : 22,50 euros

    Ebook : 16,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Charleston pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Premier roman de l'auteur, "petit bijou qui brille de mille feux" d'après Nora Roberts, Les Quatre Grâces, bien qu'initialement publié il y a une quinzaine d'années, est un choeur de femmes tout à fait contemporain. Tout autant qu'intemporel.

    Roman à quatre voix ou journal à huit mains, ce livre est l'histoire d'un cercle féminin devenu, au fil du temps, amical puis sororal. Compagnie bigarrée, les femmes de ce club ont des personnalités autant que des choix de vie bien distincts d'où d'occasionnelles étincelles. C'est pourtant le partage, la disponibilité, l'écoute, les bons moments que ces quatre-là vivent le plus souvent. Et parce que l'amitié - davantage encore que l'amour ! - est souvent inconditionnelle, elles savent se serrer les coudes quand elles doivent affronter un destin qui se change en sort. La vie n'étant pas avare en clins d'oeil ironiques, elle entremêle avec malice les étapes cruciales de leurs existences, les éprouvant dans leur capacité à porter le regard sur les autres et les soutenir alors que chacune est elle-même dans la tourmente...

    S'il était encore besoin de démontrer que l'amitié entre femmes existe, ce feel good book en serait la parfaite et bouleversante illustration. Les convaincues quant à elles, nostalgiques de Sex and the city ou de Quatre filles et un jean pour les jeunes lectrices ayant grandi, seront ravies de recréer l'atmosphère chaleureuse, réconfortante, d'un groupe de vraies bonnes copines.

    S'il n'est pas aisé, au commencement de ce roman choral, de distinguer les portraits, d'associer tels événements / traits de caractères / souvenirs / etc. à tel prénom, tout se met en place assez rapidement. L'alternance de voix des héroïnes confère dynamisme et intimité au récit : ajoutée à l'intrigue et ses rebondissements existentiels palpitants, l'intériorité de chacune des figures permet de pénétrer au plus profond du cénacle.

    Ce clan n'est pas seulement une galerie portraits de femmes, de caractères et de vécus variés auxquelles chaque lectrice peut, tout ou partie, s'identifier. Ce sont les amies parfaites, le cercle amical idéal. C'est même encore mieux qu'en vrai puisqu'exceptionnellement, l'on sait tout ce que les unes pensent des autres et disent en leur absence ! Et quand la fiction dépasse la réalité, le sentiment d'appartenance au groupe n'en est que plus fort : il ne s'agit plus seulement de lire, d'observer passivement mais de vivre plus intensément, tant moralement que physiquement, les états d'âmes, les ressentis de ces saisissantes amies virtuelles. Le récit est à ce point poignant que l'on est viscéralement dans l'histoire ; que l'on ne quitte qu'à regret.

    C'est donc plus que volontiers qu'on se laisse embarquer et porter par ce magnifique roman d'Amitié entre rires et larmes, parfois grinçant, souvent drôle, un peu cruel, surtout tendre, toujours touchant. Un tourbillon d'émotions, comme dans la vraie vie. Car là est toute la force de ce livre : son réalisme, son authenticité. Il sonne vrai, il sonne juste. Entre réflexion existentielle et philosophie de vie, cet hymne à l'instant présent évoque intelligemment des sujets complexes (amour, maladie, mort...) et des notions profondes telles que la place et le rôle de la femme, la tolérance ou encore la solidarité... Plus que divertissante, cette lecture dont on ne peut sortir que grandi est une invite à l'introspection, à l'humanité.

    Touchée par la grâce, cette sixième parution des toutes jeunes Éditions Charleston affirme une ligne éditoriale de qualité qui redonne ô combien ses lettres de noblesse à la romance. Un genre littéraire à part entière, brillamment servi par Patricia Gaffney et son vrai beau roman qui, contrairement à ce que laisse supposer la jolie jaquette estivale, se lit à toute heure, en toute saison. Les petits bonheurs qui font du bien à l'âme n'attendent pas !

    L'interview de Patricia Gaffney.

    Lire un extrait du livre.

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    Demain, j'arrête ! de Gilles Legardinier

    Dolce agonia de Nancy Huston

    Les morues de Titiou Lecoq

    La maison d'hôtes de Debbie Macomber

    Vacances anglaises, N'oublie pas mes petits souliers et S.O.S. de Joseph Connolly

    Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

    La tétralogie d'Anna Godbersen : Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses

    Les secrets de Summer street de Cathy Kelly

    La trilogie de Katherine Pancol : Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

    Extraits :

    Si un mariage sur deux se termine par un divorce, combien de temps dure un couple, en moyenne ? Ce n'est pas une question rhétorique : j'aimerais vraiment le savoir. Moins de neuf ans et demi, je parie. Les Quatre Grâces existent depuis neuf ans et demi et pas un nuage à l'horizon. On se parle encore, on remarque toujours des petits détails chez les unes et les autres, un kilo perdu, une nouvelle coiffure, des chaussures neuves... À ma connaissance, aucune d'entre nous n'est en quête d'une amie plus jeune et plus fraîche...

    ...

    Il ne s'agit pas d'un ordre religieux, donc nous avons aussi eu notre lot de jalousies, mesquineries, petites vacheries, sans oublier les crises de nerfs occasionnelles. Mais ce n'est rien.

    ...

    J'adorais l'idée de fonder un groupe. Ce ne serait pas un club de lecture, ni un groupe politique ou féministe. De temps en temps, nous réunirions des femmes qui s'appréciaient et se respectaient pour échanger des expériences et débattre de questions intéressantes. Un objectif plutôt modeste. Nous ignorions que nous étions en train de semer les graines d'un jardin superbe.

    ...

    Avais-je rêvé de ce que je désire ou de ce que je redoute ? Ou les deux ?

    ...

    Je n'ai pas peur d'avoir tort. Je me trompe tout le temps. (...) Le problème, c'est que, en optant pour une opinion tranchée, on élimine toutes les autres. Ce n'est pas juste. Pourquoi choisir ? Il est tellement moins brutal de ne pas choisir. De plus, mieux vaut s'accorder une porte de sortie.

    ...

    Quand je suis stressée, je deviens insupportable. Je m'en rends compte, mais je n'y peux rien.

    ...

    En fait, trois qualités me font craquer, chez un homme. Outre la timidité et l'intelligence, j'ai du mal à l'admettre, il y a la beauté physique. Je sais, je suis superficielle et je déteste ça. Parfois je sors délibérément avec des moches pour ne pas être taxée de frivolité. En vérité, à qualités égales, je préfère un homme séduisant.

    ...

    Il était si passionné... De toute évidence, l'art était sa vie, à la limite de l'obsession, or je craque pour les hommes qui adorent leur travail. Je trouve cette fougue terriblement sexy et désirable. Le mieux, c'est qu'ils ne sont pas dépendants de moi pour donner un sens à leur existence.

    ...

    L'impossible a quelque chose de réconfortant, mais c'est triste. Je déteste l'ambiguïté. Je peux accepter le pire s'il n'est pas dilué dans l'espoir ou un "oui, peut-être".

    ...

    J'adore ça. Préparer un bon repas avec mes meilleures amies, les écouter plaisanter, rire, raconter leur vie, en rajoutant mon grain de sel de temps en temps... C'est le bonheur. Du vin, du fromage, des potins, des copines... Si on pouvait ajouter une dose de sexe d'une façon ou d'une autre, ce serait parfait.

    ...

    Je ne suis pas une experte des enfants, loin de là, ils me font même une peur bleue. Ils sont tellement autonomes... Je ne sais pas... tellement directs. L'ironie ne fait pas partie de leur vocabulaire et ils ne comprennent jamais les blagues. Bref, par principe, je garde mes distances.

    ...

    - Ne rejette pas l'amour, ne le néglige pas. Ne pars pas du principe que tu trouveras un amour meilleur ailleurs. Prends-le partout où tu auras la chance de le trouver et efforce-toi de le rendre en retour.

    ...

    (...) je suis peut-être une imposture. Toute ma vie, j'ai voulu écrire des romans, du moins c'est ce que j'ai toujours affirmé. Le réel ne me suffisait pas. Je voulais que le récit parte dans une autre direction, que la vérité ne soit jamais ce qu'elle était vraiment... Résultat : je suis bien meilleure journaliste que romancière, finalement. C'est à se demander si je n'ai été attirée uniquement par l'idée que j'avais de la romancière. Je voulais avoir l'air d'une romancière. Dans les soirées, je voulais répondre "J'écris des romans" à la question : "Qu'est-ce que vous faites, dans la vie ?"

    ...

    Parfois, le désespoir a du bon.

    ...

    Consulter un psy, c'est dépassé. De plus, je crois en l'idéal de l'indépendance, en la responsabilité de chacun face à son propre bonheur. Non que je réprouve la psychothérapie pour les autres. Avec de telles convictions, je ne tiendrais pas le coup, dans mon métier. Bref, je ne crois pas que ce soit pour moi.

    ...

    J'ai toujours eu envie de dire aux gens que je les aimais. En général, c'est la peur qui m'en empêchait. Peur qu'ils s'en moquent, qu'ils ne veuillent pas l'entendre ou bien qu'ils m'en prennent trop, ensuite.

    C'est différent, à présent. Les années s'accumulent et je n'ai plus un instant à perdre.

    ...

    Mon corps m'a trahie. Je suis mas propre meilleure amie et je me suis laissée tomber. En qui puis-je désormais avoir confiance ? C'est bête, je sais, mais j'ai toujours en moi l'illusion de l'immortalité, même si elle commence à s'effriter sur les bords. Elle cède la place à des crises de panique. Je vais mourir. Cela me revient toujours en pleine face, après un moment d'oubli inexplicable. Alors mes veines s'embrasent de terreur. Mon estomac se noue, je verse des larmes de douloureuses. Ensuite viennent les respirations profondes, je redresse les épaules. Ce fardeau de tristesse, je ne peux le partager. C'est mieux pour moi et pour les autres. Quel poids que l'ombre de la mort...

    Pourquoi la mort est-elle si mystérieuse et taboue, comme le sexe pour une vierge, un secret bien enfoui ? Depuis toujours, je suis persuadée que tout le monde va mourir sauf moi.

    C'est notre seul moyen de survivre, je suppose.

  • Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

    Éditions Albin Michel - 343 pagesculture,littérature,livre,roman,amour,mort,solidarité,amitié

    Présentation de l'éditeur : Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d'une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Ému par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Agnès Ledig, auteur de Marie d'en haut, Coup de coeur du Grand Prix des lectrices de Femme Actuelle, possède un talent singulier : celui de mêler aux épisodes les plus dramatiques de l'existence optimisme, humour et tendresse. Dans ce roman où l'émotion est présente à chaque page, elle nous fait passer avec une énergie communicative des larmes au rire, elle nous réconcilie avec la vie. Juste avant le bonheur fait partie de ces (trop) rares livres qu'on a envie de rouvrir à peine refermés, tout simplement parce qu'ils font du bien !

    Ma note :

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    Broché : 19,50 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Des quarante-trois romans français jusqu'alors couronnés par le Prix Maison de la Presse, je n'avais lu que Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol et Aux fruits de la passion de Daniel Pennac, sans même savoir qu'ils s'étaient vus décerner cette distinction littéraire. Notant toutefois a posteriori que ces primés l'avaient été à juste titre eu égard à leurs qualités respectives, c'est en connaissance de cause que je me suis lancée à l'assaut du quarante-quatrième vainqueur de ce prix, désavantage s'il en est puisque l'on attend toujours plus d'un livre salué par la critique...

    Quels qu'aient été les concurrents en lice pour l'édition 2013 du Prix Maison de la Presse, Juste avant le bonheur est un lauréat tout ce qu'il y a de plus méritoire.

    Prenant le contre-pied total de l'individualisme ambiant, l'auteur articule sa narration autour du thème de la coalescence - "rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu'ils forment" -, induisant donc la présence de personnages écorchés qui s'accrochent les uns aux autres pour réapprendre à vivre. La vie n'étant pas avare de gifles et d'épreuves, c'est un cortège d'éclopés du quotidien en tous genres que l'on apprivoise et auxquels on s'attache dans ce roman.

    Il y a dans cette touchante histoire d'amitié du lyrisme et des envolées dictées par les passions de l'auteur (nature, astronomie, médecine, navigation, randonnée...). Il y a du road trip et du journal intime dans ces tranches de vies. Il y a aussi des dialogues d'une rare vivacité, toujours touchants. Il y a surtout la vie, son lot de rebondissements, de joies et de tristesses, ce tourbillon d'émotions douces et amères, tendres et violentes.

    Acculée par la maladie de son fils à trouver une première fois dans la plume son exutoire, Agnès Ledig offre les mots de son deuxième roman comme échappatoire au lecteur. Et c'est sans doute cette perte qui lui permet d'affirmer avec tant de justesse, de maturité et de sensibilité la préciosité de l'existence.

    Elle enfonce peut-être des portes ouvertes, parfois avec facilité, quelques clichés et métaphores maladroites mais souligne avant tout avec intensité des évidences qui échappent trop souvent à la raison.

    Tout d'abord - version humaniste de l'effet papillon - que la moindre petite attention peut bouleverser les destins de nombreuses personnes. Que l'avenir de l'homme est dans la solidarité et non dans son égoïsme, son individualisme, son repli sur lui, sa méfiance de l'autre. Que c'est au contact de son prochain que l'on retrouve goût à la vie, que l'on surmonte les épreuves.

    Ensuite, qu'il faut cueillir dès aujourd'hui les roses de la vie. Hymne à l'espoir, le récit est marqué par la récurrence du proverbe arabe "Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle". L'auteur retient d'ailleurs elle-même cet adage comme LA phrase de son roman.

    Entre apologie philosophico-poétique du petit bonheur, du non-renoncement et évocation mélancolique de l'inexorable tragédie existentielle, Agnès Ledig dicte l'urgence de vivre, clame l'indispensable générosité, hurle l'espérance et refuse d'accorder la victoire au malheur.

    Juste avant le bonheur est donc un vrai feel good book dont on ne quitte qu'avec regret, non pas des protagonistes mais des amis, une famille. Loin du récit léger dégoulinant de bons sentiments, il a l'authentique parfum de la réalité entre tragédie et conte de fée. Aussi dur qu'optimiste, aussi désenchanté que porteur d'espoir, il malmène et dévaste autant qu'il réjouit. Il embarque avec force pour mieux réconcilier avec la vie.

    Bref, il arrache les sourires, les larmes, les tripes, comme rarement. L'on ne sort que profondément bouleversé mais aussi grandi de ce très beau roman.

    Avertissement : spoiling massif dans de nombreuses chroniques (hormis les liens ci-dessous) ainsi que dans les résumés et avis des sites de vente en ligne. À éviter !

    Ils en parlent aussi : Pierre, Clara, Marie-Claire, Le Figaro.

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    Les livres d'Anna Gavalda

    Extraits :

    Les gens que nous avons aimés ne serons plus jamais où ils étaient, mais ils seront partout où nous sommes.

    Alexandre Dumas

    ...

    Coalescence : n.f. 4. HUM. Rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu'ils forment.

    ...

    Elle fait partie de ces gens que le destin épargne peu. Il y en a comme ça...

    ...

    Ça fait une éternité qu'un homme n'a pas été gentil avec elle. Pour une fois que c'est dans ce sens ! Pourtant, à vingt ans, Julie n'a déjà plus l'habitude de ce genre d'attentions. L'insouciance a rejoint la dignité au cimetière des illusions perdues.

    ...

    Aider une personne en difficulté à traverser la rue met du baume au coeur pour l'heure qui suit.

    ...

    Il est parfois des impressions que l'on n'explique pas.

    ...

    Ce n'est pas de géographie dont il est question dans ce voyage. Plutôt des profondeurs humaines et de leurs forêts impénétrables.

    ...

    Julie est presque vulgaire, un peu garçonne et affirmée. Mais il y a chez elle ce truc en plus qu'ont certaines personnes. L'incandescence. Cette chose qui réchauffe et fait vibrer à la fois.

    ...

    - Ce n'est pas la vie qui est belle, c'est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas à vouloir atteindre un bonheur parfait, mais contentez-vous des petites choses de la vie, qui, mises bout à bout, permettent de tenir la distance.

    - Qu'appelez-vous les petites choses de la vie ?

    - Les tout petits riens du quotidien, dont on ne se rend même plus compte mais qui font que, selon la façon dont on les vit, le moment peut être plaisant et donne envie de sourire. Nous avons tous nos petits riens à nous. Réfléchissez, je suis sûr que vous en trouverez à la pelle.

    ...

    Rien ne sert de s'opposer, le destin trace le chemin. On le suit ou pas. Mais si on ne marche pas dans ses pas, on finit par se perdre.

    ...

    De croire peut déplace des montagnes, mais parfois, cela ne suffit pas. Les montagnes s'écroulent et on est dessous.

    ...

    Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l'âme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait.

    ...

    - (...) Et puis, elle prend le temps. Pas comme tous ces médecins qui te font un grand sourire en faisant semblant de t'écouter, mais qui, pendant que tu leur expliques que tu te pisses dessus, pensent à leurs prochaines vacances au ski que le dépassement pharaonique que tu vas leur allouer aidera à payer, et qui, en prime, te font comprendre qu'il serait préférable que tu remettes tes chaussures dans le couloir, pour enchaîner avec les patientes suivantes, rentabilité oblige, parce que le ski, ça coûte bonbon, vu les stations dans lesquelles ils ont l'habitude d'aller...

    ...

    - "Tu ne sais pas à quel point tu es fort jusqu'au jour où être fort reste la seule option." C'est Bob Marley qui a dit ça.

    (...) - Tu sais qu'il n'y a pas que Bob Marley qui dise des choses vraies ?

    - Ah ? répond-elle amusée.

    - Albert Einstein aussi.

    - On va parler de relativité ?

    - Exactement. Mais pas celle que tu connais. "Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d'une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C'est ça la relativité."

    ...

    Le commun des mortels s'imagine que plus le temps passe, et mieux ça va, mais ces émotions-là ne suivent pas une ligne droite ascendante, mais une sinusoïde, avec des sommets et des creux de vague.

  • Une Île de Tracey Garvis-Graves

    Éditions Milady - 350 pagesune île.jpg

    Présentation de l'éditeur : Anna Emerson n’hésite pas un instant lorsque les Callahan lui proposent de se rendre aux Maldives pour donner des cours à leur fils T.J., en rémission d’un cancer. Mais rien ne se passe comme prévu : le jet privé à bord duquel ils ont embarqué se crashe au beau milieu de l’océan Indien. Les voici naufragés sur une île déserte où ils vont devoir apprendre à survivre. Si l’adolescent rechute, rien ne pourra le sauver. Anna se sent malgré tout étrangement attirée par son compagnon d’infortune. Alors que chacun d’eux n’a plus que l’autre pour unique horizon, leur seule chance de s’en sortir est ce lien précieux qui ne cesse de grandir entre eux.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Sophie Barthélémy.

    Ma note :

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    Broché : 15,20 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Milady Romance pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première au coeur d'un écrin de choix : le joli kit presse au goût de soleil.

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    Une femme, un homme, un crash, une île déserte... Ouch ! Difficile de convaincre un éditeur avec un pitch aussi éculé. Raison pour laquelle Tracey Garvis-Graves a initialement opté pour l'auto-édition avant de se voir offrir un pont d'or par Penguin (!) eu égard au succès colossal rencontré par son texte.

    C'est pourtant bel et bien au range de best seller que ce titre s'est érigé, rapidement classé parmi les meilleures ventes de The New York Times, USA Today et Wall Street Journal et depuis traduit dans une vingtaine de pays. Parce que contrairement aux apparences, l'auteur ne livre pas un énième remake de Crusoé, Lost et autre Seul au monde. Une Île est même d'une telle qualité qu'à l'image de La couleur des sentiments de Kathryn Stockett - quoique dans un tout autre genre -, il entrera prochainement au panthéon des premiers romans adaptés au cinéma, la MGM ayant d'ores et déjà racheté les droits pour une production qui promet d'être shebam pow blop wizz.

    Alors certes, l'écriture est simple, sans fioriture, mais si l'on n'est pas purement dans l'exercice de style littéraire, l'on est assurément au coeur d'une prouesse de schéma narratif. D'une situation initiale maintes fois explorée, Tracey Garvis-Graves parvient à bâtir, et c'est là le vrai tour de force de ce roman, un récit surprenant, une intrigue complexe enrichie de rebondissements suffisamment en pagaille pour, expérience à l'appui, tenir éveillé toute la nuit.

    Et d'embarquer le lecteur aux côtés d'Anna et de T.J. dans une épopée contemporaine judicieusement brodée autour de certains des faits historiques les plus marquants du XXIe siècle... Une odyssée multifacette mêlant romance, aventure, action, suspens, dont les chapitres courts alternent les voix des deux protagonistes. La force évocatrice de leurs ressentis prouve soit que l'auteur s'est elle-même échouée un temps sur une île déserte, soit qu'elle est douée d'un rare instinct émotionnel.

    Au-delà de ses personnages fouillés, dépeints avec finesse et, une fois encore, appréhendés brillamment dans leurs états d'âmes et leurs évolutions respectives en fonction de leurs âges et des épreuves de la vie, l'écrivain parvient à éviter l'écueil des clichés du genre en général et de son intrigue en particulier, surtout celui de la légèreté trop souvent accolée à la romance. Elle aborde avec finesse et profondeur la thématique du combat sous toutes ses formes (maladie, survie, désespoir, préjugés, conventions, amour, mort...), détourne la vision paradisiaque de l'île déserte pour mieux réaffirmer la toute puissance de la Nature parfois cruelle, opère une mise en scène paroxystique de l'incroyable faculté d'adaptation de l'Homme et inscrit en filigrane de ce huis-clos à ciel ouvert de nombreux travers sociétaux, culturels...

    Dès sa première tentative littéraire, Tracey Garvis-Graves réussit en somme le défi improbable de réinventer avec maestria un genre décrié et un scénario usagé pour en faire un roman d'aventures moderne et perspicace, qui tient en haleine et ménage de puissants emportements émotionnels. Bref, un page turner, un pur coup de coeur. Et une plume à suivre, assurément, qui s'est déjà attelée à son deuxième roman.

    Je ne saurais trop vous conseiller, si vous aimez comparer les avis de lecture, de vous en garder s'agissant de ce titre (hormis celui en lien ci-dessous), nombre de lectrices ayant eu la regrettable et fâcheuse tendance à spoiler sans avertissement préalable.

    Ils en parlent aussi : Evenusia.

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  • Une vie plus une vie de Maurice Mimoun

    une vie plus une vie.jpgÉditions Albin Michel - 200 pages

    Présentation de l'éditeur : « Maurice Mimoun est un chirurgien fameux, aimé fidèlement par ceux qui grâce à lui ont pu retrouver leur apparence physique même après les plus désastreuses blessures. À la compétence médicale est liée chez lui une exceptionnelle connaissance de la vie ; c’est grâce à elle que ce livre a pu naître : le vrai roman d’un vrai romancier. Dans ses personnages il ne faut pas chercher quelque autobiographie dissimulée, mais les grands thèmes de l’existence humaine : le corps, la douleur, l’amitié, la peur, la fatigue, la fidélité, la trahison, la vieillesse… Et la mort - avec une étonnante imagination onirique il s’interroge : sera-t-il possible un jour de la chasser de nos vies ? » Milan Kundera

    Ma note :

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    Broché : 15 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Dans les couloirs des hôpitaux, les centres de rééducation, les cabinets de kinésithérapie ou même indépendamment de tout cadre de santé... N'en déplaise aux intéressés, les chirurgiens ne jouissent pas à proprement parler d'une réputation glorieuse, humainement parlant. Souvent jugés d'une suffisance arrogante, nombre de patients déplorent leur manque d'égard, leur déplorable écoute, leur mépris de la communication et leur absence d'émotionnalité. Bref, souvent réduits à des numéros de chambre ou des pathologies plutôt que d'être considérés comme des individus en souffrance, les malades doivent trop souvent ajouter à leurs maux la douleur provoquée par le manque d'humanité des coupeurs de mou. Si vous en doutez encore, interrogez les habitués des blouses blanches (votre humble serviteuse) ou lisez Hors de moi de Claire Marin.

    Pourtant, Une vie plus une vie, véritable Jules et Jim dans les couloirs d'un hôpital, en abordant tous les grands thèmes de la vie avec émotions et sensibilité, témoigne d'une indiscutable humanité et d'une connaissance aigüe et attentionnée de l'âme humaine. En revisitant le triangle amoureux dans ce premier roman, il y a fort à parier que le Docteur Maurice Mimoun, directeur du service de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique de l'hôpital Saint-Louis et du centre de traitement des brûlés, redore un peu le blason des couturiers de la chair. Et se fasse une place de choix dans le monde des lettres puisque le taiseux romancier tchèque Milan Kundera a brisé son légendaire silence sur la production contemporaine pour louer le texte de Maurice Mimoun dont il signe d'ailleurs l'élogieuse quatrième de couv' et le bandeau.

    Depuis l'enfance, Rania, Simon et Tom entretiennent une amitié fusionnelle qui évolue naturellement en grandissant. Mais l'alchimie amoureuse qui règne entre eux est complexe. Devenue chirurgienne, Rania devrait logiquement choisir le discret et sensible Simon, brillant chercheur en cancérologie. C'est pourtant l'arrogant et hypocondriaque homme d'affaires Tom qui deviendra son époux... Ce choix est-il raisonnable ? Raisonné ? L'amitié pourra-t-elle survivre à l'amour ? À la mort ?...

    C'est donc bien d'amitié et d'amour dont il est question dans ce roman, avec tout ce que ces notions impliquent d'incompréhensible et d'irrationnel. Au-delà d'une analyse des sentiments, ce texte romantique amène à une profonde réflexion existentielle en évoquant brillamment l'éthique médicale, la quête d'éternité, la folie et, évidemment, la mort.

    C'est sans doute parce que le médecin ayant troqué son scalpel pour une plume est un témoin privilégié des êtres dans leur fébrilité la plus nue entre Vie et Mort qu'il parvient avec intensité et authenticité à retranscrire leurs blessures, leurs solitudes, leurs secrets, leurs angoisses, tout autant que leurs plaisirs, leurs désirs, leurs moments de communion, leurs instants magiques.

    De ce premier roman, Maurice Mimoun confie que "ciseler les mots est aussi difficile que faire de la chirurgie". Il faut croire que la maîtrise du bistouri prédispose à celle de la plume puisque le chirurgien-écrivain signe un roman délicat, esthétique et émouvant, empreint de lyrisme et de poésie. Entre réalité et onirisme, il fouille sans pathos les états affectifs de l'âme et interroge avec finesse les désirs d'éternité.

    Ils en parlent aussi : Télérama, Marie-Claire, Claire.

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    La double vie d'Irina de Lionel Shriver

    Sashenka de Simon Montefiore

    Le châle de Cachemire de Rosie Thomas

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    La silencieuse d'Ariane Schréder

    Les déferlantes de Claudie Gallay

    Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins

    Extraits :

    Il faut n'écrire que des livres dont l'absence fait souffrir.

    Marina Tsvetaïeva

    ...

    Le début de l'amour, c'est peut-être ça, un mouvement inversé qui vient contredire un rythme. Un contre-courant.

    ...

    - Quand deux arbres grandissent côte à côte, leurs couronnes se pénètrent, se mélangent. Quand les arbres sont timides, leurs branches ne s'élancent pas l'une vers l'autre, mais seulement vers le haut. Elles s'évitent, se bloquent à quelques dizaines de centimètres de distance. Vue du sol, une fente claire se dessine autour de la couronne. C'est la fente de timidité.

    - Étrange !

    - Il y a peu d'arbres timides.

    Tandis qu'elle lui parlait, elle réalisa qu'elle se tenait elle-aussi à une dizaine de centimètres de Simon.

  • Une dernière chose avant de partir de Jonathan Tropper

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis,usaÀ paraître le 7 mai 2013.

    Éditions Fleuve Noir - 333 pages

    Présentation de l'éditeur : Silver a une vie de rêve, une épouse et une fille qu'il adore, un foyer chaleureux et une carrière de rock star en plein essor. Ah non, ça c'était avant... Silver a 44 ans, il est divorcé et vit des royalties de son unique tube. Rock star déchue et père lamentable, il passe ses journées avec ses deux acolytes aussi paumés que lui au bord de la piscine du Versailles, la résidence pour hommes divorcés dans laquelle il a atterri. Son ex-femme est sur le point de se remarier quand sa fille Casey, 18 ans, lui confie qu'elle est enceinte. Pourquoi à lui plutôt qu'à sa mère ? Parce que vu le soin qu'il met à gâcher son existence, il ne risque pas de lui faire la morale. Lorsque Silver s'effondre, terrassé par une attaque, le diagnostic est sans appel : s'il ne se fait pas opérer, c'est un aller simple pour la morgue. Mais sa vie mérite t-elle vraiment d'être vécue ? Au grand dam des siens, Silver refuse l'intervention. Le peu de temps qui lui reste à vivre, il veut le consacrer à renouer avec Casey et à devenir un homme meilleur. Alors évidemment, il faut s'attendre au pire.

    Traduit de l'américain par Christine Barbaste.

    Ma note :

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    Broché : 19,90 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux Éditions Fleuve Noir pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    De la littérature américaine que j'affectionne particulièrement, Jonathan Tropper est l'un des romanciers que j'apprécie le plus, à la quasi mesure de John Irving - les personnes me connaissant un tant soit peu mesurent l'intensité de cette comparaison.

    Aimer un auteur, c'est d'abord aimer son verbe, son style, ses intrigues. Si l'on en dévore évidemment la bibliographie, l'on peut aussi en conserver dans un petit carnet des citations ; voire les apprendre par coeur pour les utiliser à bon escient au détour d'une conversation. Quand l'on tombe à ce point en amour d'un écrivain, l'on surveille naturellement de près, à l'évidente condition qu'il soit encore vivant, son actualité éditoriale pour avoir en main le jour J son nouvel ouvrage. Voilà pourquoi je ne m'explique toujours pas que la parution d'Une dernière chose avant de partir ait totalement échappé à la vigilance de mes radars. Quelle ne fut donc pas ma surprise d'en découvrir l'existence à quelque quatre semaines de la date officielle ! Et mon plaisir de me le voir offrir en avant-première, réduisant d'autant une attente déjà écourtée par mon inattention.

    Depuis Le livre de Joe, chacun des livres de Tropper a été un véritable enchantement. De Perte et fracas à C'est ici que l'on se quitte en passant par Tout peut arriver, pas une fausse note, ni même un bémol, si ce n'est l'incompréhensible absence de traduction en français de Plan B, le tout premier roman du prosateur - je jette ici ma bouteille non pas à la mer mais au Fleuve Noir... Et ce n'est pas de ce nouvel opus tropperien que viendra le premier couac ! Une dernière chose avant de partir est tout ce qu'il y a de plus à la hauteur des espérances des aficionados et saura assurément convertir les non-initiés.

    Fidèle conteur de la lose, incomparable enchanteur de la galère, Jonathan Tropper offre au lecteur son nouvel anti-héros, Silver, sur un plateau d'argent. Rockeur déchu, mari plaqué et père minable, sa femme va se remarier, sa fille à peine majeure est enceinte, il vit dans un motel pourrave entouré de piteux potes et arrondit les fins de mois à la Banque du sperme. Alors quand on lui apprend, après son attaque, qu'il a le choix entre le billard ou le corbillard, il décide de plaquer sa lamentable existence en utilisant le temps qui lui reste à être un homme meilleur...

    Un vaste programme aussi irrésistible qu'émouvant. Émaillé de son art consommé de la réplique, le récit de Tropper explore une fois encore toutes les facettes de l'individu : de l'honneur à la lâcheté, de la force à la faiblesse, du devoir à l'irresponsabilité, etc. C'est parce que Tropper semble connaître la nature humaine à la perfection qu'il parvient à élaborer des textes vrais et vraiment bons.

    Alors certes, l'on retrouve de livre en livre la recette du Loser magnifique et de nombreux thèmes sont récurrents (crise de couple, familiale ou existentielle, maladie, dépression, deuil...). Pour autant, aucune redite, Tropper se réinvente à chaque histoire et transcende les sujets les plus dramatiques pour en faire des aventures désopilantes, décalées mais jamais loufoques. Son authentique talent est de traiter les choses profondes avec légèreté et de trouver l'étincelle de vie, la lueur d'optimisme dans les situations les plus désespérées. Pour ce faire, il bouleverse le lecteur en visitant l'entière palette des émotions.

    Bref, on ne s'en lasse pas. La littérature américaine n'a nul besoin d'un nouveau souffle mais Jonathan Tropper est si époustouflant qu'il relève le défi de se singulariser dans un paysage littéraire riche et varié. Il est urgent de le (re)découvrir !

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    En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher

    L'Agrément de Laure Mézarigue

    Vacances anglaises, N'oublie pas mes petits souliers et S.O.S. de Joseph Connolly

    Le dernier testament de Ben Zion Avrohom et L.A. Story de James Frey

    Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert

    Homo erectus de Tonino Benacquista

    Extraits :

    Mais tout ça appartient au passé et aujourd'hui, c'est mardi, huit ans et d'innombrables erreurs plus tard. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Silver a maintenant quarante-quatre ans, il n'a plus vraiment la forme, et il est déprimé - encore qu'il se demande si, quand on a toutes les bonnes raisons de l'être, on peut encore appeler ça "dépression". Peut-être en ce cas est-on tout bêtement triste, accablé d'un sentiment de solitude ou de la conscience douloureuse et permanente du vide laissé par tout ce qu'on a perdu, sans espoir de le retrouver un jour.

    Et donc, puisque nous sommes mardi, Silver et Jack se rendent à leur séance de branlette.

    ...

    Jack lui décoche un petit sourire rusé, celui qui sous-entend Je te connais mieux que tu ne te connais toi-même. Celui qui, en général, donne envie à Silver d'enfoncer son index dans l'orbite de Jack et de l'enrouler derrière le nez pour le faire ressortir par l'autre orbite, créant ainsi une poignée bien pratique pour lui arracher la gueule.

    ...

    Cela fait un bail maintenant qu'il est seul, plus de sept ans. À un moment donné, la solitude devient moins un mal qui vous ronge qu'une habitude. Avec le temps, on cesse de contempler son téléphone en s'étonnant de ne pas savoir qui appeler, on arrête d'aller chez le coiffeur, de faire du sport, de penser que demain sera le premier jour du reste de notre vie. Parce que demain sera comme aujourd'hui, qui est comme hier, et hier, on s'est pris une sacrée claque qui nous a laissés à genoux. La seule façon de demeurer sain d'esprit, c'est de faire une croix sur tout espoir d'amélioration.

    ...

    Regardez leurs yeux, regardez comme ils bougent, comme ils rient. Ils débordent de cet... appétit sexuel que les hommes n'ont pas encore saccagé. Elles nous aiment encore. Elles ont au moins mille baises devant elles avant de se transformer en femmes aigries et cyniques qu'elles finiront toutes par devenir.

    ...

    Quand on vit seul, on a tout le temps de réfléchir. On ne parvient pas forcément à des conclusions, car la sagesse repose avant tout sur l'intelligence et la conscience de soi, et non sur un trop-plein de temps libre dont on ne sait que faire. En revanche, on devient très fort dans l'art de s'empêtrer dans les méandres du désespoir en moitié moins de temps qu'il n'en faudrait à une personne normale.

    ...

    Quand on se sait mourant, le regard opère une mise au point, et tout nous apparaît avec une netteté inédite. Comme si le monde, décrassé et astiqué, se mettait à resplendir, que ses moindres détails, ainsi mis en exergue, collaient à notre flux de conscience et qu'à force d'être sollicité dans toutes les directions à la fois, notre cerveau n'abritait plus qu'un magma d'associations libres.

    ...

    Y a-t-il une réelle différence entre être et ser croire comblé ?

    ...

    Nous sommes tous des clichés, songe Casey. Nous nous conformons tous à des scénarios qui ont été écrits et joués bien avant que nous décrochions le rôle.

    ...

    Il voudrait que sa vie dure éternellement et que ce soit déjà terminé afin de savoir ce qui va se passer ensuite.

    ...

    Elle sait ce qu'est la solitude. Il le voit, comme seul le peut quelqu'un qui l'a connue aussi, à cette imperceptible crispation dans son expression, qui vient de trop de repas et de séances ciné en solitaire, de trop de temps consacré à de vaines introspections, à regretter un passé impossible à défaire. C'est quelqu'un qui est prêt à être aimé, pense-t-il.