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Roman épistolaire, journal - Page 4

  • La petite maison dans la prairie de Laura Ingalls Wilder

    Editions Flammarioncoffret.jpg

    Tome 1 - 311 pages : Laura Ingalls débute le récit de sa jeunesse dans l'Ouest américain des années 1870. C'est son enfance en famille et sa traversée de l'Amérique qu'elle retrace. C'est aussi toute la vie des pionniers, leurs difficultés mais aussi leurs joies.

    Tome 2 : Au bord du ruisseau - 339 pages : Dans ce volume, la famille Ingalls s'installe dans une curieuse maison creusée dans les berges d'une rivière.

    Tome 3 - Sur les rives du lac - 351 pages : Le père de Laura accepte un travail sur la ligne de chemin de fer ; toute la famille Ingalls quitte la maison au bord du ruisseau et part s'installer dans le Dakota, à l'ouest.

    Présentation de l'éditeur : Laura Ingalls narre sa jeunesse dans l'Ouest américain des années 1870. Elle retrace son enfance en famille et sa traversée de l'Amérique vers de nouvelles terres mais c'est aussi et surtout le récit plein d'émotion et de nostalgie de la vie des pionniers.

    Bon avouons-le, je n'avais pas particulièrement envie de me lancer dans la lecture de cette série, ayant regardé ad nauseam l'adaptation télévisuelle des célèbres aventures de la famille Ingalls qui, aujourd'hui encore est diffusée en boucle. Je n'ai acheté ce coffret des trois premiers volumes du journal intime de la petite Laura (il en existe deux de plus dans cette collection mais bien d'autres dans des éditions différentes) que parce que je le trouvais joli.

    Ayant une subite envie de lecture pas stressante pleine de bons sentiments, j'ai décidé de rentabiliser mon achat. Je m'attendais bien naturellement à retrouver la version écrite des épisodes télé. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu'ils n'étaient en fait qu'une vague exploitation hollywoodienne !

    Je ne saurais donc que conseiller cette jolie révélation à tous les enfants qui aiment lire. L'on est plongé dans la vie d'une famille simple et unie mais surtout dans toute une époque des Etats-Unis : la conquête de l'Ouest et la vie impressionnante de courage et de difficultés des pionniers venus d'Europe. Et contrairement aux idées reçues, ces histoires ne sont pas réservées aux petites filles. N'oublions pas que Laura fut longtemps un petit garçon manqué qui narre, entre autres, avec beaucoup de précisions comment allumer un feu, pêcher ou construire une cabane.

  • Journal d'un corps de Daniel Pennac

    journal d'un corps.jpgEditions Gallimard - 382 pages

    Présentation de l'éditeur : De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire.

    Pennac a ce sens de la justesse qui fait de lui un auteur d'exception. Il nous offre ici une portion d'intimité tantôt touchante, tantôt hilarante à laquelle tout un chacun peut s'identifier. Pas toujours pour les mêmes raisons mais immanquablement.

    Le rapport au corps, que nous entretenons tous d'une façon ou d'une autre, est dépeint avec une précision quasi-chirurgicale du début à la fin de l'existence du narrateur et peut se révéler aussi rassurante qu'anxiogène selon. Je suppose que le degré d'hypocondrie ou de bienséance du lecteur sera déterminant pour l'appréciation de l'ouvrage. Ayant grandi dans une famille de soignants et étant de nature à appeler un chat un chat, j'ai adoré. Et vous, oserez-vous vous plonger dans l'histoire de la vie d'un homme mais qui vous parle beaucoup de vous ?

    Extraits :

    Je me demande combien il faudrait de cahiers pour seulement décrire tout ce que notre corps fait sans que nous y pensions jamais. Les fonctions automatiques sont-elles innombrables ? On n'y fait jamais attention mais il faut que l'une d'elles se détraque pour qu'on ne pense plus qu'à elle ! Quand il trouvait que je me plaignait trop, papa me citait toujours la même phrase de Sénèque : Chaque homme croit porter le plus lourd des fardeaux. Eh bien, c'est ce qui se passe quand une de nos fonctions se détraque ! Nous devenons le type le plus malheureux du monde.

    ...

    La prudence est l'intelligence du courage.

    ...

    Quand Violette m'a dit qu'elle allait nettoyer ça avec le calva de Manès, je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander si ça allait faire mal. Bien sûr, qu'est-ce que tu crois, la gnôle de Manès ce n'est pas de la bibine ! Donne ta jambe. J'ai tendu la jambe en me cramponnant à la chaise. Tu es prêt ? (Tijo surveillait l'opération avec beaucoup d'intérêt.) J'ai serré les dents et les paupières, j'ai fait signe que oui, Violette a frotté la plaie, et je n'ai absolument rien senti ! Parce qu'elle s'est mise à hurler à ma place. Un véritable hurlement de douleur comme si on la dépiautait vive ! Ca m'a d'abord sidéré, et puis ça nous a fait rire, Tijo et moi. Ensuite, j'ai senti sur mon genou la fraîcheur de l'alcool qui s'évapore. Il emportait une partie de la douleur. J'ai dit à Violette que ça ne marcherait pas pour le second genou puisque maintenant je connaissais le truc. Tu paries ? Donne l'autre jambe. Cette fois-ci elle a poussé un autre cri. Un cri d'oiseau incroyablement aigu qui m'a vrillé les tympans. Même résultat. Rien senti non plus. Ca mon petit gaillard, ça s'appelle L'anesthésie auditive. Elle n'a pas crié en nettoyant mes mains et son silence m'a encore plus surpris que ses hurlements. C'était fini avant que je ressente quoi que ce soit. 

    ...

    L'opprobre jeté sur cette apothéose de la sensation est tout dans la laideur des mots qu'on emploie pour en parler. "Se branler" fait malade des nerfs, "se tripoter" est idiot, "se caresser" fait chienchien à sa mémère, "se masturber" est dégoûtant (il y a quelque chose de spongieux dans ce terme, même en latin), "se toucher" ne veut rien dire. "Vous êtes-vous touché ?" demande le confesseur. Bien sûr ! Comment faire ma toilette autrement ? Nous en avons longuement débattu avec Etienne et les copains. Je crois avoir trouvé l'expression juste : se prendre en main. Dorénavant, quand un adulte me recommandera de me prendre en main, je pourrai le lui promettre sans risquer le mensonge.

    ...

    Je ne sais pas si quelqu'un s'est jamais penché sur la question de la santé dans les guerres clandestines mais c'est un sujet à creuser. J'ai vu très peu de malades parmi mes camarades. Nous avons tout imposé à nos corps : la faim, la soif, l'inconfort, l'insomnie, l'épuisement, la peur, la solitude, le confinement, l'ennui, les blessures, ils ne regimbaient pas. Nous ne tombions pas malades. Une dysenterie occasionnelle, un refroidissement vite réchauffé par les nécessités du service, rien de sérieux. Nous dormions le ventre creux, nous marchions la cheville foulée, nous n'étions pas beaux à voir, mais nous ne tombions pas malades. J'ignore si mon observation vaut pour l'ensemble des maquis, c'est en tout casq ce que j'ai constaté dans mon réseau. Il n'en allait pas de même pour les garçons qui s'étaient laissé prendre par le STO. Ceux-là tombaient comme des mouches. Les accidents du travail, les dépressions nerveuses, les épidémies, les infections en tout genre, les automutilations de ceux qui voulaient s'enfuir décimaient les ateliers ; cette main-d'oeuvre gratuite payait de sa santé un travail qui n'en voulait qu'à son corps. Nous, c'est l'esprit qui était mobilisé. Quelque nom qu'on lui donnât, l'esprit de révolte, le patriotisme, la haine de l'occupant, le désir de vengeance, le goût de la bagarre, l'idéal politique, la fraternité, la perspective de la libération, quoi que ce fût, cela nous gardait en bonne santé. Notre esprit mettait notre corps au service d'un grand corps de combat.

    ...

    Hypocondrie : dérèglement de la conscience entraînant une perception hypertrophique de manifestations du corps. Forme de délire de persécution dans laquelle nous sommes à la fois le persécuteur et le persécuté.

    ...

    Ponctuation amoureuse de Mona : Confiez-moi cette virgule que j'en fasse un point d'exclamation.

    ...

    En voyant Etienne s'admirer dans un miroir, je m'avise que je ne me suis jamais vraiment regardé, moi, dans une glace. Jamais un de ces coups d'oeil innocemment narcissiques, jamais une de ces saisies coquines qui vous font jouir de votre image. J'ai toujours les miroirs à leurs fonctions. Fonction d'inventaire quand adolescent j'y vérifiais la croissance de mes muscles, fonction vestimentaire quand il faut accorder cravate, veste et chemise, fonction de vigilance quand je me rase le matin. Mais la vision d'ensemble ne me retient pas.

    ...

    Pourquoi le vertige se manifeste-t-il d'abord chez moi par la strangulation des testicules ? En est-il de même chez les autres ? (...) Demandé à Mona si les ovaires sont eux aussi les sentinelles du vertige. Réponse : non. En revanche, mes testicules se sont à nouveau étranglés quand je l'ai vue s'approcher du bord de la falaise. J'ai eu le vertige à sa place. Couilles empathiques ?

    ...

    Naissance de Bruno. Un bébé nous est né. Installé à la maison comme s'il était là depuis toujours ! J'en reste sans voix. Mon fils m'est un objet de stupeur familière.

    ...

    Hier soir réveillon chez R. Distribution de cigares. Débat sur les mérites comparés de Cuba, Manille et je ne sais quels autres pays producteurs de tabac. Mon avis est requis. Mais, à voir ces connaisseurs couper leurs barreaux de chaise avec componction, je n'ai pu m'enlever de l'idée que l'anus, sectionnant l'étron, remplit la fonction d'un coupe-cigare. Et le visage, dans les deux circonstances, arbore la même expression appliquée.

    ...

    Qu'on ait perdu un bras ou les deux, on ne dispose que d'un seul mot : manchot. Les unijambistes et les culs-de-jatte sont mieux traités, les borgnes et les aveugles aussi.

    ...

    Tijo me fait observer que quand j'éternue je dis ATCHOUM, littéralement. Il y voit un souci d'orthodoxie. Toi et tes bonnes manières ! Tu es si bien élevé que si ton cul pouvait parler, il dirait "prout".

    ...

    L'homme naît dans l'hyperréalisme pour se distendre peu à peu jusqu'à finir en un pointillisme très approximatif avant de s'éparpiller en poussières d'abstraction.

    ...

    Au dessus d'un étron irréprochable, tout d'une pièce, parfaitement lisse et moulé, dense sans être collant, odorant sans puanteur, à le section nette et d'un brun uniforme, produit d'une poussé unique et d'un passage soyeux, et qui ne laisse aucune trace sur le papier, ce coup d'oeil d'artisan comblé : mon corps a bien travaillé.

    ...

    "Va te chier" a tout de même une autre dimension que "pauvre con" ou "va te faire enculer". L'impératif du verbe chier conjugué au sens pronominal réfléchi est une arme meurtrière. L'adversaire réduit à n'être que son propre excrément et à qui on ordonne de se déféquer lui-même, qui dit pire ?

    ...

    Nous nous repaissons en sevcret des miasmes que nous retenons en public. Ce double jeu vaut aussi pour nos pensées et cette duplicité est la grande affaire de notre vie. Rentré chacun chez nous, ma joueuse de tennis et moi jouirons, chacun de notre côté, d'un de ces longs pets que nous ferons remonter jusqu'à nos narines par la vague que nous savons, de vieille science, imprimer à nos draps.

    ...

    Un chagrin sans objet, pure douleur d'être, m'assaille par vagues inattendues, dévastatrices comme des ruptures de barrage. Dépression nerveuse post-opératoire, tout à fait prévisible, paraît-il, liquéfaction de mon âme après la vidange de mon sang.

    ...

    De l'angoisse au sentiment de culpabilité... Mona, a qui je raconte la chose, m'apprend que le verbe "culpabiliser" s'est installé dans la langue française en 1946. Et le verbe "culpabiliser" en 1968. Quand l'Histoire parle d'elle-même...

    ...

    L'autre peut être un remède à l'angoisse, à condition qu'il nous soit intimement étrangr, un peu indifférent. (...) Mais les proches, eux, les nôtres, trinquent à tous les coups, parce qu'ils sont nôtres précisément, constitutifs de nous-mêmes, victimes propitiatoires du marmot que nous restons toute notre vie.

    ...

    Ah ! cette joie de l'adulte revenu de tout devant la candeur d'une affection enfantine !

    ...

    Mes nuits entrecoupées par ces envies pressantes et peu productives. Miction impossible. (Joli titre) Combien de fois ? me demandait jadis mon confesseur. Combien de fois ? me demande aujourd'hui mon urologue.

  • Un portrait de Jane Austen de David Cecil

    Editions Payot & Rivages - 286 pagesun portrait de Jane Austen.jpg

    Présentation de l'éditeur : Si les romans de Jane Austen (1775-1817) sont encore très lus - et très "vus" quand ils sont portés à l'écran -, on ignore généralement tout de cette fille de pasteur qui a grandi dans une famille nombreuse issue de la gentry et qui, demeurée célibataire, a toujours vécu avec sa mère et sa soeur Cassandra. Elle écrivait très discrètement sur un coin de bureau et son premier roman publié, Raison et Sentiments, ne l'a été qu'en 1811, signé d'"une dame" parce qu'elle ne cherchait pas la célébrité." Cette jeune dame, écrit pourtant Walter Scott, a le don le plus extraordinaire qu'il m'ait été donné de rencontrer pour décrire les relations, les émotions et les personnages de la vie ordinaire." Car pour comprendre le génie de Jane Austen il faut se souvenir qu'elle est fille de l'Angleterre de la fin du XVIIIe siècle : elle a gouverné son existence et sa plume en conciliant précisément la raison et les sentiments selon un solide bon sens épicé d'un humour à toute épreuve. David Cecil (1902-1986), aristocrate britannique et professeur de littérature anglaise à Oxford, a publié en 1978 ce portrait littéraire considéré aujourd'hui comme un classique. II replace admirablement son personnage dans son époque et reprend de larges extraits de sa correspondance, presque inédite en français. Renonçant à toute lourdeur universitaire au profit de la sensibilité et du plaisir, il fait de cette biographie subtile et amusée un vrai roman à la Jane Austen...

    Mansfield Park, Persuasion, Lady Susan, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Emma, Orgueil et préjugés... La totalité des textes de Jane Austen (à l'exception de ses oeuvres de jeunesse et de ses textes inachevés) m'ont littéralement subjuguée. Cette véritable passion littéraire est même venue à bout de mes réticences en matière de lecture de bio et autres essais. Peut-être est ce là le secret de ces lecteurs de pavés historiques : se pencher sur une existence ou une période qui a le don de fasciner.

    Quoiqu'il en soit, c'est avec une excitation non dissimulée que je me suis plongée dans la vie de cette plume qui trône dans mon top ten. Malheureusement, il ne reste que peu d'éléments permettant de connaître plus avant cette femme, singulière à sa façon et tout à la fois profondément de son époque et de son rang. Malgré une correspondance et des témoignages comptés, David Cecil réussit ici la performance de nous éclairer sur Jane Austen. Il parvient même à nous donner presque la sensation de lire un texte supplémentaire de cette auteur incontournable des lettres anglaises.

    Quelle délectation de parcourir les quelques mots de ses relations épistolaires où l'on reconnaît le style de la romancière mais où l'on découvre un peu de sa personnalité intime ! Les inconditionnels de la figure de proue de la littérature victorienne doivent, si ce n'est déjà fait, absolument se jeter corps et âme dans cette biographie fascinante de référence qui, si besoin était, incite follement à la relecture de cette oeuvre trop courte.

    Extraits :

    Les bonnes manières relèvent si bien du bon sens,

    Que les unes et l'autre sont indissociables.

    George Savile

    ...

    Rares et particulièrement satisfaisantes sont les sociétés qui réussissent, même de façon discontinue et imparfaite, à allier le bon sens, les bonnes manières, une intelligence cultivée, une piété tempérée par la raison et un solide sens de l'humour.

    Une telle société convenait parfaitement à Jane Austen.

    ...

    "J'ai passé une très agréable soirée, cependant, bien que tu n'y puisses découvrir aucune raison ; c'est que je ne pense pas nécessaire d'attendre, pour goûter aux satisfactions de la vie, d'avoir une bonne raison de le faire."

    Même si elle devait se contenter de partenaires mal assortis, Jane Austen s'efforçait de prendre plaisir à la soirée. Dans les phrases comme celle-là, elle nous rappelle Sydney Smith. Ainsi déclare-t-il : "J'estime et j'ai toujours estimé que choisir entre la vie et la mort est infiniment moins important qu'on ne le pense généralement ; mais si l'on choisit la vie, alors le bon sens exige que l'on s'amuse avec les meilleurs compagnons que l'on puisse trouver, et en toutes circonstances."

    ...

    Non sans ironie, elle note que la nature humaine est imprévisible : "Personne, s'écrie-t-elle ne correspond jamais à nos attentes, ni dans ses sentiments, ni dans ses actes, ni dans ses joies, ni dans ses souffrances !"

    ...

    "Mme Ferrars était (...) une personne laconique car, contrairement à la plupart des gens, elle ajustait ses paroles à la quantités de ses idées."

    Ce passage illustre d'autres aspects caractéristiques du génie à l'oeuvre dans les romans de Jane Austen : le portrait au vitriol associée à la délicatesse du style, (...).

    ...

    "Peux-tu seulement imaginer Mars Holder morte ! La pauvre femme a fait la seule chose au monde qui était en son pouvoir pour nous forcer à cesser de nous moquer d'elle.

  • Mr. Thake de J.B. Morton

    Ou les tribulations, les infortunes et les déboires d'un gentleman anglaismr thake.JPG

    Editions le dilettante - 284 pages

    Présentation de l'éditeur : Oswald Hattersley Blettisloe Thake, gentleman célibataire engoncé dans ses principes, est définitivement fâché avec son temps. Au fil de ses pérégrinations à travers l'Europe et l'Amérique des Années folles, il tombe de Charybde en Scylla, se laissant duper avec une naïveté confondante par toutes sortes d'escrocs, d'artistes, de veuves joyeuses et de demi-mondaines. The Adventures of Mr. Thake est un classique de l'humour anglais pour la première fois traduit en français.

    Inconditionnelle des romans épistolaires (Eux sur la photo d'Hélène Gestern, Les chagrins de Judith Perrignon, 84, Charing Cross Road d'Helen Hanff, Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer, Lady Susan de Jane Austen), j'ai ici été passablement déçue.

    Malgré un humour très anglais, une succession de situations cocasses et un personnage particulièrement travaillé dans son caractère ingénu - pour ne pas dire lourdement naïf - je me suis rapidement fatiguée des arnaques à répétition dont le héros est victime. La crédulité du personnage est poussée à son paroxysme, ce qui le rend exaspérant et de fait, la lecture de ses déboires assez rapidement agaçante. Ces lettres, initialement parues dans un journal, ne supportent pas l'épreuve de la compilation. La petite dose est incontestablement la meilleure prescription pour ce genre.

  • Rentrée littéraire : Eux sur la photo d'Hélène Gestern

    Editions Arléa : 273 pageseux sur la photo.jpg

    Présentation de l'éditeur : Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu’elle avait trois ans. Ses indices : deux noms et une photographie retrouvée dans des papiers de famille, qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu’Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père. Commence alors une longue correspondance, parsemée d’indices, d’abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu’on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu’ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie. Avec Eux sur la photo, Hélène Gestern nous livre une magnifique réflexion sur le secret de famille et la mémoire particulière que fixe la photographie. Elle suggère que le dévoilement d’éléments inconnus, la résolution d’énigmes posées par le passé ne suffisent pas : ce qui compte, c’est la manière dont nous les comprenons et dont nous acceptons qu’ils modifient, ou pas, ce que nous sommes.

    Une auteur qui nous livre un premier roman magnifique, voilà la rentrée littéraire comme je l'aime. Certes, le style épistolaire qui m'est si cher (Lady Susan, Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, 84 Charing Cross Road, Les chagrins...) n'y est pas pour rien. Si l'écrivain y adjoint en plus du secret familial, de l'amour et des réflexions sur l'existence, alors il faudrait que l'écriture manque sérieusement de consistance pour que je lâche prise. Ce qui n'est ici évidemment pas le cas. Les échanges par courrier, mail et sms très bien exécutés (rappelons que l'exercice est périlleux) sont cernés de chapitres descriptifs des nouvelles photographies qui s'ajoutent aux découvertes de nos deux détectives en racines familiales. L'écriture est tellement juste que ces clichés ne peuvent faire autrement que de s'imprimer dans la rétine du lecteur qui n'en verra évidemment aucune. La quête de réponses et l'évolution de la relation entre les deux correspondants sont suffisamment addictives pour que le livre se laisse dévorer rapidement et même si l'on avance de manière un peu convenue vers le dénouement, le texte ne démérite à aucun moment et confirme, si besoin était, que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures (ou comment rejeter l'idée que certains sujets littéraires ont été consommés jusqu'à la lie). Une très belle découverte qui mérite d'être poussée.