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Littérature française - Page 2

  • Débordée, moi ? Plus jamais ! de Pauline Perrolet & Pacotine

    débordée moi plus jamais.jpgEn librairie depuis le 5 septembre 2013.

    Éditions Jungle ! - 56 pages

    Présentation de l'éditeur : Difficulté à lâcher prise, frustration, culpabilité, stress, épuisement... la vie des femmes est loin d'être un long fleuve tranquille. Débordée, moi ? Jamais ! vous invite dans le quotidien palpitant de ses six héroïnes. Qu'elles soient mariées, en solo, mamans au foyer, mamans tout court, et/ou accros au boulot, elles vivent au quotidien une véritable course contre la montre... qu'elles espèrent bien remporter ! Éclairée par les conseils d'un expert, et illustrée avec humour, cette BD nous livre de nombreuses astuces pour survivre à son quotidien de Wonder Woman... avec un peu plus de légèreté et beaucoup de bonne humeur ! Une approche de la psychologie inédite sous forme de BD, pour dédramatiser et se simplifier enfin la vie !

    Ma note :

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    Album cartonné : 12 euros

    Ebook : 6,99 euros

    Un grand merci à Babelio et aux Éditions Jungle ! pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Trois années après l'inauguration de la collection Les guides au féminin par les Éditions Vent d'Ouest, les Éditions Jungle ! ont décidé de rallier à leur tour le marché de la bande dessinée adressée aux femmes qui, semble-t-il, s'intéressent au registre. J'aurais tendance à dire que ces mêmes femmes ne cherchent pas spécialement d'albums conseils sur comment bien gérer leur triple vie de mère / professionnelle / femme, mais cela n'engagerait que moi...

    Mes psycho BD donc. Cette collection a pour ambition de répondre aux petites et grandes préoccupations quotidiennes des femmes en s'appuyant pour chaque volume sur les vraies réponses et bons conseils d'un ou plusieurs spécialistes (psy, praticiens divers...), partant du principe qu'à chaque problème sa solution. Si le tout premier album Débordée, moi ? Plus jamais ! témoigne du triste constat selon lequel aujourd'hui encore, c'est bobonne qui s'occupe de presque tout, d'autres volumes sont d'ores et déjà prévus courant 2014 qui élargiront, c'est à espérer, le champ des intérêts de ces dames : Bye bye les complexes, Je m'éclate au travail ou encore Même pas peur ! Hum...

    Quoiqu'il en soit, cette approche dessinée et humoristique de la psychologie, si elle n'a rien d'inédit, permet de rappeler aux femmes modernes dynamiques les astuces pour mieux gérer fatigue et/ou stress. Construit autour de cinq personnages stéréotypés, l'album balaie large afin que chaque femme d'aujourd'hui puisse s'identifier : la mère de famille nombreuse, l'accro au boulot, la femme tentant de concilier travail et maternité, celle à la tête d'une famille recomposée et enfin la célibataire avec enfants. Servies par un dessin girly pétillant et tendance façon Motin, Bagieu ou encore Diglee, les nombreuses situations traitées sont autant de réponses pratiques et efficaces, plus évidentes que révolutionnaires, comme par exemple savoir dire non, tout simplement... Mais n'est-ce pas après tout le bon sens qui fait défaut lorsqu'on l'on est dépassées ?

    Bref, ce premier opus enfonce des portes largement ouvertes mais rappelle surtout à chaque femme, sur un ton aussi agréable que divertissant, qu'elle n'est pas seule, bien au contraire, dans sa galère. Souhaitons surtout que cet album qu'il est de bon ton de laisser traîner aux toilettes permettra de faire savoir à qui de droit que la femme parfaite n'existe pas et qu'un sérieux et efficace coup de main est toujours bienvenu. De l'art du message subliminal...

    Ils en parlent aussi : PlanèteBD, Doctissimo, Amethyst.

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    Les carnets d'Agnès Abécassis

  • Rentrée littéraire : Manhattan volcano de Pierre Demarty

    En librairie depuis le 23 août 2013.manhattan volcano.jpg

    Fragments d'une ville dévastée

    Éditions Les Belles Lettres - 124 pages

    Présentation de l'éditeur : Hanté par les lettres de Pline sur l'éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi, Manhattan Volcano est un récit du 11-Septembre tel que l’a vécu un jeune Français parti à la conquête de la ville de ses rêves et soudain confronté, en même temps qu’au prodige des espaces américains, au brouillard des cendres et de la terreur. Errant dans les rues et les ruines de New York, depuis le vif de l’évènement jusqu’à aujourd’hui même, Pierre Demarty tente de raconter l’irracontable et, ce faisant, interroge la valeur de la mémoire, sa véracité, ses méandres, ses impasses. Album de choses vues, chronique d’une mythologie intime et de son deuil impossible, ce témoignage, loin de tout requiem, est une ode à la plus volcanique des cités de notre temps. Pierre Demarty est né en 1976. Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé d’anglais, il est aujourd’hui éditeur et traducteur. Récompensé en 2012 par le prix Maurice-Edgar Coindreau pour sa traduction des Foudroyés de Paul Harding, il a également traduit Joan Didion, J.K. Rowling ou encore William T. Vollmann. Manhattan Volcano est son premier livre.

    Ma note :

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    Broché : 11 euros

    Un grand merci aux Éditions Les Belles Lettres pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Au lendemain de la douzième commémoration des attentats du 11 septembre 2001, pourquoi ne pas poursuivre le travail de mémoire en se plongeant dans un petit ouvrage passé inaperçu en cette période de profusion littéraire ? D'autant plus inaperçu que son micro-format et son design très discret n'ont rien de tape-à-l’œil. Sans compter que son prix n'en fait pas vraiment un produit d'appel.

    Pourtant, il serait dommage de passer à côté.

    D'une part, parce que l'on a beau croire que tout a été dit et écrit mille fois sur le sujet, Pierre Demarty relève le défi d'offrir un éclairage tout à fait singulier sur cet événement qu'il a vécu au plus près : décidé à élaborer une thèse qu'il n'écrira finalement jamais, trop happé par cette ville qu'il a tant fantasmée, Demarty a intégré l'Université de Columbia en août 2001, quelques semaines seulement avant l'effondrement du World Trade Center...

    D'autre part, parce que Manhattan volcano inaugure la nouvelle collection TIBI (« pour toi », « à toi » en latin) des Éditions Belles Lettres dont le parti-pris est l'art du bref faisant le lien entre présent et Antiquité. Puisque tous les sujets ne méritent pas de longs discours et parce qu'en matière de formes courtes les Anciens en savaient long et ne manquaient ni d'imagination ni d'audace, TIBI invite des auteurs contemporains à se prêter à un exercice de style audacieux : écrire des micro-textes, élégants et légers, sur les mille et un tracas et plaisirs du quotidien en s'inspirant directement de textes antiques. De délicieux dialogues, éloges, épigrammes, satires, fables, lettres, diatribes et autres métamorphoses en perspective que ne manqueront pas d'apprécier amoureux du verbe et autres férus d'histoire au sens large comme au sens littéraire...

    Enfin, parce que ce texte, première production personnelle de l'auteur ayant jusqu'alors œuvré à la diffusion de la littérature anglo-saxonne en qualité de traducteur, prouve, si besoin était, que les passeurs de la littérature d'ailleurs sont avant tout des écrivains à part entière.

    L'exercice de style auquel s'est habilement prêté Pierre Demarty est ici épistolaire. Faisant lien entre les lettres de Pline le Jeune sur l'éruption du Vésuve et la destruction de Pompéi le 24 août 79 (dont on retrouve les extraits en fin d'ouvrage) et les lettres fictives que lui-même aurait pu écrire à ses proches sur son expérience immédiate autant qu'éloignée du 9/11, il prouve le continuum émotionnel de l'homme face à la tragédie, à vingt siècles de distance, en faisant se télescoper les mots. En imaginant les lettres qu'il aurait pu écrire à chaud comme à quelques années d'intervalle de sa propre expérience et en y intégrant les mots de Pline, il invite ce dernier au vingt-et-unième siècle et métamorphose le Ground Zero de 2001 en éruption volcanique, entremêlant les impressions, les émotions, les réminiscences et autres réflexions du spectateur de l'impensable tumulte. Une universalité affective qui s'impose au lecteur, lui faisant retrouver immanquablement les ressentis de ces instants malheureusement inoubliables... Une plume tout autant qu'une collection prometteuses.

    Ils en parlent aussi : Librairie Guillaume Budé, Claro.

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    Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

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    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

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    L'écologie en bas de chez moi de Iégor Gran

    Rescapé de Sam Pivnik

    Extraits :

    Tu me demandes comment c'était.

    Me croiras-tu si je te dis que je ne me souviens de rien ?

    Tu veux savoir comment c'était, tu veux qu'avec des mots j'exhume des cendres, et que des cendres mêlées aux mots, comme d'un brouet d'enchanteur, jaillissent des mondes perdus, l'Atlantide fabuleuse d'un carnage qu'on t'a déjà tant de fois conté, tant de fois que tu as fini par ne plus y croire, tant de fois que tu n'as plus que des légendes auxquelles te raccrocher, mais chacun épaississant si bien le mystère des précédentes que toutes - ainsi amoncelées, enchevêtrées les unes aux autres comme les décombres de ces jours-là, tantôt fumeuses, tantôt calcifiées, pétrifiées dans la gangue des cent milliards de mots qu'on a déjà déversés en tombereau sur le cadavre, à l'en étouffer pour de bout et l'exorciser sans doute -, toutes les légendes, plutôt qu'à l'éclairer, conspirent à ramener sur ce jour fameux le voile de la nuit, de l'obscur et de cet effroi très particulier qui naît de l'incompréhensible.

    Tu ne comprends pas, dis-tu, et voudrait comprendre. Comprendre quoi ? Savoir quoi ? Ne sais-tu pas tout déjà ? N'as-tu pas, comme tout le monde, vu cent fois, mille fois, les images ? Aucun cataclysme ne fut jamais si bien, si immédiatement documenté : ce fut, tu t'en souviens aussi bien - mieux encore, peut-être - que si tu l'avais toi-même vécu, un monumental amas d'images et de mots, plus encore d'images et de mots qu'il ne flotta de copeaux de chair et d'acier calciné dans le ciel sale de Manhattan ce matin-là, douze années ininterrompues de mots et d'images, amalgamés en un suaire cendreux où n'a toujours pas fini de se vautrer, insatiable, notre obscénité mémorielle - franchement, que veux-tu d'autre, de plus ?

    ...

    Les ultimes rayons du soleil sont venus mourir sur les facettes scintillantes du Chrysler (de toutes les tours, ma préférée : une fusée de freakshow échouée dans le grand cirque lunaire de la ville, amarrée à vie au centre du cratère des buildings, mais roide encore d'orgueil et de beauté fardée, aristocrate, extravagante comme une aïeule), et la dernière lueur du jour s'est effondrée en une pluie d'étoiles le long de ses parois rendues aux ténèbres. Pour un peu, je l'aurais applaudie : ici, même les astres sont de vieilles divas adorables qui se donnent en spectacle et cabotinent jusqu'à leur dernier souffle. L'un après l'autre, alors, les gratte-ciel, semblables à une paisible harde de centaures, se sont assoupis debout dans leur lit de néons, caressés par une nuit qui semblait venir à regret.

    ...

    Il faut quelque seconde

    Pour efface un monde.

    Michel Houellebecq

    ...

    Pardonne-moi ces quatorze jour de silence. Je ne trouvais pas les mots : eux aussi s'étaient écroulés ; écrasés sous le linceul de chaux vive dont la catastrophe a drapé la ville dans son sillage, ils gisaient, épuisés, sans plus de souffle, et je vois chacun ici, depuis, lutter avec un acharnement plein de douleur et de dignité théâtrale pour les ranimer, les arracher, un par un, au magma du néant.

    C'est qu'on s'extirpe difficilement du silence qui suit un tel fracas.

    ...

    (Cela restera toujours un grand mystère pour moi, cet instinct irrépressible qu'on a de se précipiter vers les carnages, quand on devrait les fuir ; de ralentir, sur l'autoroute des belles vacances, dès qu'on a humé, derrière le paravent hypnotique des gyrophares attroupés, la présence de la mort, la promesse d'un spectacle de chromes et de corps enchâssés. Par quelle bizarrerie peut-on avoir envie de voir des choses pareilles ? Et qui, cependant, possède la faculté de s'y soustraire ? Je ne connais personne qui sache ne pas céder à la tentation de regarder l'irregardable, personne, devant un charnier, qui soit capable, en toute bonne foi, de détourner les yeux. - La laideur du monde est irrésistible.)

    ...

    J'ai vu dans des amphithéâtres des professeurs au rire hier tonitruant et à la faconde extraordinaire incapables de prononcer le moindre mot pendant plusieurs minutes devant un parterre d'étudiants au visage rougi qui braquaient sur eux, lèvres tremblantes, des regards d'enfant perdu les implorant de leur expliquer à quoi rimait le monde.

    ...

    Nos vies continuent, idiotes, inévitables, et c'est comme un affront au chagrin, une honte qu'on préfère passer sous silence plutôt que de la laisser souiller la très grande, très précieuse pureté du malheur. Marcher dans la rue, parler du beau temps et de la pluie, payer une facture, faire la queue au deli du coin, lire, rire, dormir, rêver peut-être : il va falloir "après ça", réapprivoiser la banalité de nos existences. Et si l'on n'entend dans toutes les bouches qu'un seul refrain - "Plus rien ne sera jamais comme avant" -, martelé avec une gravité enivrée d'elle-même qui cache mal son intranquillité, c'est bien parce que c'est tout l'inverse qui est vrai, et que chacun ici pressent qu'il faudra bien au contraire, évidemment, inéluctablement, que tout soit bientôt comme avant - à quelques variations près, quelques retouches opérées dans le paysage, dans l'histoire, et dans nos souvenirs.

    ...

    Et j'ai vu aussi des gens exploser de fureur devant ces grandes mises en scène d'affliction collective, trépigner, s'esclaffer, dresser haut le doigt pour dénoncer la mascarade de la bien-pensance, s'insurger contre l'orgueil victimaire, s'indigner d'une débauche de tristesse en toc, j'ai vu de grands esprits ahaner bave aux lèvres les banalités les plus hargneuses sur le déclin inauguré de l'empire et autant de petits malins se goberger de cette apocalypse de pacotille, j'ai vu des rixes éclater entre des gens qui n'étaient pas d'accord mais on ne sait pas sur quoi ni à quoi bon, comme si de pareils cataclysmes pouvaient être sujets à débat, j'ai entendu les imbéciles malheureux qui se croient pleins d'audace s'émerveiller de la "beauté" su spectacle des tours détruites, ceux qui criaient "bien fait !", ceux qui relativisent, ceux qui haussent les épaules, j'ai vu gesticuler tous ceux-là qui voudraient étouffer, à force de bruit et de bêtise, la terreur muette qui vient de nous enfoncer ses griffes dans la nuque et promet de ne pas nous lâcher de si tôt.

    ...

    En quatorze jour, combien de fois as-tu déjà vu repasser cette séquence ? Combien de fois les tours ont-elles, sous tes yeux, ressurgi du brouillard, immaculées, ressuscitées par la grâce magique et mensongère du temps rembobiné sur trame ? Et pourquoi, sinon pour mieux les voir tomber encore, et encore, et encore ?

  • Rentrée littéraire : Après l'amour d'Agnès Vannouvong

    après l'amour.jpgEn libraire depuis le 22 août 2013.

    Éditions Mercure de France - 202 pages

    Présentation de l'éditeur : "Héloïse m’appelle « ma belle surprise ». Elle a ses petits trucs, les balades à moto, un parfum addictif, des pièges à filles. Les cloches de l’église Saint-Eustache ponctuent toutes les heures nos étreintes. J’aime caresser la peau, son dos, ses bras durs, le sexe doux sous la langue, les soupirs, les sourires entre les baisers, les rires. Je l’adore et honore son sexe. Un souffle, une parole, un geste provoquent le rapprochement des corps. J’aime notre intimité. Je veux essayer toutes les positions, tous les rythmes. Après les orgasmes, elle se serre très fort contre moi, je suis perdue. M’abandonner serait une aventure, alors je glisse, indéterminée, ouverte à tous les possibles." Lorsque la narratrice se sépare de sa compagne Paola avec qui elle vivait depuis dix ans, sa vie bascule. Collectionnant les amantes, elle part à la recherche effrénée du plaisir et de la jouissance : de Paris à New York, de Rome à Berlin. Pourtant après l’amour, le manque est inéluctable. Dans cette ronde de la séduction, toutes ces Edwige, Garance, Éva, Delphine et autres conquêtes furtives prolongent l’absence de Paola… La rencontre avec Héloïse amorcerait-elle un tournant ? Mêlant brillamment romantisme et crudité, douceur et violence, Après l’amour est un roman sensuel et sexuel qui explore la fulgurance du désir féminin.

    Ma note :

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    Broché : 16,50 euros

    Ebook : 12,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Mercure de France pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Que reste-t-il après l'amour ?

    Juste après l'amour - le rapport physique s'entend -, il y a la joie, l'intimité de l'esprit et/ou du corps, le partage, la fuite parfois, l'apaisement, le repos, ou l'amour encore...

    Quand cet après signifie la séparation, il y a la déflagration, le post partum amoureux, le manque de l'autre, la solitude, l'affolement, le vide, la déréliction, le sentiment d'abandon, la difficulté à faire confiance, à aimer à nouveau, à être à nouveau soi-même, la panique, l'absence de la peau, du rire, du parfum, des habitudes, le sentiment que plus rien n'est possible, les larmes... Et puis la pulsion de vie, nécessaire et urgent affrontement de ces noces barbares avec soi-même !

    Ce sont toutes les facettes de l'après, du post-amour, qu'Agnès Vannouvong a voulu exprimer dans son tout premier roman, par le biais d'une trentenaire parisienne qui cherche à fuir le vertige de la perte de l'amour de sa vie, qui combat l'absence de l'être aimé en le comblant par un trop plein de corps, une multiplicité de rencontres, une cartographie amoureuse de bras en draps à l'échelle internationale. C'est une cavale frénétique, une véritable chasse à l'autre qui s'organise par le biais du numérique, des occasions professionnelles, du Paris by night, des hasards de la vie contemporaine propice aux amours en fibre optique.

    De la fuite en avant à la remise en question, ce sont toutes les étapes de la rupture qui sont explorées. L'auteur exprime avec authenticité, tendresse et ironie, cette quête identitaire, ce retour sur soi passant par l'enfance, le retour aux origines, ici marqué par un père absent, figure du choc entre l'Orient et l'Occident.

    Si cette ronde de la séduction qui finalement prolonge et redouble l'absence de l'autre est une stratégie assez courante de la vie amoureuse moderne, cette errance effrénée de liaisons éphémères autant qu'interchangeables est ici saphique. Car la figure centrale et solaire de ce kaléidoscope amoureux est homosexuelle.

    À l'heure du tant attendu mariage pour tous enfin proclamé et ayant révélé l'effrayante sous-jacence homophobe française qui ne demandait qu'à se déchaîner ; après la couronnement amplement mérité au Festival de Cannes 2013 de l'adaptation cinématographique par Abdellatif Kechiche de la magnifique bande dessinée de Julie Maroh Le bleu est une couleur chaude ; le premier roman d'Agnès Vannouvong s'inscrit dans la continuité de ces œuvres non militantes mais nécessaires pour expliquer, raconter et défendre l'alternative amoureuse et/ou sexuelle.

    Après l'amour met magnifiquement en évidence - puisque besoin est malheureusement - que l'amour, quel qu'en soit ses protagonistes, est universel. Et que la fin de l'amour est un déchirement partagé que l'on tente de surmonter bon an mal an, avec des stratégies parfois excessives, parfois maladroites, mais qui n'ont qu'un seul but : ne pas sombrer, se rassembler, déjouer les pièges de la mélancolie pour pouvoir aimer à nouveau.

    Cette peinture sentimentale de femmes indépendantes, intellectuelles, guerrières, modernes, qui vont de l'avant, n'est pas seulement un hommage à l'amour entre femmes, au désir féminin. C'est un hymne au désir, à l'amour tout court. L'érotisme fougueux qui se dégage de l'écriture nerveuse, incisive de l'auteur retranscrit avec une précision toujours élégante les codes des amours contemporaines sans lendemain qui s'apparentent aux modes de consommation convulsives de l'époque : immédiateté des désirs et de leur satisfaction, rapidité du sentiment de lassitude, zapping et nouveau cycle de consommation. Ce roman qui doit son titre au Goncourt 2007 Gilles Leroy (Alabama song), s'il n'a aucune ambition sociologique, s'inscrit pourtant à la perfection dans son époque et se fait l'expression juste de l'extrême contemporain dans sa vitesse et sa recherche de sens.

    Agnès Vannouvong signe une première œuvre aboutie, originale et percutante qui explore comme jamais encore l'amour au féminin pluriel. Le seul regret étant que ceux qui auraient le plus besoin de le lire - ces manifestants à œillères pour l'inégalité des droits - ne le feront pas...

    L'auteur parle de son livre.

    Ils en parlent aussi : Claire, Vanessa, Nathalie.

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    Juste avant de Fanny Saintenoy

    Extraits :

    Ça se passe très vite. Paola me quitte. Je bascule hors d'une zone de sécurité. Je glisse et, déjà, je construis ma défaite. D'avance, je connais le prix de la séparation. L'absence de la peau, du rire, du parfum. Alors j'anticipe et accomplis les gestes de premiers secours. Vite, je me relève, je respire dans la vague, je me rassemble.

    Tu claques la porte, tu me regardes comme si c'était la dernière fois. On ne se reverra que chez le notaire. Tu vends tout, dans une apnée compulsive. Tu m'informes par courrier électronique de ta stratégie d'évidement. Tu construis un espace vide où l'air se raréfie. Les meubles seront bientôt trop grands pour nos deux petits appartements de solitude. Ils disparaissent les uns après les autres et déposent sur le parquet une légère trace de poussière. C'est bien connu, la séparation fait fondre les graisses et appauvrit économiquement. Elle dépossède des biens acquis et déprogramme la mémoire affective. Elle laisse sur le carreau, avec une boule d'angoisse plantée bien droit, dans chaque muscle. Tu ne tergiverses pas. Je ne résiste pas. Je suis surprise par la force de ta détermination. Dans ce bras de fer sans corps et sans parole, le royaume de l'affect est banni. Paola a l'élégance d'attendre la fin de ma thèse pour passer à l'action.

    ...

    Je fais comme si de rien n'était. Je ne sombre pas. Je n'attendrai pas que le bateau coule.

    - La force doit être relâchée du corps.

    Mon professeur prononce ces mots, à chaque cours. Le corps ne peut tout porter. Il faut apprendre à laisser derrière soi, délaisser, se délester.

    ...

    S'inventer une autre vie. Je n'échappe pas à l'entreprise de fichage. Je me suis transformée en commerciale du cul. Je me spécialise en vente par correspondance. La première difficulté est d'imaginer un pseudo. Je tape ma nouvelle identité fictive, Divine, j'amorce une opération séduction. Accrochez-vous, les filles, on va faire connaissance. Sur les photos, je suis saisie par la diversité des visages et des looks que j'identifie mentalement par famille : lesbiennes à mèche, façon Justin Bieber, lesbiennes lipsticks, baby dyke,  butch, trans. Je reconnais certaines filles, croisées dans les bars du Marais, après les séances chez mon analyste, rue Saint-Paul. Le Marais est un village, un Disneyland peuplé de Mickeys pédés ou de Minnies sans robe. Je m'y perds toujours un peu. J'aime surtout m'asseoir à une terrasse et contempler des corps sans cintre griffés de la tête aux pieds des modeuse croquant un falafel, des gays bodybuildés sapés en Fred Perry sortant de l'Usine ou des familles bourgeoises. La géographie du IVe arrondissement me rappelle un typographie sociologique que l'écran agrandit. Je clique. Je chasse. Ça me donne de l'espoir. Ça m'empêche de mourir de chagrin.

    ...

    - As-tu déjà participé à la Gaypride ?

    - Les luttes LGBT, la politique des identités, c'est bon pour les communistes ! Je n'ai jamais connu l'homophobie. En fait, je suis au fond du placard, donc au-dessus de tout soupçon. L'absence de contrariété est un gage de paix, disait Beau Papa.

    ...

    Je ressemble à une créature cyborg, reliée à son ordinateur, le téléphone dans une main, un verre de vin dans l'autre. Tout à coup, écrasée de solitude, j'ai un doute, une angoisse nocturne. L'amour se rencontre-t-il encore au coin de la rue ? La vraie vie est-elle virtuelle, dans la Toile, sur les réseaux sociaux ? Les mails à la place des lettres, les SMS pour les télégrammes. L'immédiateté. On claque des doigts. On peut tout avoir. Des vêtements plein les armoires, à peine essayés, des billets d'avion électroniques. Tout est à disposition. Quand commence l'histoire ? Que se joue-t-il derrière l'écran ? Les doigts basculent en azerty ou en qwerty. L'imagination s'emballe. Et souvent, la déception du corps réel.

    ...

    Le dimanche matin, elle m'emmène parfois prendre le petit déjeuner dans un rade de Saint-Ouen. On avale un petit crème et un croissant, parmi les maraîchers qui ont déjà attaqué les rillettes et le verre de rouge. Les habitués taillent la bavette avec Josée, la patronne qui tient le bar depuis vingt-trois ans. Elle rouspère contre une espèce qui a fait son apparition quand les usines ont fermé et qu'on les a vendues par parcelles de cent mètres carrés. Derrière les briques rouges, des lofts ou des ateliers d'artiste. On se croirait à Brooklyn Heights. Les couples bobos ont quitté la Petite Couronne et gênent maintenant l'entrée du bar avec les poussettes. Les marmots habillés chez Bonpoint piaillent au milieu des cagettes. La France cohabite.

    ...

    Contrairement à toi, je peux être dans une relation, je n'ai pas peur de l'engagement. Mais j'ai aussi besoin de mobiliser mon énergie pour me consacrer à ma carrière. Quand je t'ai recontrée, j'ai su aussitôt que j'allais avoir le ventre noué, j'ai su que tu ne resterais pas. Tu n'aimes personne et tu aimes tout le monde. Tu vas partir, retrouver ta vie. Lorsque je vais penser à toi, tout me sera insupportable, l'idée que tu puisses en aimer une autre, emménager avec elle, avoir un enfant. Je ne supporte plus la jalousie qui écrase chaque pore de ma peau et bouffe les cellules de mon cerveau. Tout compte fait, je te remercie de me quitter.

    ...

    - Depuis la séparation, je suis devenue l'ombre de moi-même. Celle qui quitte a toujours le mauvais rôle. Je ne me plains pas, mais pourquoi ai-je toujours envie de pleurer ?

    - Quand on était ensemble, je ne comprenais pas combien je t'aimais. Je ne savais pas quoi faire de cet amour. Il m'étouffait.

    (...) - Quand on reviendra ensemble, si on revient ensemble, je veux un enfant avec toi, un bel appartement, et t'aimer pour la vie.

    - Dis, on dormira encore ensemble ?

    ...

    - (...) J'éprouve ma solitude, je fais sans toi. (...) Le plus éprouvant dans tout ça, c'est se défaire des habitudes, la présence, l'odeur, le quotidien, les courses au supermarché, les repas, le vélo dans Paris, les vacances, les discussions après un spectable. Ce qui me manque le plus, c'est le sens du mot commun. (...) Quand on est connectée à une âme pendant dix ans, on a le temps d'inventer une histoire commune. Sais-tu comment on détisse les liens ?

    ...

    À douze ans, je lisais Camus et Sartre.

    ...

    La misère amoureuse conduit vers des régions désertiques. Je tombe dans un trou, une tristesse, une torsion de l'âme. Comment survivre à la froideur d'un tel désamour ?

    ...

    La scène me plonge dans l'effroi. Quelque chose s'est passé. C'est irréversible. Quelque chose a tourné. Je n'arrive ni à rester ni à partir. Me reviennent en mémoire les mots de Deleuze et Guattari : "On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer, ni s'être passé. Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu'ils sont imaginaires, au contraire : parce que je suis en train de les tracer." Je suis devenue une ligne, une flèche abstraite, une statue. Je suis sans territoire propre. Le bras de fer est perdu d'avance. C'est la fin et il n'y a plus d'armes pour lutter.

    ...

    Mourir de chagrin

    Le sexe n'y change rien. La désintoxication amoureuse a pour amis l'absence et la perception du temps.

    ...

    On s'habitue à la douleur, au silence, pas à l'absence.

    ...

    Dans six ans, j'aurai quarante ans, non, pire que ça, dans six printemps, j'aurai quarante ans. Je dois avancer, refaire ma vie, oublier. Les conquêtes, les nuits d'amour, la fuite ne font pas le poids devant la mélancolie. Je ne connais pas le dosage exact contre l'excès et le défaut d'amour.

    ...

    Les gens vous rassurent, ça va aller, ça va passer, tu es jeune, tu vas rencontrer quelqu'un d'autre, tu es belle. Les gens ne savent pas. Ils devraient se taire, se garder de ramener votre souffrance à leur expérience. Je me fous de leur avis, j'ai envie de distribuer à la cantonade des paires de claques.

    ...

    - Ce qui s'est passé entre nous, il faut s'en servir pour tenter de répondre à ce qu'on veut et à ce qu'on ne veut pas ou plus.

    ...

    Si je connais très bien les effets du manque, j'ai peur, car j'ignore le remède contre la puissance de l'étreinte.

    ...

    Il y a dans l'échange amoureux une transaction. Dans l'absolu, je voudrais que la plaisir fasse corps avec un réel, non soumis à des règles. (...) L'amour a un prix, il nous efface, il nous fait rêver jusqu'à la destruction de sa propre image.

    ...

    Mon corps a encaissé la douleur, le manque. Mon coeur a terminé sa cure de désintoxication. Je n'ai pas de larmes, la souffrance a tout séché, la mémoire s'est figée. J'ai tant lutté, charrié des vagues d'angoisses, des océans de cauchemars. L'absence m'a appris ce que veut dire la fin d'un amour, la vérité de cette fin. Elle m'a libérée d'un monde peuple fictions, de fantasmes, de chimères. Je grandis. Je refais ma vie. Je ne veux pas intervenir dans la structure narrative d'une histoire autre que la mienne.

    ...

    J'emporte une myriade de petits pains, des croissants, du chocolat, des tartes salées. Chez le marchand de quatre-saisons, j'achète une panière de fruits rouges. Chez le fleuriste, je prends un bouquet de roses. Soudain, j'ai conscience que mes gestes se répètent, que les situations sont identiques. Rencontre, baiser, petit-déjeuner. Pendant deux, trois semaines maximum. Un sentiment d'absurdité m'accable.

    ...

    - On les compte sur les doigts d'une main, les vrais amis, pas ceux qui vous prennent pour un bouche-trou comme dans la cour de récré, ceux qui vous appellent juste quand ils ont besoin, ceux qui disparaissent et réapparaissent comme si de rien n'était, ceux qui vous font faire le boulot et mettent leur nom sur la couverture, ceux qui viennent toujours dîner chez vous mais qui ne vous invitent jamais sauf pour leur anniversaire, ni ceux qui vous jugent, car eux, ils ne sont rien, juste des satellites autour d'autres satellites.

  • Rentrée littéraire : Aime la guerre ! de Paulina Dalmayer

    Depuis le 28 août 2013 en librairie.aime la guerre !.jpg

    Éditions Fayard - 589 pages

    Présentation de l'éditeur : On ne tombe pas impunément amoureuse d'un ancien mercenaire. Mais il serait faux de croire qu'on l'aime pour ses défauts, ses affaires louches, l'argent qu'il cache sous son matelas ou le revolver passé en permanence à sa ceinture. Quand Hannah est arrivée en Afghanistan, pays qui n'a pratiquement jamais connu la paix, elle ne s'attendait pas à trouver chez un homme comme Robert des qualités en voie de disparition dans la vie civile, de loyauté, de fraternité, d'héroïsme, de dévouement, d'abnégation. En revanche, il lui a fallu peu de temps pour comprendre que c'était la guerre elle-même, ses dangers, ses tensions et ses angoisses, qui permettaient à ces qualités de se manifester mieux qu'ailleurs. Or aux yeux d'Hannah la guerre demeure un crime. Alors faut-il aimer la guerre ? Hannah aimait un homme et aurait sans doute préféré s'en tenir là. Mais ce qu'elle a vécu à son côté l'oblige à raconter. À écrire. Au péril de ses propres convictions. Au risque de ne plus se reconnaître. Depuis bientôt trois mille ans, la guerre hante la littérature, les épopées et les romans. Mais, décrite par des hommes, n'a-t-elle pas toujours un parfum d'aventure ? Ne fallait-il pas une femme pour oser mettre à jour cette grandeur autant que ces pulsions qui font de ceux qui ont connu la guerre des êtres à jamais différents des autres ?

    Ma note :

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    Broché : 24 euros

    Ebook : 16,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Pas évident de parvenir à exister au milieu de la pléthore de parutions à cette période de l'année. Mais avec un format légèrement supérieur à l'habituel broché, une épaisseur très respectable et attirante pour les lecteurs qui achètent le livre au kilo et, last but not least, une titraille impérative antinomique pour le moins intrigante, Paulina Dalmayer a joué un maximum d'atouts pour distinguer son roman des 554 autres annoncés pour la rentrée littéraire. Roman qui se différencie également par le fait qu'il représente une minorité éditoriale : le premier roman.

    Il suffit pourtant de lire Aime la guerre ! pour constater qu'il n'a rien à envier aux plus grands et qu'il n'a nul besoin d'artifices pour se faire bien voir. L'auteur signe ici pour la toute première fois un véritable chef d’œuvre, d'une veine autobiographique largement suggérée par le fait que son héroïne Hanna porte le même patronyme qu'elle et exerce la même profession ; il suffit d'ailleurs de se pencher sur les articles de cette journaliste polonaise pour en avoir la certitude et faire le parallèle avec la narration du présent roman. Une première œuvre magistrale donc qui s'inscrit plus intensément que tout autre dans son présent à l'heure où l'Occident va-t-en guerre fait mine de s'interroger sur les nécessités (les intérêts...) d'une intervention armée en Syrie...

    Enjeu stratégique majeur depuis la nuit des temps du fait de sa position géographique sur les routes commerciales, l'Afghanistan a été et reste encore largement au cœur de toutes les attentions depuis le 11 septembre 2001. Un terrain réputé hostile mais une vraie mine de sujets pour un grand reporter (situation politique et institutionnelle, présence et intervention des forces de coalition, bavures, corruption, condition féminine, Talibans, expatriés, culture, humanitaires, pollution...). Ce que Paulina/Hanna ignorait en revanche, c'est qu'elle n'allait pas seulement au devant d'une contrée inconnue, d'une civilisation, d'une guerre et de l'après-guerre sous le signe de la démocratie imposée par l'Occident, mais également à la rencontre d'elle-même... Paulina a ramené des articles professionnels, Hanna quant à elle en a tiré un roman très personnel fait d'observations, d'opinions et de confessions.

    Pour les nécessités de ses enquêtes, Hanna doit frayer avec le "gratin" local. Dans ces contacts, Robert, ancien mercenaire, qui devient son compagnon officiel et Bastien, ancien du renseignement qui devient une âme sœur confuse mais indispensable. Prise entre les feux de ces deux hommes, Hanna rejoue un Jules et Jim au cœur du chaos d'un no man's land, chante les sirènes de l'amour sous les tirs des rebelles.

    De son regard sans concession, l'on voit se dessiner le portrait d'un Afghanistan contemporain et des enjeux qui s'y jouent comme personne n'avait osé les raconter jusqu'alors. L'on a beau ne pas être tombé de la dernière pluie, savoir que l'histoire que l'on nous présente, dans les manuels ou au journal de 20 heures, est une version édulcorée de réalités bien plus cyniques, Aime la guerre ! est pourtant saisissant, estomaquant dans les secrets qu'il révèle. La guerre est certes un drame mais pour certains, une formidable opportunité économique.

    Tout autant qu'un terrain propice à la tension amoureuse. Car de ce trio explosif se dresse aussi et surtout une fresque de la passion et une image des hommes aux qualités (loyauté, héroïsme...) que seule la guerre révèle encore. Parfois dérangeante dans ses propos, le talent d'Hanna est de parvenir à donner envie au lecteur de connaître cette intensité amoureuse, cette tension sexuelle provoquée par le risque permanent, la pensée constante d'une mort qui rôde à proximité. Elle parvient, envers et contre tout, et comme promis dans son titre auquel pourtant tout un chacun s'est normalement opposé a priori, à faire aimer la guerre, à l'ériger en fantasme loin de toute préoccupation humaniste/humanitaire. À conférer aux pires endroits et aux pires circonstances la capacité à être les berceaux des meilleurs moments de l'existence. Un parti pris aussi indécent qu'authentique qui prouve mieux que jamais que le cœur a ses raisons que la raison ignore. Hanna/Paulina est une femme fascinante qui sait rendre à la guerre ce qui lui appartient : sans elle, elle n'aurait jamais rencontré ces deux hommes qui ont tant compté pour elle.

    Ce Lord of War littéraire est un incontournable premier roman de la rentrée littéraire 2013, une nécessaire fenêtre ouverte sur les vérités afghanes, l'histoire d'une passion qui dévaste tout sur son passage comme il y en a peu et la promesse d'une bibliographie à venir sur laquelle garder un œil. Une révélation coup de cœur pour ma part qui confirme, ô combien, ma fascination pour les premiers romans dans lesquels les nouveaux auteurs mettent toutes leurs tripes comme s'ils y jouaient leur vie... Leur honneur (?)...

    Ils en parlent aussi : Léo, Virginie, Christelle.

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    Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    Julian de Robert Charles Wilson

    Peste de Chuck Palahniuk

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    Extraits :

    Robert n'avait jamais voulu être roi. Reste qu'à l'époque, quand je l'ai rejoint en Afghanistan, il l'était. Certains disaient qu'il faisait du trafic d'armes, d'autres qu'il ne s'agissait pas d'armes mais d’œuvres d'art, de pierres précieuses et d'alcool. Pour les uns il était un agent de la CIA, pour d'autres un entrepreneur qui achetait à tour de bras des terres sur la frontière iranienne et des containers de fringues de contrefaçon au Pakistan. Ce qui est certain c'est qu'il possédait un restaurant dans la base militaire des forces coalisées, à Warehouse près de Kaboul.

    ...

    - L'armée est touchée par le syndrome du syndicalisme...

    - À qui le dis-tu ! - s'esclaffait Jean-Philippe (...)

    - Je vais au dispensaire ce matin demander des pansements pour mon cuisinier et je vois un mécano planté comme un couillon à attendre une consultation. Il a des migraines, figure-toi. Et ce serait à cause des saloperies qu'il respire dans le garage. Bientôt les gars vont demander des dédommagements pour leurs ampoules aux pieds. De mon temps, les geignards avaient droit à une bonne baffe dans la gueule et ça allait tout de suite mieux !

    - Tu parles ! Mais quel officier oserait faire ça aujourd'hui !

    - Nous avons passé nos premières nuits à Beyrouth sur la paille, dans des écuries. Des trous creusés dans un jardin faisaient office de chiottes. Et le coup de téléphone, je ne te dis pas ! Un appel de trois minutes pour toute la durée de la mission. D'ailleurs, je ne t'apprends rien. Maintenant, il leur faut des restaurants et des duty free, des salons de massage...

    ...

    Quitte à contredire une partie de la presse et à décevoir l'opinion publique, les mercenaires d'aujourd'hui comme les "affreux" d'hier ne sont pas tous des tueurs à gage dégoulinants de sang. Il y a chez eux un côté petit bourgeois, ou bourgeois tout court, assez paradoxal.

    ...

    - (...) Il est difficile de trouver quelqu'un dans la vie civile qui veuille bien vous prêter dix dollars. Dans ma boîte je suis prêt à donner ma vie pour mes hommes, comme eux sont prêts à donner la leur pour moi. Cela s'appelle la fraternité. Il y a très peu de gens qui connaissent ce sentiment de nos jours. Et c'est justement ce qui nous différencie du reste des mortels. Plus vite vous comprendrez ce que ce mot, la fraternité, implique pour les gens comme Robert et moi-même, moins vous souffrirez.

    - Est-ce un conseil ?

    - Un vœu plutôt, puisque Robert a besoin de vous. "... il est des jours où le fort autant que le plus faible a besoin de se voir secouru et d'aimer ce secours. Il faut à l'homme qu'il soit tantôt protecteur et tantôt protégé." Vous ignoriez cette phrase de Kessel ?

    ...

    Peut-être tout simplement qu'à force de vivre dans ce pays nous étions devenus dingues. Tous. (...) J'en conviens, à y réfléchir ne serait-ce qu'un instant il fallait être fou ou Polonais pour s'y risquer. Il se trouve que je suis Polonaise. J'ai donc pris l'avion pour Kaboul.

    ...

    Jusqu'à cet instant je pensais appartenir, en raison de mes origines, à la moins bonne partie de l'Europe et, par extension, du monde. Comme l'a expliqué un poète polonais, la caractéristique première de cette "moins bonne" partie de l'Europe était de tout savoir sur la "meilleure" partie qui l'avait, en retour, complètement ignorée. Et voilà que l'équipe d'une chaîne de télé afghane me propulsait avec vigueur dans la "meilleure" partie du monde. Du coup, j'ai réalisé que j'habitais le camp des vainqueurs. Curieusement, cela m'a fait de la peine. Après tout nous avions eu, eux en Afghanistan et nous dans la "moins bonne" partie de l'Europe, un ennemi commun et donc un but commun : nous en débarrasser.

    ...

    Et je me suis laissé emporter par le puissant fantasme d'un ailleurs radicalement différent de tout ce que j'avais connu jusqu'alors, par les mythes de la magnificence de ces contrées lointaines auxquelles avaient succombé de bien plus grands que moi, les Byron, les Schwarzenback, les Chatwin, les Kipling, les Bouvier...  "Il n'y avait plus d'obstacle entre nous et une splendide contrée fort peu connue, le pays des Afghans. À nous ses grandes montagnes, ses tribus magnifiques, ses rivières glacées, ses ruines aussi vieilles que le monde, la paix de son isolement !" Dans ma chambre d'hôtel à Kaboul, je relisais ces phrases d'Ella Maillart écrites à la veille de la Seconde Guerre mondiale, sans calculer que les temps avaient changé, que de nouvelles ruines s'étaient ajoutées à celles "aussi vieilles que le monde", et que depuis des décennies l'isolement de l'Afghanistan, au lieu de lui garantir la paix l'avait prédisposé à devenir un laboratoire d'atrocités indescriptibles. Et c'est à ce moment-là que je me suis mise à aimer ce pays. Pour sa dureté, pour son silence qu'aucune plainte ni aucune revendication n'interrompent, pour son mauvais sort.

    ...

    Ne serait que "l'honneur"... vois-tu. Je n'ai pas bien compris et je ne comprends toujours pas quoi il s'agit. Est-ce un notion, un sentiment, un état ou une disposition d'esprit, une conduite, ou bien tout simplement une immense foutaise ? Avant toi, j'ai connu un seul homme qui parlait d'honneur. C'est l'épicier, à côté de la Poste... Il en parlait toujours comme il parlait des patates de son étalage, avec assurance et en connaissance de cause. Et puis un jour il a, disait-il, perdu "son honneur" parce que sa fille s'était enfuie au Canada au lieu de se laisser marier à un cousin débarqué du bled. Après tout, ce n'est peut-être qu'une question de tempérament, l'honneur. En tout cas, il me semble que sous nos latitudes un consensus règne quant au fait que l'univers tourne désormais autour d'une paire de fesses et non plus autour de "l'honneur". Tu ne pouvais donc que me faire rire quand tu me criais : "Tu me déshonores !". Ça sonnait comme un roman de cape et d'épée. Chez nous, "Tu me déshonores !", ne se dit plus. À notre époque il ne nous reste plus que la diffamation. Je veux bien qu'on puisse le regretter.

    ...

    - Sois sérieuse ! Pourrais-tu tuer quelqu'un pour soixante-quinze mille dollars ?

    - C'est une proposition de travail ou une question théorique ?

    ...

    Les mercenaires, donc. Tout le monde en avait après eux. Et depuis longtemps. Machiavel les accusait d'être "toujours désunis, ambitieux, sans discipline et peu fidèles, braves contres les amis, lâches en présence de l'ennemi, n'ayant ni crainte de Dieu, ni bonne foi envers les hommes.". Robert et Bastien n'avaient probablement aucune de ces tares. En revanche, tous deux étaient vaniteux. Mais, s'ils n'avaient pas été vaniteux auraient-ils été aussi séduisants ?

    Oubliés pendant quelques années, les mercenaires avaient à nouveau fait parler d'eux à l'occasion de la troisième guerre du Golfe, quand les médias commencèrent à s'intéresser à l'essor des dites sociétés militaires privées. Les grands titres de la presse apportaient des révélations pour le moins fantasques sur les deux cent mille hommes armés qui, déployés sur les berges du Tigre, s'y adonnaient à des activités guerrières pour le compte d'obscures compagnies internationales et en totale impunité, sinon avec la complaisance des gouvernements de la coalition. Les défenseurs des droits de l'homme et autres activistes humanitaires s'insurgeaient contre ces "marchands de chaos" et dénonçaient la corruption et la criminalité dont ils auraient accéléré le développement. Mais ne manquaient pas non plus ceux qui voyaient en ces "contractors" plutôt de romantiques héritiers de Bob Denard que de simples brutes vénales. Robert et Bastien avaient davantage le profil de l'aventurier que celui de "l'agent contractuel". Là était d'ailleurs la raison de leur vanité. Trop futés pour se laisser embobiner dans une quelconque structure para ou purement militaire, ils travaillaient en indépendants selon leurs besoins, leur intérêt et avec leurs propres méthodes.

    Aussi contrasté et riche qu'il puisse être, l'imaginaire populaire concernant le métier de mercenaire se révélait surtout très éloigné de la réalité qui était celle d'un boulot ingrat, routinier, souvent ennuyeux et, en définitive, pas si bien payé.

    ...

    Tout ce que j'avais pu lire sur les mercenaires m'inclinait à penser qu'ils étaient peu regardant quant aux objectifs et conséquences des missions qu'ils acceptaient. N'ouvraient-ils pas le feu sur des civils ? Ne commettaient-ils pas des homicides ou des viols ? Ne torturaient-ils pas pour obtenir des informations ou pour soulager des nerfs en vrille ? Les dérives dans les Balkans, en Irak ou en Afghanistan, rendaient ces hommes infréquentables. Les dérapages, bavures, conduites délictuelles des soldats réguliers, suscitaient certes la réprobation, mais jamais la répugnance. L'opinion publique avait été indignée d'apprendre en 2008, qu'à proximité de Kaboul des soldats français avaient ouvert le feu sur un bus qui s'était approché trop près d'un convoi militaire, et ainsi blessé huit enfants. Néanmoins, tôt ou tard on finissait par reconnaître qu'il s'agissait d'erreurs, déplorables, mais humaines. On n'accordait pas les mêmes circonstances atténuantes, avec l'indulgence qui les accompagne, aux hommes mandatés pour guerroyer, selon qu'ils le sont par un état ou une entreprise privée. J'avais moi aussi partagé cette conviction que l'État seul a le monopole de la violence armée qualifiée de légitime. Je ne me posais pas de questions. Personne ne se posait de question. Il aurait pourtant fallu se les poser car elles sont importantes. La différence d'appréciation entre un soldat régulier et un "privé" n'était-elle pas principalement assise à hauteur de la solde qu'ils perçoivent respectivement ?

    Tout "théâtre des opération" exigeait sans cesse sa ration de cadavres. L'ennui est qu'elle s'était révélée toujours plus élevée que ne pouvait le supporter l'opinion publique. (...) Les téléspectateurs n'en pouvaient plus de ces nouvelles terrifiantes. Hélas, la fin d'une guerre ne se décrétait pas de cette façon. Chaque guerre avait sa propre logique, et décidait elle-même de sa fin. C'est ainsi que sur "le théâtre des opérations" l'action se poursuivait et les hommes tombaient. À la grande satisfaction de tout le monde, la mort d'un soldat privé n'était comptabilisée que par le bureau des ressources humaines de la société militaire privée qui l'employait.

    ...

    La guerre était un artéfact. Pour les autres elle était un horresco referens. Pour nous, elle était tout à la fois, une chambre de volupté, une grande aire de jeu, un tribunal de la pénitence, un gymnase où nous pratiquions des exercices de volonté, de patience, d'introspection. La guerre nous révélait à nous-mêmes.

    ...

    J'ai voulu voir plus qu'un "bataille de fantômes" et les "quelques ombres furtives" qu'avait réussi à entrevoir London depuis sa cachette. J'ai voulu voir de plus près. Était-ce la manifestation d'un goût particulier pour la violence ou le fait guerrier ? Peut-être. Mais en ce cas, il faudrait reconnaître que les archives de World Press Photo ne contiennent que des clichés voyeuristes volés au fil des années par des pervers et des vauriens de tout genre. Une telle explication ma paraissait d'ailleurs fort convaincante dans la mesure où, jusqu'à preuve du contraire, montrer la misère et la barbarie n'a pas suffi pour les éliminer de la vie des gens. Pourquoi alors avoir insisté pour partir en mission avec Robert, Bastien, Connor ou quiconque accepterait ma demande ? Si le motif n'est était pas de secouer la conscience des autres car c'était sans espoir, ni de soulager la mienne car, à tort ou à raison, j'avais la conscience tranquille, comment fallait-il interpréter la chose ? La question m'a poursuivie jusqu'à ce que je conclue que rentrer en Europe était de loin la dernière option envisageable et que, par conséquent, mon obstination à partir en mission sur le terrain ne reflétait que ma volonté de me lier plus profondément à ce pays. Or qu'était ce pays sinon une étrange contrée où la paix ne parvenait pas à s'enraciner. Pour rester il fallait bien se rendre à l'évidence que tôt ou tard la guerre m'atteindrait d'une façon ou d'une autre. Peu portée sur l'inconnu, j'ai préféré savoir à quoi m'attendre. Et plus précisément à quoi m'attendre de moi-même.

    ...

    (...) Yasir semblait peu préoccupé par les menaces qu'il recevait. Il avait fait le choix de ne pas se marier. Libre, il se consacrait entièrement à son travail et croyait fermement au pouvoir des médias. Je lui trouvais une espèce d'intégrité qui frôlait l'insensibilité, tout en forçant le respect. J'aimais l'écouter. J'aimais ses histoires. Longtemps elles m'ont parues énigmatiques. Je ne parvenais pas à déceler leur morale alors que je sentais que la morale en constituait l'élément essentiel. Enfin, j'ai fini par comprendre que les histoires de Yasir étaient, comme les fables de La Fontaine aux yeux de Lamartine, "du fiel et non pas du lait pour les lèvres et pour les cœurs". Leur dénouement ne délivrer d'autre leçon que celle de devoir garder profil bas car, même si les méchants finissaient par être punis, le sort des bons et des innocents n'en était pas pour autant amélioré.

    ...

    T'as beau dire, Toto, jamais on nous a traités dans l'armée comme des sous-merdes juste parce qu'on est basané. Y a de tout dans l'unité, des reubeus, des Blancs, des Blacks, un feuj pour terminer et ça marche ! Ça ne marche nulle part ailleurs mais dans l'armée ça marche !

    ...

    L'Europe était en train de se saigner à blanc pour la plus grande et la plus terrifiante des guerres qu'elle ait jamais livrée : la guerre contre la violence.

    ...

    Nous appartenions au cercle restreint de ceux qui savent que "les hommes meurent et ne sont pas heureux". Et c'est probablement ce qui nous incitait à accélérer le tempo, à feindre la folie et à nous abandonner à l'extravagance. Les occasions ne manquaient pas pour se réunir.

    ...

    - Il y a eu une époque où c'était un pays fabuleux. Les gens venaient ici pour une semaine ou un mois et finalement décidaient de s'y établir. Il y avait de tout pour tout le monde. Ceux qui voulaient prier pouvaient prier, ceux qui voulaient faire du tourisme pouvaient faire du tourisme. Nous ne connaissions pas de problème de sécurité. De nombreuses femmes voyageaient seules. Les bars et les discothèques ne désemplissaient pas. Nous étions pauvres mais heureux. Et nous nous amusions bien, si bien...

    ...

    Pleurer m'aurait soulagé. Les fins lentes et pathétiques sont toujours préférables aux coupures nettes. Elles fatiguent au point qu'il devient impossible de trouver encore de la force pour les regrets.

    ...

    Combien de fois m'était-il arrivé de penser que tel ou tel livre avait tout dit sur un sentiment, une émotion, une attitude, et que vouloir en dire davantage, avec plus de subtilité ou de finesse, était impossible.

    ...

    Les femmes ! Ah, les femmes ! Je m'en suis méfiée. Et dès le début. Il n'y a rien de pire en Afghanistan que les femmes. Étais-je la seule à le voir. Je l'ignorais. Peut-être étais-je la seule à le dire. Et encore, je ne le disais pas à tous puisqu'il n'y a pas de crime plus odieux que de s'en prendre aux femmes d'Afghanistan. C'était la grande cause, le seul motif, l'argument ultime - les femmes d'Afghanistan ! Aurions-nous passé, nous autres Occidentaux, dix années à faire tout et son contraire dans ce pays, à y construire des écoles et des hôpitaux pour ensuite les bombarder, à y asphalter des routes pour permettre aux insurgés de les détruire, à y injecter des sommes faramineuses tout en sachant qu'elles disparaîtraient des les poches de quelques personnalités hautement respectables de la vie politique locale, enfin, aurions-nous supporté aussi longtemps que nos braves garçons s'y fassent tuer par les mêmes hommes auxquels ils apprenaient à manier les armes si derrière, sinon avant tout, il n'y avait pas les femmes afghanes ? Non. Certainement pas. Un mémorandum rédigé par une cellule de la CIA appelée "Red Cell", daté du 11 mars 2010 et divulgué sur le site Wikileaks se révélait instructif à ce sujet. Il y était entre autres stipulé qu'en cas de désapprobation par l'opinion publique européenne des opérations militaires organisées en Afghanistan sous la bannière de l'OTAN, la politique de communication devrait insister sur la condition des femmes dans le pays. De fait, multiplier les témoignages de femmes afghanes dans les médias occidentaux aurait fait partie d'une stratégie visant à provoquer la culpabilité, la compassion et finalement le ralliement du public des pays contributeurs de l'OTAN. Que les analystes de la CIA avaient misé gros sur la solidarité féminine à l'échelle internationale, ne faisait aucun doute.

    ...

    - (...) nous croyons que la liberté et la démocratie ne peuvent être apportées à un peuple sur un plateau d'argent et moins encore imposées. Il est du devoir de chaque peuple de se battre pour ces valeurs et de les protéger une fois qu'elles ont été acquises. Mais rien ne peut fonctionner si les gens n'en ont pas la volonté et ne comprennent pas l'intérêt de vivre dans un pays libre et démocratique. Le prétendu gouvernement démocratique mis en place par les Américains est un gouvernement de criminels de guerre, de trafiquants d'armes et d'opium, d'individus sans scrupules pour qui seul compte le profit personnel. Quelle image de la démocratie pensez-vous que les Afghans peuvent avoir aujourd'hui ? Si le premier gouvernement démocratique en Afghanistan se révèle être la pire mafia qui ait jamais pris en otage ce pays, comment attendre des Afghans qu'ils croient aux principes de la démocratie et veuillent les défendre ?

    ...

    S'il fallait être fou pour espérer changer quoi que ce soit dans ce pays, il fallait être mille fois plus cinglé pour y vivre sans tenter d'y changer quelque chose, sinon tout.

    ...

    Les lendemains de crimes ressemblent au lendemains de bringue. Même malaise face à la réalité, même engourdissement, même sensation de décalage temporel et existentiel. (...) Les boîtes de Lexomil, de Seroplex et de Dolipran 1000 s'alignaient à côté du presse-agrumes. J'ai trouvé "Kind of Blue" sur la pile de disques et ai mis la musique très bas. Pour cette matinée j'aurais préféré du piano seul, j'avais besoin d'entendre des sons d'une sobriété ascétique. Je me suis toutefois résignée à la trompette de Miles Davis et, au final, ne l'ai pas regretté.

    ...

    Arrivée au point où la plus anodine des informations me paraissait contenir un double sens, annonciateur d'un malheur, j'en entrevu le reste de ma vie comme un voyage à travers la démence aux accents tantôt maniaques tantôt paranoïdes.

    ...

    J'abhorrais ce pays, ses mœurs, ses codes, ses lois, ses pratiques et jusqu'à ses paysages de caillasse et de terres incultes. J'exécrais cette ignominie parce que j'avais peur. J'avais peur qu'elle me contamine. Qu'elle nous contamine tous.

    ...

    Mais comme Kessel l'a fait dire à l'un de ses personnages, "Quand se jouent des actes magiques, interdite est la pensée".

    ...

    Nous nous éloignons parfois à de telles distances de nous-mêmes, de nos semblables, voire de ces singularités qui nous rassemblent en une seule race humaine, qu'il n'y a que les animaux pour nous indiquer le chemin du retour. À les regarder de près, nous découvrons qu'ils incarnent une partie de notre vie secrète, ce qu'il y a en nous de plus mystérieux et de plus essentiel à la fois et dont, à tort, nous avons honte tout comme nous en avons peur.

    ...

    - Qu'est-ce qui vous a frappé le plus en Afghanistan ?

    - Sans hésiter le fait qu'ici les gens ont si peu d'influence sur leur propre vie. Tout se décide à un niveau plus haut que celui de l'individu. Dans quelque domaine que ce soit c'est toujours un parti, une tribu, un clan, une famille qui déterminent les existences individuelles. Ensuite, c'est le fait que si peu de chose a changé, qui m'interroge...

    ...

    L'attente. La patience. En dix ans, sans parler d'expériences précédentes, nous n'avons rien appris. Je ne saurais répondre à la question de savoir si les Afghans auraient dû apprendre quelque chose de nous. Il est certain, en revanche, que nous aurions dû, et pour notre plus grand bien, apprendre d'eux l'art de l'attente. (...) Quiconque s'y aventure n'a qu'une alternative : apprendre à attendre ou repartir. En ce qui nous concerne, nous autres étrangers au pays des Afghans, nous avons été d'une impatience inopportune et dans un sens subversive. Elle ne témoignait pas tant d'une préférence pour le présent ou pour un résultat immédiat, que d'un désarroi face à l'absence de but à atteindre. Qu'attendions-nous ? Les Afghans, pour leur part, attendaient notre départ.

    ...

    - (...) Comme dans n'importe quelle communauté, il y a des gens bien, des gens moins bien et des cons... Parmi eux, même les cons savent se contenter de peu, aller au-delà de la fatigue et de la faim, supporter des conditions extrêmement dures, le poids de leur équipement, l'altitude, et sans se plaindre... C'est alors... Bon, merde... J'ai compris qu'en comparaison, nous étions des incapables... J'ai compris que nous n'avions aucune chance... En plus, pressés que nous sommes d'en finir au plus vite...

    ...

    Plus je restais en Afghanistan, moins je comprenais ce pays.

  • Rentrée littéraire : Le roman de Boddah d'H. Guay de Bellissen

    le roman de boddah.jpgDepuis le 28 août en librairie.

    Éditions Fayard - 321 pages

    Présentation de l'éditeur : D’ordinaire les amis imaginaires s’éteignent de mort naturelle, peu à peu négligés par ceux qui les ont inventés. Pas Boddah. Pendant les vingt-sept années de sa courte vie, Kurt Cobain n’a jamais cessé de s’adresser à son double. Dès lors, qui mieux que Boddah pouvait retracer le parcours de cette météorite trash que fut Kurt, entre musique, héroïne et amour fou ? Il fallait être un intime, tout voir et tout entendre, pour raconter le coup de foudre entre l'icône grunge et Courtney Love, pour retrouver, loin du public et des projecteurs, le jeune homme secrètement timide. Il fallait être un fidèle d’entre les fidèles, pour ne pas prendre ombrage de son mariage à Honolulu, au milieu des touristes obèses. Et un ami sincère pour discuter des nuits entières, oser le critiquer, et tenter de lui faire prendre conscience des réalités. Boddah fut tout cela. Et quand, épuisé par le désordre et les incohérences de sa vie, Kurt décida d’en finir, c’est à cette invisible mais éternelle âme sœur qu’il adressa sa lettre d’adieu. Alors Boddah témoigne de lui-même. Mêlant scènes réelles et imaginaires, conversations authentiques et dialogues inventés, Le roman de Boddah s’offre un narrateur omniscient d’un genre nouveau, témoin, confident, bonne et mauvaise conscience, Jiminy Cricket au milieu des guitares cassées.

    Ma note :

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    Broché : 19 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci à Libfly et le Furet du Nord pour m'avoir offert, dans le cadre de l'opération "On vous lit tout", l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Le roman de Boddah n'est pas une énième biographie de Kurt Cobain. C'est l'histoire racontée par Boddah, ami imaginaire qui accompagna l'idole grunge durant les vingt-sept années de sa trop courte vie.

    Quel meilleur narrateur que ce double omniscient ayant tout vu, tout entendu, tout subi, pour plonger au plus près de la vérité de cet homme érigé au rang de mythe ? Kurt Cobain entretenant un rapport schizophrénique avec cet autre lui, Boddah n'était pas qu'un témoin, il était à la fois confident, guide, censeur, conseiller et surtout bonne et mauvaise conscience, véritable Jiminy Cricket au milieu des guitares cassées. Au travers de son regard, l'on revisite ainsi de façon inédite la galère des débuts, le coup de foudre d'avec Courtney Love, les triomphes, les blessures du passé, les idées noires, la dépendance...

    Durant 320 pages, Héloïse Guay de Bellissen réussit une prouesse littéraire qui ne laisse d'autre choix que de tourner les pages avec avidité. Et l'on a beau savoir comment l'histoire s'est terminée, l'on ne peut s'empêcher au fil du récit de croire que tout va aller, d'espérer que tout va s'arranger. Et d'être fatalement déchiré par cette chute déjà consommée.

    L'auteur livre ici un roman biographique aussi original qu'extrêmement bien écrit, suscitant des émotions intenses à la mesure de l'existence du plus adulé des poètes trash. Un sale gosse au cœur tendre, un musicien de génie, une âme écorchée et torturée, un être profondément inadapté au monde qui l'entourait et dont la légende se perpétue un peu plus et avec brio grâce à ce magnifique texte qui saura ravir un public bien plus large que celui de ses fans nostalgiques.

    Une valeur sûre parmi les 555 romans annoncés pour cette rentrée littéraire 2013.

    Ils en parlent aussi : Sarah, Lilalivre, Sly.

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    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

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    Madame Hemingway de Paula McLain

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    Ciseaux de Stéphane Michaka

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    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    Madame Hemingway de Paula McLain

    Beauvoir in love d'Irène Frain

    La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

    Loving Frank de Nancy Horan

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    Extraits :

    Créer un ami imaginaire, c'est un truc que font beaucoup d'enfants. J'ai un de mes potes qui m'a dit ça l'autre jour : "Les enfants nous créent et les adultes nous tuent, ça craint !"

    On quitte une famille au moment où les gosses tombent dans la supercherie de la raison.

    ...

    Voilà ce que je suis : je suis le produit imaginaire d'un gosse chétif né dans une ville de bûcherons nommée Aberdeen. Je suis le bon génie d'un orphelin de l'amour-propre, je suis le terrain vague d'un gamin sans jardin d'enfance, et qui a une balançoire à la place du cœur, je suis l'ami parfait parce que je ne peux pas baiser sa femme, je suis lui, et lui est moi. Nous nous appartenons. Nous sommes.

    ...

    "Nous sommes Nirvana, et vous, vous êtes qui ?" Il recule et crache dans la foule. Ça tape dans les mains, et ça hurle en même temps. Un, deux, NIRVANA ! Ça siffle, ça bouge, le volcan gronde. Il fait chaud, les gens sont serrés les uns contre les autres, plus un mot compréhensible, c'est une meute, l'air s'est chargé en électricité, les filles montent sur les épaules des mecs, la foule vacille comme une gueule de bois géante, la scène s'illumine. Qui paierait pour être dans cette promiscuité étouffante ? Le monde entier. Il se tient là, au milieu de sept mille personnes, qu'il n'entend pas. Seul et terriblement habité. Sur scène, il est chez lui.

    ...

    Nirvana, c'est l'accident, le trauma, une tornade organisée. Et malgré tout ça, tout se bordel, ils étaient carrés, ils donnaient ce qu'on attendait d'eux : de la vraie musique, un vrai pansement sur une vraie plaie, un instant créé pour mépriser le monde tout en créant le leur. Nirvana, c'était la flamme d'une bougie qui risquait de s'éteindre à tout moment et nous foutre dans le black-out le plus noir du monde.

    Dans la fosse, ça sent la transpiration, les corps se laminent les uns les autres. Le lendemain, des bleus sur le corps. "Est-ce que ton mec t'a cognée hier soir ? Est-ce que tu as eu un accident de voiture ?" "Non, j'ai vu Nirvana."

    On baisait en regardant leurs concerts. On baisait la terre entière, le monde de la musique, on baisait MTV, on baisait ses propres parents, et on se faisait du bien parce que au fond de nous on savait ce qu'on avait fait. En réalité, on avait fait l'amour.

    ...

    La vie, c'est une histoire d'amour qui n'a rien à faire là. Et pourtant vous y êtes. Mais vous n'êtes pas à la hauteur. Vous connaissez des gens qui ne font pas de la merde avec leurs sentiments ? Moi, je n'aime personne, j'accompagne les autres. Vous, vous avez l'amour dans le sang. L'amour en vous dès la naissance, une sorte de malformation. Ensuite, après que le cordon est coupé, vous trouvez des pansements, vous vous servez des autres pour soigner votre maladie. Vous faites des enfants sans même penser que vous transmettez le virus dont vous n'avez pas l'antidote. Mais vous aimez, alors tout roule. Puis, vous vous rendez compte qu'aimer juste pour aimer n'est rien. Qu'il y a le reste autour, qu'aimer est une forme de travail à plein temps et que le temps vous est compté. (...)

    On peut aimer différemment. Il faut défigurer l'autre pour le reconnaître. Faire saigner l'autre sans la douleur : lui faire dire qui il était petit, de quelle perte il guérit, de quelle évidence il provient. C'est comme ça qu'on tombe amoureux. C'est comme ça qu'on peut admirer l'autre : quand il se dévoile et qu'il est encore habillé.

    ...

    Il n'était jamais le dernier pour la déconne. D'autant que partir en tournée, c'est le seul boulot où l'enfance est encore promise. À l'heure du dîner, la règle est de prendre de la purée à pleines mains et de l'envoyer à la tête de son voisin. Jeter toutes les culottes de Kim Gordon sur l'autoroute, une heure avant le concert où elle paraîtra en minijupe devant trois mille personnes. Être musicien, c'est ne jamais grandir, un sport que Kurt pratiquait comme un des beaux-arts.

    ...

    Elle sort nue de la salle de bains, avec un air toujours déboussolé mais qui ne cherche pas son chemin, lui la regarde et lui chante une chanson en attrapant la guitare :

    T'es belle comme une sirène à qui on a coupé la queue...

    Et à qui on a recousu de belles jambes pleines de bleus.

    ...

    Que Courtney réponde "okay" pour l'héroïne, ça allait renforcer leur lien, il en était profondément touché. Cette fois, ce serait un amour sans limites. Il pourrait se faire branler et prendre en plus de l'héro, cette nana était une bénédiction. Enfin une fille à la auteur de tous les accidents de la vie. Une fille blessée mais biberonnée au courage, une fille qui connaissait l'histoire du punk par cœur et qui était belle comme un désastre. En sortant pour la première fois depuis trois jours, il lui vint ces phrases en pensant à elle :

    Regarder un fond d'un gouffre, y crier je t'aime et entendre un écho

    tu dormais comme de l'eau, encore je pleurais comme de l'air

    j'évaluais les dégâts à venir et dans les décombres de ce qui était de l'amour je me disais, sautons mais sans filet. C'est tellement confortable, crade et cool avec toi.

    ...

    Nirvana, c'est à la fois le "No Future" des Sex Pistols et le "I believe in Yesterday" des Beatles. Kurt réussit à faire durer un cri parce que la vie est trop courte. Un hurlement que tout le monde retient depuis l'enfance et qu'il a eut la force de proférer.

    ...

    - Je veux qu'on se fasse une promesse, dit Kurt.

    - Laquelle ?

    - S'il nous arrive un problème dans la vie, genre : si nous devons avoir un travail normal, toi caissière, moi marchand de tapis, ou bien si un des deux devient dingue et que l'autre reste normal... Attends, ou si un des deux commence à aimer la dance musique et veut bouffer des cheeseburgers, ou j'sais pas quoi d'autre, il faut que... j'en étais où, attends...

    - Tu en étais si l'un des deux...

    - Ah ouais, j'veux dire, je veux tout faire avec toi, tu vois. Je veux qu'on forme une équipe, et s'il nous arrive malheur, je veux qu'on sache prendre la bonne décision. Il faut que je te pose une question : tu as peur de crever ?

    - Non, mais tout dépend, j'comprends rien, si je deviens caissière et que je mange des cheese, tu me quittes, c'est ça ?

    - Mais non, mon ange, je veux qu'on se promette de tout vivre ensemble, de s'entraider et de savoir s'arrêter au bon moment.

    - On a qu'à se fiancer.

    - Super idée ! Tu as réponde à tout, c'est génial ! J'ai toujours voulu rencontrer une fille qui soit deux fois plus intelligente et moitié moins blasée que moi.

    - Je suis ton homme, mon chéri !

    - Tu me promets qu'on se tuera si on devient bidon ?

    - J'te promets !

    - J'déconne pas, tu sais ? J'suis super sérieux, jure-le-moi.

    - Je le jure et je mettrai notre anneau sur ce doigt !

    Elle tend son majeur.

    ...

    La peur. Vous connaissez tous. Votre seule crainte, c'est de mourir et elle prend toutes les formes. Soyons francs : toutes vos luttes ne sont que des postures pour rester en vie.

    ...

    L'inspiration. Tout le monde se demande comme font les artistes. Eh bien ils pillent dans la vie, ils plongent les mains à l'intérieur, en arrachent un cœur noir qu'ils polissent comme ils peuvent.

    ...

    La folie. C'est tout ce qu'il vous reste après avoir épuisé l'ironie, le burlesque et l'amour.

    ...

    Il aimait sa femme et sa fille plus que tout, plus que lui (ce n'était pas difficile), mais ça ne changeait rien. Il aimait les gens d'une manière viscérale parce que depuis toujours ses sentiments passaient par ses tripes. Et ses tripes étaient des tranchées en feu. Il s'était déclaré la guerre. Sa façon à lui d'être heureux, c'était de ne pas l'être. Et grand bien lui fasse, c'était souvent le cas.

    ...

    Scrutant le corps de Kurt, elle se demande : comme un être aussi fragile et gauche peut contenir autant de cris, de possibilités d'espoir, de désespoir ? Tant de maladresses dans un seul homme, ce n'est pas humain.

    ...

    Il regarde autour de lui : il est partout. Comme s'il avait explosé, giclé sur tous les visages. Les gamins ont sa coupe de cheveux, portent ses chemises à carreaux, des tee-shirts d'Iggy Pop et se défoncent. Il a croisé son double cet après-midi et maintenant il est le commandant d'une armée de paumés qui snifent de la colle. Son ventre bat la chamade. Il réalise ce qu'il est devenu. Son histoire a déteint dans leurs yeux, leur bouche et leurs veines. Il rejette les mains tendues avec l'envie de chialer. L'existence est redevenue une bonne dose de merde et il redevient fidèle à lui-même : triste à en crever.

    ...

    "Personne ne connaîtra jamais mes véritables intentions."

    ...

    Elle est prise d'assaut devant sa porte par un journaliste de l'Aberdeen Daily Word, à qui elle déclare en fermant sa porte :

    "Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas où aller pour me consoler."