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Roman épistolaire, journal - Page 3

  • Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Editions Michel Lafon - 363 pagesles enfants de la paranoia.jpg

    Présentation de l'éditeur : Règle un : on ne tue pas les innocents. Règle deux : on ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans. Depuis des siècles une guerre clandestine, ignorée du commun des mortels, oppose deux anciens clans qui se déchirent au nom du Bien et du Mal. Des deux côtés : des assassins endoctrinés et entraînés dès leur plus tendre enfance à haïr et détruire le camp adverse. Joseph, vingt-trois ans, est l'un de ces tueurs d'élite. Il ne connaît qu'une réalité : tuer ou être tué. Mais alors qu'il retrouve ses deux plus proches amis pour quelques jours de vacances dans le New Jersey, il tombe dans une embuscade. Echappant de peu à ce piège mortel, il est envoyé en mission à Montréal où il rencontre Maria, une jeune innocente de dix-sept ans. Pour la première fois, Joseph découvre l'amour... et le doute. S'il veut protéger la femme qu'il aime, il doit abandonner la vie qu'il a toujours connue et trahir ses frères d'armes. Osera-t-il transgresser les règles ?

    Merci aux Editions Michel Lafon de m'avoir offert la possibilité de découvrir cette saga.

    Ce roman trompeur m'a surprise à plus d'un titre.

    Pour commencer, ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Primo, ne vous fiez pas à la couverture aux allures de roman jeunesse, il n'en est rien. Je dirais de ce livre qu'il n'est pas conseillé à des lecteurs de moins de 16 ans.

    Segundo, ne pensez pas que vous obtiendrez le fin mot de l'histoire en refermant la couverture. Aucune indication en jaquette, pas plus qu'en postface et pourtant, il s'agit bien du premier tome d'une trilogie - même s'il serait concevable que l'histoire s'en tienne là malgré les interrogations laissées en suspens.

    Enfin et surtout, ne croyez pas que vous allez vous embarquer pour un thriller manichéen s'appuyant sur le cliché de l'opposition entre le bien et le mal même si le choix des prénoms des protagonistes (Joseph, Maria, Christopher) laisse un peu à désirer. L'histoire n'est ni gentillette, ni banale.

    Ces points étant éclaircis, je dirais que le plus surprenant de ce roman est bien sa qualité.

    Enfants de la paranoïa est un récit oppressant et sombre qu'il est difficile de lâcher tend il vous prend aux tripes dès les premières pages. Ecrit sous forme de journal, il nous fait suivre le parcours du "soldat" d'une guerre dont les tenants et les aboutissants sont obscurs tant pour le lecteur que pour ceux qui la mènent et la subissent. Tout au long de la lecture, on s'interroge sur le bien-fondé du combat en avançant au rythme angoissant du tueur. Grâce un subtil mélange de suspens, de violence et de romance, l'auteur nous plonge dans une chasse à l'homme prenante parfaitement rythmée. La narration est servie par une écriture soignée et fluide, simple et efficace. Les personnages sont attachants même si l'ambiguïté demeure sur leur réelle bonté. L'atmosphère très noire, très fataliste, sans note d'humour pour alléger l'ambiance, permet de ressentir au plus prêt les doutes, les angoisses et la paranoïa des personnages. Les forts sentiments suscités font froid dans le dos et coupent le souffle. L'auteur relève ici le défi d'en dire assez pour nous impliquer avec force dans l'histoire sans en dire trop pour que les tomes suivants soient à la hauteur de ce premier opus. Ce qu'on ne peut qu'espérer...

    Le plus de cette lecture entre polar et fantastique est d'offrir deux niveaux de lecture. L'on peut se contenter de l'aventure bourrée de suspens, de l'histoire palpitante de survie sanglante. Mais l'on peut également passer au-delà de l'intrigue et lire une véritable critique de notre société. L'auteur, par ses partis pris, fait de son roman une allégorie sartrienne selon laquelle l'enfer, c'est les autres. Il dénonce métaphoriquement avec beaucoup de justesse l'absurdité de la violence, le fait que les soldats de toutes les guerres, de tous les camps, sont persuadés de se battre pour la justice, sans trop savoir laquelle. Il met également en évidence la manipulation des gouvernements qui utilisent la paranoïa, la peur et le désir de vengeance pour conserver leur pouvoir et la paix intérieure. Il critique magistralement notre époque avec ces guerres sans réelles valeurs, ces régimes manipulateurs et ces combattants fanatiques endoctrinés. Et surtout, il fait l'apologie du doute comme clé de la liberté - au moins morale.

    En bref, j'ai adoré le rythme, le crescendo brillamment opéré et le final explosif qui m'a laissée abasourdie. Je n'ai qu'une hâte, c'est d'avoir les deux autres tomes. Mais comme pour toute saga, il faut s'armer de patience...

    A noter que les passionnés pourront continuer l'aventure en jouant aux enfants de la paranoïa sur l'Appstore. Souhaitons que cette petite application ingénieuse très bien marketée évolue au cours des sorties des prochains tomes de la trilogie.

    Extrait :

    - J'ai envie de toi, ai-je dit en te relevant et en t'embrassant.

    Puis je t'ai soulevée dans mes bras et je t'ai emportée dans la chambre. J'étais décidé à reprendre le dessus, mais tu l'étais encore plus à me conquérir. Nous sommes tombés sur le lit. J'ai essayé de me glisser entre tes jambes. Tu as déjoué ma manoeuvre, et tu m'as chevauché, les mains sur mon torse. J'ai saisi ta poitrine entre mes mains, passé mes lèvres et ma langue sur tes seins. Tu as étouffé un cri. Je voulais te regarder dans les yeux, mais je ne pouvais empêcher mon regard d'errer sur ton corps. Tu avais la peau pâle, mais sans défaut. Haletante, cambrée, tu étais là, nue devant moi. Si ton but était de me posséder, de me marquer à jamais comme ta propriété, il aurait été atteint, si je n'avais déjà été marqué à ton fer.

  • Rentrée littéraire : Tout va très bien de Charles Chadwick

    tout va très bien.jpgA paraître le 5 septembre 2012

    Editions Jacqueline Chambon - 813 pages

    Présentation de l'éditeur : Tom Ripple est un type qui ne fait pas de vagues. Anglais moyen, il porte un regard singulier sur son existence banale. Marié à une femme socialement très engagée il trouve plus reposant de se contenter de la vie plus ou moins telle qu'elle est. Rien ne le ravit tant que le petit train-train satisfait, la routine au ronron attachant. Il n'est pas non plus porté à vouloir découvrir la source et le sens des choses. Pourtant, sans raison apparente, il se met un jour à consigner sa vie par le menu. Avec un mélange d'honnêteté et de maladresse, d'humilité et d'autodérision, il raconte son quotidien de banlieusard sans histoire dans l'Angleterre des années 1970, ses relations avec ses voisins, son mariage qui se désagrège, ses enfants qui s'éloignent, la vie du petit village du Suffolk dans lequel il élit domicile, ses amours déçues, son retour à Londres, puis son ultime retraite dans une station balnéaire, la santé qui décline, les souvenirs qui refluent, et la fin d'un millénaire qui semble se confondre avec ses derniers jours. Ecrit sur vingt années et publié par un jeune auteur de soixante-dix ans, Tout va très bien compose une singulière et attachante épopée du quotidien. Avec ce gigantesque roman qui commence par une anecdote griffonnée sur un bout de papier et s'achève comme un monument destiné à entretenir un souvenir qui s'estompe, Charles Chadwick a écrit le grand monologue de l'homme ordinaire.

    Abandon en page 44. Si la jaquette ne m'avait pas vraiment émoustillée, j'avais décidé de laisser une chance à ce pavé, n'ayant jusqu'à présent jamais été déçue par les Editions Jacqueline Chambon (Roman de l'au-delà, La couleur des sentiments, Les descendants, La grande fête...).

    Malheureusement, j'ai trouvé le texte aussi terne que sa présentation. Le narrateur se perd dans ses tergiversations intérieures qui sont tristement ordinaires, comme promis. Même le soupçon d'humour anglais n'aura pas suffit à me convaincre de persister un tant soit peu, des fois que. Je dois bien avouer que ma décision de n'accorder que quelque cinquante pages à ce récit (ce qui, j'en conviens, est un peu juste) est grandement liée à l'absurdité - ne mâchons pas nos mots - du format. Etant handicapée du dos, ce parpaing littéraire était une véritable torture ; rédhibitoire ! Occasion m'est donnée de rappeler aux éditeurs que le poids des ouvrages est, en librairie, une critique récurrente et un frein à l'achat pour les clients âgés ou invalidés.

  • Rentrée littéraire : Les Accusées de Charlotte Rogan

    A paraître le 23 août 2012les accusées.jpg

    Editions Fleuve Noir - 261 pages

    Présentation de l'éditeur : À l'été 1914, l'Impératrice Alexandra, un paquebot transatlantique croisant vers New York, fait naufrage suite à une mystérieuse explosion. À son bord se trouve Henry Winter, un riche banquier en voyage de noces avec sa jeune épouse Grace. Malgré la panique ambiante, Henry parvient à trouver une place à sa femme sur l'une des chaloupes de sauvetage. Elle y rejoint trente-huit autres passagers, bien plus que l'embarcation ne peut en contenir. Pendant vingt-et-un jours et vingt-et-une nuits, les rescapés luttent contre les éléments, la faim, la soif et leur pire ennemi : la peur. La chaloupe menace de chavirer à tout moment et les inimitiés ne tardent pas à apparaître. Une évidence se fait jour : pour que certains vivent, d'autres doivent mourir. Grace fait partie de ceux qui ont survécu... mais à quel prix ? C'est ce que cherche à savoir le tribunal devant lequel elle comparaît avec deux autres femmes, toutes trois accusées d'avoir tué l'un de leurs compagnons d'infortune. Mais la justice peut-elle vraiment statuer sur ce qui s'est passé entre ces hommes et ces femmes confrontés à une mort imminente ?

    Avec Les Accusées, Charlotte Rogan signe un premier roman original et dérangeant qui explore les limites de la morale humaine. Elle pose avec justesse la question de savoir s'il est possible de juger depuis son existence confortable et sécurisée les agissements de personnes en situation de survie, une condition inimaginable si on ne la vit pas de l'intérieur. Elle dresse des personnages aussi complexes que les circonstances l'exigent, dont il est impossible de déterminer s'ils sont bons ou mauvais, même si l'on ne peut s'empêcher d'avoir des opinions, qui évoluent au fil du récit.

    L'on pourrait penser que le suspens est tué dans l'oeuf puisque l'on sait que Grace, la narratrice du calvaire, va être secourue. Mais quand et comment sera-t-elle sauvée ? Et sera-t-elle acquittée pour les faits qui lui sont reprochés sur cette chaloupe de fortune ?

    L'idée de situer l'action en 1914 permet d'exploiter certaines particularités de cette époque, à savoir la condition difficile de la femme et l'absence des moyens de communication modernes pour informer du naufrage.

    Ce huis clos haletant plonge le lecteur dans ses angoisses les plus profondes et renvoie immanquablement avec un siècle d'écart à la tragédie du Titanic. Sa construction intelligente sert une écriture juste et embarque sur les rives de la conscience et de la survie. Les amoureux de la mer et de la navigation ainsi que les adeptes de Koh Lanta seront à n'en pas douter séduits par ce page turner oppressant.

    Extraits :

    (...), j'avais été élevée dans l'illusion que je jouirais d'un éventail de choix toujours plus large, nourri dès la source de ma vie par des rus et des rivières de potentiel sans cesse plus important, jusqu'à ce que je débouche dans un delta fertile où je me jetterais dans un océan de possibilités. Avec le recul, cette dernière métaphore peut paraître de mauvais augure, mais je la tenais alors pour tout à fait appropriée et cette destination miroitante et ensoleillée, m'avait-on inculqué, n'était autre que la béatitude du mariage.

    ...

    - Mais tu vas de voir travailler !

    - Je serais maîtresse de mon destin, avait-elle riposté.

    - Tu seras tout juste une domestique, lui avais-je opposé.

    Mais qu'elle ait agi par principe ou fait de nécessité vertu, elle ne s'était pas davantage épanchée et était partie pour Chicago, (...).

  • L'évangile selon Pilate d'Eric-Emmanuel Schmitt

    Editions Albin Michel - 284 pagesl'évangile selon pilate.jpg

    Présentation de l'éditeur : Première partie : Dans le jardin des oliviers, un homme attend que les soldats viennent l'arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l'amour et le pardon ? Deuxième partie: Trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant ! Y a-t-il un mystère Jésus ou simplement une affaire Jésus ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s'insinue dans son esprit. Et avec le doute, l'idée de foi. L'Evangile selon Pilate a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle 2001.

    Je ne suis pas vraiment branchée religion. Mais ayant pour ambition de ne pas mourir complètement idiote, j'ai tenté de me cultiver en lisant "les textes". Pour la culture générale en somme. Péché d'orgueil ! Si je dis que j'ai tenté, cela induit bien évidemment que je n'ai pas réussi. Même la version bd de la Genèse de Crumb a eu raison de ma volonté. C'est dire à quel point la lecture de L'Evangile selon Pilate s'annonçait comme un véritable chemin de croix...

    Croyez-le ou non, les miracles existent. J'ai été absolument absorbée par ce roman d'une originalité impressionnante, basé sur "l'histoire vraie" mais par le regard lumineux-illuminé de l'auteur qui interprète à sa façon les écritures et le vécu de chacun des protagonistes tels Jésus, Pilate ou Judas pour ne citer qu'eux. Une thèse théologique très personnelle, qui est bien la seule à avoir capté mon attention. Sans aucun doute par son côté apocryphe à n'en pas douter décrété par les dogmatiques.

    La construction en deux parties, la première du point de vue de Yéchoua et la seconde de celui de Pilate, radicalement opposées sans pour autant être antagonistes, renforce la dynamique du texte en incitant le lecteur à faire sa tambouille personnelle, avoir sa propre conception. Immaculée. Et quelle que soit sa représentation, ce n'est que de l'amour.

    Bref, c'est superbement pensé, admirablement écrit. Lisez-le, je vous en prie.

    La petite cerise sur la gâteau est la genèse de ce texte en fin d'ouvrage. Et ses péripéties. Les confessions de l'auteur sont particulièrement intéressantes.

    Extraits :

    Je lui souris mais je ne saisis pas tout de suite ce que j'avais appris.

    Je le sais maintenant : je venais de quitter l'enfance. Démêlant les fils des songes et de la réalité, je découvrais qu'il y avait d'un côté le rêve, où je planais mieux qu'un rapace, et d'un autre côté le monde vrai, dur comme ces pierres sur lesquelles j'avais failli m'écraser.

    J'avais aussi entrevu que je pouvais mourir. Moi ! Yéchoua ! D'ordinaire, la mot ne me concernait pas. Oh, bien sûr, çà et là, je croisais des cadavres à la cuisine et dans les cours des fermes, mais quoi ? C'était des animaux ! De temps en temps, on m'annonçait qu'une tante, un oncle venaient de décéder, mais quoi ? Ils étaient des vieillards ! Ce que moi je n'étais et ne serais jamais. Ni bête, ni vieillard. Non, moi j'étais parti pour vivre toujours... Moi, je m'estimais impérissable, je ne trouvais la pourriture nulle part en moi... Je n'avais rien à voir avec la mort. Et pourtant, là, chat perché sur mon rocher, j'avais senti son souffle humide sur ma nuque. Dans les mois qui suivirent, j'ouvris des yeux que j'aurais préféré garder fermés. Non, je n'avais pas tous les pouvoirs. Non, je ne savais pas tout. Non, je ne m'avérais pas immortel. En un mot : je n'étais pas Dieu.

    ...

    On ne voit jamais les autres tels qu'ils sont. On n'en a jamais qu'une des visions partielles, tronquées, à travers les intérêts du moment. On essaie de tenir son rôle dans la comédie humaine, rien que son rôle - c'est déjà si difficile.

    ...

    - Qu'est-ce que la vérité ?

    J'avais dit cela comme on hausse les épaules, pour me débarrasser d'un visiteur importun. Qu'est-ce que la vérité ? Il y a la tienne, et celle des autres. En bon Romain formé au scepticisme grec, je relativisais. Toute vérité n'est que la vérité de celui qui la dit. Il y a autant de vérités que d'individus. Seule la force impose une vérité avec ses armes ; par le glaive, par le combat, par le meurtre, par la torture, par le chantage, par la peur, par le calcul des intérêts, elle oblige les esprits à s'entendre provisoirement sur une doctrine. La vérité au singulier, c'est une victoire, c'est la défaite des autres, au mieux un armistice. Mais la vérité n'est jamais une ; c'est pour cela qu'elle n'existe pas.

    ...

    Cependant, si je joue avec la structure du roman policier, je ne la respecte pas. Un roman policier, dans la mesure où il ne pose qu'une question dont la réponse existe, s'achève par une réponse close, définitive. L'Evangile selon Pilate finit non pas par la résolution du mystère mais par son épaississement.

    Un anti-roman policier, quelque sorte...

  • Amore 14 de Federico Moccia

    amore 14.jpgEditions Calmann-Lévy - 601 pages

    Présentation de l'éditeur : Amore 14, c’est le journal intime de Carolina, une adolescente de quatorze ans qui vit à Rome. À ce cahier, elle confie tout, ses doutes et ses espoirs, ses relations avec ses meilleures copines, les disputes dans la famille, notamment entre son frère aîné et son père. C’est vers son journal qu’elle se tourne quand son grand-père meurt, et quand son frère quitte la maison familiale après une violente scène avec son père. Mais la vie de Carolina, c’est aussi des coups de coeur. Notamment pour Massimilliano, qu’elle a rencontré dans un magasin de disques. Un seul regard et c’est le coup de foudre ! Une vision étonnante de réalisme et de candeur, qui dit tout sur l’allégresse des premiers troubles de l’adolescence, sur ses cruelles désillusions aussi, avec une exquise tendresse...

    De plus en plus de livres sont édités avec deux couvertures : l'une pour le rayon jeunesse-jeunes adultes, l'autre pour le rayon littérature grand public.

    S'agissant d'Amore 14, cette double déclinaison souligne le fait que ce choix marketing n'est pas forcément pensé pour le public mais davantage pour des intérêts financiers. En effet, le roman de Federico Moccia, aussi qualitatif soit-il, n'a pas vraiment sa place dans la littérature adulte. Formidablement bien écrit, drôle, émouvant, il n'en reste pas moins un livre à destination des jeunes demoiselles. Certes, il offre aux grandes filles l'occasion de se replonger dans leurs émois adolescents mais bon.

    Quoiqu'il en soit, ce journal intime est une bien jolie plongée dans l'âge des coups de coeur, de l'amitié à la vie à la mort, des espoirs, des doutes, des conflits parents-enfants ou frères-soeurs et tout et tout. Son héroïne peut s'avérer une très bonne amie pour accompagner les adolescentes un peu perdue dans cet âge tourmenté. D'une point du vue adulte en revanche, Carolina est un peu trop réfléchie pour son âge - ce qui en fait une jeune fille parfaite au goût des parents mais pas tout à fait crédible - et un peu trop libre de sortir comme bon lui semble - peut-être l'éducation est-elle différente en Italie... Tout en étant moral, ce roman n'en reste pas moins actuel, moderne et sans tabous. Loin d'être cucul, il est divertissant, vivifiant, intelligent, même s'il est un chouilla trop rose.

    Au final, pour les parents soucieux de mettre des lectures éclairées entre les mains de leurs filles sans les barber, ce livre est tout ce qu'il y a de plus adapté.

    Extraits :

    Septembre, j'aime bien aussi parce que tu peux te rappeler ton été. Et quel été ! L'été de mon premier baiser. OK. D'accord, ce n'est pas un titre original, mais je crois que rien n'est extraordinaire dans la vie d'une personne, sauf justement pour cette personne.

    ...

    Et vous riez encore plus fort. Vous vous regardez, tout vous fait rire, alors tu ris, tu ris et tu ris encore, et le destin a l'air d'accord avec toi, ça vaut la peine de rire un bon coup. Voilà, aujourd'hui encore, je crois que c'est un de mes meilleurs souvenirs, parce qu'on a passé un après-midi à rire tellement qu'on en avait mal au ventre. Pendant ces moments, il n'y a rien de plus beau que ces rires, tu oublies ce qui va mal et tu te sens en paix avec le monde. Alors tu arrêtes de rire, jusque encore quelques éclats nerveux, mais ensuite tu te sens satisfaite, tu soupires un grand coup, de soulagement. Voilà, c'est ça, la vie, rire comme ça, avec quelqu'un que tu aime et de qui tu te sens aimée.

    ...

    Mais parfois, il faut savoir résister à l'envie de passer un coup de fil , parce que l'autre est énervé et qu'il peut avoir besoin d'être seul, de ne parler à personne, même pas à ceux qui l'aiment.

    ...

    "Certes nous étions jeunes, nous étions arrogants, nous étions ridicules, nous étions excessifs, nous étions irréfléchis, mais nous avions raison."

    Abbie Hoffman

    ...

    "La liberté n'est pas le fait de choisir entre blanc et noir, mais de se soustraitr à ce choix prescrit."

    Adorno

    ...

    Comme je dis toujours, chacun se comporte comme il veut, inutile de trop s'en faire. Chacun suit sa route et sa façon de vivre, et même si parfois on n'est pas en syntonie, il ne faut pas juger.

    ...

    L'amour de ma vie. La personne avec qui je partage tout, qui me comprend, qui me fait rire et rêver? Vivre avec lui, se lever tous les matins en se regardant dans les yeux, partager les joies et les douleurs, les difficultés et les surprises, et l'envie de continuer année après année, toujours ensemble. J'ai de la chance, j'aime et je suis aimée. Et le quotidien n'a rien abîmé, il n'a pas fait disparaître la magie. Notre amour s'est transformé dans le temps, nous avons su le faire grandir par notre volonté. Parce qu'une histoire ne fonctionne qu'avec de l'engagement, des sentiments et de la collaboration. Les papillons dans l'estomac ne suffisent pas, comme dit Carolina. Ca, c'est le point de départ. Ensuite, il faut avoir un projet à construire.

    ...

    C'est la mort, que je ne comprends pas. Elle emporte les gens comme ça, sans qu'on puisse rien y faire. On ne peut plus jamais leur parler, les toucher, les voir, rire avec eux. Plus jamais les écouter, plus jamais pouvoir leur acheter un cadeau ou leur dire ce qu'on n'a jamais eu le courage de leur dire.

    ...

    "Il meurt lentement celui qui évite la passion / celui qui préfère le noir au blanc / les points sur les i à un tourbillon d'émotions / celles qui redonnent la lumière dans les yeux et réparent les coeurs blessés"