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Polar, thriller, roman noir - Page 4

  • La fille américaine de Monika Fagerholm

    la fille américaine.jpgEditions Stock - 638 pages

    Présentation de l'éditeur : 1969, dans une presqu'île de Finlande. Une jeune fille américaine, Eddie de Wire, vient rendre visite à sa tante. Deux garçons tombent éperdument amoureux d'elle et, lorsqu'elle disparaît soudainement, on retrouve l'un d'eux pendu dans une grange. C'est le début du Mystère de la fille américaine qui va hanter les habitants du lieu. Doris et Sandra, encore enfants à l'époque du drame, se lient d'une amitié exclusive, qui se nourrit de leur fascination commune pour cette affaire… Un roman envoûtant qui nous plonge dans les affres de l'adolescence tout en décrivant la violence des rapports de classe.

    Si les débuts sont un peu laborieux du fait d'une succession de paragraphes abscons (mais qui bien évidemment ont vocation à s'éclaircir au fil de la lecture), d'un style que je qualifierai de typiquement nordique et d'une multitude de personnages et d'époques, on se laisse finalement happer par ce thriller étrange, premier volet d'un diptyque dont la seconde partie s'intitule La scène à paillettes.

    Au coeur des contrées scandinaves qui d'ici semblent propices à la sérénité, ce sont des existences troublées et désenchantées que façonne l'auteur. Le poids de l'enfance et les affres de l'adolescence sont au coeur de cette intrigue complexe où le mystère plane. L'atmosphère est assez inquiétante, les personnages, tous perturbés, errent, dans un cadre marécageux. C'est une sorte de monde hors du monde, bien réel mais au frontière de songe, de l'imaginaire cauchemardesque.

    L'ensemble aurait gagné à être un peu élagué. La trame alambiquée au style très particulier peut facilement décourager et une sensation de longueur se fait ressentir sur la fin. A cela s'ajoute une noirceur qui n'est pas forcément au goût de beaucoup de lecteurs. C'est une lecture radicalement atypique, difficile, qui s'adresse à un public plutôt exigent osant s'aventurer en dehors des sentiers battus.

    Pour ma part, j'ai été assez envoûtée par ce texte où foisonnent les thèmes sous-jacents et qui plante un décor et une ambiance vraiment surprenants mais dont il est difficile de parler. Dur dur de résumer une histoire aussi riche et ténébreuse, aux frontières de l'ésotérisme. Une expérience vraiment unique qui mérite que l'on passe outre sa réputation hermétique.

    Extraits :

    Mais souviens-toi de ceci. Ce n'est pas toujours merveilleux, ni même agréable, de voir à quoi ressemblent ses rêves dans la réalité.

    ...

    Qui lui manquait tellement, des fois, que c'était comme un coup de couteau dans le ventre. Un manque qui, puisqu'on ne pouvait le faire cesser, devait s'enrober d'une histoire afin d'être maîtrisé tant bien que mal. Et elle s'en était fabriqué une, d'histoire, où elle se vautrait en solitaire quand l'humeur l'en prenait.

    ...

    Alors, BOUM. Elle était arrivée, comme une explosion, la Bombe. Et tout à fait comme par un pur hasard. Comme s'il n'était pas plus ou moins écrit sur son front (et sur celui de l'Ålandais aussi d'ailleurs) que cette rencontre était un pur hasard du genre de ceux dont on convient à l'avance.

    ...

    Le coeur est un chasseur au coeur dur, Pinky.

    L'amour n'est pas avare d'humiliations, Pinky.

    Voilà ce qu'il en est de lui.

    ...

    "Le temps n'attend pas. (...) Il y a les petits instants décisifs. Le temps de te retourner, tu les as déjà vécus. Le temps de te retourner, ils sont passés. Le temps de te retourner, ils t'ont été enlevés. Si tu ne t'y agrippes pas. C'est ainsi Sandra. Le temps de te... Tu ne dois pas gaspiller ton temps."

    ...

    Car c'était bien de cela qu'il s'agissait, à la fin des fins : pas de savoir si on voulait, oui ou non, marcher en rang, mais si on voulait croire en un changement possible.

  • A moi pour toujours de Laura Kasischke

    Christian Bourgois Editeur - 377 pagesà moi pour toujours.jpg

    Présentation de l'éditeur : "A moi pour toujours" : tel est le billet anonyme que trouve Sherry Seymour dans son casier de professeur à l'université un jour de Saint-Valentin. Elle est d'abord flattée par ce message qui tombe à point nommé dans son existence un peu morne. Mais cet admirateur secret obsède Sherry. Une situation d'autant plus troublante qu'elle est alimentée par le double jeu de son mari. Sherry perd vite le contrôle de sa vie, dont l'équilibre n'était qu'apparent, et la tension monte jusqu'à l'irréparable... Laura Kasischke peint avec talent une réalité américaine dans laquelle tout, y compris le désir, semble bien ordonné.

    Après Les revenants, Laura Kasischke confirme son talent pour planter des décors et des situations a priori normaux, tout ce qu'il y a de plus banals, mais derrière lesquels se cachent toutes les perversions. Elle est en quelque sorte la grande prêtresse de l'atmosphère illusoire qui masque tous les désespoirs ; ou comment les petites vies bien rangées n'attendent qu'un petit coup de pouce du destin pour éclater. De sa plume précise, l'auteur fait basculer de la vie bien ordonnée au plus sombre chaos et crée le thriller psychologique là où on ne l'attend pas. Et la psychologie affutée de ses personnages ne fait que rajouter au trouble, au dérangeant, qui émanent immanquablement de ses textes.

    Laura Kasischke semble prendre un plaisir un peu sadique à faire s'effriter les apparences lisses et sait jouer avec nos émotions les plus viles en nous faisant éprouver une curiosité malsaine voire un réel plaisir à observer la perfection voler en éclat. Elle décortique avec beaucoup d'acuité les faux-semblants qui se jouent dans le couple, dans la famille et dans les relations amicales ou professionnelles.

    Souvent comparée à Joyce Carol Oates, dont je n'apprécie que très moyennement l'oeuvre, Laura Kasischke nous entraîne dans la noirceur sans tomber dans le glauque et c'est ce qui, pour moi, fait toute la différences entre ces deux auteurs.

    Au final, une fois le nez mis dedans, on tourne les pages avidement, tenaillé par l'envie de savoir ce qui se cache derrière tout ça et comment cela va-t-il finir. Le suspens nous assaille et ne nous lâche plus et c'est bien ce que l'on attend d'un thriller digne de ce nom. Non ?

    Extraits :

    C'est drôle, le simple fait de me souvenir de ça ("Tu devrais t'habiller un peu moins...", elle n'avait jamais réussi à dire le mot) m'avait fait rougir.

    Je sentis l'éclat chaud de l'humiliation sur ma poitrine - encore, ou bien à nouveau.

    ...

    Est-ce qu'une amie meilleure aurait fait ça ? Est-ce qu'une amie meilleure aurait reconnu que, oui, il y avait bien eu une prise de poids, que cela n'était pas bon pour la santé, que les biscuits, de toute façon, n'étaient là que pour les jumeaux, ou par politesse ? Aurais-je dû lui offrir une pomme, plutôt ? Ou alors, avais-je eu raison de dire, comme je l'avais fait : "Mais tu le mérites bien, Sue. Tu es en grande forme?"

    ...

    Comment avais-je pu louper ça, toutes ces années, dans cette amitié, la haine, aussi ?

  • Monkton le Fou de William Wilkie Collins

    monkton le fou.jpegEditions Phébus - 114 pages

    Présentation de l'éditeur : Contre quelle malédiction se battent les descendants de la famille Monkton ? Pourquoi le dernier d'entre eux, vivant jusque-là reclus, ajourne-t-il subitement un mariage inespéré pour se rendre en Italie ? Que représente pour lui cet oncle disparu dans un étrange duel sans que l'on puisse retrouver son corps ? Une certitude demeure : l'héritier des Monkton semble à son tour dévasté par une incommunicable obsession...

    C'est Jane Austen, dans je ne sais plus lequel de ces romans, qui m'avait mis le nom de Collins à l'oreille. Elle semblait porter une réelle admiration à cet auteur et étant moi-même admirative de l'oeuvre de cette grande dame des lettres anglaises, je me suis dit que je serais à n'en pas douter séduite par ce qui l'avait elle-même impressionnée.

    Dans le mille ! Comme l'a dit Henry James dans un éloge qu'il a fait à propos de William Wilkie Collins, "il a introduit dans l'espace romanesque les plus mystérieux des mystères : ceux qui se cachent derrière nos propres portes".

    Considéré comme le précurseur du roman policier anglais, j'ai perçu Collins, au travers de cette première lecture, comme le décrit James : un maître du mystérieux davantage que du polar, même si le récit est en quelque sorte une enquête. Il y a un petit côté gothique dans son écriture fluide et élégante sans être pompeuse. Les adeptes des histoires de fantômes ou d'esprits trouveront immanquablement beaucoup de charme à ce texte. Pour les peureux comme moi, rassurez-vous, ce n'est pas non plus le genre de littérature qui empêche de dormir. L'auteur sait cultiver le mystère et jouer sur certaines peurs irrationnelles sans tomber dans le glaçant effrayant traumatisant. En fait, il donne du cachet à un genre qui n'est vraiment pas a priori ma tasse de thé.

    Les écrivains anglais du XIXe siècle, quel que soit leur genre, ont vraiment une plume exceptionnelle, un style raffiné typique et un sens de la narration captivant.

  • Cible mouvante de Ross MacDonald

    cible mouvante.jpgEditions Gallmeister - 278 pages

    Présentation de l'éditeur : Comme beaucoup de millionnaires du sud de la Californie, le magnat du pétrole Ralph Sampson a d'étranges fréquentations. II y a ce saint homme qui vénère le soleil et auquel Sampson a autrefois offert une montagne entière, et cette actrice oubliée, versée dans l'astrologie et les pratiques sadomaso. Mais voici que le détective privé Lew Archer est engagé par la femme de Sampson pour retrouver son excentrique mari dont les "amis" ont peut-être arrangé le kidnapping. Pour mener à bien son enquête, il devra naviguer entre les sanctuaires des mégariches californiens et les boîtes de jazz sordides. Cette première enquête de Lew Archer plonge dans un univers où s'entremêlent sexe, avidité et rancoeurs familiales. Un classique du roman noir qui transcende le genre.

    Si j'ai choisi ce livre dans le cadre de l'opération Masse critique du mois de mai organisée par Babelio, c'est parce que je n'achète jamais de polars, n'étant pas férue du genre. J'ai donc décidé que désormais, cette opportunité serait l'occasion de recevoir des livres que je ne lirais pas par ailleurs, même si je continue à postuler pour mes ouvrages de prédilection bien sûr mais le hasard à bien fait les choses en m'évitant un cantonnement trop facile.

    Ce roman policier typique a eu au moins le mérite de me retenir jusqu'au point final. Mais, si je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé, je dois quand même avouer qu'il ne répond pas vraiment à la conception que je me fais d'un polar. Certes, il se lit très facilement mais pour ce qui est du suspens, là, c'est plutôt le vide intersidéral. L'auteur n'a pas le style qui tient en haleine. On suit de façon plan-plan l'enquête et le dénouement n'a rien de très étonnant. Peut se lire sans réfléchir et ne donne pas du tout l'envie de se prendre pour un fin limier. Au final, le livre est un peu fadasse.

    Extraits :

    - D'où diable avez-vous surgi comme ça ? demandai-je à Taggert.

    - Du grand partout, pile dans l'ici-même.

    - Ne jouez pas à ça avec moi, dis-je en grognant. Je ne suis pas d'humeur.

    - Désolé, dit-il d'un ton sérieux. Je cherchais Sampson. Il y a un tripot là-bas, le Wild Piano. Sampson m'y a emmené, un soir, et je me suis dit que je pourrais y prendre de ses nouvelles.

    - C'est aussi ce que je m'étais dit. Vous avez vu comme on m'a répondu.

    - Comment vous êtes-vous retrouvé là ?

    J'avais la flemme de lui expliquer.

    - J'y suis entré sur un coup de tête. Et j'en suis sorti sur un coup de poing.

    ...

    J'avais vu plus d'une fois des feulements de chat virer aux gros coups de griffes.

    ...

    - Tu aurais dû rester, dis-je. Ce job t'apportait un tas de satisfactions.

    - Et sacrément peu d'argent. J'y suis resté dix ans et j'en suis parti plein de dettes. (Il m'adressa un regard narquois.) Et toi, pourquoi es-tu parti de la police de Long Beach, Lew ?

    - Pas vraiment pour des raisons d'argent. J'étais allergique à la troudeballo-succion. Et je n'aimais pas les magouilles politiques.  De toute façon, ce n'est pas moi qui suis parti, on m'a viré.

  • Les bébés de la consigne automatique de Murakami Ryû

    les bébés de la consigne.jpgEditions Philippe Picquier - 522 pages

    Présentation de l'éditeur : Hashi et Kiku, deux bébés abandonnés dans une consigne de gare, passent leur petite enfance dans un orphelinat. La recherche de leur identité les entraînera dans les bas-fonds de Tōkyō, où Hashi se prostitue avant de devenir un chanteur de rock adulé tandis que Kiku, champion de saut à la perche, se retrouve en prison pour parricide. Le roman suit en parallèle les destins des deux frères, décrivant le mécanisme qui les pousse à revivre sans cesse le traumatisme de leur enfance, racontant comment ces enfants purs et attachants passent du statut de victimes à celui de bourreaux. Dans un style déroutant mêlant l'horreur au comique, la poésie à des images de bande dessinée, avec une imagination foisonnante évoquant les romans de Gabriel Garcia Marquez, Murakami nous offre une vision de cauchemar du Japon de cette fin de siècle, et un reflet à peine déformé de notre monde moderne qui abandonne ses Enfants tristes. Mais les héros de Murakami, descendants de Nimier, Salinger ou Fitzgerald, ne se suicident plus, ils assassinent.

    Ce n'est pas cette lecture qui me réconciliera avec la littérature japonaise. Je pense que ce roman signe mon refus définitif de me lancer à l'assaut d'autre chose qu'un manga pour ce qui est de la production littéraire du pays du soleil levant.

    Souvent, l'idée de départ me séduit, mais le traitement ne m'accroche pas. L'irrationnel, l'hyper-violent, le sordide, le cruel sont trop inhérents à cette littérature ; tout du moins s'agissant du peu que j'en ai lu. Je suis quand même allée jusqu'au bout parce que malgré tout, l'auteur est parvenu à éveiller suffisamment de curiosité pour me pousser à savoir comment les deux anti-héros allaient évoluer, mais ce fut laborieux. Et décevant. Je m'attendais à davantage de sociologie et de psychologie mais rien n'est vraiment justifié. La décadence semble gratuite, absurde.

    Finalement, tout ce que j'ai vraiment apprécié dans ce livre, c'est la couverture. Les éditions Picquier sont comme la collection Motifs : un vrai régal pour les yeux (mais un petit sacrifice pécuniaire puisque ce sont des poches relativement chers).

    Extrait :

    - Idiot, pourquoi te soucier de ce qui se passera dans plusieurs années ? Il faut être fou pour trembler de peur à l'idée de mourir pendant qu'on est vivant.