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Littérature américaine - Page 5

  • Les Roses de Somerset de Leila Meacham

    les roses de somerset.jpgA paraître le 18 janvier 2013.

    Éditions Charleston - 509 pages

    Présentation de l'éditeur : Howbutker, Texas, 1916. A la mort de son père, la jeune Mary Toliver hérite de Somerset, la plantation de coton des Toliver, l'une des familles fondatrices de Howbutker. La jeune femme devra-t-elle sacrifier son amour pour Percy Warwick, magnat de l'exploitation forestière, pour faire vivre le sol de ses ancêtres ? Confrontés aux trahisons, aux secrets et aux tragédies qui les entourent, renonceront-ils à ce qui aurait pu exister, non seulement pour eux, mais aussi pour les générations futures ? Dans ce livre haletant, Leila Meacham renoue avec les codes des grandes sagas historiques pour mieux les réinventer. Ecrit comme on filme une série TV, avec un suspense à couper le souffle, ce roman d'amour et de sacrifice fera vibrer les lectrices de Barbara Taylor Bradford et de Kathryn Stockett. Traduit dans vingt-cinq pays, ce roman d'amour et de sacrifice a déjà conquis les lectrices du monde entier.

    Ma note :

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    Broché : 22,50 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Charleston pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce roman en avant-première.

    Une habitude très surfaite consiste à systématiquement critiquer les romans à l'eau de rose en prétextant un contenu médiocre, mollasson et sans surprise pour ne pas dire convenu. Au-delà de cette pose un peu ridicule pseudo-intellectuelle, c'est vraiment méconnaître le sujet des romances en général - de qualité, s'entend - et celui du roman à l'eau de roses de Somerset en particulier !

    Car Leila Meacham, avec Les Roses de Somerset, ne nous offre pas du sentimentalisme mièvre et insipide mais nous plonge dans une saga historique et familiale haletante aux personnages hauts en couleurs. Elle joue avec les nerfs du lecteur par le truchement de rebondissements inattendus et nous émeut non pas avec des facilités romanesques bas de gamme mais par le biais d'un réalisme émotionnel qui bouleverse viscéralement. Ce livre nous remue les tripes parce qu'au fond, il nous parle de la vie, la vraie, avec ce qu'elle comprend de secrets, de sacrifices et de sentiments, qu'ils soit familiaux, amicaux, professionnels ou amoureux.

    Mary Tolliver est de ces héroïnes charismatiques auxquelles il est aisé de s'attacher, pourquoi pas de s'identifier, tant ses forces mais surtout ses failles sont crédibles. Cette figure centrale de ce roman choral, aussi admirable qu'agaçante dans certaines de ses décisions qui semblent incompréhensibles voire révoltantes, nous entraîne dans son univers fascinant, soit pas moins d'un siècle de passions et déchirements intergénérationnels, entre rêve et malédiction au coeur des plantations du sud texan.

    Très attachée à la symbolique des fleurs, j'ai particulièrement apprécié la réinterprétation qu'en fait l'écrivain. Elle s'écarte des significations classiques et réinvente un langage puissant et subtil particulièrement séduisant. Une chose est sûre, je ne regarderai jamais plus les roses de la même façon !

    Bref, cette romance est un véritable page turner poignant, qui bouscule, fait vibrer et surtout réfléchir. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une saga addictive, d'autant plus que - c'est la grande nouvelle pour celles et ceux qui auront été séduits par cette première oeuvre magistrale ! - Leila Meacham vient tout juste d'achever l'écriture de la préquelle de ce premier tome. Espérons que les Éditions Charleston traduiront rapidement cette "suite" et souhaitons que ce premier roman aussi réussi sur le fond que sur la forme touchera, comme La couleur des sentiments en son temps, l'âme éclairée d'un réalisateur afin d'en faire une somptueuse adaptation cinématographique !

    Les Roses de Somerset signe l'inauguration de la toute nouvelle maison Charleston. Gageons que ce choix perspicace salué par la critique n'est que le premier pas magistral d'une longue vie éditoriale.

    Une saga captivante qui n'est pas sans rappeller Autant en emporte le vent.

    Publishers Weekly

    Une épopée sudiste digne d'un grand film.

    The New Yorker

    L'interview de Leila Meacham.

    Ils en parlent aussi : Callixta, Claire, Lady K, Rose, Fariboles.

    Vous aimerez sûrement :

    La tétralogie Les soeurs Deblois de Louise Tremblay d'Essiambre (Charlotte, Emilie, Anne, Le demi-frère)

    La tétralogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent)

    La tétralogie d'Anna Godbersen : Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses

    Les secrets de Summer street de Cathy Kelly

    La trilogie de Katherine Pancol : Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

    Extraits :

    Pourquoi la vie semblait-elle commencer alors qu'elle arrivait à son terme ?

    ...

    Ne vous inquiétez pas pour moi. Je sais que je me comporte un peu bizarrement, aujourd'hui, mais c'est bon de faire ce qu'on veut, parfois.

    ...

    - J'apprends à ne rien espérer de ce que je ne peux pas contrôler, rétorqua-t-elle en luttant contre ses larmes.

    ...

    "Quand une femme qui n'est pas ta mère te regarde partir sous le porche, tu peux être sûr qu'elle éprouve pour toi plus que de la sympathie."

    ...

    Un homme sans rêves est un homme qui ne vit plus.

  • Enig Marcheur de Russel Hoban

    enig marcheur.jpgÉditions Monsieur Toussaint Louverture - 289 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans un futur lointain, après que les feux nucléaires aient ravagé le monde - le Grand Boum -, ce qui reste des hommes est retombé à l'âge de fer, leur survie sans cesse mise en péril par les chiens mangeurs d'hommes et les autres clans. La gnorance, la preuh et les superstitions ont pris le pouvoir. La langue n'est désormais plus qu'un patois menaçant et vif dans lequel subsiste par fragments les connaissances du passé. C'est là qu'Enig Marcheur, douze ans, va prendre la décision inédite de coucher par écrit les aventures hors normes qu'il mène à la poursuite de la Vrérité en revenant sur les pas des hommes à l'origine du Sale Temps. Road-moavie monty-pychonesque, Enig Marcheur est avant tout une oeuvre profondément humaine qui s'interroge tout à la fois sur la survie, les croyances, la politique, la manipulation et l'espoir. Raconté avec les mots d'un enfant dans la seule langue qu'il connait, ce livre propose un voyage intimiste d'une rare intensité dans des contrées menaçantes. Publié pour la première fois en 1980, qualifié de chef d'oeuvre, de livre culte et classique, ce roman post-apocalyptique, défi de traduction à la croisée des univers de Vonnegut, Pynchon, Self et McCarthy, est pour la première fois proposé en parlénigm.

    Ma note :

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    Broché : 20 euros

    Un grand merci aux Éditions Monsieur Toussaint Louverture pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre hors norme.

    Avant de lire Enig Marcheur, je pensais, comme à n'en pas douter nombre de lecteurs, qu'il n'y avait que deux sortes de livres : ceux que l'on a aimés, dont on se souviendra et ceux que l'on n'a pas appréciés, que l'on a peut-être même pas finis et que l'on oubliera. Une dichotomie à laquelle on peut ajouter une subdivision si l'on prend en compte la portion non négligeable de livres qui nous ont fait passer un agréable moment mais dont on ne garde au final pas le moindre souvenir.

    Enig Marcheur m'a fait prendre conscience de l'existence d'une autre catégorie de livres. Ceux qui, indifféremment à la perception, à l'appréciation, s'ancrent dans les souvenirs de manière indélébile. Qu'on les adore ou qu'on les déteste, qu'on les lise du début jusqu'à la fin ou qu'on ne fasse que les effleurer, jamais, ils ne sortent jamais plus des esprits qu'ils ont touchés. Ils restent définitivement gravés en mémoire.

    Mais alors, pour quelles raisons des livres tels Enig Marcheur s'inscrivent-ils dans les annales littéraires ? Tout simplement parce qu'il s'agit de véritables Objets Littéraires Non Identifiés. Des livres absolument conceptuels qui, sans forcément révolutionner les Lettres, marquent en avant et un après.

    Sur le fond, Enig Marcheur n'a ainsi rien d'excessivement original : un roman d'anticipation post-apocalyptique - un de plus -, une quête initiatique - nullement la première -, une critique de l'Homme et des sociétés - déjà vu ! Rien donc ne semble différencier ce roman des autres du genre. Et pourtant. Si Enig répond dans les grandes lignes aux classiques, sa forme, elle, est bien unique.

    Russel Hoban a su faire de son roman une création digne de l'OuLiPo, un livre original écrit de bout en bout dans une langue artificielle : le parlénigm. Car qu'on se le dise, la langue, à l'instar de l'humain, n'est nullement figée dans le temps ni dans l'espace. Le vieux Français ou encore le langage SMS suffisent à le prouver.

    Si ce sabir semble a priori sceller l'impénétrabilité du roman, l'adaptabilité - faculté dit-on première de l'homme - prend vite le pas et l'oeil fait très rapidement la mise au point. La langue hors norme devient quasi instantanément naturelle.

    Alors certes, la lecture est tout de même un brin plus ardue et nécessite un effort de concentration spécifique. Mais si l'on lit incontestablement plus lentement qu'habituellement, on le lit bel et bien ce parlénigm ! Saluons d'ailleurs la prouesse du traducteur !

    L'on pourrait penser que le message nécessitant l'invention d'un dialecte est pour le moins crucial. Mais, comme énoncé ci-dessus, le fond d'Enig n'a pas vocation à bouleverser l'ordre établi. Simplement à rappeler à l'homme qu'il court à sa perte et que si l'occasion lui était donnée, il recommencerait certainement encore et encore, il reproduirait sempiternellement les mêmes erreurs (guerre, nucléaire, pouvoir, conquête...). Fatalisme ou réalisme ? A tout le moins, désespérant...

    Ce qui serait vraiment révolutionnaire serait la prise de conscience... Mais cela signifierait que l'homme n'est pas naturellement mauvais... Improbable, n'est-il pas ?

    Quoiqu'il en soit, l'expérience d'Enig Marcheur vaut vraiment le coup d'oeil, ne serait-ce que pour voir si l'on est bien capable de le prendre ; le coup.

    "C'est un livre sur l'illusion du progrès, un livre sur ce rêve humain et confus qu'est l'Histoire, un livre sur les différentes facettes de la conscience. C'est un livre grandiose, un livre exigeant, un livre déstabilisant." Will Self

    Ils en parlent aussi : Les voltés anonymes, Racines, Laure, Joël, L'ivre mot, .

    Vous aimerez sûrement :

    Là où vont nos pères de Shaun Tan

    Peste de Chuck Palahniuk

    Lunerr de Frédéric Faragorn

    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Extraits :

    Ce n’est pas un livre sur le passé travesti en roman sur l’avenir. C’est un livre sur l’illusion du progrès, sur ce rêve collectif et confus que l’humanité nomme «Histoire», sur ce que pourrait être la conscience. (Préface de Will Self)

    ...

    Elle m'a chanté ça à l'oreille en suite on est partis de jambon l'air en ho du poss de garde. Elle été la plus vieille de notre foul mais sa voyx été pas vieille. Du coup le ress d'elle a semblé jeune un moment. C'été une froa nuyt mais ça a chauff dans ce sac a pionce.

    ...

    Bon je peux pas être sûr si j'avais la moindr de ces ydées à l'espryt àvant qu'elle m'en parl mais depuis on diré que ça a tout jour été là. On diré que j'ai tout jour pensé à cette chose en nous qui nous pense mais qui pense pas comme nous. Notre vie en tiers est une ydée quon a pas pensé on sait pas nonplus ce que c'est. Tu parles d'une vie.

    C'est pour ça que final ment j'en suis venu à écrire tout ça. Pour penser à ce que l'ydée de nous purait être. Pour penser à cette chose qu'est en nous ban donnée et seulitaire et ivrée à elle même.

    ...

    Je pense que ça fait pas de diff errance par où on des bute quand on narr une chose. On sait jamais où ça a des butté vrai ment. Pas plus qu'on sait où on a des buté soi même. On peut bien çavoir le lieu et le jour et l'heure du jour de sa naissence. On peut même çavoir le lieu le jour et l'heure où on a été eu. N'en pêche ça veut rien dir. On sait pas pour au temps où on a des buté.

    ...

    Les ptits Môm zantant en conrt bas. Jouant à la Meute Noire :

    Plaie Lune Plaie Lune

    Plaie Lune ta la frouss

    Suiveuri Suiveurou à tes trouss

    Ou hou hou Youp Yarou

    Suiveuri Suiveurou suiveur jusqu'où

    S'ils te trappent tu sais

    Tu seras en gloupsé

    ...

    L'en demain matin en me rveillant j'ai a 1/2 cru que peu dêtre ça avété un rêve. Comme quand quelq chose de rible rive dans un rêve en suite tu te rveilles et cété rien quel soulâge ment. Mais quand eum suis rveillé à fond cété bien là. Non pas que cété si très rible mais cété pas rien non plus.

    ...

    Jai fait entrer Lecouteur et l'ai couvert avec son sac à pionce en suite je l'ai peu lotoné au mi lieu de tous les chiens mouillés. Au chauff et tout confor en plus la schlingue c'été quelq chose qui pouvé te des foncé même pas bsoin de fhumer. Au bout d'un tant eum suis dit quil y avé peu dêtre aussi une aurt odeur là dedans mais j'ai papu dire ce que cété. J'ai comptine hué à radariser tentif un long long tant en suite eum suis dit que j'allé moi aussi me prendre un peu de somnol.

    ...

    Couac tu cherch tu en trouvveras jamais le des buts c'est pour ça que tu riveras tout jour trop tard. La seule chose que tu trouvveras cest la fin des choses. Couac il rivera ce sera  ce que tu voulé pas qu'il rive. Touss qui rivera pas ce sera ce que tu voulé qui rive. A toi de choizir à ta guiz tu auras ce que tu veux pas.

    ...

    De fil en aiguille, ce langage vernaculaire avec lequel je me suis retrouvé a fini par me sembler parfaitement plausible ; la langue n'est pas un monolithe, et les mots charrient souvent des sens tombés depuis longtemps en désuétude. Le langage n'Enig n'est au fond qu'une version effondrée et tordue de l'anglais classique, si bien qu'en prononçant à voix haute et avec un peu d'imagination le lecteur devrait être capable de le compendre. Techniquement parlant, cela correspond bien à l'histoire car cela ralentit le lecteur au rythme de compréhension du héros. (Postaface de Russel Hoban)

  • Home de Toni Morrison

    Christian Bourgois Éditeur - 152 pageshome.jpg

    Présentation de l'éditeur : Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950. « Home est un roman tout en retenue. Magistral. [...] Écrit dans un style percutant, il est d'une simplicité trompeuse. Ce conte au calme terrifiant regroupe tous les thèmes les plus explosifs que Morrison a déjà explorés. Elle n'a jamais fait preuve d'autant de concision. C'est pourtant dans cette concision qu'elle démontre toute l'étendue et la force de son écriture. » The Washington Post « Ce petit roman envoûtant est une sorte de pierre de Rosette de l'œuvre de Toni Morrison. Il contient en essence tous les thèmes qui ont toujours alimenté son écriture. [...] Home est empreint d'une petite musique feutrée semblable à celle d'un quatuor, l'accord parfait entre pur naturalisme et fable. [...] Mme Morrison adopte un style tranchant qui lui permet de mettre en mots la vie quotidienne de ses personnages avec une précision poétique. » The New York Times

    Ma note :

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    (10/20)

    Broché : 17 euros

    Non encore disponible au format poche

    Ebook : 11,99 euros

    Un grand merci à Christian Bourgois Éditeur, la librairie Decitre et PriceMinister pour m'avoir offert la possibilité de découvrir ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2012.

    La sortie d'un livre de Toni Morrison ne passe jamais inaperçue, a fortiori quand sa parution est programmée à l'occasion de la rentrée littéraire et que, concomitamment, l'auteur est l'invitée d'honneur du Festival America de Vincennes. Évidemment, quand on est romancière depuis quatre décennies, professeur de littérature, éditrice, lauréate du Prix Pullitzer 1988 et la première femme noire à avoir reçu le Prix Nobel de littérature en 1993, nul besoin du soutien de ces événements littéraires. Disons qu'ils ne font que renforcer un enthousiasme déjà marqué à l'endroit d'une femme de lettres émérite à l'oeuvre saluée.

    Si l'engouement pour Home n'a pas été absolu - peut-il l'être jamais ? -, il fut pour le moins massif. Pour ma part, je serai plus nuancée.

    Je ne connais pas suffisamment l'oeuvre de l'écivain pour me rallier à la critique du New York Times (cf présentation de l'éditeur ci-dessus). J'en sais néanmoins suffisamment pour savoir que l'exploration de la condition des Noirs américains est la clé de voûte de son travail. Toni Morrison s'est, au fil du temps, inscrite dans les paysages littéraire et militant comme la voix de la communauté noire américaine qui narre et dénonce mieux que personne les clivages entre Noirs et Blancs, sans pour autant jamais tomber dans une écriture revancharde, enragée, face aux horreurs historiques de l'esclavage, de la ségrégation et de la discrimination.

    Pourtant j'ai eu du mal à identifier cet engagement, ce parti pris dans Home. Certes, elle met en scène dans ce dernier roman diverses situations qui ont vocation à dépeindre les "moeurs" américaines de l'époque et représenter sans concession quoiqu'avec une infinie pudeur la répugnance des faits ainsi que la condition misérable et les injustices multiples subies par les noirs.

    Mais là où certains saluent l'évolution, la maturité de sa plume vers un style épuré et subtil qui dit tout en quelques mots, j'y ai davantage vu pour ma part une trop grande concision, même si je reconnais sa faculté de suggestion et le potentiel évocatoire de ses silences. Mais je reste convaincue qu'ici, l'écriture quasi ellipitique fait perdre en puissance, en intensité et qu'il est difficile de fait de s'émouvoir plus qu'un instant là où tout un chacun devrait être horrifié par ce qu'il lit. Finalement, si parfois épurer permet de renforcer l'impressivité, le risque est aussi d'aboutir à l'inverse absolu, à un ensemble édulcoré laissant relativement indifférent. C'est en l'occurrence le regrettable sentiment que j'ai éprouvé en lisant Home. Je note toutefois que cet aspect fondamental d'une écriture retenue, typique de Toni Morrison, appelant à une nécessaire lecture entre les lignes, est beaucoup plus intelligible, moins complexe que dans son livre Love.

    Au final, la fresque d'une époque et d'une condition, annoncée comme un sujet central, est à mes yeux grandement reléguée en arrière-plan, le thème de la situation des Blacks est bien trop succinctement traité. Malgré tout, l'histoire, qui est donc avant tout celle d'un frère et d'une soeur faisant chacun leur route loin de leurs blessures d'enfance et en quête de cette réconciliation d'avec eux-mêmes, est assez prenante bien qu'elle ne laisse pas de souvenir impérissable et qu'il soit difficile de réellement s'attacher aux personnages.

    Dans la balance d'appréciation, j'avoue être passée d'un bilan mitigé à la déception après avoir pris connaissance du papier paru dans Paris Match qui m'a étonnée pour ne pas dire choquée quant à certaines convictions de l'auteur ; elle prône par exemple l'absurdité de la mixité Noirs/Blancs dans les écoles.

    Je doute, après deux ouvrages qui ne m'ont ni l'un ni l'autre transportée, réitérer l'expérience de cette grande figure contemporaine des lettres américaines.

    Ils en parlent aussi : Leiloona, George, Natiora, Nelfesque.

    Vous aimerez sûrement :

    La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

    Les confessions de Nat Turner de William Styron

    Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur d'Harper Lee

    Tant que je serai noire de Maya Angelou

    Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    Extraits :

    Les époux qui avaient été agressés chuchotèrent entre eux ; elle, d'une voix douce, suppliante ; lui, avec insistance. Quand ils rentreront chez eux, il va la battre, se dit Frank. Et qui ne le ferait pas ? Être humilié en public, c'est une chose. Un homme pouvait s'en remettre. Ce qui était intolérable, c'est qu'une femme avait été témoin, sa femme, qui non seulement avait vu, mais avait osé tenter de lui porter secours - lui porter secours ! Il n'avait pas pu se protéger et n'avait pas pu la protéger non plus, comme le prouvait la pierre qu'elle avait reçu au visage. Il faudrait qu'elle paye pour ce nez cassé. Encore et toujours.

    ...

    Le manque de bon sens les irritait mais ne les surprenait pas. La paresse était plus qu'intolérable à leurs yeux : elle était inhumaine. Que l'on fût aux champs, à la maison ou dans son propre jardin, il fallait s'occuper. Le sommeil n'était pas fait pour rêver : il servait à rassembler des forces pour le jour à venir. La conversation s'accompagnait de tâches : repasser, éplucher, écosser, trier, coudre, réparer, laver ou soigner. On ne pouvait apprendre la vieillesse, mais l'âge adulte était là pour tous. Le deuil était utile, mais Dieu valait mieux et elles ne pouvaient pas retrouver leur Créateur en ayant à rendre compte d'une existence vécue en vain. Elles savaient qu'Il poserait à chacune d'elles une seule question : "Qu'as-tu fait ?"

    ...

    Ne compte que sur toi-même. Tu es libre. Rien ni personne n'est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne.

    ...

    Cela ne tenait donc qu'à elle. Dans ce monde, parmi ces gens, elle voulait être l'individu qui n'aurait plus jamais besoin d'être secouru. (...) Exposée ou non aux rayons du soleil, elle voulait être celle qui se secourait elle-même. Avait-elle un cerveau, oui ou non ? Regretter n'arrangeait rien, s'en vouloir non plus, mais réfléchir, peut-être. Si elle ne se respectait pas elle-même, pourquoi quelqu'un d'autre devrait-il le faire ?

  • Rentrée littéraire : Dessous de Leela Corman

    Editions çà et là - 204 pagesdessous.jpg

    Présentation de l'éditeur : Dessous décrit la vie tumultueuse de deux soeurs jumelles, Esther et Fanya, issues de la communauté juive du Lower East Side new-yorkais du début du XXe siècle. Leur mère tient un atelier de confection et trompe sans vergogne son mari, un homme effacé. Peu enclines à reprendre le commerce maternel, les deux soeurs s'éloignent du giron familial dès l'adolescence. Fanya est embauchée par une sage-femme avorteuse qui fera son éducation scolaire et politique. Esther, fascinée par les danseuses d'un théâtre burlesque local, prend des cours de danse tout en travaillant comme bonne à tout faire dans la maison close attenante au théâtre. Les chemins des deux soeurs, pourtant très liées l'une à l'autre, vont progressivement diverger. Avec Dessous, Leela Corman décrit les difficultés de cette population immigrante à la veille de la grande dépression, mais brosse surtout le magnifique portrait de deux femmes libres et farouchement indépendantes.

    Merci à la bibliothèque en ligne Libfly et aux éditions çà et là de m'avoir donné l'opportunité de découvrir ce livre dans le cadre de l'opération La voie des indés.

    La couverture rappelant l'univers de Marjane Satrapi m'a attirée au premier coup d'oeil. C'est ensuite, davantage encore que le résumé, le fait que ce soit le premier roman graphique de l'auteur qui m'a interpellée ; j'aime ô combien les premières oeuvres.

    Dans Dessous, Leela Corman nous plonge dans le Lower East Side New Yorkais du début du XXe siècle et nous embarque par moment dans la Russie de la fin du XIXe. Traitant des moeurs d'une époque en général et de celle de la communauté juive en particulier, c'est avant tout la condition féminine dont l'auteur parle en nous faisant suivre les pas d'Esther et Fanya, jumelles fusionnelles que les hasards de la vie aux apparences anodines vont pourtant séparer. Malgré des existences radicalement opposées, nos deux intenses et puissantes héroïnes conservent une identique ambition : celle de rester maîtresses de leurs destinées, au mépris des conventions et au risque de se perdre en chemin...

    De ces destins entrelacés, Leela Corman brosse un portrait de l'émancipation des femmes au cours d'une époque en mouvement et au coeur d'un monde sans concession souvent violent à leur endroit. Pas une des grandes thématiques féministes ne manque à l'appel : éducation, mariage forcé, prostitution, avortement...

    Le décor tout de noir et de blanc très Art déco retranscrit parfaitement l'atmosphère de l'époque, symbolise la rudesse de la vie d'alors aussi bien que le caractère austère de la culture évoquée. La documentation pointue sur laquelle s'est appuyée l'auteur est sublimée par des illustrations très détaillées - notamment en ce qui concerne les scènes de rue et les tenues - infiniment esthétiques.

    Comme l'Histoire nous l'a déjà conté - et nous le narre encore -, la libération de la femme s'est faite dans la douleur. Pas de surprise donc, Leela Corman, comme pour son trait, construit son fond sur la noirceur. Sûr, l'on ne ressort pas indemne de cet hymne à la liberté, mais qu'il est bon de se faire cabosser quand il s'agit d'humanité ! Entre justesse et sensibilité, cette lecture pleine de sens n'a qu'un seul petit défaut : l'absence de traduction de la plupart des termes yiddish employés, même si cela ne gène en aucun cas la lecture.

  • Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Editions Michel Lafon - 363 pagesles enfants de la paranoia.jpg

    Présentation de l'éditeur : Règle un : on ne tue pas les innocents. Règle deux : on ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans. Depuis des siècles une guerre clandestine, ignorée du commun des mortels, oppose deux anciens clans qui se déchirent au nom du Bien et du Mal. Des deux côtés : des assassins endoctrinés et entraînés dès leur plus tendre enfance à haïr et détruire le camp adverse. Joseph, vingt-trois ans, est l'un de ces tueurs d'élite. Il ne connaît qu'une réalité : tuer ou être tué. Mais alors qu'il retrouve ses deux plus proches amis pour quelques jours de vacances dans le New Jersey, il tombe dans une embuscade. Echappant de peu à ce piège mortel, il est envoyé en mission à Montréal où il rencontre Maria, une jeune innocente de dix-sept ans. Pour la première fois, Joseph découvre l'amour... et le doute. S'il veut protéger la femme qu'il aime, il doit abandonner la vie qu'il a toujours connue et trahir ses frères d'armes. Osera-t-il transgresser les règles ?

    Merci aux Editions Michel Lafon de m'avoir offert la possibilité de découvrir cette saga.

    Ce roman trompeur m'a surprise à plus d'un titre.

    Pour commencer, ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Primo, ne vous fiez pas à la couverture aux allures de roman jeunesse, il n'en est rien. Je dirais de ce livre qu'il n'est pas conseillé à des lecteurs de moins de 16 ans.

    Segundo, ne pensez pas que vous obtiendrez le fin mot de l'histoire en refermant la couverture. Aucune indication en jaquette, pas plus qu'en postface et pourtant, il s'agit bien du premier tome d'une trilogie - même s'il serait concevable que l'histoire s'en tienne là malgré les interrogations laissées en suspens.

    Enfin et surtout, ne croyez pas que vous allez vous embarquer pour un thriller manichéen s'appuyant sur le cliché de l'opposition entre le bien et le mal même si le choix des prénoms des protagonistes (Joseph, Maria, Christopher) laisse un peu à désirer. L'histoire n'est ni gentillette, ni banale.

    Ces points étant éclaircis, je dirais que le plus surprenant de ce roman est bien sa qualité.

    Enfants de la paranoïa est un récit oppressant et sombre qu'il est difficile de lâcher tend il vous prend aux tripes dès les premières pages. Ecrit sous forme de journal, il nous fait suivre le parcours du "soldat" d'une guerre dont les tenants et les aboutissants sont obscurs tant pour le lecteur que pour ceux qui la mènent et la subissent. Tout au long de la lecture, on s'interroge sur le bien-fondé du combat en avançant au rythme angoissant du tueur. Grâce un subtil mélange de suspens, de violence et de romance, l'auteur nous plonge dans une chasse à l'homme prenante parfaitement rythmée. La narration est servie par une écriture soignée et fluide, simple et efficace. Les personnages sont attachants même si l'ambiguïté demeure sur leur réelle bonté. L'atmosphère très noire, très fataliste, sans note d'humour pour alléger l'ambiance, permet de ressentir au plus prêt les doutes, les angoisses et la paranoïa des personnages. Les forts sentiments suscités font froid dans le dos et coupent le souffle. L'auteur relève ici le défi d'en dire assez pour nous impliquer avec force dans l'histoire sans en dire trop pour que les tomes suivants soient à la hauteur de ce premier opus. Ce qu'on ne peut qu'espérer...

    Le plus de cette lecture entre polar et fantastique est d'offrir deux niveaux de lecture. L'on peut se contenter de l'aventure bourrée de suspens, de l'histoire palpitante de survie sanglante. Mais l'on peut également passer au-delà de l'intrigue et lire une véritable critique de notre société. L'auteur, par ses partis pris, fait de son roman une allégorie sartrienne selon laquelle l'enfer, c'est les autres. Il dénonce métaphoriquement avec beaucoup de justesse l'absurdité de la violence, le fait que les soldats de toutes les guerres, de tous les camps, sont persuadés de se battre pour la justice, sans trop savoir laquelle. Il met également en évidence la manipulation des gouvernements qui utilisent la paranoïa, la peur et le désir de vengeance pour conserver leur pouvoir et la paix intérieure. Il critique magistralement notre époque avec ces guerres sans réelles valeurs, ces régimes manipulateurs et ces combattants fanatiques endoctrinés. Et surtout, il fait l'apologie du doute comme clé de la liberté - au moins morale.

    En bref, j'ai adoré le rythme, le crescendo brillamment opéré et le final explosif qui m'a laissée abasourdie. Je n'ai qu'une hâte, c'est d'avoir les deux autres tomes. Mais comme pour toute saga, il faut s'armer de patience...

    A noter que les passionnés pourront continuer l'aventure en jouant aux enfants de la paranoïa sur l'Appstore. Souhaitons que cette petite application ingénieuse très bien marketée évolue au cours des sorties des prochains tomes de la trilogie.

    Extrait :

    - J'ai envie de toi, ai-je dit en te relevant et en t'embrassant.

    Puis je t'ai soulevée dans mes bras et je t'ai emportée dans la chambre. J'étais décidé à reprendre le dessus, mais tu l'étais encore plus à me conquérir. Nous sommes tombés sur le lit. J'ai essayé de me glisser entre tes jambes. Tu as déjoué ma manoeuvre, et tu m'as chevauché, les mains sur mon torse. J'ai saisi ta poitrine entre mes mains, passé mes lèvres et ma langue sur tes seins. Tu as étouffé un cri. Je voulais te regarder dans les yeux, mais je ne pouvais empêcher mon regard d'errer sur ton corps. Tu avais la peau pâle, mais sans défaut. Haletante, cambrée, tu étais là, nue devant moi. Si ton but était de me posséder, de me marquer à jamais comme ta propriété, il aurait été atteint, si je n'avais déjà été marqué à ton fer.