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Littérature française - Page 4

  • Zalbac Brothers de Karel de la Renaudière

    Éditions Albin Michel - 318 pagesculture,citation,littérature,livre,roman,thriller,finance,biographie,économie

    Présentation de l'éditeur : New York, une très secrète banque d’affaires. Un jeune français venu de nulle part. Une héritière qui hésite sur son destin. L’histoire d’une ascension et d’une chute.

    Dans la grande tradition de John Grisham, Karel de la Renaudière, un des directeurs d’une grande banque internationale, explore les coulisses de la haute finance et du pouvoir. Ce thriller captivant dresse un tableau à la fois fascinant et terrible de notre époque.

    Ma note :

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    Broché : 20,00 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Zalbac Brothers est un premier roman. De quoi me mettre la puce à l'oreille et surtout l'eau à la bouche.

    Écrit par l'un des directeurs d'une grande banque internationale, il est bien naturel qu'il s'agisse d'un thriller conduisant dans les coulisses de la haute finance et du pouvoir. Rien de tel que d'écrire sur ce que l'on connaît le mieux pour être au moins crédible. L'auteur s'identifie à son personnage et son parcours d'ailleurs de façon à peine voilée et il prête même le prénom de sa femme à son héroïne.

    C'est donc l'histoire d'un jeune Français ambitieux venu faire fortune à New York et dont on assiste à l'ascencion défiant toute vraisemblance, la chute, les frasques amoureuses, etc.

    Quoique le sujet et l'intrigue soient maîtrisés, Karel de la Renaudière ne parvient pas à rendre son récit réellement excitant. Il y a certes de nombreux rebondissements mais c'est assez manichéen et plutôt prévisible dans l'ensemble. Et bourré de poncifs. Là où le premier roman est promesse du charme d'un auteur qui a mis ses tripes dans ses mots, l'on ne voit ici qu'un assemblage scolaire de techniques rédactionnelles. L'écriture manque d'émotions, le style est direct, les chapitres sont courts, les phrases concises et les dialogues nombreux. L'auteur ne traîne pas sur le rythme (le temps, c'est de l'argent...), ça a un petit goût de bâclé et ça manque de consistance.

    De plus, les personnages sont par trop caricaturaux : le Jean-til, le méchant, le pourri de Bercy, les vilains hedge funds américains, la blonde sulfureuse mais pas tête de linotte et évidemment riche héritière... Un vrai feuilleton à l'américaine !

    Et puis, ce texte est le tableau tristement révélateur, le miroir assez fidèle du fonctionnement actuel de notre monde... En dépeignant ce détestable univers, l'écrivain enfonce une porte ouverte. Particulièrement en ces temps de vaches maigres, il est assez déplaisant d'être encore confronté sur son temps de détente à ses manieurs de gros sous et autres spéculateurs qui s'en mettent plein les poches sur notre dos. Il n'y a même pas la valeur ajoutée de la pédagogie puisque malgré la vulgarisation du secteur et de son jargon complexe auquel aucun non initié ne comprend rien à rien, on n'y voit pas plus clair sur toutes ces manipulations (magouilles ?). Cela dit, ça ne nuit aucunement à la compréhension. L'on joue l'indifférence à la lecture de ces passages et on ne fait de toute façon pas beaucoup d'effort d'entendement tant tout ceci est franchement boring.

    Alors pourquoi ce roman ? Une envie de se déculpabiliser, de s'acheter une crédibilité comme l'auteur le dit lui même dans son texte ? Brosser la fresque d'un univers de requins tout en se donnant le beau rôle, ça manque passablement de crédibilité. Pour parvenir au sommet où il se trouve actuellement, il a bien fallu à Karel de la Renaudière jouer au moins un peu le jeu aux obscures et border line rules.

    Bref, un récit un peu hypocrite qui n'en apprend pas tellement plus mais qui assurément renforce le dégoût qu'évoque cette sphère à tout un chacun. Pas évident de manipuler les lettres comme on le fait avec les chiffres... Sans compter que l'appellation thriller est un brin galvaudée puisque la seule hémorragie est financière. Ni meurtre, ni enquête, ce ne sont que complots, trahisons et vengeances.

    Pour autant, on va facilement jusqu'au bout de cette histoire qui se lit aussi rapidement qu'elle s'oublie. C'est disons une lecture légère pour passer le temps sans trop réfléchir.

    Ce titre évoque évidemment Tom Wolfe et Le bûcher des vanités ou dans le registre de la bande dessinée Dantès de Boisserie, Guillaume et Juszezak. Difficile de s'imposer aux côtés de telles références... Et pour les gens du milieu, la lecture doit être aussi jubilatoire que celle des gens de la pub à la lecture de 99 F de Frédéric Beigbeder mais pour les autres, les private joke et les dénonciations à peine déguisées sont insaisissables donc sans intérêt.

    Ils en parlent aussi : CC Rider, Mika, Strummer.

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    Jour de confession d'Alan Folsom

    Un passé en noir et blanc de Michiel Heyns

    Rainbow Warriors d'Ayerdhal

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    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Bloody Miami de Tom Wolfe

    Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

    Le livre sans nom d'Anonyme

    Cosmopolis de Don Delillo

    Ken Games de J. Robledo & M. Toledano

    Alter ego de P.-P. Renders, D. Lapière et M. Reynès

    Extraits :

    Jean commence à comprendre qu'il évolue dans un univers où les apparences comptent. Les financiers ressemblent tous plus ou moins à Donovan, mais la plupart arrivent à le masquer par un humanisme de bon aloi. Une enveloppe aux oeuvres de charité par-ci, un concert de bienfaisance par-là, une vente aux enchères au profit de la recherche contre le cancer le jour, du mécénat auprès des jeunes artistes le soir. Par ce système, les puissants s'achètent une respectabilité.

    ...

    La vérité, c'est que les projets de fusions qui nourrissent sa hiérarchie sont souvent tirés par les cheveux. Quand les stagiaires passent leurs journées à remplir des tableurs de chiffres et de graphiques, les types placés juste au-dessus s'angoissent pour trouver l'idée du siècle. C'est là que la bât blesse, car souvent, 1 + 1 n'est pas égal à 3, ni même à 2. Si Coca investit dans l'aluminium, vu sa consommation de canettes, tout va bien, 1 + 1 égale 2, voire 2 et demi. Mais quand un géant du maïs rachète une start-up en physique moléculaire transgénique, c'est moins évident. Mais qu'importe, quand les ennuis débarqueront, le banquier responsable de l'opération sera déjà loin. Ce qui compte, ce sont les deals. Ceux qui se font ou pas. Le sésame ? "Done deal !", c'est-à-dire "c'est fait, contrat signé !". Qui se souvient alors, dans l'euphorie de la nouvelle stratégie, que derrière la caverne se cachent souvent les quarante voleurs ?

    ...

    Charmant et cultivé, il reconnaît lui-même qu'un Français éduqué aux techniques américaines sera le mieux placé pour faire la synthèse de la "task force", l'énergie à l'américaine, avec la "french touch", le petit supplément d'âme hexagonal.

    ...

    - On est là pour rattraper tes conneries, reprend Donovan. La une de la presse, c'était pas l'idée du siècle ! Si tu veux étaler en public tes affaires de moeurs, il y a d'autres institutions pour ça. Le FMI par exemple !

  • Timeville de Tim Sliders

    Éditions Fleuve Noir - 380 pagestimeville.JPG

    Présentation de l'éditeur : David Cartier fait partie des chefs étoilés les plus réputés de la planète et Anna Cartier est une brillante chirurgienne. Ce soir, David et Anna ont signé les papiers de leur divorce, et David s'apprête à passer une dernière nuit dans son ancienne maison. Mais à son réveil, le décor a radicalement changé et son téléphone portable a disparu. Un hurlement à l'étage lui indique que sa fille Agathe vient de découvrir sa nouvelle coiffure à la Tina Turner et son immonde pyjama Duran Duran. Quant à Tom, le petit dernier, il se demande pourquoi la télé n'a que trois chaînes et ou sont passés ses DVD préférés. Seule Anna semble comprendre l'impossible réalité. La petite famille a voyagé dans le temps... et se retrouve au tout début des années 80, précisément à l'époque ou Anna et David se sont rencontrés et juré un amour éternel... Qui les a envoyés là et dans quel but ? Et surtout comment feront-ils pour supporter cette cohabitation forcée et... rentrer en 2012 ? Bienvenue dans la mystérieuse Timeville ! La ville de tous les temps et de tous les possibles...

    Ma note :

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    Broché : 19,50 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Fleuve Noir et Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Contrairement aux apparences anglo-saxonnes du titre et du patronyme de l'auteur, Timeville est l'histoire d'un voyage dans le temps tout ce qu'il y a de plus hexagonal, écrit par un romancier et scénariste français ayant choisi pour coïncident pseudonyme un clin d'oeil à la série Sliders : Les mondes parallèles.

    Rétro, vintage, revival... La mode du retour aux sources a le vent en poupe depuis quelque temps. Après s'être emparée de la mode, la déco ou encore la musique, pourquoi la tendance aurait-elle épargné la littérature ? Et quel meilleur procédé que le bon vieux voyage dans le temps pour réinvestir le passé nostalgique ?

    Tim Sliders catapulte ainsi au coeur des eighties une famille moderne au bord de la crise de nerfs. Des personnages attachants - particulièrement l'adolescente de la famille - et très réalistes dans leurs réactions en de pareilles circonstances : de l'impression d'être fou à la panique, de la déprime à l'excitation, de l'inquiétude de transformer le cours des choses à la tentation de tirer parti de la connaissance du futur... Mais pourquoi ce bond temporel ? Sont-ils bloqués ? Sont-ils seuls à traverser cette expérience ? Existe-t-il un moyen de retourner dans le futur ? Si oui, quel est-il ? Autant de questions que vont être contraints de se poser les membres de la famille Cartier. En attendant d'y répondre, tous vont devoir s'adapter, les adultes en revivant leurs vertes années et les jeunes en subissant de plein fouet le choc des époques...

    Des objets (Rubik's cube, Casimir...) aux figures emblématiques (Jean-Jacques Goldman, Mylène Farmer, deux cambrioleurs aux airs du duo de Steinbeck dans Des souris et des hommes...) en passant par les événements du moment (assassinat de John Lennon, Gang des Postiches...) et les connaissances (médicales, technologiques...) forcément moins avancées, c'est tout le quotidien d'alors qui est mis en scène. Cette toile de fond so eighties donne toute sa saveur à une comédie derrière laquelle se cache également une véritable critique du monde moderne où tout va trop vite, où la carrière prend le pas sur la famille, où l'homme n'est plus rien sans la technologie, où la multiplication des moyens de communication nuit aux relations interpersonnelles, etc.

    Mais cette situation fictionnelle avant tout divertissante est aussi le prétexte à une réflexion sur les origines, le temps qui passe, qui nous voit changer. Invite au retour sur soi, elle incite à faire un bilan de parcours : d'où vient-on, où en est-on, où veut-on aller, que veut-on retrouver ? La question de la seconde chance est posée et amène à penser à la réécriture des réussites et des échecs de sa propre vie, véritable uchronie existentielle : ce que l'on voudrait revivre tel quel, ce que l'on voudrait améliorer et ce que l'on voudrait totalement changer. Au-delà du côté kitch des années 80, l'auteur rappelle certains des avantages de cette époque pas si lointaine où tout n'était pas si ringard...

    Avec son style simple et rythmé et son intrigue rocambolesque relativement prévisible, Timeville n'est certes pas à proprement parler de la grande littérature. Sans être mauvais, le récit manque d'un petit quelque chose. Peut-être de situations cocasses de téléscopage entre passé et présent ? À moins que ce ne soit l'absence de réelle explication sur ce couloir spatio-temporel. Mais aussi imparfait soit-il, ce livre mêlant science fiction, histoire d'amour, saga familiale et intrigue policière est incontestablement sympathique. Bien qu'exploité à maintes reprises, le thème du voyage temporel garde une forte emprise sur l'imaginaire ; sans compter qu'il touche ici la fibre sentimentale en jouant sur une époque proche et des références faisant littéralement retomber en enfance. Le parfum mélancolique distillé érige une comédie sentimentale grand public somme toute moyenne au rang de madeleine de Proust. Et c'est une recette largement satisfaisante pour offrir un moment de détente tout à fait digne de ce nom.

    Ils en parlent aussi : Marnie, Mélo, Lune, Alexandra.

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    Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier

    Quartier lointain de Jirô Taniguchi

    Hier tu comprendras de Rebecca Stead

    La double vie d'Irina de Lionel Shriver

    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Peste de Chuck Palahniuk

    Julian de Robert Charles Wilson

    Hunger Games de Suzanne Collins

    La chambre à remonter le temps de Benjamin Berton

    Extraits :

    - (...) J'hallucine que vous ayez pu vivre dans cette époque précambrienne, j'ai toujours cru que vous en rajoutiez. C'est un cauchemar, votre truc !

    ...

    Ses parents lui ont déjà parlé des années 80 - ils se sont connus sur une chanson de John Lennon -, mais jamais elle n'aurait pu croire qu'un tel manque de tout a réellement existé.

  • La tectonique des plaques de Margaux Motin

    la tectonique des plaques.jpgÉditions Delcourt - 192 pages

    Présentation de l'éditeur : "Tout est sur le point de changer et rien ne pourra arrêter ça. C'est la nature, c'est la tectonique des plaques."... Cuites, dérapages et autres séismes dans sa vie de mère célibataire... À 35 ans, Margaux Motin raconte les récents bouleversements qui ont secoué son existence. En magnitude 10 sur l'échelle de Richter, sa nouvelle histoire d'amour, pour qui elle change radicalement de vie. Et comme toute nana post-trentenaire qui prend des décisions rapides, le retour de flammes sera brutal.

    Ma note :

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    coeur.jpg

    Album cartonné : 22,95 euros

    Est-il encore besoin de présenter l'une des plus illustres illustratices ? Au fil des magazines, de son blog puis de ses livres (J'aurais adoré être ethnologue et La théorie de la contorsion), Margaux Motin s'est imposée ces dernières années dans le paysage dessiné par sa virtuosité graphique et ses textes uniques en leur genre. En se livrant sans complexe sur sa vie, elle est progressivement passée du statut d'artiste à celui de bonne pote. Si elle réédite pour la troisième fois dans la veine autobiographique, l'on sent dans ce nouvel opus une évolution tangible de toutes les personnes en elle. Et elle a beau faire à longueur de saynètes l'apologie du trip régressif ou se faire l'avocate de toutes les mauvaises mères, c'est bien la maturité que l'on détecte ici. L'on retrouve avec plaisir ce qui a fait son succès : humour potache, esprit mordant, excès en tous genres... Mais loin de tomber dans la caricature d'elle-même, elle franchit avec ce volet un cap et trouve un équilibre qui lui sied à merveille en alliant au rire, un peu de profondeur et beaucoup d'émotions.

    Au-delà de la maestria de son coup de crayon parfois habilement mêlé de photo, à mi-chemin du style Sempé et de l'esquisse de mode, au trait précieux et gracieux offrant à ses personnages des postures et expressions précises et harmonieuses, au-delà donc de cette griffe somptueuse, Margaux Motin a le verbe précis et surtout un sens pointu de l'observation. Elle décrit ainsi avec acuité, esprit, fantaisie et sensibilité les épisodes de la vie, elle met les mots justes sur les petits comme les grands, les tristes commes les beaux moments, le tout dans un écrin esthétique absolu.

    Dans La tectonique des plaques, elle aborde nombre d'aléas de l'existence. Et de montrer comme elle se dépatouille, comment elle galère, comment elle rebondit... faisant de sa BD un vrai coach de vie clamant haut et fort qu'avec la famille et les amis, la vie continue quoi qu'il arrive. Et elle a la good vibe tellement désopilante qu'elle à l'optimisme contagieux, Margaux.

    Parce qu'elle est cash et qu'elle te vend de la vraie vie même si elle y met quelques paillettes de princesse parce qu'il faut bien rêver un peu bordel, la plus tendance des dessinatrices te brosse un autoportrait sans fausse pudeur ni mensonge éhonté par souci de légende personnelle. Elle se montre sous un jour pas toujours très flatteur, offrant ainsi à toutes les femmes une voix authentique à laquelle s'identifier (à un point parfois tel que s'en est presque aussi flippant que rassurant...). Elle déculpabilise de n'être pas parfaite, elle permet d'être faillible, elle autorise à être multiple (drôle, sexy, vulgaire, sensible, gamine, naïve, romantique, fragile, battante, parano, rêveuse...), elle décomplexe sur les films que l'on se fait, les histoires que l'on se raconte.

    Bref, on se sent moins seule en la lisant comme l'on se mire. Et gageons que plus d'un lecteur comprend un peu mieux sa nana ou ses copines a posteriori. Entre rire gras et poésie, jubilation et mélancolie, tendresse et folie douce, Motin prouve que l'on peut faire cohabiter ensemble les multiples personnalités enfermées dans nos têtes. Que l'on peut être girly et avoir des cojones, être trasho-cynique et poétique, subversive et bien ancrée dans le système. Bref, être une femme naturelle et ultra contemporaine. D'aucuns trouvant l'ensemble autocentré, parisiano-branchouille et vulgaire seraient en plein déni de regarder dans sa réalité la fine peinture de la femme moderne, droite dans ses bottes, authentique, assumée voire revendiquée.

    Aussi loufoque que dans ses précédents opus, l'auteur parvient avec ce titre à tirer la larmiche. Ce n'est déjà pas facile avec un roman, c'est une vraie gageure dans le neuvième art, c'est dire le talent de la donzelle ! En apportant une note intimiste à son récit, elle n'est pas moins désopilante mais gagne en perspective, en intensité, en sensibilité. Elle est à la fois fidèle à elle-même et surprenante ; cocktail idéal pour faire de cet album, quasi intégralement inédit, un vrai bon morceau de BD.

    La seule mauvaise nouvelle relative à ce livre étant qu'en raison de délais de bouclage incompatibles, Margaux Motin a choisi le livre plutôt que l'agenda annuel (et l'on ne saurait lui tenir rigueur de ces quelque deux cents pages de pur bonheur). Les aficionados de ce super carnet de rendez-vous dont je suis devront patienter sagement jusqu'en 2015, en espérant qu'il y aura les petits autocollants comme dans la version 2013...

    Ils en parlent aussi : Armalite, Soakette, Myiuki.

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    Extraits :

    Life is what happens to you when you're busy making others plans.

    John Lennon

    ...

    Démons et merveilles

    Vents et marées

    Au loin déjà la mer s'est retirée

    Mais dans tes yeux entrouverts

    Deux petites vagues sont restées

    Démons et merveilles

    Vents et marées

    Deux petites vagues pour me noyer.

    Jacques Prévert - Sables mouvants

  • Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

    Éditions Albin Michel - 343 pagesculture,littérature,livre,roman,amour,mort,solidarité,amitié

    Présentation de l'éditeur : Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d'une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Ému par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Agnès Ledig, auteur de Marie d'en haut, Coup de coeur du Grand Prix des lectrices de Femme Actuelle, possède un talent singulier : celui de mêler aux épisodes les plus dramatiques de l'existence optimisme, humour et tendresse. Dans ce roman où l'émotion est présente à chaque page, elle nous fait passer avec une énergie communicative des larmes au rire, elle nous réconcilie avec la vie. Juste avant le bonheur fait partie de ces (trop) rares livres qu'on a envie de rouvrir à peine refermés, tout simplement parce qu'ils font du bien !

    Ma note :

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    Broché : 19,50 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Des quarante-trois romans français jusqu'alors couronnés par le Prix Maison de la Presse, je n'avais lu que Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol et Aux fruits de la passion de Daniel Pennac, sans même savoir qu'ils s'étaient vus décerner cette distinction littéraire. Notant toutefois a posteriori que ces primés l'avaient été à juste titre eu égard à leurs qualités respectives, c'est en connaissance de cause que je me suis lancée à l'assaut du quarante-quatrième vainqueur de ce prix, désavantage s'il en est puisque l'on attend toujours plus d'un livre salué par la critique...

    Quels qu'aient été les concurrents en lice pour l'édition 2013 du Prix Maison de la Presse, Juste avant le bonheur est un lauréat tout ce qu'il y a de plus méritoire.

    Prenant le contre-pied total de l'individualisme ambiant, l'auteur articule sa narration autour du thème de la coalescence - "rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu'ils forment" -, induisant donc la présence de personnages écorchés qui s'accrochent les uns aux autres pour réapprendre à vivre. La vie n'étant pas avare de gifles et d'épreuves, c'est un cortège d'éclopés du quotidien en tous genres que l'on apprivoise et auxquels on s'attache dans ce roman.

    Il y a dans cette touchante histoire d'amitié du lyrisme et des envolées dictées par les passions de l'auteur (nature, astronomie, médecine, navigation, randonnée...). Il y a du road trip et du journal intime dans ces tranches de vies. Il y a aussi des dialogues d'une rare vivacité, toujours touchants. Il y a surtout la vie, son lot de rebondissements, de joies et de tristesses, ce tourbillon d'émotions douces et amères, tendres et violentes.

    Acculée par la maladie de son fils à trouver une première fois dans la plume son exutoire, Agnès Ledig offre les mots de son deuxième roman comme échappatoire au lecteur. Et c'est sans doute cette perte qui lui permet d'affirmer avec tant de justesse, de maturité et de sensibilité la préciosité de l'existence.

    Elle enfonce peut-être des portes ouvertes, parfois avec facilité, quelques clichés et métaphores maladroites mais souligne avant tout avec intensité des évidences qui échappent trop souvent à la raison.

    Tout d'abord - version humaniste de l'effet papillon - que la moindre petite attention peut bouleverser les destins de nombreuses personnes. Que l'avenir de l'homme est dans la solidarité et non dans son égoïsme, son individualisme, son repli sur lui, sa méfiance de l'autre. Que c'est au contact de son prochain que l'on retrouve goût à la vie, que l'on surmonte les épreuves.

    Ensuite, qu'il faut cueillir dès aujourd'hui les roses de la vie. Hymne à l'espoir, le récit est marqué par la récurrence du proverbe arabe "Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle". L'auteur retient d'ailleurs elle-même cet adage comme LA phrase de son roman.

    Entre apologie philosophico-poétique du petit bonheur, du non-renoncement et évocation mélancolique de l'inexorable tragédie existentielle, Agnès Ledig dicte l'urgence de vivre, clame l'indispensable générosité, hurle l'espérance et refuse d'accorder la victoire au malheur.

    Juste avant le bonheur est donc un vrai feel good book dont on ne quitte qu'avec regret, non pas des protagonistes mais des amis, une famille. Loin du récit léger dégoulinant de bons sentiments, il a l'authentique parfum de la réalité entre tragédie et conte de fée. Aussi dur qu'optimiste, aussi désenchanté que porteur d'espoir, il malmène et dévaste autant qu'il réjouit. Il embarque avec force pour mieux réconcilier avec la vie.

    Bref, il arrache les sourires, les larmes, les tripes, comme rarement. L'on ne sort que profondément bouleversé mais aussi grandi de ce très beau roman.

    Avertissement : spoiling massif dans de nombreuses chroniques (hormis les liens ci-dessous) ainsi que dans les résumés et avis des sites de vente en ligne. À éviter !

    Ils en parlent aussi : Pierre, Clara, Marie-Claire, Le Figaro.

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    Les livres d'Anna Gavalda

    Extraits :

    Les gens que nous avons aimés ne serons plus jamais où ils étaient, mais ils seront partout où nous sommes.

    Alexandre Dumas

    ...

    Coalescence : n.f. 4. HUM. Rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu'ils forment.

    ...

    Elle fait partie de ces gens que le destin épargne peu. Il y en a comme ça...

    ...

    Ça fait une éternité qu'un homme n'a pas été gentil avec elle. Pour une fois que c'est dans ce sens ! Pourtant, à vingt ans, Julie n'a déjà plus l'habitude de ce genre d'attentions. L'insouciance a rejoint la dignité au cimetière des illusions perdues.

    ...

    Aider une personne en difficulté à traverser la rue met du baume au coeur pour l'heure qui suit.

    ...

    Il est parfois des impressions que l'on n'explique pas.

    ...

    Ce n'est pas de géographie dont il est question dans ce voyage. Plutôt des profondeurs humaines et de leurs forêts impénétrables.

    ...

    Julie est presque vulgaire, un peu garçonne et affirmée. Mais il y a chez elle ce truc en plus qu'ont certaines personnes. L'incandescence. Cette chose qui réchauffe et fait vibrer à la fois.

    ...

    - Ce n'est pas la vie qui est belle, c'est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas à vouloir atteindre un bonheur parfait, mais contentez-vous des petites choses de la vie, qui, mises bout à bout, permettent de tenir la distance.

    - Qu'appelez-vous les petites choses de la vie ?

    - Les tout petits riens du quotidien, dont on ne se rend même plus compte mais qui font que, selon la façon dont on les vit, le moment peut être plaisant et donne envie de sourire. Nous avons tous nos petits riens à nous. Réfléchissez, je suis sûr que vous en trouverez à la pelle.

    ...

    Rien ne sert de s'opposer, le destin trace le chemin. On le suit ou pas. Mais si on ne marche pas dans ses pas, on finit par se perdre.

    ...

    De croire peut déplace des montagnes, mais parfois, cela ne suffit pas. Les montagnes s'écroulent et on est dessous.

    ...

    Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l'âme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait.

    ...

    - (...) Et puis, elle prend le temps. Pas comme tous ces médecins qui te font un grand sourire en faisant semblant de t'écouter, mais qui, pendant que tu leur expliques que tu te pisses dessus, pensent à leurs prochaines vacances au ski que le dépassement pharaonique que tu vas leur allouer aidera à payer, et qui, en prime, te font comprendre qu'il serait préférable que tu remettes tes chaussures dans le couloir, pour enchaîner avec les patientes suivantes, rentabilité oblige, parce que le ski, ça coûte bonbon, vu les stations dans lesquelles ils ont l'habitude d'aller...

    ...

    - "Tu ne sais pas à quel point tu es fort jusqu'au jour où être fort reste la seule option." C'est Bob Marley qui a dit ça.

    (...) - Tu sais qu'il n'y a pas que Bob Marley qui dise des choses vraies ?

    - Ah ? répond-elle amusée.

    - Albert Einstein aussi.

    - On va parler de relativité ?

    - Exactement. Mais pas celle que tu connais. "Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d'une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C'est ça la relativité."

    ...

    Le commun des mortels s'imagine que plus le temps passe, et mieux ça va, mais ces émotions-là ne suivent pas une ligne droite ascendante, mais une sinusoïde, avec des sommets et des creux de vague.

  • Une vie plus une vie de Maurice Mimoun

    une vie plus une vie.jpgÉditions Albin Michel - 200 pages

    Présentation de l'éditeur : « Maurice Mimoun est un chirurgien fameux, aimé fidèlement par ceux qui grâce à lui ont pu retrouver leur apparence physique même après les plus désastreuses blessures. À la compétence médicale est liée chez lui une exceptionnelle connaissance de la vie ; c’est grâce à elle que ce livre a pu naître : le vrai roman d’un vrai romancier. Dans ses personnages il ne faut pas chercher quelque autobiographie dissimulée, mais les grands thèmes de l’existence humaine : le corps, la douleur, l’amitié, la peur, la fatigue, la fidélité, la trahison, la vieillesse… Et la mort - avec une étonnante imagination onirique il s’interroge : sera-t-il possible un jour de la chasser de nos vies ? » Milan Kundera

    Ma note :

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    Broché : 15 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Dans les couloirs des hôpitaux, les centres de rééducation, les cabinets de kinésithérapie ou même indépendamment de tout cadre de santé... N'en déplaise aux intéressés, les chirurgiens ne jouissent pas à proprement parler d'une réputation glorieuse, humainement parlant. Souvent jugés d'une suffisance arrogante, nombre de patients déplorent leur manque d'égard, leur déplorable écoute, leur mépris de la communication et leur absence d'émotionnalité. Bref, souvent réduits à des numéros de chambre ou des pathologies plutôt que d'être considérés comme des individus en souffrance, les malades doivent trop souvent ajouter à leurs maux la douleur provoquée par le manque d'humanité des coupeurs de mou. Si vous en doutez encore, interrogez les habitués des blouses blanches (votre humble serviteuse) ou lisez Hors de moi de Claire Marin.

    Pourtant, Une vie plus une vie, véritable Jules et Jim dans les couloirs d'un hôpital, en abordant tous les grands thèmes de la vie avec émotions et sensibilité, témoigne d'une indiscutable humanité et d'une connaissance aigüe et attentionnée de l'âme humaine. En revisitant le triangle amoureux dans ce premier roman, il y a fort à parier que le Docteur Maurice Mimoun, directeur du service de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique de l'hôpital Saint-Louis et du centre de traitement des brûlés, redore un peu le blason des couturiers de la chair. Et se fasse une place de choix dans le monde des lettres puisque le taiseux romancier tchèque Milan Kundera a brisé son légendaire silence sur la production contemporaine pour louer le texte de Maurice Mimoun dont il signe d'ailleurs l'élogieuse quatrième de couv' et le bandeau.

    Depuis l'enfance, Rania, Simon et Tom entretiennent une amitié fusionnelle qui évolue naturellement en grandissant. Mais l'alchimie amoureuse qui règne entre eux est complexe. Devenue chirurgienne, Rania devrait logiquement choisir le discret et sensible Simon, brillant chercheur en cancérologie. C'est pourtant l'arrogant et hypocondriaque homme d'affaires Tom qui deviendra son époux... Ce choix est-il raisonnable ? Raisonné ? L'amitié pourra-t-elle survivre à l'amour ? À la mort ?...

    C'est donc bien d'amitié et d'amour dont il est question dans ce roman, avec tout ce que ces notions impliquent d'incompréhensible et d'irrationnel. Au-delà d'une analyse des sentiments, ce texte romantique amène à une profonde réflexion existentielle en évoquant brillamment l'éthique médicale, la quête d'éternité, la folie et, évidemment, la mort.

    C'est sans doute parce que le médecin ayant troqué son scalpel pour une plume est un témoin privilégié des êtres dans leur fébrilité la plus nue entre Vie et Mort qu'il parvient avec intensité et authenticité à retranscrire leurs blessures, leurs solitudes, leurs secrets, leurs angoisses, tout autant que leurs plaisirs, leurs désirs, leurs moments de communion, leurs instants magiques.

    De ce premier roman, Maurice Mimoun confie que "ciseler les mots est aussi difficile que faire de la chirurgie". Il faut croire que la maîtrise du bistouri prédispose à celle de la plume puisque le chirurgien-écrivain signe un roman délicat, esthétique et émouvant, empreint de lyrisme et de poésie. Entre réalité et onirisme, il fouille sans pathos les états affectifs de l'âme et interroge avec finesse les désirs d'éternité.

    Ils en parlent aussi : Télérama, Marie-Claire, Claire.

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    Ce parfait ciel bleu de Xavier de Moulins

    Extraits :

    Il faut n'écrire que des livres dont l'absence fait souffrir.

    Marina Tsvetaïeva

    ...

    Le début de l'amour, c'est peut-être ça, un mouvement inversé qui vient contredire un rythme. Un contre-courant.

    ...

    - Quand deux arbres grandissent côte à côte, leurs couronnes se pénètrent, se mélangent. Quand les arbres sont timides, leurs branches ne s'élancent pas l'une vers l'autre, mais seulement vers le haut. Elles s'évitent, se bloquent à quelques dizaines de centimètres de distance. Vue du sol, une fente claire se dessine autour de la couronne. C'est la fente de timidité.

    - Étrange !

    - Il y a peu d'arbres timides.

    Tandis qu'elle lui parlait, elle réalisa qu'elle se tenait elle-aussi à une dizaine de centimètres de Simon.