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Littérature française - Page 7

  • Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    et rester vivant.jpgÉditions Pocket pour Buchet/Chastel - 159 pages

    Présentation de l'éditeur : Le narrateur a vingt-deux ans. Il a perdu sa mère, son frère, dans un accident de voiture. L'histoire commence, il vient de perdre son père dans un accident de voiture... Seul désormais, il décide de vendre l'appartement familial et de partir avec ses deux plus proches amis : Laure et Samuel. Direction : Morro Bay, Californie. Morro Bay : une obsession nourrie depuis des années par la chanson de Lloyd Cole. La Californie : le pays mythique qui a marqué une génération. Et rester vivant raconte ce voyage initiatique. Entre fous rires et douleur. Découvertes, rencontres et retours sur le passé. Pour la première fois, Jean-Philippe Blondel se raconte. On retrouve sa douceur, on découvre son incroyable capacité de résistance. Et ce texte, qui fait définitivement le deuil, rend surtout un véritable hommage à la vie.

    Ma note :

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    Broché : 14,70 euros

    Poche : 6,10 euros

    Ebook : 8,99 euros

    Bientôt disponible en édition Grands Caractères

    Un grand merci aux Éditions Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    À force d'entendre parler de Jean-Philippe Blondel, l'envie s'est faite pressante de combler enfin mes lacunes et goûter une fois pour toutes à sa plume. Si j'ai choisi ce titre, c'est en raison de la dimension largement autobiographique de ce court roman ; parti pris narratif idéal je crois pour faire vraiment connaissance avec un auteur inconnu.

    Et rester vivant, c'est donc l'histoire d'un jeune type - l'auteur - ayant perdu à intervalle rapproché sa mère, son frère puis son père, tous trois dans des accidents de voiture. Tragique ironie de la vie se permettant des libertés qui ne sont crédibles que parce qu'elles sont vraies. Ou quand la réalité dépasse la fiction...

    Une triple perte. De toute part, de la pitié dans les regards. Un héritage, beaucoup d'argent et l'illégitimité pour tout sentiment. Impossible retour à cette vie qui n'existe plus. Donc tout plaquer. Et tout claquer. Inévitable effondrement pour mieux se reconstruire. Nécessaire parenthèse pour mieux revenir dans le monde des vivants. Une fois réglées les formalités administratives de succession, cet orphelin novice décide de partir en compagnie de ses deux meilleurs amis. Fuite en avant et en trio sur fond d'imbroglio sentimental et amical.

    Et en voiture. Car la voiture est un personnage à part entière, pour ne pas dire central, de ce récit. Elle est à la fois ce bourreau qui distribue la mort et ce cocon de renaissance. Indispensable monture pour tailler librement la route, outil nécessaire pour ce road trip initiatique en quête d'identité, d'avenir. Elle est surtout la représentation allégorique du cheminement intérieur et s'ajoute aux nombreuses métaphores jalonnant le récit et symbolisant de façon très poétique le retour à la vie.

    Ce qui différencie à mon sens un simple auteur d'un grand écrivain, c'est sa façon d'accomoder les mots. Le premier fera de simples phrases, le second vous transportera, vous fera voyager sur les mots, imposera des émotions. Blondel m'est apparu en un seul livre comme faisant partie de la seconde catégorie. Fort de son vécu, il parvient à en transcender le verbe. L'on n'observe pas un inconnu se dépatouiller dans un pan tragique de son existence, l'on est deuil comme lui, l'on suffoque avec lui, l'on surnage à ses côtés dans les mêmes eaux troubles. Blondel nous plonge dans sa tête, ses souvenirs, ses émotions. L'on ne peut que le lire comme Flaubert lisait sa Bovarie, "Blondel, c'est moi". Des mots vivants qui ont autant de style que d'intelligence puisque l'auteur accomplit la prouesse de l'intime tout en pudeur - de quoi convaincre les allergiques à cette tendance littéraire de l'épanchement voire du déballage qui transforme le lecteur en voyeur. C'est triste mais pas larmoyant. C'est sensible mais sans sensiblerie. C'est beau et même parfois drôle.

    Ces pérégrinations géographiques et introspectives sont servies par des phrases courtes, rythmées, visuelles. De son écriture cadencée et photographique, Blondel érige son texte en véritable road movie. Chaque phrase de sa confession est pesée. Il retranscrit de manière très authentique ce sentiment ambivalent chez les orphelins : d'une part la peur, l'incertitude face à l'apparente impossibilité de vivre dans un monde où père et mère ne sont plus et d'autre part, la liberté absolue de pouvoir agir sans plus jamais se demander si l'on va décevoir. Les mots mis sur l'indicible sont justes et sobres, à n'en pas douter grâce à la distance d'avec les événements. Parce que ce livre est un deuil à retardement. Un deuil qui aura pris du temps.

    Il est cependant bien plus qu'un livre sur la perte. Il est également un vibrant hommage à l'amitié qui aide à rester debout, celle d'amis fidèles de longue date ou celle d'âmes soeurs passagères croisées au gré des routes californiennes. Il est surtout un fervent hymne à la vie, à l'envie de s'en sortir, malgré les épreuves que le destin nous impose régulièrement et qui font, bon an mal an, partie de l'aventure existentielle. Ce formidable concentré de mélancolie et d'optimisme apporte une somptueuse réponse à cette question qui nous taraude dans les heures sombres : comment croire à demain ?

    Il est inutile d'y croire. Il suffit juste de laisser à demain l'occasion de poindre. Et demain se chargera de nous convaincre... Ou après-demain... Restons vivants !

    Entretien avec l'auteur.

    Ils en parlent aussi : Lucie, George, Bladelor, La ruelle bleue.

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    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

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    Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois

    Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu

    Les chagrins de Judith Perrignon

    Homo erectus de Tonino Benacquista

    Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert

    Extraits :

    Bien sûr, ça m'a déjà traversé l'esprit, d'écrire sur cette période-là.

    J'ai tourné autour. J'ai effleuré.

    Mais je me disais que si je me mettais vraiement à raconter ce qui s'était passé, personne ne me croirait.

    Parce qu'il y a des limites à la fiction, mine de rien.

    ...

    La vie. La mort. Le destin.

    Depuis, quand on me croise, on compatit. On me touche le coude, on m'effleure le bras, on refoule des larmes, on me dit que c'est bien, que je suis courageux, que ça va aller, hein ? Je ne réponds pas. Je laisse glisser. Je continue d'enchaîner les longueurs dans ma piscine intérieure et je fais attention à ce que le chlore ne rougisse pas mes yeux.

    ...

    Et tout le monde a obéi. Être le roi du malheur, ça a quand même des avantages. Les sujets se plient de mauvaise grâce à vos désirs, mais ils n'ont pas assez de cran de vous contredire.

    ...

    Je ne m'explique pas ma fascination pour ce titre.

    J'en prends acte, c'est tout.

    ...

    Je n'aime pas les photographies. Je n'aime pas ce qui fixe. Je préfère le mouvant. L'indistinct. Le fondu enchaîné. C'est ce que je suis. Fondu et enchaîné.

    ...

    Je ne reconnais rien de ce dont j'avais rêvé.

    Je me demande si ce sera toujours pareil.

    ...

    Ensuite, c'est une histoire de désillusion.

    ...

    Je sens l'air froid dans mes narines et, en remontant doucement, il se met à aérer mes pensées. Elles s'ouvrent au monde. Elles me questionnent. Elles me demandent si, malgré tout, ce fracas d'existence ne vaut pas la peine d'être vécu.

    ...

    C'est l'adolescence. C'est un "âge difficile", dit ma mère à la voisine. Un adolescent, c'est souvent décevant. Je n'échappe pas à la règle.

    ...

    Elle avait trente-sept, trente-huit, trente-neuf ans. Les possibles se refermaient lentement sur une vie qu'elle n'avait pas choisie. Elle balayait les questions. Elle savait que les choix, de toute façon, ne sont que des illusions que l'on se façonne pour prétendre être libre.

    ...

    Les mots se bousculent, la langue me fait défaut.

    ...

    Je ne pleure jamais dans la vie quotidienne.

    Je pleure silencieusement devant les films, en lisant des livres, en écoutant de la musique. Dans la vie courante, je reste de marbre.

    ...

    - Tu as envie d'être un ballon d'hélium qui s'échappe ?

    - Je ne suis pas un ballon. Je suis un fardeau. Je serai un fardeau pour tous ceux que je rencontrerai. Je traîne trop de casseroles.

    - On en traîne tous. Et puis vient un âge où tout le monde traîne toute la misère du monde sur ses épaules.

    - J'ai hâte d'avoir cet âge-là.

    - Il viendra tout seul. Ne gâche pas tout en l'attendant.

    ...

    Je ne bouge pas. Des sons et des couleurs me traversent. Une poche a été trouée, quelque part, à l'intérieur de mon corps. Les souvenirs coulent, un abcès qui s'évacue, du pus, du poison, mon poison, c'est mon poison.

    Il mettra quelques années à se reconstituer - à un moment donné, il obstruera de nouveau la vision et les idées. Jusqu'à ce qu'il crève, de nouveau. Et ce, jusqu'à la fin. Je suis fatigué. Je suis très fatigué d'avance.

    ...

    Un jour, j'en suis revenu aussi. Et après, la vie a repris ses droits.

    ...

    Pendant des années, j'ai eu l'impression d'être un brouillon. Je vais mieux aujourd'hui. Mes traits sont plus marqués - et je n'ai plus peur de gommer les imperfections.

  • La Silencieuse d'Ariane Schréder

    À paraître le 7 février 2013.culture,littérature,livre,roman,citation,campagne,art

    Éditions Philippe Rey - 217 pages

    Présentation de l'éditeur : "Je n'ai jamais été très douée avec les mots. Ceux qu'il faut prononcer, échanger. Les miens restens bloqués à l'intérieur, encombrés au moment de sortir, disparus. Ils me reviennent quand il n'y a plus personne pour les recevoir." C'est dans une grande maison isolée au bord d'un fleuve que Clara vient se réfugier après une rupture amoureuse. Là, elle passes ses journées dans l'atelier à sculpter d'aériennes silhouettes, des mobiles qui touchent terre. Au contact de la nature et des gens du village, la jeune artiste va s'ouvrir peu à peu, reprendre pied. Jusqu'à ce qu'un nouvelle perte menace cet équilivre fragile... Dans ce roman délicat, Ariane Schréder dépeint une femme discrète sur le chemin qui la mènera des mots du silence à ceux de la vie.

    Ma note :

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    Broché : 17 euros

    Ebook : 11,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir cette oeuvre en avant-première.

    Premier roman. Les premiers romans sont denrées trop rares au rayon des nourritures intellectuelles. Et pourtant si délicieuses ! Car vrai talent en devenir ou simple chance du débutant, le premier roman est souvent l'une des, si ce n'est la meilleure oeuvre de nombres de bibliographies. Une savante alchimie entre une réelle maîtrise du verbe, du récit, de l'intrigue et une sorte de fraîcheur, de vérité, exclusives aux premières fois.

    Avec La Silencieuse, Ariane Schréder livre une première oeuvre digne de figurer au panthéon contemporain des premières oeuvres magistrales telles Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows, La déesse des petites victoires de Yannick Grannec, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett ou encore Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia.

    Avec une infinie délicatesse, elle nous entraîne dans l'univers taiseux d'une jeune artiste exilée à la campagne après une déception amoureuse. Mais est-il possible de se reconstruire dans la fuite ? Le silence ? La solitude ? L'on se faufile à la suite de la simple et fragile Clara, on la lit d'un regard bienveillant, en souhaitant fort que tout se passe bien.

    D'une plume aérienne, péotique, quasi sensorielle, Ariane Schréder nous entraîne dans un petit coin de campagne, ordinaire et atypique à la fois ; nous invite à observer, au rythme des saisons qui passent, la renaissance, les liens naissants, se défaisant...

    Cet émouvant premier roman dégage, malgré une atmosphère parfois pesante, oppressante, une sérénité, une légèreté qui n'a d'égale qui la puissance des émotions provoquées. Il exhale une sorte de pureté, de vérité... La Silencieuse est de ces romans qui pointent du doigt quelque chose d'essentiel. D'authentique. Tout simplement parce qu'il touche à ce qu'il y a de plus profond, de plus viscéral en chacun de nous. Il évoque le réel, sans concession et cette quête que nous menons, tous, tout ou partie de nos vies. Celle de Clara, panorama bucolique, suit son cours plus qu'elle n'est dirigée. Contemplative plutôt qu'active. Subtile. Poignante. Au gré des petits riens où se joue le tout pour le tout, de relations interpersonnelles en introspections, l'on découvre à ces questionnements universels une réponse possible, sensible, bouleversante, violente. Vivante.

    L'on voit immanquablement un peu d'Ariane dans Clara. Une chose est sûre, cette silencieuse-là a les mots. Ce roman qui remue est aussi bien écrit que pensé. La Silencieuse n'est pas un simple livre, c'est de la littérature. C'est beau, tout simplement.

    Décidément, pour faire suite à Vous ne connaître ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin et Petit art de la fuite d'Enrico Remmert, c'est un véritable sans faute pour les Éditions Philippe Rey dont je poursuis ma découverte du catalogue avec un plaisir de plus en plus intense.

    Ils en parlent aussi : Marianne, Florence, Yael.

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    Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois

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    La femme au miroir d'Éric-Emmanuel Schmitt

    Extraits :

    Je n'ai jamais été très douée avec les mots. Ceux qu'il faut prononcer, échanger. Les miens restent bloqués à l'intérieur, encombrés au moment de sortir, disparus. Ils me reviennent quand il n'y a plus personne pour les recevoir.

    Je ne sais pas quand j'ai commencé à m'enfoncer dans le silence.7

    ...

    C'est ce que j'aime ici : ce sentiment de l'immense. Tous les soirs depuis que je suis arrivée, sauf les rares jours où il a plu, je m'installe sous la nuit blanche d'étoiles, dans le bruissement des feuilles et le chant des grillons. D'autres regardent la télé.

    ...

    Je voudrais qu'il y ait encore moins de choses. C'est l'abondance qui me paraît épuisante.

    ...

    La vie des autres m'est étrangère. Parfois il me semble que la mienne coule comme l'eau lente du fleuve. Je n'ai pas d'horaires, pas contraintes, pas de famille. Je ne regarde presque jamais l'heure. Je vis à mon rythme.

    ...

    "Il paraît que vous avez décidé de vous retirer à la campagne. Pourquoi ?"

    J'ai balbutié que j'avais besoin de prendre un peu de recul.

    "C'est toujours ce qu'on dit quand on est malheureux. Et puis, à force de reculer, on se retrouve parfois à son point de départ. La terre est ronde, non ? Vous n'allez pas vous enterrer là-bas, quand même ? Ni épouser un paysan, j'espère !"

    ...

    Et il faut bien que je me désensauvageonne.

    ...

    Il faut avoir des yeux de loupe pour aimer la campagne. Le regard à ras de terre, ou bien accroché aux étoiles.

    ...

    - (...) J'ai juste un peu de mal avec les gens qui sont certains de quelque chose. (...)

    "Un philosophe, qui s'appelait Nietzsche, a écrit : "Ce n'est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes."

    ...

    C'est par amour, par deuil, qu'Arp a cessé de sculpter. Pour Giacometti, c'est autre chose. La conscience trop aiguë des limites de son art. Il écrit :

    "Il m'est impossible de modeler, peindre ou dessiner une tête, par exemple, telle que je la vois et pourtant c'est la seule chose que j'essaie de faire. Tout ce que je pourrais faire ne sera jamais qu'un pâle image de ce que je vois et ma réussite toujours égale à l'échec."

    Parfois il me semble que Giacometti complique. Qu'il s'est de lui-même installé dans une contradiction. Comme tout le monde sans doute.

  • Dalí par Baudoin

    culture,bande dessinée,bd,bio,littérature,livre,peinture,artÉditions Dupuis / Centre Pompidou - 160 pages

    Présentation de l'éditeur : À l'occasion de la grande rétrospective que le Centre Pompidou consacre à l'oeuvre de Salvador Dalí, Edmond Baudoin nous entraîne sur les traces de l'étrange et génial artiste, dont il parcourt la vie et l'oeuvre de son trait virtuose. Peintre légendaire et énigmatique, figure du surréalisme, ami de Buñuel et de Garcia Lorca, Salvador Dalí est considéré comme l'une des icônes de l'art du XXe siècle. S'invitant dans l'univers fantasque et débridé de Dalí, Baudoin nous en offre sa vision personnelle. Initiant un dialogue intime, par-delà le temps, avec ce créateur de génie, il nous offre un album rare, dont la parfaite cohérence entre le fond et la forme a valeur d'évidence.

    Ma note :

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    Album cartonné souple : 22 euros

    Un grand merci à mon ami Vincent pour ce joli cadeau de Noël, présent dans ma wish list sans qu'il ait jamais eu l'occasion de la consulter, ce qui prouve sa pertinence.

    Nietzsche, Schiele, Picasso, Thoreau, bientôt Gauguin, maintenant Dalí... Les bio-graphiques deviennent décidemment légion !

    Si habituellement les biopics du neuvième art sont de fidèles portraits chronologiques, Dalí par Baudoin est avant tout - comme son nom l'indique - une interprétation par le dessinateur de la vie et l'oeuvre de l'un des plus grands créateurs artistiques du XXe siècle. Une approche émotionnelle et psychanalytique atypique et passionnante qui n'en reste pas moins didactique.

    Pour ce faire, Baudoin se met en scène en compagnie d'une jeune femme et tous deux, dans un dialogue intimiste, s'interrogent. Car cette bd, à l'image de l'incipit "qui était ce type ?", n'est pas une réponse mais une magistrale question visant à répondre à l'énigme Dalí. En conciliant l'approche biographique traditionnelle au regard personnel, Baudoin livre un éclairage aussi original que captivant de l'excentrique peintre.

    Alors évidemment, cette foultitude de faits entremêlés d'interrogations et hypothèses personnelles sont autant de réponses qu'il est possible d'en donner au sujet d'une personnalité aussi complexe que celle de l'incomparable Salvador.

    Mégalo, fou, narcissique, paranoïaque, ambigü... Les épithètes sont nombreux. Quels qu'ils soient, l'on découvre avant tout un homme passionné, curieux insatiable, touche-à-tout. Difficile de faire un portrait de cet être multiple et torturé. Extravagant incontestablement. En quête de vérité, d'immortalité, désireux de s'émanciper de tout et de trouver sa voie, ce qu'il fera par le biais de sa fascinante méthode paranoïaque-critique ayant donné naissance à une oeuvre-reflet de l'inconscient unique, onirique, étrange, fantasque, suprenante, dérangeante, choquante... mais surtout, identifiable entre mille.

    Si, à l'issu de ce livre, le mystère demeure, il n'est en tout cas plus absolu et l'on comprend mieux l'un des artistes les plus populaires au monde. De son enfance à Gala en passant par ses acolytes et ses pérégrinations, un éclairage est donné sur sa vie mouvementée et l'on appréhende plus aisément son art cathartique et non-conformiste, intimement lié à ses blessures, ses obsessions, ses angoisses, ses contradictions.

    Outre la singulière construction narrative, le réel tour de force de Baudoin réside dans son dessin. Il parvient avec maestria à livrer une interprétation du trait et de l'univers du génie espagnol sans jamais l'imiter. Il le réinvente sans le dénaturer en s'appuyant sur les images emblématiques (montres molles, rhinocéros...) qu'il n'était tout bonnement pas concevable d'omettre. Cette mise en abyme fantaisiste loin de toute trahison lui permet d'être dans la justesse sans se départir de son identité propre. Ceux qui y verront une médiocre contre-façon n'auront rien compris.

    Mon seul regret, a priori, résidait dans l'absence quasi totale de couleurs, peu représentative à mon sens de Dalí. Mais si l'on considère a posteriori que les rares explosions chromatiques sont rattachées à Gala, muse entre toutes, le parti pris des aplats charbonneux parfaitement maîtrisés - marque de fabrique de l'auteur - prend tout son sens.

    Dalí par Baudoin est, en somme, une plongée graphique vibrante, enrichissante et insolite dans l'univers de l'homme à la drôle de moustache, qui prouve, si besoin était, que la bande dessinée est un met de choix et de poids tant du point de vue de la création artistique que de la ressource documentaire. Une oeuvre qui ravira à n'en pas douter le fans comme les béotiens de l'incontournable et très controversé mystique corpusculaire.

    Ils en parlent aussi : Benjamin, Sebso, Marie, David.

    Vous aimerez sûrement :

    Thoreau La vie sublime de A. Dan et Maximilien Le Roy

    Egon Schiele Vivre et mourir de Xavier Coste

    Nietzsche Se créer liberté de Maximilien Le Roy et Michel Onfray

    Olympe de Gouges et Kiki de Montparnasse de Catel & Bocquet

    En cuisine avec Alain Passard de Christophe Blain

    Brassens ou la liberté de Clémentine Deroudille et Joann Sfar

    Extraits :

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  • La Moselle de Florian Martinez

    Warum Éditions - 140 pagesla moselle.jpg

    Présentation de l'éditeur : La Moselle retrace les errances d'un être en marge, presque SDF, un peu fou, un peu asocial. Son périple à travers l'Est de la France commence par le suicide d'un compagnon de marche sur une autoroute. Le reste de cette histoire nous emmène à travers le passé du personnage et ses pérégrinations à la rencontre des gens ordinaires de la Lorraine, véritable Voyage au bout de la nuit contemporain, par un artiste au trait charbonneux et à l'écriture écorchée vive. Ce livre parle d'un sujet qui touche de plus en plus de gens, la mise à la marge. C'est un livre qui parle des gens comme tout le monde qui se retrouve de plus en plus « en dehors » sans pouvoir rentrer dans la société et qui en ont de moins en moins envie.

    Ma note :

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    Album cartonné souple : 20 euros

    Un grand merci à Babelio et aux Éditions Warum pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir cette bande dessinée.

    La Moselle avait a priori tout pour me plaire : une bande dessinée, déjà ; promue par une maison d'édition atypique, ensuite. En effet, Warum prend le parti de publier des auteurs que personne ne veut éditer soit parce qu'ils n'ont pas encore assez de talent, soit parce que leurs projets ne ressemblent en rien à ce qui se fait dans la BD actuelle et que de fait il y a trop d'incertitudes, notamment en termes de vente. Une audace éditoriale prometteuse laissant présager de découvertes originales, novatrices, éloignées des codes du genre. Malheureusement, l'expérimental n'est pas toujours gage de réussite...

    Dans La Moselle, j'ai immédiatement trouvé le dessin très déplaisant. Malgré quelques décors et perspectives laissant transparaître un réel talent d'observation et de reproduction, l'ensemble est complètement négligé et donne l'impression que l'auteur s'est contenté de vagues esquisses, de quelques crayonnés bâclés. Comme si le dessin n'était pas sa priorité. Plutôt gênant pour un roman graphique...

    J'aurais pu passer outre si le contenu m'avait séduite. Mais là encore, je suis restée perplexe du début à la fin. Les personnages sont complètement décalés voire déjantés et leurs façons d'agir ou de penser restent incompréhensibles. C'est sombre, désespéré... mais surtout, sous couvert d'aborder les thématiques de l'exclusion, de la marginalité, ça n'a ni queue ni tête. L'underground original n'a d'intérêt que s'il a du sens, mais ici, force est de constater que le fond comme la forme sont totalement fantaisistes, dans l'acception négative du terme. Concernant ce projet, la seule justesse de l'auteur est à mes yeux dans la conception qu'il a de l'univers de son oeuvre : "un monde autistique, froid, hermétique et vide".

    L'ambition de Florian Martinez de s'exprimer sur l'incompréhension entre les êtres est, de manière relative, aboutie puisque je n'ai absolument rien compris à ce qu'il a essayé de dire. Les situations se suivent, sans lien apparent et le sens profond m'a échappé du début à la fin. Bref, grosse déception et interrogation absolue sur le pourquoi de l'oeuvre et le comment de l'édition.

    Ils en parlent aussi : Filou 49, David Fournol, Jostein.

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    Blast de Manu Larcenet (Grasse carcasse, L'apocalypse selon saint Jacky, La tête la première)

    La rue des autres de Violaine Leroy

    Une âme à l'amer de Jean-Christophe Pol et Albertine Ralenti

    Fables amères de Chabouté

    Le bar du vieux Français de Stassen et Lapière

    Vacance de Cati Baur

    Extrait :

    Parfois, je crois que je suis résigné...

    Mais en fait, j'ai peur.

  • L'établi de Robert Linhart

    l'établi.jpgÉditions de Minuit - 178 pages

    Présentation de l’éditeur : L’Établi, ce titre désigne d’abord les quelques centaines de militants intellectuels qui, à partir de 1967, s’embauchaient, "s’établissaient" dans les usines ou les docks. Celui qui parle ici a passé une année, comme O.S. 2, dans l’usine Citroën de la porte de Choisy. Il raconte la chaîne, les méthodes de surveillance et de répression, il raconte aussi la résistance et la grève. Il raconte ce que c’est, pour un Français ou un immigré, d’être ouvrier dans une grande entreprise parisienne. Mais L’Établi, c’est aussi la table de travail bricolée où un vieil ouvrier retouche les portières irrégulières ou bosselées avant qu’elles passent au montage. Ce double sens reflète le thème du livre, le rapport que les hommes entretiennent entre eux par l’intermédiaire des objets : ce que Marx appelait les rapports de production.

    Ma note :

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    Poche : 5,80 euros

    « Je ne suis pas une machine. »

    Voilà la quintessence même de cet ouvrage. Le cri de n’importe lequel de ces hommes sur la chaîne de montage. Un ouvrage fort et court où des hommes se battent contre ce travail qui mange tout, contre l’engourdissement et la routine, le racisme, le rabaissement, la peur. Où le temps d’une cigarette est un bien si rare et si précieux. Où les chefs écrasent de leur pouvoir despotique. Mais où les mots entraide et solidarité ne sont ni vains ni vidés de leur substrat.

    Inévitablement se pose la question de la légitimité de l'auteur. Un intellectuel gaucho qui va s'encanailler sur une chaîne Citroën au lendemain des événements de 68, qui pourra quoi qu’il arrive trouver un bien meilleur travail, mieux payé, mieux considéré, moins dur... Difficile pour l'auteur d'être crédible et aisé pour le lecteur de penser que tout est biaisé, qu’il ne s’agit que d’une énième convulsion marxiste bourgeoise, qui plus est marquée par son temps.

    Bien au contraire.

    Évidemment, l’abord de cet ouvrage éminemment politique et sociologique sous-entend une lecture de l’aliénation, de la domination sociale, de la lutte des classes, de l’opposition dominants et dominés mais il n'en demeure pas moins actuel et réaliste. Pire, sa pertinence n’a aucunement faibli. Malgré les quelque trente années écoulées depuis l'écriture de ce texte, les thématiques abordées et les constats sont hélàs transposables au monde du travail actuel. Intensification, augmentation de la production, rationalisation, suppression de postes... sont malheureusement plus que jamais d'actualité.

    Rien n’a changé... si ce n'est, parfois, en pire. Heureusement, cet ouvrage est aussi une espérance. L'espérance en un monde du travail où le mieux est possible, où tout ce qui peut améliorer les conditions de travail de l’homme laisse une trace, où même s’il n’est pas le propriétaire des moyens de production, le travailleur peut conserver sa dignité et son honneur d’Homme... Faible lueur mais lueur quand même !

    Cet essai sur le travail ouvrier, à la chaîne, se lit comme un roman. Il remet en perspective avec bon sens et clarté les idéaux qui, confrontés à la violence de la réalité, perdent un peu de leur superbe. Et rappelle combien il est difficile de lutter quand l'on est essoré physiquement et psychologiquement par ce rouleau-compresseur que l'on appelle le quotidien...

    Ils en parlent aussi : Pierre Merckle, Sonia Flusin, Loïc, Cripure, François Derennes.

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    Pas de pitié pour les gueux de Laurent Cordonnier

    La ferme des animaux de Georg Orwell

    Metronom' de Corbeyran et Grun

    Extraits :

    Intensification des cadences.

    Temps raccourcis à l’improviste.

    Bonis modifiés.

    Machines chamboulées.

    Un poste supprimé.

    Rationalisation.

    ...

    Comment ne pas être pris d’une envie de saccage ? Lequel d’entre nous ne rêve pas, par moments, de se venger de ces sales bagnoles insolentes, si paisibles, si lisses – si lisses !

    Rédigé par Vincent