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Polar, thriller, roman noir - Page 5

  • Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

    A paraître le 4 avril 2012.

    Gaïa Editions - 191 pagesle blues.jpg

    Présentation de l'éditeur : Max est conseiller politique de haut niveau. Il est l'homme de l'ombre, le génie. Il est malin et avec lui on s'en sort toujours. Seulement, cette fois, Max a assassiné son meilleur ami, qui est aussi, accessoirement, le Premier ministre danois. Coincé entre une insurrection groenlandaise et d'âpres négociations internationales, un match Danemark-Suède et l'intervention d'une jeune scoute peut-être pas si cruche qu'elle en a l'air, quel plan génial pourra-t-il échaffauder pour se tirer d'affaire ? Un texte décalé et burlesque sur fond de satire politique.

    Une opinion répandue voudrait qu'il n'y ait pas grand plaisir à lire un polar qui commence exactement là où il devrait s'achever. Quel intérêt de se lancer à l'assaut d'une non-enquête puisque dès le premier chapitre, dès la jaquette même, l'auteur nous dévoile qui est l'assassin, qui est l'assassiné et comment le drame s'est déroulé ?

    Et pourtant, Flemming Jensen réussit le tour de force de nous embarquer dans cette drôle d'histoire à l'étrange narration. Il parvient même à nous étonner par un final inattendu - comme quoi, il ne faut jamais préjuger et croire un peu naïvement que le final (le vrai) nous est révélé dès le début.

    Sur fond d'anti-thriller donc, Jensen nous offre un portrait au vitriol du monde politique et de la nature humaine, une vision délicieusement grinçante du pouvoir et de ses conséquences.

    Seule petite fausse note adressée aux éditions Gaïa : si la ligne éditoriale tous horizons est d'une qualité exceptionnelle, la correction est vraiment le talon d'Achille de la maison et les nombreuses coquilles sont quelque peu dérangeantes.

    Exraits :

    Les politiciens sont des amateur.

    Et ça ne pose absolument aucun problème. C'est même le principe de la démocratie : nous devons tous avoir notre mot à dire, puisque nous sommes tous à égalité - tout simplement.

    L'idée vient de la Grèce antique, elle est née d'un profond idéalisme et d'une désespérante ignorance de la nature humaine.

    Nous avons nous-mêmes décidé que les choses devaient être comme elles sont. Mais le résultat est dont que les pays démocratiques à travers le monde sont menés par une bande d'amateurs à moitié dingues. On peut devenir ministre de l'Environnement uniquement parce qu'on possède un tracteur ! Il en va des ministres comme des couches jetables : il faut en changer souvent.

    Et pour la même raison.

    ...

    On se marie pour se dire des mots doux l'un à l'autre, pour être fier l'un de l'autre, pour se rendre la vie plus simple l'un à l'autre. Bien entendu, l'idée est aussi d'avoir une épaule sur laquelle se reposer, ou sur laquelle pleurer, et un endroit où chercher de l'aide quand la vie est trop dure.

    ...

    "Les gens se battent pour la démocratie, mon vieux ! On se vante de notre démocratie ! On fait des guerres partout sur Terre pour exporter la démocratie !"

    Elle se maîtrisa. Parfois, la langue s'emballe, et on commence à dire des bêtises.

    "Enfin, non." Elle se corrigea toute seule, irritée. "On le fait pas pour la démocratie. Mais après coup, on dit que c'était pour ça... vous le dites !"

    Elle l'accusait du regard.

    Grand Dieu ! Max n'en pouvait plus. La nuit était bien avancée, et il n'avait pas dormi. C'était évident : Max était fatigué.

    Mais il n'y avait pas de détour possible. Il fallait y retourner.

    "Je vais essayer de t'expliquer quelque chose à propos de la démocratie, Signe. Quelque chose qui peut être un petit peu difficile à comprendre...

    - Fais gaffe, si c'est trop difficile à comprendre, je risque de devenir méfiante !"

    Il n'y avait évidemment rien de révolutionnaire dans les propos de Max sur la démocratie, mais Signe était très jeune, il n'avait donc aucun intérêt à sauter une étape.

    Pour le lecteur aussi tout ça pourrait avoir des airs d'évidence, mais laissez-moi résumer brièvement, question de cohérence.

    Commençons avec les grands défis de l'humanité - juste quelques-unes, on n'est pas au Consensus de Copenhague.

    La Terre va mal, c'est comme ça. On le sait bien : le CO² dans l'air, les substances toxiques dans l'eau, la radioactivité... Tout ça, on nous en rabat les oreilles. Le fait est que l'homme est le seul animal à avoir choisi son extermination en chiant dans son propre terrier.

    On peut penser ce qu'on veut, mais c'est comme ça.

    Quel rapport avec la démocratie ?

    Tout le monde sait ce qui ne va pas - tout le monde sait ce qu'il faut faire. Personne ne le fait ! La Terre approche la limite de la surpopulation, pendant que nous les riches devenons plus riches, les pauvres plus pauvres, les assoiffés plus assoiffés, les affamés plus affamés - et l'impuissance se mue en une rage mondiale, qui un jour ou l'autre explosera forcément en Ragnarök.

    On peut trouver ça bien ou pas, mais on est bien obligés de s'y faire, parce que c'est comme ça.

    Peut-on y faire quelque chose ?

    Oui, on peut - on peut l'empêcher !

    On ne le fera pas.

    Qui doit le faire - est-ce que nous pouvons l'empêcher ?

    Oui, il se trouve qu'on le peut !

    Est-ce qu'on va le faire ?

    Non, on ne le fera ps.

    Pourquoi ?

    A cause de la dé-mo-cra-tie !

    Nous y voilà : la démocratie causera la ruine de la Terre !

    Tous les gouvernements du monde savent quoi faire, mais personne ne fait rien.

    Parce que ce qu'il faut faire serait si radicalement impopulaire que personne ne veut mettre la tête sous la guillotine.

    Parce qu'il y a toujours des élections dans quelques années.

    L'indicible vérité est : la seule chose qui pourrait sauver la Terre, c'est un régime totalitaire.

    Mais ça, on n'en veut surtout pas ! Oulala !

    Plutôt laisser crever la Terre.

    Pour la démocratie !

    ...

    "La mort de la démocratie ne sera pas le fait d'une audacieuse embuscade - mais le résultat d'une destruction progressive par l'apathie, l'indifférence et la sous-alimentation."

    Robert M. Hutchins

  • 3" de Marc-Antoine Mathieu

    3 secondes.jpgEditions Delcourt - 66 pages

    Présentation de l'éditeur : 3 secondes, le temps pour la lumière de parcourir 900 000 kilomètres, le temps d’un coup de feu, d’une larme, d’un texto, d’une explosion… Au travers d’un puissant zoom graphique inédit en bande dessinée, Marc-Antoine Mathieu propose à ses lecteurs de ralentir le temps pour enquêter sur un complot. Un récit innovant et ludique qui ravira les amateurs de nouvelles expériences.

    Voici une bande dessinée dont tout le monde a beaucoup parlé et qui s'est vue décerner le dBD Amard 2012 du meilleur scénario. Sans détour, je m'inscris une fois de plus en porte-à-faux par rapport à l'engouement général.

    Alors oui, le concept est très original. Décomposer trois secondes d'action en tout un album par le truchement du reflet et du zoom poussés à leur paroxysme, c'est du jamais vu, c'est une prouesse technique. Mais voilà. Par ce labyrinthe de miroirs, l'auteur nous en fait oublier l'histoire à l'instar d'un réalisateur qui ferait d'incessants effets de cadrage. Ou quand la technique phagocyte l'histoire.

    Certes l'exercice de style est une performance dont on apprend (ou pas). Cela dit, quand je me plonge dans un livre, c'est plus l'évasion que l'expérimentation qui est mon but premier. Et ici, le pari oubapien de l'art séquentiel met véritablement au second plan l'intrigue policière. Certains aiment, moi bof, même si je salue l'exploit.

  • Elena et le roi détrôné de Claudia Piñeiro

    Editions Actes Sud - 172 pageselena et le roi détrôné.jpg

    Présentation de l'éditeur : Pour Elena, atteinte de la maladie de Parkinson, le temps se mesure en cachets de dopamine. Son cerveau n'est plus qu'un roi détrôné, incapable de se faire obéir sans ce capricieux émissaire. Quand on lui annonce l'invraisemblable suicide de sa fille, Rita, elle sait qu'il lui faut mener sa propre enquête, et qu'elle a besoin d'aide. Vingt ans plus tôt, elle a sauvé des griffes d'une faiseuse d'anges une jeune femme qui lui envoie chaque année un émouvant gage de bonheur familial. Alors, au prix d'un effort titanesque rythmé par ses pilules, elle traverse Buenos Aires pour demander à Isabel, qu'elle n'a jamais revue, d'acquitter sa dette : prêter son corps valide pour retrouver le meurtrier supposé. Mais le malentendu est abyssal entre les deux femmes. Qui doit payer et pour quoi ? Condition féminine, vulnérabilité, préjugés, ce roman utilise les ressorts de la littérature policière pour livrer une subtile réflexion sur la construction de l'identité et une troublante interrogation sur l'obstination à vouloir vivre, à tout prix.

    Dans une ambiance polar, l'auteur nous conduit dans les pensées et le quotidien d'une mère éplorée qui veut comprendre la mort de sa fille et qui pour mener son enquête doit lutter contre la maladie qui la gouverne : Parkinson.

    Entre ces deux combats, l'un affectif, l'autre corporel, l'on découvre une petite bonne femme aux allures vulnérables - bien que passablement acariâtre - mais dont la puissance, malgré les douleurs physiques et psychiques, est celle d'une mère pour son enfant, d'une vivante contre la Grande Faucheuse.

    Le résultat est une agréable mise en scène des ressorts que l'on peut puiser au fond de soi et des représentations que l'on peut avoir sur les autres comme sur soi-même. Le tout dans une atmosphère, des moeurs qui semblent à dix mille lieues de celles d'aujourd'hui. Cette austérité, cette dureté sont aussi dépaysantes qu'intrigantes, mais le chemin de croix d'Elena est avant tout une ode à la vie.

  • 658 de John Verdon

    Editions Grasset - 441 pages658.jpg

    Présentation de l'éditeur : Ancien alcoolique reconverti en gourou pour milliardaires dépressifs dans une clinique très privée, Mark Mellery reçoit un jour une lettre anonyme, lui demandant de se prêter à un petit jeu d'esprit à première vue inoffensif... Mais l'énigme ne tarde pas à prendre une tournure sanglante et terrifiante. Appelé à résoudre une enquête en apparence insoluble, semée d'embûches et d'indices trop flagrants pour être honnêtes, le légendaire inspecteur David Gurney, jeune retraité du NYPD bientôt rattrapé par les démons de l'investigation, se lance aux trousses d'un meurtrier aussi inventif que machiavélique pour qui le décompte macabre ne fait que commencer...

    Je me surprends à lire de plus en plus régulièrement des polars, romans noirs et autres thrillers. Bon, je dois quand même relativiser mes statistiques en précisant que je dois être à un roman policier lu pour une quinzaine de romans tout court. Le style meurtre-enquête-frissons n'aura jamais ma préférence du fait que même si je tombe sur une perle littéraire du genre, je suis toujours un peu déçue à la fin. Le dénouement ne me satisfait jamais dans le sens où il ne peut pas vraiment y avoir d'explication crédible face à l'horreur engendré par un ou plusieurs déséquilibrés, aussi fictifs soient-ils. Par ailleurs, ces romans, pour peu qu'ils soient bien écrits et bien construits, ont une particularité qui, à mes yeux, est autant un atout qu'une faiblesse : ils sont l'essence même du page-turner. Alors certes, l'on est happé par l'intrigue et on ne lâche pas le bouquin tant que l'on ne connaît pas le fameux coupable ou que l'on n'a pas résolu le mystère. Mais de fait, quand on s'engage dans ce type de lecture, l'on ne fait plus que ça et on les finit trop vite. Cela n'engage évidemment que moi au regard des chiffres de vente du rayon policier.

    Quoiqu'il en soit, 658, tout polar qu'il soit, compte à mon avis au nombre des très bons textes de cette littérature. L'idée d'un tueur qui torture mentalement ses victimes en prétendant pouvoir lire dans leurs pensées est très angoissante et très bien exploitée. Le suspens est à son comble et si l'on peut nourrir de multiples soupçons, impossible de connaître la vérité avant seulement quelques paragraphes précédant la grande révélation. L'ensemble est très bien écrit, ce qui ne gâche pas le plaisir de ce scénario diabolique qui est la toute première production de l'auteur. Coup de chapeau et de projecteur.

    Extrait :

     - Les rôles dominent qui dominent nos vies, commença Mellery sans préambule, échappent à notre contrôle. Les besoins qui nous gouvernent implacablement sont ceux dont nous sommes le moins conscients. Pour être heureux et libres, nous devons voir les rôles que nous jouons tels qu'ils sont, et mettre au jour nos besoins cachés.

    Il parlait avec calme et simplicité, et il avait toute l'attention de son auditoire.

    - Le premier écueil dans notre recherche sera la conviction que nous nous connaissons déjà nous-mêmes, que nous comprenons les motifs de nos actes, que nous savons pourquoi nous percevons de telle ou telle manière la situation qui est la nôtre et les gens qui nous entourent. Pour faire des progrès, il importe que nous ayons l'esprit plus ouvert. Découvrir la vérité sur soi-même nécessite que je cesse de proclamer que je la connais déjà. Jamais je n'enlèverai le rocher qui me barre la route si je n'arrive pas à le voir pour ce qu'il est.

  • Chaque soir à 11 heures de Malika Ferdjoukh

    Editions Flammarion - 402 pagesculture,citation,littérature,littérature jeunesse,livre,roman

    Présentation de l'éditeur : Willa Ayre s'est classée dans la catégorie des filles que les garçons ne voient jamais, des insignifiantes, des petits chats caustiques mais frileux. Iago, lui, attire tous les regards. Il est le garçon dont rêvent toutes les filles du lycée. Dès la rentrée, Iago pose les yeux sur Willa et la choisit. Mais à une fête, Willa rencontre le bizarre et ténébreux Edern. Dès lors, sa vie prend une tournure étrange. De la grande maison obscure cachée au fond de l'impasse, la jeune fille doit découvrir les secrets, sonder son coeur, et faire un choix...

    Il est comme ça des auteurs dont vous lisez un roman, un seul, qui vous donne envie de lire les précédants et les suivants. C'est le cas de Malika Ferdjoukh qui m'avait littéralement subjuguée avec ses Quatre soeurs (également adapté par Cati Baur en bande dessinée). C'est donc sans hésitation que j'ai réservé Chaque soir à 11 heures avant même sa parution quand j'ai appris la sortie d'un nouvel ouvrage pour les 12 ans et plus de cette auteur jeunesse.

    Aaaahhhh. Quand elle est intelligente et superbement écrite - ce qui est bien évidemment le cas ici -, qu'il est bon de faire une pause dans ses lectures "de grands" pour se plonger dans la littérature jeunesse. Des récits plein de fraîcheur. Attention, fraîcheur ne veut pas dire mièvre, niais, cucul, etc. Relations familiales, premiers émois, amitiés sont traités avec maestria dans une trame polar-fantastique qui pousse le suspens à son comble. Je ne doute pas que comme moi, le public premier ne pourra lâcher le livre une fois commencé. L'on galope, on galope, pour connaître le fin mot de l'histoire !

    Et puis définitivement, le style de Malika Ferdjoukh est incomparable. Elle sait transcender de sa plume la morale adulte et la pensée jeune qui souvent s'affrontent et les réunir sans heurt avec une originalité incontestable. J'ai particulièrement adoré le parler de la petite Marni avec ses expressions-verbes qui mériteraient de devenir une mode.

    On est bien loin ici des histoires torturées qui préparent malheureusement nos enfants - à l'instar des émissions débiles de télé-réalité où le vice relationnel est la règle - à des amours et des amitiés compliquées. Une chose est sûre, si un jour j'ai une fille, elle lira Malika Ferdjoukh !

    Extrait :

    Je ne sais pas vous, mais moi, j'aime connaître le titre des livres que les gens lisents, dans le métro, le bus, ou les profs au lycée... J'ai contorsionné mon cou, aussi discrètement que possible, tout en répondant :

    - A une demi-heure de bus, environ.

    L'invitation à la valse ! J'aime tant ce roman.

    Je ne sais pas vous, mais moi, si j'ai lu et aimé le livre que lit un passant, eh bien ce passant devient un peu mon ami. Tant pis pour lui s'il l'ignore et l'ignorera toute sa vie.