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Littérature française - Page 8

  • Tu seras partout chez toi d'Insa Sané

    Éditions Sarbacane - 213 pagestu seras partout chez toi.jpg

    Présentation de l'éditeur : Si tu dois t’en aller pour toujours, pars le matin, très tôt, comme Hansel et Gretel. Avant de m’abandonner, papa m’a dit « Tu seras partout chez toi ! » Mais, à 9 ans, on n’est pas costaud, même quand on se croit dur comme fer. À 9 ans, le pays que l’on chérit a le visage de « mon amoureuse ». Je le sais parce que j’ai 9 ans, et Yulia… Dieu que je l’aime ! Yulia, je la connais depuis le jour où on a coupé le cordon à mon nombril pour l’ancrer au sien. Donc, mon oiseau de fer a atterri de l’autre côté de la Terre, chez tata Belladone et tonton Chu-Jung. Mais « mon chez moi » je le retrouverai, quitte à faire les pires bêtises pour y aller ! Qu’importent les gorgones et les récifs, grâce à Brindille, la fille du voisin – le passeur du Styx –, je partirai…

    Ma note :

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    Broché : 15,50 euros

    Un grand merci aux Éditions Sarbacane et à Babelio pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre.

    Je ne savais a priori absolument pas à quoi m'attendre en me plongeant dans Tu seras partout chez toi. Une chose est sûre a posteriori, ma wish-list est un peu plus longue. Une fois encore. De manière aussi jubilatoire que désespérante, ma pile d'envies bouquins est définitivement le tonneau des Danaïdes...

    Bref, tout ça pour dire que j'ai carrément été séduite par ce récit d'Insa Sané. Il m'a convaincue de me plonger dans sa comédie urbaine qui a érigé ce slameur-rappeur-comédien-écrivain sénégalo-sarcellois au rang d'auteur majeur de sa génération.

    Insa Sané est de ceux qui possèdent une plume bien à eux. D'une écriture singulière ô combien chantante, il nous conte, par la voix d'un enfant au fond de laquelle l'on entend immanquablement celle du griot, l'enfance africaine, le déracinement, l'exil et l'intégration dans cette vaste arnaque qu'est le soit-disant Eldorado occidental. Un sujet maintes fois abordé que l'écrivain revisite de manière inédite et très personnelle grâce à une écriture mêlant savamment réalisme et onirisme.

    Avec verve, il construit une fable touchante qui est la parfaite synthèse de la modernité urbaine et de l'ancestralité africaine. Il nous entraîne ainsi avec beaucoup d'émotions et de justesse dans la nostalgie de l'enfance et le caractère fantastique ne fait qu'ajouter à la puissance du récit. L'on se plaît à reconnaître ici ou là des allusions aux légendes et histoires classiques, inspirées de ses deux cultures pour ériger sa propre légende, marquer son empreinte et faire cet indispensable lien entre tradition d'hier et codes d'aujourd'hui. Impossible de lire Tu seras partout chez toi sans voir dans le petit Sény le pendant masculin africain la petite Alice britannique.

    Dans cette histoire, Insa Sané aborde les diverses tragédies humaines engendrées par l'exil et les migrations clandestines. Des propos durs dont la gravité, aussi présente soit-elle, ne prend jamais le pas sur la poésie ou les pointes d'humour savamment distillées. Une manière d'appréhender des réalités bouleversantes avec pudeur, sans misérabilisme. Et si le lecteur adulte auquel s'adresse aussi cette narration saura voir par avance où le Sény de Sané l'entraîne parfois, gageons que les lecteurs plus inexpérimentés n'y verront que du feu et serons aussi étonnés que transportés mais surtout, utilement ébranlés et humainement transformés.

    Un texte profond, humain, qui compte parmi ceux qui aident à grandir. Même quand on est déjà grand.

    Ils en parlent aussi : Stella, Swamp, Doszen.

    Vous aimerez sûrement :

    No et moi de Delphine de Vigan

    La vraie couleur de la vanille de Sophie Chérer

    Lunerr de Frédéric Faragorn

    Chaque soir à 11 heures et Quatre soeurs de Malika Ferdjoukh

    Seuls de Gazzotti et Vehlmann

    Hier tu comprendras de Rebecca Stead

    Les Arpents d'Alan Wildsmith

    Extraits :

    Elle voulait parler. Parler ?! J'avais entendu dire par les plus grandes personnes que les filles adorent "parler" ; surtout quand nous, les garçons, on n'y est pas disposés : avant un baiser ; après ; quand on tombe de sommeil ; au petit matin ; quand c'est surtout pas le moment...

    ...

    - Tu as quel âge ?!

    Elle connaissait parfaitement la réponse. Je crois que quand les grandes personnes posent des questions aussi simples, c'est pour faire diversion, parce qu'ils n'ont plus la force de regarder l'enfance en face.

    - A neuf ans, on ne pleure pas comme un bébé ! Maintenant, tu vas sécher tes larmes et tu vas être courageux. Tu veux que je sois fière de toi ? Alors arrête ! Tout de suite !...

    Ben oui ! Bien sûr, je voulais que Maman soit fière de moi, tous les jours, tout le temps ; mais pas loin d'elle. Je ne pouvais pas imaginer ne plus la sentir, la voir, la savoir là, à côté de moi ! C'est quoi ces histoire ?! Maman, Papa, c'est une mauvaise blague, franchement ? Hein ?! Vous pouvez me le dire maintenant !...

    ...

    - Mais Papa, j'ai fait une bêtise ?

    Là, il a pris cette voix qu'il avait le soir, lorsqu'il me racontait des histoires avec des animaux fantastiques, des sorciers, des chasseurs et des guerrières. Ces histoires qui finissent bien à la fin.

    - Mon grand garçon. Ce n'est pas une punition : c'est une récompense. Tu vas de l'autre côté du monde. Qu'est-ce que j'aimerais être à ta place ! L'Odyssée d'Ulysse ou Les Voyages de Gulliver, ce sont des promenades de santé à côté de ce que tu vas vivre ! Je suis sûr que sur ta route, tu apercevras le titan Atlas portant la voûte céleste sur ses épaules... Oh, la chance ! Tu sais, ce n'est pas facile d'atteindre le pays où tu te rends. Beaucoup de gens ont tenté d'aller là-bas, mais très peu ont réussi. Ton oncle et ta tante sont arrivés à bon port. Et je sais que toi, tu y arriveras aussi. Tu es plus courageux que le soldat de plomb et, bientôt, des ailes te pousseront sur les épaules et tu sauras t'échapper de n'importe quel dédale - tu te souviens de Dédale, hein ?... Oui mon garçon, sans te brûler les ailes. Tu sais, dans le pays où tu vas, les hommes marchent en lévitation. Tu comprends ce que ça veut dire, hein ? Oui, ils marchent au-dessus du sol. Tu veux apprendre à marcher dans les airs ? Là-bas, tu pourras. Mon chéri, si tu ne pars pas, tu risques de finir comme le serpent... le dragon condamné à marcher sur le ventre... tu te souviens, n'est-ce pas ?

    ...

    De l'autre côté de la Terre, au pays des Hommes Pressés, les gens marchaient. Ils marchaient plus vite que chez moi, mais ils marchaient quand même. Quelle déception ! Papa savait-il donc, lui aussi, dire les mensonges qui se croient durs comme fer ?... ou peut-être que l'avion m'avait largué dans le mauvais aéroport ? Ce que je découvrais n'était pas la cité du soleil, mais un univers qui filait le moral dans les chaussettes.

    Des hommes, il y en avait partout. Même le jour de la foire, au village, je n'avais jamais vu autant de monde ! Une foule grouillante de gens solitaires pris dans leurs silences respectifs. Des hommes grands, petits, moyens, gros, maigres, moyens, beaux, moches, moyens...

    ...

    Je crois que quand les grandes personnes répondent par un "Parce que" à des questions aussi simples, c'est encore pour faire diversion. Parce que vraiment ça doit être dur, de regarder l'enfance en face.

    ...

    Et voilà comment j'ai appris qu'au Pays des Hommes Pressés, on a le droit de décliner les présents. Le savoir doit vivre différemment selon l'endroit où l'on se trouve, pas vrai ?

    ...

    Une fille blessée, même un tout petit brin de fleur, ne pleure pas à la face du monde ; (...).

    ...

    Chez moi, c'est vrai, on dit qu'il y a bien plus de choix qui sont dictés par le désespoir que de voies ouvertes aux résignés.

    ...

    Brindille s'était effondrée. Elle reposait, les bras las, autour de ses cuisses à demi enfoncées dans la boue. Elle ne tentait même plus de dissimuler sa frouillardise, et comme elle n'avait plus mon bras en guise de doudou, elle s'est mise à pleurer. Parfois, rarement, les filles, surtout les petits brins de fleurs, osent pleurer à la face du monde. A vrai dire, moi aussi, j'aurais bien aimé pleurer des rivières, mais je n'avais pas su trouver le sentier des chagrins, ce ruisseau qui en se jetans dans le fleuve de nos peines éponge en quelques tourbillons le torrent des larmes ; alors, j'ai fait l'homme. Chacun agit avec ses armes, pas vrai ?

    ...

    On n'aura jamais à se dire adieu. TOI ? Ne te retourne pas. JAMAIS ! Va de l'avant. TOUJOURS ! Tant pis pour les larmes. Tant pis pour nous. Tant pis pour les espoirs fous d'un "Il était une fois" qui nous aura laissés sur le bas-côté. Tu m'aimeras plus loin. Je t'aimerai ailleurs. Ensemble, on tournera la page du plus beau des romans - sans tristesse ni rancoeur. Demain sera heureux. Promis ! Juré ! Juré ! Craché ! En vérité, l'éternité est aussi éphémère qu'un "Je t'aime" suspendu entre la vie et la mort.

    ...

    Une fille effrayée, même un tout petit brin de fleur, s'effondre pas aux yeux du monde. Jamais. Le courage c'est ça, je crois bien - quand on a peur mais qu'on avance quand même ; sinon, c'est qu'on est fou, point.

    ...

    Une fille blessée, même un tout petit brin de fleur, ne pleure pas à la face du monde, même quand ce visage impitoyable est celui de sa rivale.

  • Blast de Manu Larcenet

    blast.jpgTome 3 - La tête la première

    Éditions Dargaud - 220 pages

    Présentation de l'éditeur : "Je pèse deux hommes. L'un vous aime tant qu'il vous lèchera la main pour l'aumône d'une caresse. Il fera où vous lui direz, demandera la permission, courbera le dos sous la trempe, pourvu que vous lui accordiez une place près de vous. Un homme-chien. L'autre, sans trève ni repos, depuis toujours, n'a d'autre obsession que de vous faire baisser les yeux. Puis de les crever." Toujours en garde à vue après la mort d'une jeune femme, Polza Mancini déroule ses souvenirs d'errance, sa quête éperdue du blast, ces moments magiques qui le transportent ailleurs, mais aussi ses séjours en hôpital psychiatrique, ses terreurs et ses cauchemars. Avec Blast, Manu Larcenet signe l'une des oeuvres majeures de la bande dessinée contemporaine, une terrifiante descente aux enfers, profondément humaine et touchante. Un immense roman graphique, noir et âpre, d'un humanisme bouleversant, une série coup de poing dont le premier tome a été salué par le Prix des libraires 2010 !

    Ma note :

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     Album cartonné : 22,90 euros

    Et puis il y a les séries. Si elles sont gages de plaisir accru - si tant est que la qualité soit au rendez-vous ! -, elles sont aussi synonymes d'attente prolongée. Une attente mettant la patience à rude épreuve puisque contrairement aux mangas dont le rythme de parution est soutenu, les séries de l'acabit de Blast sont, dans le meilleur des cas, basées sur une sortie annuelle...

    Si certains de ces cycles graphiques sont coutumiers de l'atermoiement pour finalement livrer de nouveaux opus décevants au regard de la fidèle expectative, Blast à l'art de réconcilier avec le principe et prouve que constance et persévérance riment avec récompense.

    Après deux premiers tomes magistraux (Grasse carcasse et L'apocalypse selon saint Jacky), La tête la première se révèle plus qu'à la hauteur et poursuit le puissant crescendo aussi révulsant que fascinant entrepris par Larcenet depuis les premières cases de cette saga monstrueusement humaine.

    L'on poursuit ainsi la garde-à-vue de cet extra-ordinaire personnage qu'est Polza, durant laquelle est reconstituée à coup de flashbacks-puzzles sa vie en marge. L'on s'enfonce encore plus profondément, aussi médusés que les deux flics qui l'interrogent, dans ses errances auto-destructrices entre bouffées délirantes et abus de substances en tous genres, dans sa rupture d'avec la société et sa communion d'avec la nature mais aussi sa quête de liberté, son voyage introspectif... et, inévitablement, dans ses crimes. Une narration quasi métaphysique qui laisse partagé entre la nécessité de réprimer sévérement l'horreur et l'envie de comprendre, de compatir, de laisser voix à cette atrocité, cette perdition, ces dérives et dégâts fruits de la société et son lot de misères.

    Car Polza est un peu l'incarnation de la complexité des êtres et de leur construction en fonction des contextes (familiaux, sociaux...). Nul n'est noir ou blanc, ni bon ni mauvais. Polza est tout à la fois, fou et sage, fragile et prédateur, victime et bourreau. Voilà pourquoi il répugne autant qu'il attire. Derrière la dualité d'un homme, c'est la schizophrénie de la société, voire de l'humanité que Larcenet pointe du doigt et croque sans concession.

    Il fait une fois encore preuve de son exceptionnelle maîtrise du crayon autant que de la plume. Entre trait sompteux et scénario magistral, il a su bâtir une oeuvre essentielle qui s'inscrit incontestablement dans les incontournables de la discipline. Sa justesse narrative et sa maîtrise singulière des phrases puissantes comme des silences plus que parlants sont toujours au rendez-vous. La qualité d'écriture est réhaussée par le somptueux travail graphique auquel il nous accoutume d'oeuvre en oeuvre. L'impressivité du récit est servie par un trait sombre, noir, glauque, des contrastes et cadrages exécutés avec finesse et surtout, surtout ces soudaines et foudroyantes pointes de couleurs habituellement liées au blast et qui ne sont pas sans rappeler le Saturne dévorant un de ses enfants de Goya ou Le Cri d'Edvard Munch. J'insiste sur le habituellement car dans cet opus, pas de blast ! Les fulgurances chromatiques sont liées ici à des exercices artistiques thérapeutiques ou à des oeuvres dénichées au hasard des squats...

    Malgré une avancée significative de l'histoire, Manu Larcenet mesure intelligemment les contours qu'il veut bien dévoiler et impose son rythme qu'il gére avec précision, rigueur, de manière aussi jouissive qu'insupportable. Il distille les informations avec subtilité et parcimonie, en dit suffisamment pour satisfaire les attentes mais juste ce qu'il faut pour tenir en haleine, jouer avec les nerfs et faire grimper la tension d'un cran. Les questionnements sur l'identité et les agissements de Polza perdurent et le tourbillon d'émotions générées par le récit coupe le souffle. Un uppercut bédessiné. Bref, le suspens est paroxysmique. Gageons qu'il sera particulièrement éprouvant d'attendre fin 2013 pour avoir, enfin, le dénouement et les clés de ce personnage mystérieux, troublant, dérangeant. Et que l'album ultime de cette tétralogie sera explosif ; foudroyant !

    Dans l'esprit du Combat ordinaire, Larcenet compose à nouveau avec ses thèmes de prédilection (dépression, angoisse, mutilation, disparition de la figure paternelle, rejet, décalage, sensation d'isolement à la réalité, aux autres...) en les poussant ici dans leurs retranchements. Il orchestre avec maestria l'association entre son personnage et lui ; une évidence hyperbolique qui révèle, une fois encore, la dimension cathartique de ses oeuvres. Un peu à l'image, dans un autre genre, de celles de Taniguchi (Quartier lointain, Le journal de mon père, Les années douces...) dont il s'est grandement inspiré pour son travail sur Blast... Une source d'inspiration qui est, à elle seule, une séduisante promesse.

    Bien que la série soit en cours, ces trois volets d'une oeuvre édifiante constitueront à n'en pas douter un magnifique cadeau de fin d'année pour les amoureux de la bande dessinée. Mais est-il réellement besoin d'un prétexte pour dévorer cette remarquable série, objet d'une adaptation cinématographique ?

    La bande annonce du tome 3.

    La bande annonce du tome 2.

    La bande annonce du tome 1.

    Ils en parlent aussi : Sébastien Naeco, Planetebd, Noukette, Sullivan.

    Vous aimerez sûrement :

    Une âme à l'amer de Jean-Christophe Pol et Albertine Ralenti

    En sautant dans le vide de Man

    Ken games de J. Robledo et M. Toledano

    Il était une fois en France de Fabien Nury et Sylvain Vallée

    Plus jamais ça de Vervisch et Morvan

  • L'or perdu de la joie d'Olympia Alberti

    Éditions Salvator - 250 pagesl'or perdu de la joie.jpg

    Présentation de l'éditeur : Durant l'automne 1902, le poète Rainer Maria Rilke, venu rencontrer Rodin à Paris, croise une femme superbe dans les jardins du Luxembourg, Camille Claudel. Son regard, bientôt ses créations de sculptrice, l'émerveillent. Une relation va s'instaurer et les unir, secrète, épisodique - parce que le poète sans domicile fixe voyage et parcourt l'Europe. Leurs conversations, tour à tour directes ou épistolaires, constituent peu à peu un dialogue où l'amitié amoureuse ouvre sur des partages artistiques et spirituels passionnants. Dans ce roman, Olympia Alberti, fidèle à sa recherche intérieure, crée l'espace de densité et de lumière où les deux âmes échangent, en toute audace, en toute liberté. Pour le plus grand bonheur des lecteurs.

    Ma note :

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     Broché : 20 euros

    Un grand merci aux Éditions Salavator et à Babelio pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre dans le cadre de l'opération Masse critique.

    Abandon en page 45. Quelle déception !

    Véritable inconditionnelle des biographies romancées, je me réjouissais de mon plonger dans un récit mettant en scène le poète Rainer Marie Rilke et la sculptrice Camille Claudel. Mais mon enthousiasme a priori et mon admiration des débuts pour le style de l'auteur ont rapidement laissé place au renoncement.

    Je n'ai certes pas été très patiente mais le verbe que je trouvais élégant, érudit au commencement et rapidement devenu pesant, pompeux. L'ensemble se perd en onanisme intellectuel et donne la sensation que l'écrivain se regarde écrire. De fait, les quarante-cinq pages se sont avérées très très longues et toujours pas trace de Camille. L'impression que rien ne débuterait jamais vraiment a eu définitivement raison de mon envie. Si j'apprécie le langage soutenu, les envolées poético-métaphysiques et les réflexions profondes, je crois qu'il y a un juste milieu qui n'a, ici, pas été trouvé. Dommage.

    Je le retenterai à l'occasion, qui sait, peut-être est-il arrivé à un moment où je n'étais pas disposée à ce type d'écriture ?

    Ils en parlent aussi : Nathalie, Blanche, Cerisia, Asphodèle.

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    La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

    Loving Frank de Nancy Horan

    Alabama song de Gilles Leroy

    Ciseaux de Stéphane Michaka

    L'aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe...

    Beauvoir in love d'Irène Frain

    Extraits :

    Je lui ai montré le chemin de l'or, mais l'or qu'elle trouve est bien à elle.

    Auguste Rodin

    ...

    Elle n'avait rien, et tout était à elle. C'était cette impression, quand je la découvris, seule, debout, quand je la regardai elle regardant le monde, regardant à travers le monde, loin, là où personne ne va souvent... Son regard se posait, touchait les choses, les gens. Elle était là, unie, immense, belle et ignorant à quel point elle l'était. Elle ne possédait rien, et le monde lui appartenait.

    Dans notre vie, ces instants saisis, comme d'une reconnaissance... La voir, la rencontrer dans mon regard et mon coeur, dans l'ouvert, ce fut cela. Quelque chose de grand et de suspendu, qui a éclaboussé mon intérieur de sa lumière.

    Comment dépasser cet instant-là, cette tempête dans mon coeur sauvé de sa lassitude ? Où être assez grand pour le contenir ?

    ...

    Il se moqua de lui-même : comme il savait bien faire cela, marcher, rêver, projeter, attendre, attendre que vienne l'instant lumineux où le souffle de la création viendrait jusqu'à lui. La doucereuse procrastination - cet horrible mot français, il venait de l'apprendre - s'appliquait à lui, qui ne cessait de reporter au lendemain la réalisation de ses idées, de ses projets.

    Il aurait voulu s'en éloigner, s'en défaire, comme d'un linge sale, d'une maladie honteuse - aucune malade ne l'était, mais là, il sentait bien qu'il s'agissait de lui, d'un restant d'immaturité, d'un mêlement de honte et de désir, oui, c'était bien cela, une sorte d'insatisfaction créatrice qui lui faisait honte devant son impuissance, un balbutiement de longue adolescence qui laissait la place à son manque de résolution à se mettre au travail, au regret rongeant face à son besoin d'être secoué, poussé - il attendait beaucoup, et assez paresseusement, de l'inspiration.

    Mais l'inspiration, il le savait pourtant depuis ses premiers poèmes, n'était pas extérieure. Il fallait travailler, beaucoup, (...).

    ...

    L'autre n'est toujours qu'un détour de nous.

    ...

    Il n'y a pas en moi de volonté assez résolue, assez tendue - je suis souvent absorbé par mes faiblesses physiques, et mes tourmentes psychiques -, je ne me sens pas à la hauteur de mon espérance, et cela me paralyse parfois sur de longues journées inutilement perdues. Il me faudrait avoir de l'obéissance à l'intime, l'intimé, c'est cela, l'humilité d'être plus simple, de m'accorder à une forme de don, de spontanéité - y revenir, après, et bâtir, bien plus tard, une oeuvre solide. Ce manque de confiance, est-ce une trace de l'enfance si malmenée en moi ?

    ...

    A chacun de nous il incombe la tâche, inapparente et donc que l'on croit négligeable, mais c'est un fort devoir, de polir un point, en nous, pour le réaliser - le rendre réel, et joyeux, donc relié. Et peut-être qu'une fois ce point atteint, il diffuse en nous une lumière qui nous éclaire sur les autres points à combattre, à fortifier, sur lesquels lutter pour obtenir, tel le chevalier, le droit, une fois terrassé le dragon, de passer à une autre étape du chemin de notre vie.

  • No et moi de Delphine de Vigan

    no et moi.jpgSuivi de la nouvelle Comptes de Noël

    Édition illustrée par Margot de Vigan

    Éditions JC Lattès / Livre de poche - 283 pages

    Présentation de l'éditeur : L'une est une adolescente surdouée, rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes ; l'autre, à peine plus âgée, est SDF. La première décide de voler au secours de la seconde, envers et contre tout... Mais nul n’est à l’abri... L'auteur de Rien ne s'oppose à la nuit nous livre, avec No et moi, un roman à la fois tendre et impitoyable.

    Ma note :

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     Broché : 14,20 euros

    Poche : 6,10 euros

    Poche édition spéciale Noël 2012 : 8,10 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Disponible en édition Grands caractères, braille et audio

    Comme je l'ai souvent évoqué dans mes billets littéraires, je n'ai pas pour habitude de bannir définitivement un auteur dès le premier échec - sauf exception façon Angot. Parce que j'avais lu Rien ne s'oppose à la nuit dont j'avais particulièrement apprécié le style sans goûter le fond du propos - tout couronné par les Prix du roman Fnac, Renaudot des lycéens et France Télévisions 2011 qu'il fût -, j'ai entrepris de découvrir, espérant cette fois-ci aimer autant l'histoire que la plume, un nouveau texte de Delphine de Vigan.

    Mon choix s'est arrêté sur le titre No et moi à la carte de visite davantage prometteuse à mes yeux qu'une ribambelle de trophées littéraires : multiples éloges glanés çà et là auprès de lecteurs de ma connaissance, préconisation de lecture d'enseignants en lycée de ma région, Prix des Libraires 2008 (un des rares qui ne me déçoive jamais) et adaptation cinématographique de Zabou Breitman.

    Si besoin était de le prouver, la persévérance est souvent récompensée : j'ai tout bonnement dévoré ce roman. Rien n'est comparable d'avec ma précédente expérience puisque l'on passe du livre confession hommage mémoires à la fiction pure et simple, d'une littérature adulte à une écriture grand public. Il faut accorder à l'auteur une parfaite maîtrise du grand écart stylistique qui se glisse avec aisance dans la peau d'une adolescente surdouée.

    Le pitch pourrait laisser présager un récit manichéen, bourré de clichés mais il n'en est rien. Loin de toute narration convenue - bien qu'il faille quand même avouer certaines petites facilités -, le texte, tout en délicatesse, est empreint d'humanisme. L'histoire est une fenêtre ouverte sur la misère, l'exclusion. L'auteur nous oblige à contempler, sans misérabilisme ni voyeurisme, ce que nos yeux évitent délibérément quotidiennement. Elle nous rappelle que ce que l'on occulte par facilité et par présumée impuissance pourrait être changé, que l'ordre des choses pourrait être bouleversé assez simplement même si tout est beaucoup plus compliqué que cela, bien évidemment. Finalement, elle nous invite surtout à nous rappeler de tenter plutôt que de baisser les bras a priori, même si l'échec est souvent au rendez-vous. L'extrême qualité de l'histoire est de ne pas sombrer dans l'insupportable travers de la moralisation et surtout d'être profondément ancrée dans un réalisme touchant.

    No et moi est de ces textes qui font réfléchir et incite à modifier son regard sur les choses et surtout, surtout, son attitude, son engagement, sa volonté. Rien que pour cela, il est un livre essentiel. Mais comme de surcroît, sa construction tant sur le fond que sur la forme est très agréable, il est un livre nécessaire.

    Ils en parlent aussi : Cajou, Libr'Air, Eloah, Hanta.

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    Les coeurs fêlés de Gayle Forman

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    On est pas sérieux quand on a dix-sept ans de Barbara Samson

    La salle de bain du Titanic de Véronique Ovaldé

    Malataverne de Bernard Clavel

    Extraits :

    Depuis toute la vie je me suis toujours sentie en dehors, où que je sois, en dehors de l'image, de la conversation, en décalage, comme si j'étais seule à entendre des bruits ou des paroles que les autres ne perçoivent pas, et sourde aux mots qu'ils semblent entendre, comme si j'étais hors du cadre, de l'autre côté d'une vitre immense et invisible.

    ...

    (...) dehors, on n'a pas d'amis.

    ...

    Elle raconte la peur, le froid, l'errance. La violence. Les allers-retours en métro sur la même ligne, pour tuer le temps, les heures passées dans des cafés devant une tasse vide, avec le serveur qui revient quatre fois pour savoir si Mademoiselle désire autre chose, les laveries automatiques parce qu'il y fait chaud et qu'on y est tranquille, les bibliothèques, surtout celle de Montparnasse, les centres d'accueil de jour, les gares, les jardins publics.

    Elle raconte cette vie, sa vie, les heures passées à attendre, et la peur de la nuit.

    ...

    Et notre silence est chargé de toute l'impuissance du monde, notre silence est comme un retour à l'origine des choses, à leur vérité.

    ...

    (...) elle dit voilà ce qu'on devient, des bêtes, des putains de bêtes.

    ...

    A partir de quand il est trop tard ? Depuis quand il est trop tard ?

    ...

    ... Il y a cette ville invisible, au coeur même de la ville. Cette femme qui dort chaque nuit au même endroit, avec son duvet et ses sacs. A même le trottoir. Ces hommes sous les ponts, dans les gares, ces gens allongés sur des cartons ou recroquevillés sur un banc. Un jour, on commence à les voir. Dans la rue, dans le métro. Pas seulement ceux qui font la manche. Ceux qui se cachent. On repère leur démarche, leur veste déformée, leur pull troué. Un jour on s'attache à une silhouette, à une personne, on pose des questions, on essaie de trouver des raisons, des explications. Et puis on compte. Les autres, des milliers. Comme le symptôme de notre monde malade. Les choses sont ce qu'elles sont. Mais moi je crois qu'il faut garder les yeux grands ouverts. Pour commencer.

    ...

    Parfois il me semble qu'à l'intérieur de moi quelque chose fait défaut, un fil inversé, une pièce défectueuse, une erreur de fabrication, non pas quelque chose en plus, comme on pourrait le croire, mais quelque chose qui manque.

    ...

    Peut-être qu'il n'y aura pas d'autre fois. Peut-être que dans le vie on a une seule chance, tant pis si on ne sait pas la saisir, ça ne revient pas. Peut-être que je viens de rater ma chance.

    ...

    On est capable d'envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l'espace, d'identifier un criminel à partir d'un cheveu ou d'une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d'informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue.

    ...

    Moi je sais que parfois il vaut mieux rester comme ça, à l'intérieur de soi, refermé. Car il suffit d'un regard pour vaciller, il suffit que quelqu'un tende sa main pour qu'on sente soudain combien on est fragile, vulnérable, et que tout s'écroule, comme une pyramide d'allumettes.

    ...

    - On est ensemble, hein, Lou, on est ensemble ?

    Il y a une autre question qui revient souvent, et comme à la première je réponds oui, elle veut savoir si je lui fais confiance, si j'ai confiance en elle.

    Je ne peux pas m'empêcher à cette phrase que j'ai lue quelque part, je ne sais plus où : celui qui s'assure sans cesse de ta confiance sera le premier à la trahir.

    ...

    L'insomnie est la face sombre de l'imagination. Je connais ces heures noires et secrètes. Au matin, on se réveille engourdi, les scénarios catastrophes sont devenus extravagants, la journée effacera leur souvenir, on se lève, on se lave et on se dit qu'on va y arriver. Mais parfois la nuit annonce la couleur, parfois la nuit révèle la seule vérité : le temps passe et les choses ne seront plus jamais ce qu'elles ont été.

    ...

    Dans les livres il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La rencontre, L'espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n'y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s'il est tout déchiré.

    ...

    La vérite c'est que les choses sont ce qu'elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l'illusion s'éloigne sans qu'on s'en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot. C'est Monsieur Marin qui a raison, il ne faut pas rêver. Il ne faut pas espérer changer le monde car le monde est bien plus fort que nous.

    ...

    Je ne comprends pas l'équation du monde, la division du rêve et de la réalité, je ne comprends pas pourquoi les choses basculent, se renversent, disparaissent, pourquoi la vie ne tient pas ses promesses.

    ...

    Ca ne change peut-être pas le cours des choses, mais ça fait la différence.

    ...

    Avant je croyais que les choses avaient une raison d'être, un sens caché. Avant je croyais que ce sens présidait à l'organisation du monde. Mais c'est une illusion de penser qu'il y a des raisons bonnes ou mauvaises (...), un mensonge perpétué depuis des siècles, car je sais maintenant que la vie n'est qu'une succession de repos et de déséquilibres dont l'ordre n'obéit à aucune nécessite.

    ...

    Comment ça a commencé, cette différence entre les affiches et la réalité ? Est-ce la vie qui s'est éloignée des affiches ou les affiches qui se sont désolidarisées de la vie ? Depuis quand ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

    ...

    Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était des les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu'elle est parfois invisible à l'oeil nu.

    ...

    Sommes-nous de si petites choses, si infniniment petites, que nous ne pouvons rien ?

    ...

    Et mon coeur parfois je me demande si je ne l'ai pas perdu, s'il reste une petite place, à l'intérieur de moi, avec tous ces chiffres, exponentiels. Parfois mon coeur j'ai peur qu'il n'en reste plus, ou alors un tout petit, rabougri, sec.

  • Petit éloge du charme d'Harold Cobert

    François Bourin Éditeur - 109 pagespetit éloge du charme.jpg

    Présentatin de l'éditeur : "Il a du charme" concède-t-on quand on ne peut pas dire de quelqu'un qu'il est beau tout en lui reconnaissant un certain attrait. Mais quand on nous somme de nous expliquer, voilà que l'on bafouille. Tel est le charme: multiple, fuyant, se soustrayant sans cesse à l'analyse. Le romancier Harold Cobert a relevé le défi. S'appuyant sur l'étymologie, la philosophie, l'histoire et la littérature, il examine tous les aspects de cette notion volatile dans un style aérien, ludique et bien sûr charmant.

    Merci à l'auteur et aux Éditions François Bourin de m'avoir donné l'opportunité de découvrir ce livre.

    Ma note :

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    Broché : 14 euros

    Lire le premier chapitre

    Au gré de mes pérégrinations sur les différents réseaux sociaux, j'ai constaté que plusieurs blogueurs littéraires s'étaient vus offrir Petit éloge du charme d'Harold Cobert en service de presse. Et moi alors ?! Ni une, ni deux, j'ai audacieusement entrepris de faire savoir à l'auteur par le biais de ces mêmes réseaux sociaux que j'étais passablement vexée de n'avoir manifestement pas assez de charme pour avoir l'honneur de lire et chroniquer son nouvel ouvrage.

    Un accès de véritable déception jalouse enrobé d'humour qui a fait mouche puisque le charmant Harold Cobert m'a proposé de satisfaire mon caprice en m'envoyant son livre à condition que le toupet ne devienne pas une mauvaise habitude. Ce que je me suis empressée de promettre - tout en croisant les doigts !

    Mais alors que je guettais ma boîte aux lettres, un doute m'a assaillie. Et si le livre ne me plaisait pas ? Parce qu'il faut reconnaître que ça la fiche plutôt mal de pleurer un bouquin pour ensuite le démonter. D'autant que mes recherches m'ont appris que ce que je croyais être un roman est en fait... un essai... Et les habitués du blog connaissent mon goût ô combien prononcé pour les essais - hum...

    Si l'on considère néanmoins que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis et que je m'efforce autant que faire se peut de ne pas sombrer dans les certitudes inébranlables, signes manifestes d'un encroûtement spirituel synonyme de vieillissement dans l'acception péjorative du terme : j'ai lu et j'ai aimé.

    Alors certes, le plaisir que j'ai éprouvé à la lecture de ce court traité tient en partie à sa concision. Soyons honnêtes, on ne se refait pas du tout au tout du jour au lendemain, un pavé aurait été une gageure pour l'habituelle non-lectrice d'essais que je suis. Mais au-delà de ce format réduit, c'est bel et bien le contenu qui m'a agréablement surprise.

    Loin de mes a priori qualifiant ce type d'écrits de trop sérieux, barbants ou encore hermétiques, Petit éloge du charme est un texte accessible et digeste. Avec humour et poésie, Harold Cobert explique à sa façon la notion de charme, terme si souvent utilisé mais que tout un chacun est bien en peine de définir. En s'appuyant sur l'éthymologie, la mythologie, la philosophie, la littérature ou tout simplement les événements de la vie courante, l'auteur livre une approche aussi universelle que personnelle du charme. Forcément. Quoi de plus relatif quand on y songe ? Ce qui fait de ce petit livre moins une réelle ambition de réponse qu'une délicieuse invite faite au lecteur de se plonger dans sa propre représentation.

    Et quoi de plus exquis que de se laisser aller à son imagination et/ou ses souvenirs, de penser à tout ce qui nous charme ?

    Un petit livre très agréable et facile à lire, extrêmement bien documenté, tout à fait enrichissant et de bien des manières.

    Ils en parlent aussi : Eulimène, Actulittéraire.

    Vous aimerez sûrement :

    La rue des autres de Violaine Leroy

    Fables amères et Un peu de bois et d'acier de Chabouté

    La vieille dame qui n'avait jamais joué au tennis de Zidrou

    Là où vont nos pères de Shaun Tan

    Extraits :

    On devrait toujours être légèrement improbable.

    Oscar Wilde

    ...

    En résumé, on ne peut définir le charme avec exactitude, il se refuse à toute analyse et nous tient constamment en échec. Difficile, alors, d'en parler, encore plus d'en faire l'éloge sans rompre le charme du charme et, partant, de passer à côté ou, pire, de le voir se dissiper dans le néant.

    Faut-il pour autant jeter l'éponge et renoncer à notre entreprise dès ses prémices ? Non, la gageure plaît. Mieux : elle nous charme.

    ...

    Dire que la charme ne saurait se résumer à la beauté, au sens physique du terme, n'implique pas que la beauté soit dénuée de charme(s). Qui pourrait prétendre ne pas être sinon charmé, du moins captivé, parfois subjugué, par une femme ou un homme à la plastique stupéfiante ? On peut le nier, dans l'absolu, arguant avec des airs péremptoires que "la véritable beauté est à l'intérieur", que seule compte "la beauté de l'âme", "de l'esprit" et autres poncifs aussi moraux qu'éculés. Hypocrites, surtout.

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    Le temps est donc l'ennemi de la beauté. Mais il est l'allié du charme. Il patine les épidermes, les sculpte, les cisèle de mille et une entailles qui racontent toutes une histoire. Là, l'encoche du premier sourire. Ici, la fêlure du premier chagrin d'amour. A la commissure des lèvres, la cicatrice d'une moue trop souvent opposée aux coups du sort et aux maux pris sur soi. Autout des yeux, l'éventail des pattes d'oie, cadran solaire strié décomptant les moments de rire et de bonheur passés.

    ...

    Le temps et la charme se vouent une affection réelle et mutuelle. Certaines personnes sont même plus belles une fois fanées les extravagances de leur jeunesse.