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Première oeuvre - Page 9

  • Les Descendants de Kaui Hart Hemmings

    Editions Jacqueline Chambon - 296 pages

    Présentation de l'éditeur : Descendant de l’un des plus grands propriétaires terriens de l’île d’Hawaii, Matthew King voit son destin basculer le jour où son épouse, la belle et frivole Joanie, sombre dans le coma après un grave accident de bateau. Bientôt, conformément au testament qu’elle avait rédigé, les appareils seront débranchés, et Matt devra s’occuper seul de ses deux filles, Alex, dix-sept ans, ancien mannequin et déjà quelques problèmes de drogue à son actif, et Scottie, une pétulante petite fille de dix ans. Tandis qu’il demande à la famille et aux amis de Joanie d’aller lui dire au revoir, Matt découvre que sa femme avait un amant. Décidé à le retrouver pour qu’il puisse, lui aussi, faire ses adieux, Matt prend la route avec ses filles et se lance dans une quête salvatrice. D’une plume tout à la fois incisive et mélancolique, acide et sincère, lucide et drôle, Kaui Hart Hemmings sonde les liens affectifs qui font d’un homme un amant, un mari et un père, et signe, avec Les Descendants, un authentique roman d’amour.

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    A gauche, la couverture qui a paru dans nos librairies avec l'horrible affiche de l'adaptation cinématographique, à droite, la couverture américaine. Cherchez l'erreur... On a beau dire que le flacon importe peu, ça me gâte un peu l'ivresse une jaquette aussi moche.

    M'enfin, ici on parle contenu plus que contenant. Faisons le donc. Je ne sais pas si le film était réussi, mais si tel n'était pas le cas, alors c'est qu'il n'était pas à la hauteur car Les Descendants est un très beau texte. Il parle d'amour, d'infidélité, de paternité, de mort mais c'est surtout une très belle réflexion sur le pardon. Un peu commun de prime abord mais le côté farfelu des personnages fait la différence.

    En arrière-plan, l'auteur, d'origine hawaïenne, nous offre un petit aperçu historique de son île et évoque l'importance de préserver le riche héritage ancestral culturel et environnemental de sa culture. Tout cela se fondant très adéquatement dans le récit.

    Bref, ce n'est peut-être pas un livre qui me laissera un souvenir impérissable mais en tout cas, sa lecture m'a beaucoup touchée et divertie et c'est déjà énorme.

    Extraits :

    Je me demande si nos rejetons n'ont pas tous décidé de baisser les bras. Ils ne seront jamais sénateurs ni propriétaires de clubs de football. Jamais ils ne deviendront présidents de la NBC Côté Ouest, ni fondateurs de Weight Watchers, pas plus qu'ils n'inventeront le caddie pour faire les courses, ou ne se retrouveront prisonniers de guerre, ou les plus gros fournisseurs du monde de noix de macadamia. Non, ils prendront de la coke, fumeront des joints, suivront des cours d'écriture créative et se ficheront de nous. Ils se souviendront peut-être de nos dynamisme, mais ils ne prendront jamais la relève.

    ...

    C'était ça le problème : notre couple avait fini par s'enliser dans la routine. Et Joanie avait besoin des cahots du quotidien, des accidents du terrain. C'est drôle, je me perds dans des pensées à son sujet alors que quand elle était là, devant moi, je ne pensais pas beaucoup à elle.

    ...

    Je me demande à partir de quel âge on ne peut plus simplement se joindre aux autres gosses.

  • Un génie ordinaire de M. Ann Jacoby

    culture,littérature,livre,roman,etats-unis,citation,usaEditions JC Lattès - 444 pages

    Présentation de l'éditeur : Theodore Mead Fegley n'est pas un adolescent ordinaire. À dix-huit ans à peine, il a déjà bouclé son cursus universitaire, prêt à révolutionner le monde des mathématiques. Pourtant, à l'aube de sa consécration, il laisse tout tomber et se réfugie chez ses parents, dans une petite ville de l'Illinois. Face aux attentes démesurées de son entourage, il tente de trouver sa place et s'initie à l'entreprise de pompes funèbres qui fait vivre sa famille depuis plusieurs générations. Peu à peu, Mead entre dans la vie adulte, bientôt rattrapé par les fantômes de son passé et traqué par Herman Weinstein, un camarade de promotion obsédé par la réussite... Roman initiatique au ton décalé et cultivant le mystère, Un génie ordinaire retrace l'itinéraire d'un jeune garçon talentueux dont le génie n'est pas toujours facile à assumer !

    C'est l'oxymore du titre qui m'a tout d'abord interpellée. Puis le résumé jaquette m'a convaincue d'un potentiel que j'avais envie de découvrir. Toujours suivre son intuition ! Même si l'on s'interroge sur la signification de la drôle de couverture (qui au final n'a aucun sens !). Ne jamais, JAMAIS, s'arrêter à la photo de couverture. Certains éditeurs choisissent très mal leurs chargés de couv', ce qui ne fait pas du livre une bouse.

    Bref, ce livre est un régal à dévorer. L'on y découvre donc une tronche en maths - si vous les aimez, vous allez avoir des complexes, si vous les détestez, vous aimerez quand même le livre -, qui est brimé dès sa plus tendre enfance parce qu'il est une grosse tête et harcelé par sa mère qui veut absolument qu'il se sorte de leur vie d'économies de bouts de chandelles. Mais alors qu'il est sur le point d'atteindre l'objectif de son insupportable génitrice, patatra ! Nervous breakdown. Il plaque tout.

    Pourquoi ? Vous le saurez en le lisant. Plus que l'histoire ordinaire d'un être d'exception, ce roman peut-être un véritable enseignement pour les parents de petits génies afin d'éviter certains écueils. Ce livre propose un aperçu possible des conséquences de la pression sociale. Mais c'est avant tout un très chouette moment de divertissement avec des personnages hauts en couleurs et des situations tour à tour drôles, révoltantes, émouvantes... Le tout baigné dans l'intelligence la plus exceptionnelle et la bêtise la plus crasse.

    Extraits :

    Chaque génération se voit obligée d'entreprendre de vivre presque comme si personne ne l'avait fait auparavant.

    José Ortega Y Gasset

    ...

    Il doit être merveilleux d'arriver à ce moment de la vie où plus rien n'a d'importance, où la confiance en soi est suffisamment solide pour n'avoir cure de l'opinion publique.

  • Un long silence de Mikal Gilmore

    un long silence.jpgEditions Sonatine - 611 pages

    Présentation de l'éditeur : Gilmore, un nom entaché du sceau de la malédiction aux Etats-Unis. En 1976, le fils aîné, Gary, en prison pour meurtre, exige que l'Utah rétablisse la peine capitale. Cinq balles lui arrachent le coeur. Mikal, le cadet, veut comprendre. Il enquête sur sa famille, berceau de haine, violence et folie, enracinée chez les mormons, et en dévoile les secrets infâmes, comme une tentative pour exorciser le Mal. "Je n'avais au bout du compte jamais échappé à ma famille, je portais en fait sa ruine au plus profond de moi, depuis le tout début de ma vie."

    Mikal Gilmore a obtenu le National Book Critics Circle Award pour ce livre et, après en avoir été journaliste, fut longtemps le rédacteur un chef du célèbre Rolling Stone Magazine. A première vue, cet homme a une vie remplie de succès. Ne vous y fiez pas.

    Michael - selon l'état civil - a vécu un drame depuis le berceau. Dans ce livre, confession sans concession autant qu'enquête sur sa propre famille, Gilmore nous livre son histoire tragique qu'il a désespérément tentée d'enfouir en lui mais le rongeant inexorablement. C'est donc par l'encre qu'il tente d'exorciser les liens du sang et d'enrayer ce qui ressemble à une malédiction familiale.

    Impossible de sortir intact de cette lecture. Au regard de cet héritage dévastateur, l'on ne peut que saluer la force incroyable de l'auteur d'avoir simplement réussi à avancer. Si l'on nous proposait une fiction du genre, l'on ne pourrait que penser que les scénaristes en ont trop fait. Et pourtant, tout n'est ici que sombre réalité. C'est cru, mais pas impudique. C'est violent, mais pas gratuit. Ce morceau d'intimité est un hymne à l'instinct de survie et nous fait découvrir toute une époque états-unienne et un pan de sa société : les Mormons.

    Un autre éclairage sur la famille Gilmore et tout particulièrement son plus célèbre membre Gary, condamné à mort, est à découvrir en lisant Le chant du bourreau de Norman Mailer.

    Âmes sensibles, s'abstenir.

    Extraits :

    Tous ces ragots avaient un effet sur elle. Dans la mesure où les rumeurs étaient une sorte de jugement, une façon de nier sa valeur et sa bonté, Bessie était profondément blessée et irritée par tous ces bavardages. Mais en surface, avec la fierté qui sied au paria, elle s'arrangeait pour montrer une autre image. Elle avait trop de dignité pour s'abandonner aux repentances et aux humiliations que ses parents et les autres attendaient d'elle. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était persévérer ; la fille rebelle qui s'enfonçait en territoire interdit.

    ...

    "Tu as raison - je suis folle ! Suffisamment pour tuer. Vas-y, continue de m'accuser, essaie de me quitter. Tu verras ce que je ferai. Je suis assez folle pour attraper un couteau pointu et te trancher la gorge en pleine nuit pendant que tu dormiras, et je rigolerai pendant que ton sang coulera et que tu pousseras le dernier souffle de ta vie cruelle et abjecte."

    Que ces menaces aient été sérieuses ou non, elle les proférait de manière convaincante. En de telles circonstances, elle était la chose la plus effrayante qu'il m'ait été donné de voir. Ses yeux étaient fixés sur mon père avec le genre d'aversion qu'on ne peut éprouver qu'après avoir été profondément trahi par la personne qu'on aime le plus. Et c'est à ces instants, quand je voyais l'expression menaçante de ma mère, que j'ai appris à craindre la colère. En particulier, j'ai appris à craindre la colère d'une femme blessée. Malheureusement, j'ai aussi appris à provoquer cette colère.

    ...

    Le fait que ma mère n'ait pas quitté mon père n'est pas un cas unique. Il y a tout le temps, partout dans le monde, des gens qui restent dans des relations qui battent de l'aile. Les femmes restent avec des hommes qui les blessent émotionnellement et physiquement, et les hommes restent avec des femmes qui les blâment ou qui les excluent de leur vie. Parfois, vous restez parce que vous aimez l'autre et que vous ne pouvez pas imaginer de vivre sans revoir le visage de la personne aimée. Vous espérez peut-être que les choses vont s'arranger. Peut-être que l'amour vous rend aveugle - ou peut-être que vous ne savez pas qu'on se fout de vous. Mon frère Frank a un jour demandé à ma mère pourquoi elle avait encaissé toutes les raclées de mon père - surtout celles qui lui avaient valu de se retrouver affreusement enflée et couverte de bleus. "Bon sang, a-t-elle répondu, j'ai cherché tout ça. Je l'ouvrais trop et ton père me remettait à ma place. Je le méritais. C'est aussi simple que ça." Sa réponse - l'idée qu'elle pensait mériter ces horribles raclées - me met en colère et m'attriste, mais elle met aussi en lumière le fait que parfois nous acceptons une liaison malheureuse, et que nous ne nous imaginons pas en dehors de ce malheur. Il fait partie de notre identité. L'idée d'abandonner le malheur devient plus effrayante que la perspective de vivre avec? On risque de ne plus savoir qui on est si on quitte cette dynamique - on risque de devoir se reconstruire entièrement. Ou alors, on va devoir trouver quelqu'un d'autre avec qui reproduire les mêmes erreurs.

    Je crois que ma mère aimait sincèrement mon père, et je crois que mon père aimait sincèrement ma mère. Un jour, au cours de leurs entretiens, Schiller a observé : "On dirait parfois que vous étiez en admiration devant votre mari.

    - Et bien, je voyais bien qu'il avait de nombreux défauts et tout. Mais j'ai continué vous savez, jusqu'au dernier jour de sa vie, j'ai continué à ressentir ce petit pincement, ce petit battement de coeur, chaque fois que sa voiture apparaissait dans l'allée. La façon qu'il avait d'être assis derrière son volant, tout souriant et plein de confiance, ou la manière qu'il avait d'être assis à son bureau. Ca me faisait vraiment fondre.

    - Comment était-il assis à son bureau ?

    - Oh ! comme s'il était tellement concentré qu'il ne se souciait pas que vous soyez dans la même pièce. Et alors il se levait et il traversait la pièce pour aller chercher quelque chose et il tendait le bras pour vous tapoter sous le menton ou quelque chose. Pour que vous sachiez qu'il savait que vous étiez là, même s'il donnait l'impression d'être trop occupé pour s'en rendre compte."

    ...

    Imaginez les bonds impossibles que votre coeur fait, les frontières qu'il doit franchir, quand vous discutez avec un homme de sa propre mort. (...) Mais comme quand vous essayez de convaincre une personne qui ne vous aime plus de vous aimer tout de même - parce que vous ne pouvez imaginer de poursuivre votre vie, de la vivre, sans la présence ou la chose que vous aimez le plus - à l'instant où vous proposez votre argument, essayant de convaincre l'autre de rester et de vous aimer de nouveau, vous savez que la cause est perdue, et que, en même temps, c'est une certaine vision de votre avenir qui est perdue.

    Quand vous discutez avec quelqu'un qui est fermement décidé à mourir vous apercevez que si vous perdez la bataille, vous n'aurez plus jamais l'opportunité de parler avec elle, ce sera la dernière fois que vous verrez cette personne. (...) Et ce ne sera pas le cancer ou les actes cruels d'un autre qui vous la prendront ; ce sera l'abysse de sa propre âme et vous songerez avec effroi que s'abandonner à cet abysse et peut-être, après tout, le seul acte qui ait un sens.

    ...

    Alors, ce qui n'était peut-être guère étonnant, j'ai sombré dans la dépression. J'étais là à travailler, ou à écouter de la musique, ou à lire un livre, quand une peur soudaine s'emparait de moi. J'allais m'allonger dans mon lit et je restais recroquevillé pendant des heures, attendant que l'obscurité se dissipe, attendant de respirer de nouveau normalement.

    ...

    Je me réveille alors, avec une vive douleur me déchirant les entrailles. Et je m'aperçois que je pleure vraiment. Je reste couché là, à sangloter, et même si je sais qu'aucun enfant n'est mort, je ne peux m'empêcher de pleurer. Mon chagrin me semble réel, et j'ai l'impression que je ne peux pas vivre avec.

  • La petite maison dans la prairie de Laura Ingalls Wilder

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    Tome 1 - 311 pages : Laura Ingalls débute le récit de sa jeunesse dans l'Ouest américain des années 1870. C'est son enfance en famille et sa traversée de l'Amérique qu'elle retrace. C'est aussi toute la vie des pionniers, leurs difficultés mais aussi leurs joies.

    Tome 2 : Au bord du ruisseau - 339 pages : Dans ce volume, la famille Ingalls s'installe dans une curieuse maison creusée dans les berges d'une rivière.

    Tome 3 - Sur les rives du lac - 351 pages : Le père de Laura accepte un travail sur la ligne de chemin de fer ; toute la famille Ingalls quitte la maison au bord du ruisseau et part s'installer dans le Dakota, à l'ouest.

    Présentation de l'éditeur : Laura Ingalls narre sa jeunesse dans l'Ouest américain des années 1870. Elle retrace son enfance en famille et sa traversée de l'Amérique vers de nouvelles terres mais c'est aussi et surtout le récit plein d'émotion et de nostalgie de la vie des pionniers.

    Bon avouons-le, je n'avais pas particulièrement envie de me lancer dans la lecture de cette série, ayant regardé ad nauseam l'adaptation télévisuelle des célèbres aventures de la famille Ingalls qui, aujourd'hui encore est diffusée en boucle. Je n'ai acheté ce coffret des trois premiers volumes du journal intime de la petite Laura (il en existe deux de plus dans cette collection mais bien d'autres dans des éditions différentes) que parce que je le trouvais joli.

    Ayant une subite envie de lecture pas stressante pleine de bons sentiments, j'ai décidé de rentabiliser mon achat. Je m'attendais bien naturellement à retrouver la version écrite des épisodes télé. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu'ils n'étaient en fait qu'une vague exploitation hollywoodienne !

    Je ne saurais donc que conseiller cette jolie révélation à tous les enfants qui aiment lire. L'on est plongé dans la vie d'une famille simple et unie mais surtout dans toute une époque des Etats-Unis : la conquête de l'Ouest et la vie impressionnante de courage et de difficultés des pionniers venus d'Europe. Et contrairement aux idées reçues, ces histoires ne sont pas réservées aux petites filles. N'oublions pas que Laura fut longtemps un petit garçon manqué qui narre, entre autres, avec beaucoup de précisions comment allumer un feu, pêcher ou construire une cabane.

  • En moins bien d'Arnaud Le Guilcher

    Stéphane Million Editeur : 276 pagesen moins bien.jpg

    Présentation de l'éditeur : Emma. Un pélican à la con. Une station balnéaire aux États-Unis. Un Allemand qui tourne. Une tribu de hippies crados. Le moral dans les bottes. Une dune qui chante. Cassavetes, Kurosawa et Huey Lewis. Un pressing. Un verre de trop. Une équipe TV. Puis une autre. Richard. Love in Vain. Un requin et un marteau. Un coup de feu. Du sang sur le sable. Une Chevrolet Impala. Le bruit des vagues. L’amour à trois. L’amour tout seul. Une lettre d’amour. La vie qui continue. En moins bien.

    Découvrir un auteur français qui a la trempe d'un auteur américain, ça n'a pas de prix. C'est d'ailleurs cet intéressant croisement qui donne à ce texte toute sa beauté : l'action se déroule aux Etats-Unis mais le verbe est argotique.

    L'écrivain, probablement un brin zinzin (au sens élogieux du terme), nous fait emboîter le pas d'un loser magnifique. Les personnages sont déjantés, les situations sont cocasses mais sous ces airs d'absurdité la plus crasse, le fond est pro, le récit est profond. Ca vous chatouille les zygomatiques et ça peut même vous tirer la larmiche. Des bouquins commak, on devrait en boulotter plus souvent. Non seulement ça fait reluire les méninges mais en plus, c'est bon pour le moral de se gondoler. Le must ? Il y a une suite !

    Extraits :

    Ce bâtiment avait un capital sympathie dégueulasse : un enduit dégoulinant, des petites fenêtres immondes. Il y a des gens à l'urbanisme qui mériteraient d'habiter dans les saloperies qu'ils dessinent.

    ...

    Y a pas de mots pour décrire  le moment où on déshabille pour la première fois la personne qui cristallise tout.  J'étais bouleversé. Je me suis mis à trembler. Comme une feuille. Quand je l'ai pénétrée pour la première fois, j'ai eu envie de pleurer. Je suis pas une fiotte, mais là faut reconnaître que ça m'a méchamment secoué.

    Je sais pas comment réagi un bonhomme dans les quelques jours qui suivent ou précédent le début d'une histoire d'amour... C'est étrange... On est crevé, mais en forme. Epuisé, mais heureux. Le sentiment amoureux doit générer des hormones euphorisantes ou du Prozac.

    ...

    Tableau du 1er tour :

    Nous - Les gens normaux

    Les flics - Les hippies

    Pierre de Coubertin en voyant ça a dû faire des triples axels dans sa tombe. On jouait sur deux terrains parallèles, les torses nus contres les tee-shirts. Y avait pas d'arbitre et ça a tourné à la foire. La moitié des hippies, dont le goal, jouait à poil. A la première patate, le portier baba a fait un amorti de la bite et ona dû le sortir. De notre côté ? Waterloo...

    ...

    Je marque à mort. On me touche, j'ai un hématome. Je me cogne et vlan, un bleu. Dans le coeur c'est pareil, je marque à mort. Un coeur brisé plein de bleus, c'est mon coeur à moi. C'est pas de la faïence, c'est autre chose. J'ai plus tellement envie. J'ai plus envie du tout même, pour être honnête. Tout ça me pèse. Mais peser c'est autre choses, alors...

    Elle est où Emma ? Elle est partie...

    T'est où ? C'est qui, qui te fait l'amour ? C'est qui ? C'est comment, les bras des autres ? C'est plus chaud ou moins chaud ? C'est plus fort ? Moins fort ? C'est comment ? Ils te tirent les cheveux, parfois ? Tu leur dis "Je t'aime" à l'oreille, aussi ? Tu dis quoi ? Et à qui ? Et quand ? Et où ? Ca me donne le vertige tout ça, c'est trop haut pour moi.

    La vache...

    C'est dur quand même.

    Je pourrais faire sans toi. C'est sûr. Je peux me mentir assez longtemps. Mentir, je sais faire. Ne pas penser à toi, c'est autre chose. Je suis mort, putain, tu te rends compte ? Je suis mort... Toutes ces expériences pour en arriver là... Tout ça pour ça. C'est fou. Mort et vivant. A la fois. C'est barjot. C'est des coups à pas renaître. Mais renaître, c'est autre chose.

    Alors...

    T'es où, Emma. T'es où ?

    Je t'en veux pas de tout ça. S'en vouloir, c'est autre chose. J'aimerais juste savoir comment tu vas, comment tu te sens et si tu es bien dans tes pompes. Je reprendrais bien un peu de quotidien. J'aimerais te voir te laver. T'entendre fredonner l'infredonnable, toutes tes chansons pourries, faire tes imitations à la con et rire. Rire. C'est ça. C'était bien ça.

    Une vie sans toit, ça risque d'être un peu long. Pas beaucoup plus qu'une éternité, mais pas beaucoup moins non plus.