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Littérature suisse - Page 2

  • Château de sable de Frederik Peeters et Pierre-Oscar Lévy

    culture,littérature,livre,bande dessinée,BDEditions Atrabile - 100 pages

    Présentation de l'éditeur : Château de sable se présente comme un huis clos à ciel ouvert, une fable sociale mordante et dérangeante. Sur une plage, le destin de 13 personnages va se retrouver bouleversé par un événement inconcevable, un basculement de la réalité qui va plonger cette petite troupe dans un abîme de questionnements. Face à cet événement fantastique, les protagonistes vont d’abord traverser une phase bien humaine de dénégation tendue et conflictuelle, puis viendra la période de l’acceptation, quand les masques seront tombés et qu’il faudra bien composer avec la nouvelle donne, car le temps est compté… Face à un destin qui s’échappe inexorablement comme une poignée de sable entre les doigts, chacun réagira à sa manière, mais comment et que faire quand un coucher de soleil peut être synonyme de fin ? Récit complet et complexe, où la situation est plus importante que l’explication, Château de sable balance tout au long de ses cent pages entre noirceur et humanisme, pour former à l’arrivée un conte moderne, cruel et passionnant.

    Si, dans un premier temps, la lecture de cette bande dessinée m'a tellement déconcertée que j'ai décidé qu'elle ne me plaisait pas, j'ai revue ma copie après une deuxième tentative.

    Dans ce huis-clos fantastique, Peeters et Lévy nous entraînent dans une réflexion sur le temps qui passe et sur la mort. Face à ces deux inexorabilités, la fragilité de la vie se compare à celle d'un château de sable. C'est cette précarité de l'édifice qui en fait tout son charme mais lui confère aussi son caractère angoissant. En nous catapultant dans un espace-temps où, bien loin de suspendre leur vol, les minutes s'égrainent à la vitesse grand V, les auteurs incitent à un cheminement introspectif sur l'existence.

    En arrière plan, l'on peut également y voir une critique sociale sur l'attitude des individus face à la tyrannie - en l'occurrence celle de la fuite du temps et de la mort annoncée. Les psychologies sont fantastiquement décortiquées et les réactions humaines criantes de vérité.

    Ce conte mystérieusement philosophique est bien loin du Pilules bleues de Peeters qui s'ancrait profondément dans la réalité. Mais la fable, aussi étrange et terrifiante soit-elle, n'est-elle pas parfois la meilleure façon de repenser le réel ? Et si aucune réponse ne nous est apportée à la fin de cet ouvrage, peut-être est-ce parce que l'important réside dans la question...

    Preuve, s'il en est, que parfois deux lectures valent mieux qu'une. Notons toutefois que si l'histoire s'est avérée passionnante et si son titre semble coller à la perfection à la période estivale, elle ne me semble pas vraiment correspondre aux aspirations littéraires du vacancier. Ses abords métaphysiques et fatalistes peuvent peut-être sembler un peu trop sérieux et déprimants à l'heure de la détente et de l'évasion ; encore que le repos ne soit pas forcément synonyme de vacuité intellectuelle.

    Extrait :

    Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps !

    Alphonse Allais

  • Quatre soeurs de Cati Baur

    culture,littérature jeunesse,littérature,bande dessinée,bdEditions Delcourt - 159 pages

    Présentation de l'éditeur : Orphelines depuis peu, les soeurs Verdelaine vivent à la Vill'Hervé, une grande maison en bord de mer. Enid, c'est la plus jeune, celle qui ne comprend pas vraiment les choses de l'amour, celle que personne ne croit quand elle dit qu'elle a entendu un fantôme hurler dans le parc. Ni Geneviève, ni Hortense, ni Bettina... Pas même Charlie l'aînée qui s'occupe de toute la petite tribu.

    Au départ, il y a un roman magnifique, Quatre soeurs de Malika Ferdjoukh, paru à L'Ecole des Loisirs et ayant séduit des centaines de milliers de lecteurs. Dont Cati Baur, qui n'avait pas laissé le public insensible avec son magnifique album Vacance et qui a souhaité mettre son coup de crayon au service de ces Quatre soeurs qui étaient cinq comme les Trois mousquetaires étaient quatre.

    A l'arrivée, ce premier volet d'une série de quatre (évidemment) est un ravissement pour tous les convertis à la cause Verdelaine et une véritable chance de découvrir cette famille hors du commun pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore. Bien sûr, le format bande dessinée ne saurait être aussi riche que le roman et je ne saurais trop conseiller de n'utiliser cet album que comme complément au broché pour faire durer le plaisir de cette merveilleuse histoire. Mais chacun voyant midi à sa porte et la perspective d'un livre de 608 pages pouvant être effrayante, cette bd, qui relève haut la main le défi d'être fidèle à l'oeuvre originale, est une parfaite occasion de se plonger dans le quotidien de ces frangines qu'on rêverait siennes.

  • Rentrée littéraire : Alypios d'Alexandre Glikine

    Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire (à partir du 26 août) qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici.

    Editions de La Différence - 144 pagesalypios.jpg

    Présentation de l'éditeur : Septembre 267 après J.-C., dans le Valais. À la suite d’un coup d’État sanglant, un esclave sauve son maître d’une mort certaine. Les deux jeunes gens sont alors entraînés dans une incroyable cavale qui doit les mener jusqu’au bout du monde. Une relation amoureuse naît entre le chevalier et l’esclave, où s’opposent et s’entremêlent amour et haine, esclavage et liberté, noblesse et veulerie, vie et mort ; combat le plus souvent absurde dans lequel, pourtant, les deux héros parviennent quelquefois, comme par accident, à voler des étincelles de liberté sur leur destin.

    L'avantage d'avoir un blog à tendances littéraires est de recevoir gratuitement des livres pour en faire la critique, notamment par l'entremise, non de la tante Artémise, mais de Babelio. L'avantage atteint son paroxysme lorsque le Social Media Club décide de s'associer les talents de réseaux de Babelio, Ulike et Chermedia pour faire chroniquer les romans de la rentrée par des blogueurs.

    C'est ainsi qu'en lectrice passionnée et émerveillée par l'exclusivité, j'ai reçu en avant-première le texte Alypios de Glikine, à paraître le 20 août. Je dis texte car à défaut d'un livre, j'ai récupéré une épreuve, pas même reliée. Malgré la passagère déception de ne pouvoir faire trôner dans ma bibliothèque un magnifique broché, bien trop rare pour ma maigre bourse ne m'offrant le loisir que des seuls poches, je me suis lancée à l'assaut du manuscrit bien difficile à tenir en mains.

    Après son premier roman paru en 2008 L'inconnu d'Aix salué par une presse unanime, Glikine nous offre ici le carnet amoureux d'un esclave pour son maître, d'un fugitif pour son frère de galère, d'un homme pour son amant. L'époque de l'action a beau être lointaine, les ambivalences du coeur et l'interchangeabilité des rôles et des rapports de forces n'en sont pas moins intemporelles.

    Quel amoureux n'a pas écrit son journal de non-dits, entre désirs et déceptions ? Quel épris n'a pas éprouvé bien de la solitude dans son couple ? Quels aimants n'ont jamais ressenti que leur complicité n'avait d'égal que leur incompréhension ?

    Cette muette déclaration d'Eutychès à Alypios m'a rappelé deux citations d'Oscar Wilde, auteur parmi les auteurs qui a su si bien souligner que les coeurs saignent parce qu'ils s'haiment :

    Etre un couple, c'est ne faire qu'un, mais lequel ?

    Il est difficile de ne pas être injuste envers ceux que l'on aime.

    J'ai également pensé à Brassens qui chantait si justement qu'il n'y a pas d'amour heureux ou aux Rita Mitsouko pour qui les histoires d'amour finissent mal en général.

    Alors pourquoi ? Pourquoi tout ça et en tout temps ?

    Tout simplement parce que rien ne surpasse le sentiment amoureux. Aussi capricieux et éphémère soit-il, il est tuant mais nous fait tous nous sentir bien vivants. L'on a beau finir par se réveiller, l'on a malgré tout rêvé.

    Au sortir de cette confession du coeur, mon seul - et bien négligeable - regret est le caractère unilatéral de l'épanchement. Je crois que j'aurais apprécié que les trop courtes cent-quarante quatre pages soient doublées d'une seconde partie où l'on aurait découvert le même récit mais pas le même narrateur, un peu à la façon d'Un jour, je te tuerai de Lionel Duroy. Mais n'est-ce pas finalement une bien jolie métaphore de cette moitié qui finit toujours par nous manquer ?

    Quoi qu'il en soit, cette lecture m'a été très agréable ; sensation sûrement renforcée par le privilège de l'inédit. En effet, quel fétichiste du livre ne se gargariserait pas d'être en possession d'un texte que nul ne découvrira avant plusieurs semaines ? Si ce n'est la pléthore d'amis d'auteurs, de correcteurs et autres critiques littéraires...

    Je finirai par ce poème de Verlaine que je me remémore à la suite de cet Alypios qui aurait, c'eût été regrettable, probablement échappé à ma sélection des quelque 650 romans annoncés pour septembre :

    Le bonheur a marché côte à côte avec moi

    Mais la fatalité ne connaît point de trève

    Le ver est dans le fruit, le réveil dans le rêve

    Et le remords est dans l'amour, telle est la loi

    Le bonheur a marché côte à côte avec moi.

    L'interview d'Alexandre Glikine.

  • Pilules bleues de Frederik Peeters

    Editions Atrabile - 200 pagespilules bleues.jpg

    Présentation de l'éditeur : A travers une histoire simple et des thèmes universels (l'amour, la mort), Frederik Peeters nous parle de sa rencontre et de son histoire avec Cati, de ce maudit virus qui va bouleverser la donne, et de toutes les émotions les plus contradictoires qu'il va devoir apprendre à gérer : compassion, pitié, ou amour pur et inaltérable ? Pilules bleues nous propose, sans pathos ni sensationnalisme, de regarder sous un jour rarement (jamais ?) abordé le quotidien de la maladie, tout en nous balançant quelques vérités surprenantes et bien senties sur le sujet. Malgré la gravité du thème, Pilules bleues se présente comme une œuvre remplie de fraîcheur et d'humour.

    Pilules bleues, c'est le récit autobiographique d'une histoire d'amour entre Frederik et Cati. Ca commence plutôt légèrement : pendant les 34 premières pages, l'on se rencontre, l'on se manque, l'on se recroise, l'on se perd, puis l'on se trouve, enfin. Et en l'espace de deux planches, tout bascule : Cati et son fils sont séropositifs.

    Plus qu'un aveu d'échec, c'est un cri d'espoir que pousse Peeters. Sans complaisance ni apitoiement, l'auteur relate de manière très personnelle et émotive son quotidien, ses doutes, ses joies, bref sa vie, avec pudeur et parfois moins mais sans jamais tomber dans le pathos. Si l'album a pour fil conducteur le sida, il ne se veut ni didactique, ni préventif. C'est un témoignage simple, émouvant, juste, sur la maladie, avant tout sur l'amour, mais aussi sur la paternité, l'enfance, l'intimité, la sexualité, l'introspection... Le tout servi par un trait noir et blanc et une construction intelligente (travelling, gros plans...) renforçant, si besoin était, l'émotion.

    Un véritable chef d'oeuvre.

  • Vacance de Cati Baur

    vacance.jpgEditions Delcourt - 119 pages

    Quatrième de couv' : "J'étais comme un enfant qui démonte soigneusement son jouet préféré, avec la conscience aiguë que jamais il ne pourra le reconstruire. Il fallait que j'aille jusqu'au bout pour me libérer de ma peur de les perdre."

    La seule couverture pourrait laisser penser que la brunette, héroïne de l'histoire, va nous livrer un carnet de bord de ses derniers congés. Mais s'il s'agit bien de la narration d'une relâche, c'est celle d'une mère-épouse-institutrice qui, lasse de sa vie, décide de laisser son poste vacant. C'est donc sur une autoroute, sur le chemin du retour de vacances d'hiver, que Marie quitte sur un coup de tête époux et enfant.

    Car qui ne s'est jamais dit : "c'est maintenant ou jamais" ? Qui n'a jamais ressenti l'envie de tout plaquer, de changer de vie ? Qui n'a jamais rêvé de vivre au jour le jour, sans compter, sans se soucier de rien ni de personne ?

    Mais la dolce vita l'est-elle durablement ? Regrette-t-on forcément sa vie passée ? Faut-il nécessairement perdre ce que l'on aime pour l'apprécier à sa juste valeur ?

    Ce road movie au graphisme très appréciable nous apporte quelques éléments de réponse qui, à n'en pas douter, tenteront les plus téméraires et refroidiront les plus raisonnables.

    A lire absolument !