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Littérature française - Page 5

  • La rive sombre de l'Èbre de Serge Legrand-Vall

    la rive sombre de l'èbre.jpgÀ la recherche d'un père disparu pendant la guerre d'Espagne.

    Éditions Elytis - 168 pages

    Présentation de l'éditeur : Avril 1938. L'offensive des troupes franquistes sur le haut-Aragon fait fuir des milliers d'Espagnols vers la France par les cols pyrénéens. Au cours de cette première «retirada», une femme épuisée accouche en pleine montagne, dans la neige. L'enfant sera français. Son père, resté sur le front, ne reviendra pas de la bataille de l'Èbre.À partir de cette histoire authentique, l'auteur retrace l'itinéraire d'une femme et de ses parents réfugiés qui ont décidé, pour rebâtir leur vie en France, de ne plus jamais parler des déchirements de la guerre.Le poids de ce silence suscitera chez Antoine, le fils devenu adulte, une vocation de journaliste.La mort prématurée de sa mère lui offre la possibilité de rompre ce pacte d'oubli.Vingt-six ans plus tard, guidé par des lettres retrouvées de son père, il part en Espagne pour comprendre ce que personne n'a pu lui raconter.

    Ma note :

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    Broché : 18 euros

    Un grand merci à Elytis Édition pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre ainsi qu'à l'auteur pour sa charmante dédicace et sa patience pour cette chronique trop longtemps victime de ma procrastination.

    Il aura fallu à Serge Legrand-Vall la révélation tardive de ses origines espagnoles, la lecture d'un article paru en 1938 retraçant l'exil de réfugiés dont une femme a accouché côté français dès le passage du col frontière et la découverte de la citation d'un de ses auteurs favoris - À quoi bon écrire des livres si on n'invente pas la vérité ?, Jorge Semprun - pour lui inspirer son second roman remarqué par Le Monde des Livres.

    En créant Antoine, son double littéraire parti au coeur de l'Espagne franquiste au milieu des années 1960 sur les traces de son père combattant anarchiste tué durant l'été 1937 dont il ne sait rien, l'auteur apporte des réponses possibles à ses propres questions restées en suspens, utilise l'imaginaire pour partir en quête de sa véritable histoire.

    De non-dits et interdits en révélations inattendues, d'anecdotes en petits morceaux d'histoire glanés çà et là, Antoine, jeune homme transformé le temps d'un passage de frontière en véritable enquêteur, va reconstruire petit à petit le puzzle de son passé, découvrir les horreurs de cette sombre période et solutionner enfin, à sa façon, sa problématique identitaire.

    Dans ce road trip initiatique, l'on appréhende la culture du silence, du secret, des réfugiés espagnols pour mieux se reconstruire et le poids de cet oubli choisi sur leurs descendants, porteur malgré eux d'amertume, de gravité et emplis du besoin de savoir. Comment l'individu peut-il se construire, se tourner vers l'avenir, quand une partie de son histoire lui échappe ?

    En évoquant cette nécessaire quête identitaire, Serge Legrand-Vall rend avant tout un hommage poignant aux combattants républicains tombés pour leurs idéaux et aux exilés contraints au déracinement, à l'humiliation d'un accueil parfois honteux de la France et à l'absence de reconnaissance de leurs traumatismes.

    Finalement, c'est l'importance de la transmission qui est au coeur de ce roman en forme de voyage transfrontalier du côté de l'amour et du silence. D'une plume élégante, sensible et pudique, Serge Legrand-Vall offre un récit émouvant, extrêmement bien documenté, qui rappelle le lien étroit entre l'Histoire collective et la mémoire individuelle. Une bien jolie fenêtre sur un pan historique trop longtemps ignoré et aujourd'hui encore, trop souvent méconnu.

    L'auteur parle de son livre.

    Le site de l'auteur.

    Ils en parlent aussi : Stéphane, Babelio.

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    Un fusil dans la main un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

    Extraits :

    Un fugitif, il s'était pensé ainsi pendant des années. Fugitif, sans savoir de quoi. De l'amour étouffant des siens ? De leur silence ? Du poids de l'immobilité ? Un peu de tout cela sans doute.

    ...

    - Mais à l'arrivée, on est tombés de haut... continua Manolo. Qu'ils n'aient rien prévu, rien préparé côté Français, passe encore, mais alors l'accueil... Comme si on était des prisonniers ennemis, de la pire espèce. Les gendarmes français ont commencé par séparer les hommes des femmes sans ménagement. Et Merced qui pleurait et qui me demandait quand on se reverrait... Et puis ils nous ont pris tout ce qu'on avait sur nous, l'argent espagnol, le couteau que j'avais dans la poche, ma montre, même mon tabac.

    - Et les coups de crosse avec ça, les insultes. Comme si la seule chose qu'ils voulaient, c'était nous humilier. On a été parqués comme du bétail dans une cour de ferme, sans nourriture, sans eau, dans la boue, sous la pluie et la neige... Les blessés mouraient. Être maltraités comme ça dans un pays qu'on croyait ami, c'était à peine croyable.

    ...

    La plupart n'avait même jamais tiré. On manquait de fusils de guerre. Beaucoup n'avaient que des armes de chasse ou des grenades. Eh bien ces gars-là, ils ont réussi à fixer un front. C'était un vrai exploit, tu peux me croire ! Des gens qui n'y connaissaient rien contre des soldats de métier. C'est difficile de comprendre aujourd'hui comment ça a été possible. La liberté qu'on voulait nous prendre, il faut croire qu'on était prêts à tout pour la défendre.

    ...

    En Ariège, tous les cols étaient des ports, comme si les montagnards naviguaient sur un océan de vagues pétrifiées et que le havre se situait, non dans le creux de la vallée, mais sur ce passage élevé qui séparait deux sommets de vagues, ourlées de neige en guise d'écume.

    ...

    Il avait parfois essayé d'imaginer la scène de sa mort, d'après le peu d'information qui lui avait données Lluis. Mais lui-même les tenait d'un témoin qui n'avait pas vu grand chose, car cela s'était passé la nuit. Y avait-il un moyen d'en apprendre davantage là-dessus ?

    La rivière coulait, imperturbable comme le temps. Le temps, le grand vainqueur des batailles. Seule la mémoire pouvait être suffisamment tenace pour lui tenir tête.

  • Ce que je peux te dire d'elles d'Anne Icart

    culture,citation,littérature,livre,roman,journal,femme,féminisme,saga,premier romanÉditions Robert Laffont - 319 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin, très tôt. Le téléphone sonne. Violette a accouché dans la nuit d’un petit garçon. Blanche est bouleversée : elle ne savait même pas que sa fille était enceinte. Et puis un garçon, le premier au bout de cette lignée de filles, quelle histoire… Dans le train qui la mène de Toulouse vers Paris, Blanche relit les carnets de moleskine destinés à Violette où, remontant le temps, elle a essayé de se souvenir de tout, tout ce qu’elle peut lui dire d’elles. Elles : cette tribu de femmes, de soeurs, de mères, à la fois heureuse et cabossée, dans laquelle Blanche a grandi au coeur des années 1970, entre l'effervescence des premiers combats féministes et le joyeux bourdonnement des ateliers de la maison Balaguère, haute couture, la grande aventure familiale. De la petite fille que l'on fut (que l'on reste toujours ?) à la mère que l'on devient... Tendre et optimiste, ce roman explore avec une acuité pleine de douceur la complexité des liens maternels. Après Les lits en diagonale (Prix des lycéens 2010 de la fondation Prince-Pierre-de-Monaco), récit de son histoire avec son frère handicapé, Anne Icart signe ici son premier roman.

    Ma note :

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    Broché : 19 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Une attirante jaquette n'étant pas sans rappeler celle, aux éditions Le Dilettante, du très bon roman d'Anna Gavalda Ensemble, c'est tout. Une quatrième de couv' annonçant le récit d'une lignée de femmes. La mention d'un premier roman. Autant d'arguments suffisant à me donner envie de plonger dans ce livre.

    Alors qu'elle part retrouver sa petite Violette qui vient d'accoucher, Blanche, qui ignorait tout de cette grossesse, entreprend, durant son voyage en train, de relire ses carnets qu'elle destine à sa fille avec laquelle elle est fâchée depuis trop longtemps. Des moleskine renfermant l'histoire familiale, entre bonheurs et tragédies sur cinq générations quasi exclusivement féminines. D'un petit village des Pyrénées à la rose Toulouse, des années 1950 à nos jours, Anne Icart brosse des portraits de femmes aussi singulières qu'universelles et dépeint avec passion les mondes de la haute couture et du journalisme.

    De cette tribu de femmes émancipées, fortes autant que fragiles et solidaires devant l'éternel, c'est la condition féminine des soixante dernières années qui est retracée dans son ensemble. Au travers des secrets et des maux de ces femmes, c'est tout le poids de la transmission et de la reproduction des schémas familiaux qui est brillamment analysé.

    Cette saga remarquable servie par une écriture ultrasensible est digne d'une plume aguerrie alors même qu'il ne s'agit que de la première production romanesque de l'auteur. L'on s'attache instantanément aux héroïnes du quotidien de ce roman qu'on ne peut lire que d'une traite tant on est enchaîné par les émotions qui le traversent : rire, larmes, tendresse, violence... C'est avec d'immenses regrets que l'on se défait de cette atmosphère sororale et maternelle fascinante qui explore magistralement la puissance des liens amoureux et transgénérationnels. Un livre tout simplement intense et authentique.

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    Extraits :

    Il y a des sentiments qui ne nous quittent pas, quel que soit l'âge que l'on a. Qui se font même plus intenses quand le temps s'accélère.

    ...

    On aime toujours son père, même si c'est un salaud ou un lâche. Même si on ne le connaît pas.

    ...

    Il va falloir grandir encore. Même si cette fois, ce n'est pas triste. On sait remettre les événements à leur juste place. Mais grandir, c'est décidément voir partir quelqu'un qu'on aime. Grandir c'est forcément être orphelin de quelque chose.

    ...

    Il faut oeuvre vite et réfléchir pareil. Les falbalas. Le tralala. Quelle couleur, quelle forme. Un premier rendez-vous, ça se travaille, ça s'intelligence, ça prend son temps, même quand on n'en a pas. (...) On s'active autour des cintres, on retourne, on envoie valser, on hésite. Il faut un ton chaud (...). Mais pas trop quand même, il faut rester sage. Ne pas tout dire tout de suite.

    ...

    Le chagrin est pervers. Il fait croire à ceux qu'il touche que la grandeur d'âme se mesure à la capacité que l'on a de vivre avec le malheur. Il semble pourtant tellement plus difficile d'être heureux.

    ...

    Il faut grandir encore et encore alors qu'on voudrait tant revenir en arrière.

    ...

    L'abandon est ce qu'elle déteste le plus au monde. Peut-être est-il temps de mettre un terme à cette fatalité. En partant avant d'être quittée.

    ...

    Les gifles de mots sont parfois bien plus douloureuses que les gifles de mains.

    ...

    Moi, je n'aurais pas imaginé être projetée d'un coup, comme ça, en l'espace de quelques heures, dans un autre monde que celui de l'enfance. Simplement parce que j'ai couché avec un garçon. Et pourtant. Le premier matin qui suit ma première nuit (...), j'ai l'impression que tout se lit sur mon visage, dans le moindre de mes mouvements. Comme si mon corps mais aussi mon esprit avaient perdu dans la nuit leur vieille peau de bébé pour endosser celle d'une femme. Que les voisins, les profs, les copines, tous devinent ce qui s'est passé. J'en tire une certaine fierté, oui, celle d'être devenue une autre, une grande. Mais ça me gêne terriblement aussi. J'ai l'impression de me promener à poil.

    ...

    Connaître la joie des sommets et les blessures de la chute. Elle sait bien tout ce que l'on transmet de non-dits et tout ce que l'on oblige ses enfants à reproduire dans ce que l'on est ou ce que l'on n'est pas. En se dédouanant comme on peut. En espérant qu'ils auront plus de courage pour se défaire des malédictions. Mais ce n'est pas forcément vrai.

    ...

    Parce qu'il n'y a rien de tel pour vaincre l'absence que de parler de ceux qui manquent, qui sont partis trop tôt, bien trop tôt, en leur rendant la force et la présence qu'ils avaient.

    ...

    On a les audaces que l'on peut.

  • Les perles de la Moïka d'Annie Degroote

    culture,citation,littérature,livre,roman,histoire,russie,sagaÉditions Presses de la Cité - 329 pages

    Présentation de l'édieur : 2003. Ana, comédienne, a coupé tout lien avec sa famille et particulièrement avec sa mère, russe, dont elle ne s'est jamais sentie aimée. Jusqu'au jour où on lui offre le plus beau rôle de sa vie dans une pièce de Tchekhov. 1903. Sur les bords de la Moïka à Saint-Pétersbourg, Tatiana Alexandrovna jouit des fastes d'une époque encore sereine. De son premier amour avec un officier de la garde, elle a des jumelles, Olga et Natacha ; toutes trois se trouveront liées au destin de la famille Youssoupov et de Raspoutine. Mais déjà se profile la révolution. Tout bascule. Quel secret portent-elles, qui bouleversera la vie d'Ana ? Le destin tumultueux de quatre générations de femmes et la quête d'un amour maternel.

    Ma note :

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    Broché : 20 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Presses de la Cité et à Babelio pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    À la condition évidente qu'ils soient habilement menés et au moins correctement au mieux joliment écrits, les romans historiques sont fascinants et les sagas familiales captivantes. Que dire alors d'un livre à mi-chemin de ces deux genres, comme Annie Degroote le propose avec Les perles de la Moïka ? Tout simplement qu'il s'agit d'un petit bijou qu'il serait dommage de bouder.

    Tatiana, Olga, Natacha, Sophia, Ana... Par le biais de femmes charismatiques, d'hier et d'aujourd'hui, Annie Degroote explore jusqu'à l'extrême la relation mère-fille, exacerbée par les secrets de famille. Elle réussit à brosser des portraits sombres autant que solaires et érige ses courageuses protagonistes en figures de proue emblématiques de la Femme. En évoquant le poids transgénérationnel des origines, de l'histoire, des drames et des caractères, elle prouve que l'on ne peut être vraiment soi et se tourner vers l'avenir qu'en partant en quête de son passé, de ses racines.

    Émouvante chronique familiale faite sur le ton de la confidence, elle est aussi celle de la Russie et son cortège historique de grandeurs et de décadences (les Romanov, Raspoutine, la révolution bolchévique, l'ère stalinienne, la Seconde Guerre mondiale...).

    Construit sur une judicieuse alternance entre deux époques et deux cultures, on ne se défait qu'à regret de cette chorégraphie de personnages aux destinées surprenantes, de ce récit rythmé à la perfection, digne des plus grands ballets du Bolchoï. Écrite dans une langue svelte, cette histoire prenante, romantique, nostalgique est superbe. Tout simplement superbe.

    Les lecteurs se refusant résolument à abandonner l'atmosphère ensorcelante de ce roman pourront se ruer sur L'étrangère de Saint-Pétersbourg qui développe la vie d'un personnage des Perles de la Moïka. L'auteur entretient manifestement une passion pour la culture russe à laquelle elle rend magnifiquement hommage, à ses auteurs en particulier dont les évocations jalonnent le texte.

    Le site de l'auteur.

    Ils en parlent aussi : CC, Miss G.

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    La tétralogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent)

    Extraits :

    L'ivresse du monde est mortelle

    Et nous sommes pris vous et moi

    Chers amis, dans son tourbillon.

    Pouchkine, Eugène Onéguine

    ...

    Elle aurait voulu être célèbre. Franchement, qui ne le voudrait pas ? Étancher sa soif de gloire, être reconnue pour mourir moins vite. Besoin de séduire ? Exister plutôt, exister dans le regard des autres, exister aux yeux du monde. Combler son vide. Tant d'actrices renommées peinaient ensuite à se récupérer. Elle, désirait jouer personnage sur personnage jusqu'à s'y perdre. Ne pas avoir le temps de revenir à Anne Vandenbergue, son vrai nom, la tuer sous le poids d'un millier de femmes différentes. Être tant d'autres, mais pas elle. Une vie imaginaire plus vraie que vraie ; une vie sans décision, sans questions perpétuelles.

    ...

    Dans une ou deux générations, qui connaîtra son existence ? Ana était seule, orpheline, sans fratrie, sans enfants. Un sentiment intense d'inutilité l'envahit. (...) Son amertume en l'absence de succès était démesurée. Maladive. (...) À près de quarante ans, on ne pouvait pas dire qu'elle avait réussi...

    ...

    Ana vivait constamment entre son désir de solitude et celui de faire partie de la vie des autres, de leurs fêtes. Elle redoutait l'exclusion. Mais un mot de travers, un regard "ambivalent" et elle se sentait agressée. Les rapports devenaient vite conflictuels. Pour éviter d'être rejetée, elle prenait fréquemment les devants, et s'isolait. Emmurée dans le silence.

  • Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

    cosima.jpgÀ paraître le 4 avril 2013.

    Éditions Philippe Rey - 171 pages

    Présentation de l'éditeur : Incarnation de l'héroïne moderne, Cosima fut tout à la fois femme adultère, épouse attentionnée, mère de famille hantée par la mort, femme d'intérieur et femme de tête. À l'étroit dans sa vie domestique, mais allant au bout de sa passion, elle fut la plus proche confidente de son mari, Richard Wagner, et dirigea avec poigne de Festival de Bayreuth jusqu'en 1930, année de son décès. Ainsi alla son destin, qui se mêle au destin artistique, intellectuel et politique de l'Europe dans son versant le plus flamboyant comme le plus tragique. L'histoire de Cosima s'achève sur l'avenir crépusculaire de la famille Wagner pendant la Seconde Guerre mondiale et l'effondrement du IIIe Reich. Ni autofiction, ni roman, ni essai historique, ce livre est un hommage à l'énergie des femmes et un portrait de biais de cette personnalité ambiguë, touchante ou détestable. Fidèle à son univers de fascination et de relecture critique des grands mythes du XXe siècle, Christophe Fiat signe là, dans son style incomparable, une reconstitution historique traversée du souffle épique qui emprunte à la vie artistique de l'Europe moderne autant qu'à la littérature ou au cinéma.

    Ma note :

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    Broché : 16 euros

    Un grand merci aux Éditions Philippe Rey pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Si l'éclectisme comme philosophie de vie se retrouve aussi dans ma bibliothèque, j'affiche malgré tout quelques préférences ; évolutives non parce que l'on se renie mais que l'on devient davantage soi avec le temps comme le disait justement Joyce Carol Oates. J'affiche ainsi un penchant maintes fois revendiqué pour les premières oeuvres - auxquelles j'ai même consacré une catégorie. Moins affiché - encore que - parce que cet attachement croissant est relativement récent, mon goût prononcé pour les romans biographiques ou biographies romancées, romans extrêmement bien documentés mettant en scène des personnages plus ou moins célèbres, s'inspirant largement des faits réels tout en s'autorisant des libertés narratives et permettant d'aborder histoire et culture générale de manière moins rigide, moins factuelle. Cosima, femme électrique est de ceux-là.

    Après un ouvrage intitulé Héroines (actuellement indisponible) consacré à Courtney Love, Sissi, Wanda de Sacher-Masoch, Isadora Duncan et Madame Mao, femmes puissantes et provocantes chacunes à leur manière, Christophe Fiat profite de l'Année Wagner (2013 marque le bicentenaire de la naissance du compositeur allemand) pour rendre hommage à une autre femme d'envergure, Cosima, faisant un peu revivre, par le prisme de celle qui fut sa maîtresse avant d'être sa femme, l'un des plus grands génies de la musique classique européenne.

    Parce que Cosima écrivit pendant la plus grande partie de sa vie des dizaines de cahiers personnels, l'auteur a naturellement choisi la forme du journal intime pour plonger le lecteur au coeur de l'existence, des pensées et des émotions de Madame Wagner.

    Quelle femme ! Fille de Marie d'Agoult et de Franz Liszt (autre monstre sacré de la période romantique), d'abord épouse du chef d'orchestre Hans von Bulow, c'est aux côtés de Richard, envers et contre tous, que Cosima prit toute sa mesure. Couple fusionnel et passionné, protégés et financés par Louis II de Bavière, ils entretinrent des amitiés aussi prestigieuses que celle d'avec Nietzsche et fondèrent ensemble, non sans mal, l'immense festival lyrique de Bayreuth.

    Entière et ardente, Cosima aima inconditionnellement Richard, de ses vertes années jusqu'à sa mort ; elle fut pour lui maîtresse, femme, amie, amante, confidente, un peu mère, surtout muse. Fervente et indéfectible admiratrice du génie de son mari adulé, elle donna à leurs enfants le nom des héros de ses oeuvres musicales. Bien que dévouée corps et âme à Wagner, elle se révéla mère attentive et protectrice à l'esprit de clan mais loin de se satisfaire de la place de fille de, femme de, mère modèle et au foyer, cette rebelle ambitieuse et intellectuelle se revela déterminée et avisée pour mener à bien le grand projet de sa vie : Bayreuth.

    Comme toute médaille, Cosima avait son revers : un caractère bien trempé que certains n'hésitaient pas à qualifier d'odieux, des fragilités nées de sa relation à ses parents et de sa dévotion à Richard qui, tout génie qu'il fut, n'était qu'un homme... et surtout une haine de la France et un antisémitisme virulent qu'il faut, sans les excuser, replacer dans leur contexte.

    Dans un style simple et direct, Christophe Fiat dresse, sur le ton de la confidence, un portrait fascinant de cette femme méconnue en dehors du cercle mélomane. Ce texte se lit avec un plaisir aussi intense que l'était cette femme atypique, évidemment accru par un fond musical que tout un chacun saura deviner sans qu'il soit besoin de le préciser...

    Ils en parlent aussi : Camille de Joyeuse, Audrey.

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    Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

    Extraits :

    Je me dis que, si les femmes sont indifèles, c'est parce qu'on les contraint à être fidèles, sinon, elles aimeraient leurs maris passionnément.

    ...

    Dans un essai qu'il consacre au même moment à Beethoven, il dépeint la France comme un pays où les ravages de la mode et la décadence morale esthétique détruisent tout. La mode : il écrit que les classes supérieures ont cessé de donner le ton et laisse ce soin à la nouvelle classe des parvenus qui sont très important en nombre. La morale : il dénonce la démocratisation du goût artistique et prétexte que le peuple n'a rien à y gagner parce que le goût s'émousse. Il conclut que, si la mode a pris la place de la culture, le Français est certainement moderne car il domine la mode. Sur ce point, il rejoint Nietzsche, si ce n'est que le philosophe aime la pensée française, ce qui me pose problème.

    ...

    Ça y est, la France capitule et j'exulte. Quel soulagement ! Richard parle de la suprême vertu virile qui manque aux Français : l'obéissance.

    ...

    "Nous partons pour la place Saint-Marc où nous avons le plaisir d'un magnifique coucher de soleil ; le retour est merveilleux parmi les lueurs d'étoiles et le son des cloches. Et le soir R. conclut cette journée en nous lisant plusieurs scènes de Roméo et Juliette (scène du balcon, mort de Tybalt, le mariage, les adieux), nous sommes extrêmement émus, lui-même est en larmes. Mais qui pourrait jamais le décrire ou même le peindre quand il fait de telles lectures ? Son visage rayonne, ses yeux sont absents et brillent pourtant comme des étoiles, sa main est magique, au repos, en mouvement, sa voix a la douceur de l'être comme au travers des déserts.

  • Jours heureux à Flins de Richard Gangloff

    jours heureux à flins.jpgÉditions Albin Michel - 229 pages

    Présentation de l'éditeur : Mai 68, Flins, l’usine-modèle de ce qu’on appelle alors la Régie Renault. Pendant que la société se soulève, à mille lieux des « cadences infernales », Bertrand l’utopiste, Marie la révoltée, Luc le débrouillard, Ginette la bonne copine pas farouche et Gilbert, le populaire patron du comité d’entreprise, fréquentent « Le Cinq », un bar clandestin, tout en se moquant des ordres lancés par une hiérarchie grotesque. Ils font des courses sauvages en R8 Gordini et arrêtent les chaînes de montage lorsque l’envie de batifoler les prend. Combines, truandes, coulage… on profite de la vie dans une bonne ambiance. Jusqu’au jour où la paye des employés est volée, probablement grâce à des complicités internes, semant la panique au sein de l’usine. Qui sont les auteurs de ce braquage ? Dans cette désopilante chronique où une bande de copains se débrouille pour s’en sortir, Richard Gangloff dresse le tableau iconoclaste d’une époque dont nous avons tous une certaine nostalgie.

    Ma note :

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    Broché : 17 euros

    Ebook : 11,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce premier texte de l'auteur.

    Dans la catégorie premier livre où tout est aussi vrai que romancé et surtout aussi drôle, émouvant et haletant qu'une histoire des Pieds Nickelés : Jours heureux à Flins de Richard Gangloff, parution de ce mois de mars des éditions Albin Michel.

    Par le biais des folles aventures d'une bande de camarades travailleurs de l'usine Renault-Flins, l'auteur donne à (re)vivre une certaine réalité du monde ouvrier de la fin des années soixante, dont les incontournables événements de mai 68.

    Fruit de son expérience, de ses rencontres et de son imaginaire, Jours heureux à Flins n'est ni un reportage, ni un livre témoignages, ni un manifeste pour la lutte des classes - même si les gars cool sont les petites mains et les ringards, les cols blancs. Mais sous ses allures de roman divertissant avec pour trame de fond un pan entier du patrimoine français, Richard Gangloff amène, sans toutefois en faire un roman engagé, une certaine réflexion sur le monde du travail d'hier et d'aujourd'hui.

    Malgré l'exploitation, les cadences infernales, la vision offerte par l'écrivain donne à croire, vu de 2013, qu'il y avait des avantages, une certaine considération, un certain respect du travailleur et surtout une possibilité à jouer avec le système pour compenser le quotidien - au risque quand même de se brûler les doigts... -, qui n'existent plus à l'heure actuelle. Et que, malgré une lutte des travailleurs non encore aboutie et le fait que le travail était au centre de la vie, il y avait de vraies raisons de s'en accomoder ou de réels potentiels à s'en affranchir, contrairement à aujourd'hui.

    De ce récit et ses vrais-faux personnages aux tribulations épiques émane une tendresse qui parvient à rendre nostalgique même le lecteur n'ayant pas vécu cette époque ; nostalgie pour ma part renforcée par le souvenir des anecdotes de ces anciens de ma famille passés par Flins.

    Un passé pas si lointain où la solidarité avait encore un sens... Un bien joli roman dont on aimerait qu'il (r)éveille certaines consciences...

    Retrouvez la page Facebook du roman avec documents d'archives et vraies photos des personnages à la clé !

    Ils en parlent aussi : Véronique, 20 minutes.

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    Extraits :

    Avant de s'asseoir pour écrire,

    Il faut se lever pour vivre...

    François Truffaut

    ...

    (...) connaître son point faible, c'est déjà une force.