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Littérature américaine - Page 4

  • La maison d'hôtes de Debbie Macomber

    la maison d'hôtes.jpgÀ paraître le 15 mars 2013.

    Éditions Charleston - 350 pages

    Présentation de l'éditeur : Après la mort tragique de son mari, Jo-Marie décide de changer de vie et reprend une maison d'hôtes dans la petite ville de Cedar Cove : la Villa Rose. Sa première cliente, Abby, a survécu à un accident de voiture, dans lequel sa meilleure amie a trouvé la mort. Elle n'a jamais eu le coeur à retourner dans la ville où elle est née, jusqu'à ce jour, dix ans après l'accident. Josh, le second client, doit prendre en charge son beau-père, un vieil homme à présent, avec qui il ne s'est jamais entendu. Derrière les portes de la jolie maison d'hôtes, ces personnages inoubliables trouveront l'amour, le pardon et la possibilité d'un nouveau départ. Un roman chaleureux et touchant sur les destinées humaines, à lire bien douillettement sous sa couette, avec des personnages que l'on rêverait d'avoir comme amis, dans une ville où l'on aimerait vivre, et une intrigue délicieusement captivante.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Florence Bertrand.

    Ma note :

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    Broché : 19,90 euros

    Ebook : 12,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Charleston pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce roman en avant-première.

    Une maison d'hôtes. Un concept qui a le vent en poupe depuis quelques années. Mais la Villa Rose n'est pas un simple bed & breakfast comme tant d'autres. C'est un lieu magique où les cœurs brisés, les âmes en peine parviennent, grâce à l'étrange alchimie du lieu, à se reconstruire, à rebondir après que la vie les a jetés à terre. Mieux encore, ce havre de paix se situe dans une bourgade idyllique dans laquelle on aimerait vivre tant ses habitants sont accueillants, prévenants, amicaux et plus si affinités... Tout est orchestré pour que l'on se sente bien à Cedar Cove en général, à la Villa Rose en particulier.

    Sans tomber dans un absurde et peu crédible déni des difficultés intrinsèques à l'existence, l'histoire prouve qu'il ne faut jamais abandonner la partie, que l'espoir ne doit jamais s'éteindre car même si les blessures sont inévitables, tout finit toujours par s'arranger et les inexorables fins ne sont que préambules à d'autres commencements.

    Davantage encore qu'un écrin de sérénité emplie d'une atmosphère chaleureuse, le roman de Debbie Macomber est une leçon d'optimisme. En ces temps moroses - que l'on parle du contexte général ou simplement de météo -, ce n'est vraiment pas un luxe ; j'irais même jusqu'à dire que c'est une indispensable médication qui mériterait d'être remboursée par la Sécurité sociale. De la littéra-peuthique, en somme ! Bref, un concentré de bonnes ondes à ne pas manquer.

    Alors d'accord, c'est assez convenu, l'on sait exactement - ou presque - où l'on va... Mais à l'ère de l'incertitude angoissante globalisée, qui oserait dire qu'il n'a pas besoin d'une petite dose de tranquillité, de sécurité, de convictions ? Et c'est exactement ce que fait La maison d'hôtes : ce roman console, apaise. L'on sort complètement rasséréné de ce roman choral touchant. Ce ne sont pas de simples personnages attachants que l'on quitte en refermant ce livre, ce sont de véritables amis, une famille.

    Le maître mot de cette histoire étant l'optimiste, nul adieu en perspective mais un simple au revoir puisque La maison d'hôtes n'est que le premier volet de six tomes constitutifs de la saga Retour à Cedar Cove... Il y a fort à parier que les prochains épisodes de cette romance seront aussi parfaitement maîtrisés par celle qui compte comme l'une des reines incontestées du roman féminin.

    L'interview de Debbie Macomber par les Lectrices Charleston.

    Ils en parlent aussi : Pauline, Artémis, Callixta, Fangtasia, Mle Alice.

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    Rien ne va plus, La poursuite du bonheur & L'homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy

    La tétralogie Les soeurs Deblois de Louise Tremblay d'Essiambre (Charlotte, Emilie, Anne, Le demi-frère)

    La tétralogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent)

    La tétralogie d'Anna Godbersen : Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses

    Les secrets de Summer street de Cathy Kelly

    La trilogie de Katherine Pancol : Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

    Extrait :

    L'adolescente insouciante d'autrefois est morte (...). Sa vie entière a changé après l'accident - et même sa personnalité. Avant, elle était sociable, amicale, elle aimait s'amuser. Elle est devenue réservée, sombre, silencieuse.

  • Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

    À paraître le 13 février 2013.du bleu sur les veines.jpg

    13e Note Éditions - 315 pages

    Présentation de l'éditeur : Voici le portrait d’un jeune Anglais échoué à L.A. et dont la vie bascule sans transition de la scène musicale au quotidien des junkies et à l’univers de la rue. Au-delà du thème de l’addiction, Tony O’Neill évoque l’essentiel : notre capacité à rester honnêtes et authentiques dans un monde qui ne nous le permet plus vraiment. Notre héros a de gros soucis : une femme qu’il connaît depuis deux jours à peine, pas de job, pas d’argent et un budget stupéfiants ayant explosé depuis longtemps toutes les limites, dans un Los Angeles qui n’a jamais fait de concessions aux égarés. Mais là n’est pas le principal intérêt du roman. Oui, on y trouve des histoires de deals, d’amitié perdue, de souffrance, de sexe et de relations superficielles. Bien sûr il y a les motels pourris, les crises de manque, les cliniques de méthadone et la recherche permanente du high. Et non il n’y a aucun romantisme, aucune morale, et pas de retour des ténèbres vers la lumière. Mais ce douloureux et croissant besoin de dope, qui vous fait pactiser avec le Diable, est aussi une quête sans fin pour trouver un sens à sa propre vie. Et c’est ce qui propulse Du bleu sur les veines bien au-delà du traditionnel parcours fléché « addiction / rédemption ». L’aventure d’un musicien-écrivain qui cherche en lui-même ce qu’il y a de plus précieux : l’amour.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Annie-France Mistral.

    Ma note :

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    Poche : 9,50 euros

    Un grand merci à 13e Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Trash, défonce, désenchantement, perdition, rejet de la société, du système, esprit underground... Si ces mots ont une résonance particulière en vous, il vous faut dès demain vous procurer la nouvelle parution des éditions 13e Note, Du bleu sur les veines de Tony O'Neill.

    D'une plume ardente à dix mille lieues d'une énième confession d'un mec ayant connu l'enfer de la drogue et trouvé le chemin de la rédemption, il raconte. La curiosité. La descente aux enfers. L'espoir.

    Il suffit de lire la présentation de l'éditeur ci-dessus ainsi que les deux extraits grassés ci-dessous pour appréhender la puissance de ce récit, dans l'esprit, quoique bien au-delà, du néanmoins incontournable Flash ou le Grand Voyage de Charles Duchaussois.

    Une fois troquée sa seringue contre sa plume, Tony O'Neill transcende un sujet déjà maintes fois traité avec plus ou moins d'intérêt. Ce musicien-écrivain drogué, dont la carcasse a plongé dans la crasse mais dont la plume a été touchée par la grâce, nous raconte donc avec la "clarté et la concision typiques des junkies" cette aventure au bout de lui-même guidée par le désir de fuir, d'oublier un monde en perdition. Il donne naissance à une écriture percutante qui ne "s'embarrasse par de fioritures".

    Il dévoile tout, ne cache rien, assume, un point c'est tout. Il relate sans concession cette folie. Tantôt pathétique, tantôt lâche, comme cette scène déroutante où, confronté à sa copine en pleine overdose, il se shoote, pique toute la dope et se tire, la laissant entre la vie et la mort. Même au coeur du coeur de l'horreur et de la déchéance, il arrive pourtant à faire de l'humour, plus souvent de l'ironie. Et finalement, dans toute cette noirceur, reste éternellement présent à l'esprit du poète, tout drogué qu'il soit, l'amour, seule immuable émotion porteuse de cet inextinguible espoir, qui peut détruire autant qu'il peut sauver.

    J'ai volontairement renoncé à inclure dans mes extraits les magnifiques descriptions des scènes de défonce qui, sorties de leur contexte, pourraient passer pour une apologie de la drogue. Ce serait trahir l'auteur qui ne souhaite ni vanter, ni condamner. Juste raconter. Expliquer le pourquoi et le comment de cette errance sans cesse répétée, aussi lucide qu'incontrôlable. De l'impuissante conscience.

    "Au long de ses phrases dévastatrices, les mots caracolent en furieuses résurgences". "Au fil de ces pages hurlantes", Tony O'Neill fascine autant qu'il apitoie voire dégoûte, mais "quelques lignes suffisent pour pièger le lecteur dans ce monde de freaks, de musiciens accros au crack, ce monde où, de motels sordides en appartements délabrés, les organismes éprouvés par la dépendance enchaînent deals malsains, overdoses, amours brisées."

    Une chose est sûre, l'on ne sort pas indemne de ce texte. Moins naïf, moins condescendant, moins apte à juger et condamner.

    Si l'on ajoute à cette magistrale narration une magnifique préface de James Frey intitulée "Le Dickens déjanté du XXIe siècle" ainsi qu'une postface exceptionnelle de Dejan Gacond accompagnée de deux photographies de Kit Brown, l'on se demande quelle excuse pourrait bien crédibiliser le fait de s'abstenir de cette lecture.

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    Extraits :

    (...) le vrai talent de Tony, c'est d'avoir su capter ce qui se passe dans la tête d'un junkie. La pulsion de mort d'un drogué, qui, vue de l'extérieur, peut paraître abyssale à qui tente de la comprendre, est ici analysée dans le détail à la perfection. Son refus d'emprunter les sentiers battus et rebattus des habituelles "confessions d'un héroïnomane" est rare et stimulant.

    ...

    Merci à tous ceux qui ont essayé cent fois de me tirer de la merde (...). Merci à tous les dealers qui ont été réguliers et ne m'ont pas arnaqué.

    Enfin, merci à tous les junkies, voleurs, putes, rebelles, ratés, partis-en-vrille, foutraques et dealers : nous sommes les derniers humains réellement libres sur cette planète contrôlée par les flics et les hommes politiques pourris. Il est grand temps que tout le monde s'oppose maintenant à LA GUERRE CONTRE LA DROGUE.

    ...

    Je suis au-delà de la vie et de la mort, au-delà de l'ennui et de la folie. Pendant que je dérive, suspendu dans mon paradis artificiel, je me fais une promesse. Si ça s'arrête un jour, si je m'en tire, j'écrirai tout. Je dois me souvenir de tout, je ne veux pas avoir vécu ces années pour rien.

    ...

    Pour couronner le tout, il y avait ce roman en suspens qui attendait au pied de mon lit, presque deux cents pages de masturbation intellectuelle complaisante. Il me narguait tous les soirs lorsque je me couchais et je craignais de ne jamais pouvoir le finir.

    ...

    Bien que je travaille à la maison, elle me prend pour un glandeur. Même si elle ne le dit pas, elle m'en veut de gagner autant d'argent qu'elle, simplement en écrivant deux heures par jour.

    ...

    Je regarde la télé. Je trouve le visage difforme de ces journalistex au brushing impeccable, trop nourris et trop bronzés, encore plus ridicules, hystériques et grotesques que d'habitude. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils disent, une bouillie idiote sans queue ni tête de ragots sur des people et de blagues nulles entre présentateurs minables. J'en viens à être presque nostalgique de la diction snob de ceux de la BBC. Eux au moins, on a pas l'impression de s'abrutir en les écoutant.

    ...

    C'était triste à voir. Il avait l'air d'un pantin. Il ne contrôlait plus rien de sa vie.

    ...

    Il a la profondeur de ceux qui ont ressenti dans leur chair la terrible absurdité de la vie et de la mort.

    ...

    - T'as dormi quand la dernière fois ?

    - J'ai fait une petite sieste dimanche.

    - Ca fait pas lourd depuis vendredi matin...

    - Mouais. Et alors ? Dormir, ça fait chier.

    (...)

    - RP, où est-ce que tout ça nous mène ?

    - À la mort. On va tous crever. Toute la ville va crever. Le monde entier va crever. Tu ne le vois pas ? Tu ne le sens pas ? On vie les derniers jours de Rome, l'empire s'effondre. Nous, on fait le seul truc qu'il nous reste à faire.

    ...

    Je me sens nul, archinul, j'ai regressé au point de me foutre de tout ce qui peut bien arriver.

    ...

    Je n'aurais jamais le cran de tenir ma promesse. Pire que ça, je n'aurais jamais assez de dignité pour le faire. Comment je peux continuer comme ça ? À foutre en l'air toutes mes chances, à tomber amoureux en me trompant perpétuellement de personne, à rater tout ce que j'entreprends, à poser des mines au lieu d'avoir la sagesse de me bouger le cul et de me tirer ! Le courage d'en finir dans une apothéose magnifique et pour une fois authentique ! Mais envisager le suicide me dépasse. Autant que ma vie s'achève comme elle s'est déroulée jusqu'à présent... à petit feu et dans une absolue absurdité.

    ...

    RP voit le bleu sur mon bras et me lance un coup d'oeil soupçonneux. Je le regarde droit dans les yeux ; rien n'est dit, mais il devient en une seconde le premier de la bande à savoir que je me shoote. Je le remercie de ne m'avoir jamais fait la morale. En bon épicurien qui se respecte, il ne se serait pas permis de balancer ce genre de conneries condescendantes.

    ...

    Ici, sur un coup de tête, je trempe mon doigt dans le sang qui me coule sur le bras et je peins un cadre autour du dessin fait par la shooteuse qui s'est mis à dégouliner. Je recommence et gribouille une signature illisible en dessous. Parfait ! Je suis le Jackson Pollock des junkies.

    ...

    Depuis, ma vie s'est transformée à toute vitesse. Mes amis ont considérablement changé d'attitude envers moi. Je ne leur ai pas caché ce que je faisais, résultat, je les ai vus de moins en moins.

    ...

    Très vite, je cesse complètement d'avoir envie de sortir dans les bars. Mes anciens potes m'ennuient. On ne s'intéresse plus aux mêmes choses depuis longtemps. Leur appétit insatiable pour l'alcool et le speed me tape sur les nerfs. Je trouve ça puéril. J'aime mieux rester chez moi, seulement moi, ma musique et ma came, que me joindre à leurs virées dans des clubs ou des fêtes. Je m'installe très rapidement dans cette routine solitaire. Je me réveille au milieu de la matinée, premier fixe, j'écris pendant quelques heures, deuxième fixe, et ensuite, prise de tête, il faut dégoter du blé pour aller pécho.

    ...

    Mais ça crée aussi une dépendance incontrôlable qui, tant qu'elle dure, pousse à faire n'importe quoi pour s'en procurer et éviter la descente. Dans ces cas-là, je suis absolument capable de voler mes amis, de leur mentir et de faire n'importe quoi pour en avoir encore. Rien à voir avec l'envie d'arnaquer. Il s'agit simplement de satisfaire un besoin irrépressible. Quand je n'ai plus de coke et que je disjoncte à la perspective de retomber dans un état normal, prendre en considération le bien et le mal me paraît un luxe ridicule.

    ...

    Dès notre naissance, nous sommes obligés de nous soumettre à des institutions complètement hypocrites et ridicules comme l'école, l'État, Dieu, la police, le gouvernement, le mariage, à des notions comme le travail, l'idéal du bon citoyen (comme si ça avait un sens), la santé mentale, l'éthique. Tout ça nous est imposé au fil du temps par les culs-bénits conservateurs qui ont transformé ce monde en une farce grotesque depuis qu'existe le concept de société. C'est pourquoi il est nécessaire, pour financer le train de vie de ces personnes, qu'une société stupide et malade continue à bosser, à payer des impôts et à aller mourir sur des champs de bataille. C'est une situation complètement artificielle. Elle crée une sorte de crise existentielle de masse, un trouble psychologique collectif qui se manifeste par des émeutes, des meurtres, des suicides et des guerres. La façon que j'ai choisie pour gérer cette pathologie a été de me shooter, l'alternative étant de commettre un massacre.

    ...

    - Je te promets, ça finit toujours par s'arranger, souviens-toi de ça, ça finit toujours par s'arranger.

  • Journal d'un dégonflé de Jeff Kinney

    journal d'un dégonflé.jpgÀ paraître le 7 février 2013.

    Tome 6 - Carrément claustro !

    Éditions du Seuil - 223 pages

    Présentation de l'auteur : Si le père Noël ne récompense que les enfants sages, Greg n'aura pas de cadeau cette année... Greg Heffley est dans le pétrin. Le collège a été vandalisé et il est le premier suspect ! Pourtant, il est innocent. Enfin, presque... L'enquête avance, et Greg n'est pas loin de se faire attraper. Mais une tempête de neige s'abat sur la ville, et les Henffley se retrouvent coincés chez eux. Quand la neige aura fondu, Greg sait qu'il devra faire face à une avalanche de problèmes... En attendant, quelle punition pourrait être pire que de rester enfermé avec sa famille pendant toutes les vacances de Noël ?

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Natalie Zimmermann.

    Ma note :

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    Broché : 11,50 euros

    Un grand merci aux Éditions du Seuil pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Pas moins de six tomes, quatre-vingts millions d'exemplaires vendus dans le monde et trois adaptations cinématographiques. Si j'avais bel et bien observé en librairie les effets du phénomène, je n'avais jamais pris le temps de plonger le nez dans cette série incontournable mettant en scène l'ado ordinaire le plus célèbre de la planète.

    Après avoir rattrapé mon retard, mon impression - impression d'adulte du haut de son âge semi canonique ayant pris l'habitude et le goût des sagas jeunesse répondant aux attentes de lecteurs plus mûrs que la cible primo-convoitée - mon injuste première impression disais-je aurait été : mouaif.

    Sauf que. Certains titres jeunesse ne sont parfois "que" ce qu'ils sont, à savoir des livres uniquement à destination de jeunes lecteurs. En me remémorant ce principe premier et en plaçant ce livre entre les mains de mes neveux (9 et 11 ans), alors là, ça fonctionne complètement ! Par nature lecteurs mais pas trop, ils ont tout de suite adhérés.

    La recette magique de ce Greg qui pourrait être le frère du Petit Nicolas ? La forme de son carnet de bord - parce que journal intime, c'est un truc de fille : un roman dessiné. Combien de débats/conflits adultes/enfants éclatant en librairie sur le thème "j'aime pas lire", "non, tu ne prends pas une bd, tu prends un vrai livre"...?

    Exit ces aberrants plaidoyers ! Avec Le journal d'un dégonflé, tout le monde est content, il y a du texte et des dessins. De quoi satisfaire les parents qui pensent que l'écrit mis en bulle n'est pas vraiment de la lecture et les enfants allergiques aux textes non illustrés. Un excellent compromis qui évite de dramatiquement ériger l'acte d'achat et de lecture en conflit familial.

    Les habitués retrouveront donc dans ce nouvel opus Greg, 12 ans, qui poursuit la narration de son quotidien en phrases et en illustrations ! Sa famille, ses amis, les cours, les filles... Tout y passe. D'aventures en mésaventures, ce journal n'est pas seulement la vie d'un jeune ado au jour le jour, c'est un véritable miroir générationnel qui permet à ses contemporains de s'identifier, de comprendre que ce qu'ils vivent est parfois fun, parfois moins, à la fois unique et universel. Bref, ça parle de grandir sur un ton léger et n'oublions pas qu'à cet âge, il est bon d'avoir un copain, même en papier, pour nous accompagner dans cette période aussi palpitante que bouleversante. Étant clair que les parents et autres vieux ne comprennent rien à rien, il est bien entendu que ce n'est pas sur eux que la jeunesse va s'appuyer...

    Mais Le journal d'un dégonflé, c'est avant toute chose une histoire profondément drôle. Avec un héros sarcastique pétri de mauvaise foi et jamais le dernier pour faire des bêtises et autres gaffes, il serait difficile de faire autrement... De quoi chasser la sinistrose et faire de la lecture un agréable moment de franche et intelligente rigolade, sans jamais tomber dans la vulgarité.

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    Le gentil petit diable & La sorcière de la rue Mouffetard de Pierre Gripari

  • Madame Hemingway de Paula McLain

    madame hemingway.jpgÉditions Buchet/Chastel / Livre de poche - 500 pages

    Présentation de l'éditeur : Chicago, octobre 1920. Hadley Richardson a 28 ans et débarque du Missouri lorsqu’elle fait la connaissance d’un jeune homme de 20 ans, revenu blessé de la Grande Guerre, Ernest Hemingway. Après un mariage éclair, ils embarquent pour la France et se retrouvent à Paris au cœur d’une « génération perdue » d’écrivains anglo-saxons expatriés – Gertrud Stein, Ezra Pound, James Joyce, Scott Fitzgerald… Rive gauche, entre l’alcool et la cocaïne, la guerre des ego, les couples qui se font et se défont et la beauté des femmes, Ernest travaille à son premier roman : Le soleil se lève aussi, qui lui apportera consécration et argent. Mais à quel prix ? Hadley saura-t-elle répondre aux exigences et aux excès de son écrivain de mari ? Pourra-t-elle rester sa muse, sa complice, son épouse ?

    Ma note :

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    Broché : 24,35 euros

    Poche : 7,60 euros

    Ebook : 7,99 euros

    Un grand merci aux Éditions du Livre de poche pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    J'ai horreur d'Hemingway ! J'ai beau tenter et retenter, rien à faire, je n'aime pas son écriture. Être considéré comme l'un des géants des lettres américaines n'épargne nullement de jamais faire l'unanimité. En cela, j'ai découvert - il n'y a pas de hasard - rejoindre mon auteur préféré, John Irving, également insupporté par ce style qui, sous couvert de retour à l'essentialité de l'écriture, n'appelle pas un chat un chat, ne dit jamais clairement les choses.

    Pourquoi donc choisir de lire Madame Hemingway ? Primo, parce que ce n'est pas de lui - ah ah. Segundo, parce que le livre prend le parti de se concentrer sur Madame et que je suis une inconditionnelle des destins de femmes. Ensuite et c'est étrange, comme pour l'autre célèbre couple de la Génération perdue, les Scott Fitzgerald, si je ne goûte pas l'oeuvre de ces monstres littéraires, j'adore en revanche me plonger dans leurs vies. Indépendemment de la qualité de leurs oeuvres à l'aune de ma propre subjectivité, je suis fascinée par l'existence des artistes - des personnalités illustres en général - qui semblent sucer la substantifique moelle de la vie, aimer et souffrir mieux que personne et dont les gestes les plus ordinaires paraissent dix mille fois plus exhaltants que ceux du commun des mortels.

    Bien que romancées, ces biographies brodées sont fidèlement bâties autour des éléments d'histoire réels des personnages célèbres qu'elles mettent en scène. L'avantage des libertés romanesques étant d'appréhender le sujet de manière plus agréable qu'un ouvrage purement factuel. Ici donc, l'on découvre Ernest avant qu'il soit Hemingway par le prisme d'Hadley Richardson, première de ses quatre épouses, première à avoir cru en lui et ayant contribué à le révéler ; à lui-même, au monde entier.

    C'est toute l'intimité d'un couple fusionnel qui est dévoilée dans ce roman : celle d'un jeune homme de vingt ans, ambitieux et inspiré mais aussi profondément transformé par la guerre et celle d'une femme de presque trente ans qui ne pouvait espérer mieux dans son existence morne que d'être ériger au rang de muse.

    Mais l'intensité de cette relation n'a d'égale que celle de sa fin annoncée. Comment supporter éternellement les humeurs d'un homme dévasté par la guerre (et surtout bipolaire non diagnostiqué) dans les yeux duquel elle voit cette lueur du regard de son père suicidé ? Comment surmonter les assauts d'une époque vibrante et excessive ? Comment rivaliser avec ces modernes garçonnes séductrices ? Comment concurrencer les sirènes du succès ?

    Paula McLain entraîne le lecteur à la suite d'Hadley, elle-même à la suite de Papa Hem, à ce moment charnière où tout va commencer pour lui. De Schruns en Autriche à Pampelune en passant par le sud de la France ou encore et surtout au coeur du Paris littéraire des Années folles envahi par les écrivains anglo-saxons exilés qui se côtoient autant qu'ils se confrontent (Stein, Pound, Joyce, Fitzgerald...), l'on observe les couples qui se font, se défont, embrumés par les vapeurs d'alcool et les codes changeants des amours revisitées. Entre séquelles psychologiques de la Grande Guerre et émulation de la Rive Gauche, l'on découvre un Hemingway torturé, égocentré, parfois tendre, souvent cruel, à la hauteur de ce que l'on imagine ; mais surtout le destin d'une femme, amie, amante, mère, inspiratrice qui sacrifiera beaucoup d'elle-même pour affronter les affres de la création du grand amour qui l'aura sauvée et la perdra. La puissance de ce récit féminin est renforcée par les quelques chapitres en italique sous la plume, dans les pensées de l'écrivain aux carnets Moleskine.

    Après lecture, je n'ai pas tellement plus de sympathie pour Hemingway, voire un peu moins... Je vais pourtant me lancer dans Paris est une fête qui prend depuis trop longtemps la poussière dans ma bibliothèque et dont Paula McLain s'est largement inspirée. Parce que Madame Hemingway m'a tellement transportée que j'ai envie de rester dans le sillage de ce couple phare d'une époque parisiano-artistique tourbillonnante. Cette course à l'idéal, à la perfection, à la vérité, dans la vie comme dans l'oeuvre - quête que l'on retrouve chez nombre de couples d'artistes - est tout bonnement envoûtante.

    Bref, Madame Hemingway est l'un des titres poche phares de cette rentrée littéraire d'hiver, que l'on dévore avec délice et que l'on regrette de finir trop vite.

    Ils en parlent aussi : Gérard Collard, Virginie, Lili Galipette.

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    Loving Frank de Nancy Horan

    Ciseaux de Stéphane Michaka

    L'aimer ou le fuir de Delphine de Malherbe

    Extraits :

    J'ai eu beau essayer de guérir de Paris, il m'a bien fallut admettre un jour qu'on ne s'en remet pas.

    ...

    Il disait souvent qu'il était mort à la guerre, l'espace d'un instant ; que son âme avait quitté son corps comme un mouchoir de soie se serait échappé de sa poche de poitrine et flotterait dans les airs. Elle était revenue sans qu'on la rappelle et je me demandais souvent si écrire, pour lui, n'était pas un moyen de savoir que son âme était bien là en fin de compte, de retour à sa place. Une façon de se dire à lui-même, sinon à quelqu'un d'autre, qu'il avait vu ce qu'il avait vu, ressenti ces choses terribles, mais qu'il était vivant quand même. Qu'il avait rendu l'âme, mais qu'il n'était plus mort.

    ...

    Il y avait des gens intéressants partout alors. Les cafés de Montparnasse en étaient pleins, des peintres français, des danseurs russes, des écrivains américains.

    ...

    Tout le monde ne croyait pas au mariage à l'époque. Se marier signifiait que vous aviez foi dans l'avenir et aussi dans le passé - que l'histoire, la tradition et l'espoir pouvaient rester soudés pour vous élever. Mais la guerre était venue qui s'était emparée de tous le garçons bien, de notre foi aussi. Il ne restait que l'instant présent, qu'à s'y jeter sans penser au lendemain, et encore moins à toujours. Pour vous empêcher de penser, il y avait l'alcool, un océan d'alcool, et tous les vices habituels et bien assez de cordes pour vous pendre. Mais un petit nombre d'entre nous, très peu en fin de compte, ont parié sur le mariage contre toute attente. Et, sans vraiment me voir comme une chose sacrée, je sentais bien que ce que nous vivions était rare et authentique - et que nous étions en sécurité dans ce mariage que nous avions construit et construisions encore chaque jour.

    ...

    Je pensais me marier ou me trouver un métier comme mes condisciples. Elles étaient dévenues de jeunes mères soucieuses, institutrices, secrétaires ou conceptrices-rédactrices publicitaires en herbe, comme Kate. Quelle que soit leur situation, elles vivaient leurs vies, se lançaient, faisaient leurs propres erreurs. Moi, sans savoir pourquoi, j'étais restée en rade, coincée quelque part - bien avant la maladie de ma mère - et je ne savais pas très bien quoi faire pour me libérer.

    (...) C'était terrible de se sentir aussi vide, comme si je n'étais rien. Pourquoi n'arrivais-je pas à être heureuse ? Et d'ailleurs, c'était quoi, au juste, le bonheur ? Pouvait-on le feindre, comme le suggérait Nora Bayes ? Pouvait-on le forcer comme un bulbe de fleur au printemps dans sa cuisine, ou se frotter contre lui à une soirée à Chicago et l'attraper comme un rhume ?

    ...

    Je n'avais jamais rencontré quelqu'un d'aussi vibrant et plein de vie. C'était de la lumière en mouvement. Il n'arrêtait pas de bouger - ou de penser, ou de rêver, semblait-il.

    ...

    Je n'ai pas appris à nager, ni couru ni joué dans le parc comme le faisait mes amis. Non, moi je lisais des livres, bien au chaud dans le fauteuil du petit salon, près de la fenêtre aux tentures bordeaux, baignant dans la lumière colorée des vitraux. Au bout d'un certain temps, j'ai cessé de lutter, même intérieurement, contre le calme qui m'était prescrit. Les livres pouvaient être une aventure extraordinaire. Je restais donc sous ma couverture, remuant à peine, et nul n'aurait pu deviner qu'avec ces histoires, mon esprit galopait, mon coeur s'emballait. Je pouvais disparaître dans n'importe quel univers sans que personne s'en aperçoive, là, pendant que ma mère aboyait ses instructions aux domestiques ou recevait ses déplaisantes amies.

    ...

    (...) et je sortis de la pièce pour ouvrir l'enveloppe. Elle était aussi froissée et chiffonnée que si elle était restée des jours dans sa poche - et j'aimais déjà ça, quoi qu'elle contînt. Une fois tranquille, réfugiée dans la salon à côté de mon piano, je découvris qu'à l'intérieur les pages aussi étaient froissées et griffonnées à l'encre noire. Chère Hasovich - commençait-elle - Vous dans ce train, moi ici, et tout plus vide maintenant que vous n'êtes plus là. Dites-moi, êtes-vous réelle ?

    ...

    Allez vous enfin débarquer ici pour me faire partager un peu de cette fichue réalité que vous êtes ?

    Ses lettres arrivaient froissées, chiffonnées, absolument délicieuses, parfois deux, trois par jour.

    (...) J'étais déchirée entre le désir de savoir si je pouvais me fier à Ernest et l'envie de rester suffisamment aveugle pour ne rien changer à la situation existante. Ses mots avaient déjà une telle importance pour moi - trop d'importance. Chacune de ses lettres me faisait l'effet d'un remontant, lui écrire aussi, d'ailleurs, (...).

    ...

    Lorsqu'il fut de tout son poids sur moi et que je sentis chaque bosse et contour du toit contre mes épaules et mes reins à travers les couvertures, j'éprouvai un bonheur aussi pur qu'extrême, un sentiment que je savais gravé à jamais dans ma mémoire. C'était comme si nous nous pressions l'un contre l'autre jusqu'à ce que ses os passent dans les miens et que nous ne fassions plus qu'un, fût-ce de manière fugitive.

    ...

    "J'espère qu'on aura la chance de vieillir ensemble, de devenir comme ces couples que l'on croise dans la rue, mariés depuis si longtemps qu'ils ont fini par se ressembler à s'y méprendre. Qu'en dis-tu ?

    - J'adorerais te ressembler, répondis-je. J'adorerais être toi."

    Je n'avais jamais rien dit qui fût plus vrai. Je serais volontiers sortie de ma peau pour entrer dans la sienne cette nuit-là car je croyais que c'était cela, l'amour.

    ...

    Écrire à temps partiel et ne pas percer était une chose, mais maintenant il se consacrait à l'écriture, il y travaillait tous les jours et ça ne marchait toujours pas. Qu'est-ce que cela augurait de l'avenir ?

    ...

    Tellement paumé, avait-il dit, et je l'avais vu dans son regard, qui me rappelait celui de mon père. Qu'en était-il au juste ? Ces accès étaient-ils liés à ce qu'il avait vécu pendant la guerre ? Ses souvenirs venaient-ils le hanter de temps à autre ou bien était-ce plus personnel ? Cette tristesse faisait-elle partie d'Ernest, de la même façon qu'elle avait été fatale à mon père ?

    ...

    C'est fou ce que nous étions naïfs, ce soir-là. Nous nous cramponnions l'un à l'autre, faisions des promesses impossibles à tenir et que nous n'aurions jamais dû faire. C'est cela aussi, l'amour, parfois. Je l'aimais déjà plus que je n'avais jamais aimé quiconque. Je savais qu'il avait terriblement besoin de moi et je voulais qu'il continue à avoir besoin de moi, pour toujours.

    ...

    Anderson nous avait recommandé Montparnasse, mais c'était au-dessus de nos moyens, de même que les autres quartiers à la mode. Nous habitions donc le vieux Paris, dans la cinquième arrondissement, loin des bons cafés et des restaurants à touristes, grouillant au contraire de Parisiens de la classe ouvrière, avec leurs charrettes, leurs boucs, leurs paniers de fruits et leurs mains tendues pour ceux qui en étaient réduits à mendier.

    ...

    "On s'en souviendra. On dira un jour que le son de cet accordéon fut celui de notre première année à Paris.

    - L'accordéon, les putes et les haut-le-coeur, renchérit-il. C'est notre musique."

    ...

    (...) le processus était parfois lent et douloureux. Il lui arrivait fréquemment de rentrer à la maison l'air épuisé, vaincu, comme s'il avait passé la journée à se colleter avec des sacs de charbon et non avec une phrase à la fois.

    ...

    "Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l'ardeur des passions mauvaises."

    William Butler Yeats, The Second Coming

    ...

    Pendant que Stein parlait, le visage d'Ernest se décomposa, puis il se reprit. Elle avait mis le doigt sur quelque chose que lui-même avait récemment commencé à comprendre, la nécessité d'aller à l'essentiel, vers une langue aussi dépouillée que possible.

    "Quand vous vous y remettrez, ne gardez que l'essentiel."

    Il approuva en rougissant légèrement, et je pouvais presque l'entendre enregistrer ce conseil dans sa tête et l'ajouter à celui de Pound. "Éliminez tout ce qui est superflu, lui avait-il dit. Méfiez-vous des abstractions. Ne dites pas au lecteur ce qu'il doit penser. Il faut que l'action parle d'elle-même."

    ...

    "Pendant notre guerre - il marque un temps pour faire un signe de tête à Ernest -, quand la ligne de front allait jusqu'à la Manche, il y avait des hommes qui obtenaient de courtes permissions pour aller prendre le thé chez eux. A leur retour, ils reprenaient leur baïonnette et leur masque à gaz, et ils s'y recollaient avec encore un goût du biscuit dans la bouche.

    - Impossible de se remettre d'une telle rupture, dit Ernest. La tête ne suit pas. On reste coincé dans un endroit ou dans un autre, ou quelque part entre les deux. Et là, c'est le début de la dépression.

    ...

    On ne pouvait pas tabler sur la mémoire. Le temps n'était pas fiable, tout se dissolvait et mourait - même et surtout si cela avait les apparences de la vie. Comme le printemps.

    ...

    Il appartenait à la sphère créative, moi pas, et je ne savais pas si quelque chose pourrait venir changer cela un jour. Alice semblait s'accomoder plus facilement de son rôle de femme d'artiste, se consacrant totalement à l'ambition de Gertrude, mais peut-être avait-elle juste pris le pli et appris à mieux dissimuler sa jalousie avec le temps. (...) Nous étions là, tous les deux, me dis-je. Tout était beau, merveilleux. Il me suffisait d'en être consciente, d'en profiter, de m'en réjouir. C'était ce que j'allais faire. Essayer, en tout cas.

    ...

    Lorsqu'on gagnait, on buvait du champagne, parfois aussi quand on perdait, parce que nous étions heureux d'être là et d'y être ensemble, et d'ailleurs, l'argent importait peu. On n'en avait jamais suffisamment pour qu'en perdre puisse faire une réelle différence.

    ...

    Nous avons fait griller mes trois truites sur le feu avec des piques, en même temps que la demi-douzaine pêchée par Chink et Ernest.

    "Je préfère les miennes, affirmai-je en léchant le sel que j'avais sur les doigts.

    - Moi aussi, je préfère les tiennes", renchérit Ernest, et il ouvrit une autre bouteille de vin tandis que le ciel s'adoucissait et que le soir tombait.

    ...

    J'avais promis à maintes reprises de ne pas m'interposer entre son travail et lui, surtout au début de notre mariage, alors que je voyais sa carrière comme si c'était la mienne et croyais que c'était mon rôle et même mon destin de l'aider à faire son chemin. Mais, de plus en plus, je me rendais compte que je n'avais pas conscience de la portée de ces promesses.

    ...

    "Ce que tu fais est nouveau, lui dit un jour Pound, dans son atelier. Ne l'oublie pas quand ça commence à être douloureux.

    - Ce qui est douloureux, c'est d'attendre.

    - L'attente donne à l'oeuvre le temps de mijoter jusqu'à être réduite à sa plus simple expression. Ce qui est essentiel, sans compter que la souffrance est utile à tout le processus."

    ...

    Ce fut la fin du combat d'Ernest avec l'apprentissage et la fin d'autres choses également. Il ne serait plus jamais inconnu. Mais nous ne serions plus jamais aussi heureux.

    ...

    Le voir devenir précisément le genre d'artiste qui lui donnait des boutons deux ans auparavant ne manquait pas de sel, mais c'était aussi un peu douloureux pour moi. Il me manquait et je n'étais pas certaine de toujours le reconnaître, mais je ne voulais pas non plus le retenir. Pas au moment où ça commençait enfin à marcher pour lui.

    Ernest était en train de changer, mais Montparnasse aussi.

    ...

    N'empêche, j'ai la nostalgie des gens honorables et bons d'avant, qui se contentaient d'essayer de faire quelque chose de leur vie. En toute simplicité, sans faire de tort à personne.

    ...

    - Pas facile de savoir comment mener sa vie, n'est-ce pas ?

    ...

    Scott pouvait se soûler affreusement, à en devenir insupportable, Ernest pouvait s'en prendre cruellement à quelqu'un qui l'avait beaucoup aidé et aimé - mais là, devant leur patient, rien de tout cela ne comptait plus. Finalement, pour l'un comme pour l'autre, il n'y avait que le patient sur la table d'opération, et le travail, le travail, le travail.

    ...

    - On fait sa vie avec quelqu'un, on aime cette personne et on croit que ça va suffire. Mais ce n'est jamais suffisant, n'est-ce pas ?

    - Comment savoir ? L'amour, je ne sais plus ce que c'est. Je voudrais juste pouvoir ne plus rien ressentir pendant quelques temps. Crois-tu qu'on puisse y arriver ?

    - C'est à ça que sert le whisky.

    ...

    Tu m'as changé plus que tu ne l'imagines, et tu feras toujours partie de moi. C'est une des choses que tout cela m'aura apprises. On ne perd jamais vraiment les gens qu'on aime.

    ...

    Ensemble, nous faisions tout, puis nous le flanquions en l'air.

    ...

    Cet homme était une véritable énigme, en fin de compte - bon, fort, faible et cruel à la fois. Un ami incomparable et un salopard. Finalement, tout était vrai à son sujet.

  • Travaux forcés de Mark SaFranko

    13E Note Éditions - 316 pagesculture,citation,biographie,roman,littérature,livre,travail,écriture,rentrée littéraire

    Présentation de l'éditeur : Ce quatrième opus des aventures de Max Zajack (l’alter ego de Mark SaFranko) n’est toujours pas publié aux États-Unis. Quand le travail devient un mot d’ordre, Zajack retrousse ses manches et cravache pour se payer le luxe d’écrire dans une société où il ne se sent pas à sa place. Travaux forcés se situe chronologiquement entre Dieu bénisse l’Amérique et Putain d’Olivia. Le héros, en quête de reconnaissance et d’intégration sociales passant par des travaux gratifiants et des conquêtes féminines, s’y essaie à une multitude de jobs sans lendemain. S'abêtissant à balayer des débris de verre dans une brasserie, Max rêve d’être le prochain Dostoïevski. Même s’il plane considérablement, cet homme bourré de contradictions est ambitieux et plein de talent – mais certes pas pour la livraison d’annuaires ou le rapprochement de listings numériques. Afin d’échapper à la conscription qui l’enverrait au Viêtnam, SaFranko s’inscrit à l'université qu'il quitte illico pour vendre des billets de cirque par téléphone. Mal dans sa peau, écorché vif, incapable de rencontrer l’âme sœur, ses activités vont de la lecture assidue à la masturbation frénétique. Révolté contre les valeurs du Système américain qu'il subit au quotidien, ses commentaires acerbes sont toujours pleins d’un humour ravageur. Formaté en chapitres courts, enlevés et finement écrits, le nouveau roman de Mark Safranko déroule des expériences de vie souvent dégradantes.

    Ma note :

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    Broché : 20 euros

    Un grand merci à 13E Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Quand un communiqué de presse parle d'un auteur réunissant "les qualités littéraires d'un Richard Ford, d'un Raymond Carver et d'un James Frey", difficile de résister. Après lecture, je dirais plutôt de SaFranko que sa littérature a quelque chose des auteurs de la Beat Generation (Fante, Kerouac...) et des grandes plumes telles Harrison, Bukowski, Faulkner ou Burroughs. Des figures incontournables de la littérature américaine, excusez de peu... mais, du point de vue totalement subjectif de mes préférences personnelles, pas de celles que je préfère. Si la qualité du verbe est incontestable et certaines conceptions de la vie si ce n'est admirables tout du moins auxquelles je m'identifie, les récits de cette mouvance littéraire finissent toujours pas m'ennuyer. Je suis d'abord subjuguée, puis l'histoire s'essouffle et le trait de caractère contemplatif intrinsèque du genre rend quelque peu laborieuse l'atteinte du point final.

    Mais les nombreux inconditionnels des écrivains précédemment cités ne manqueront pas de goûter cette plongée dans le nouvel opus des errances de Max Zajack. Dans ce livre, SaFranko puise à nouveau dans les abîmes de sa propre condition afin de mettre en scène pour la quatrième fois son héros alter ego et partager ses conceptions de l'existence en parfaite opposition avec le monde qui l'entoure. Entre manifeste anti-conformiste et auto-biographie sur le ton de l'auto-dérision, SaFranko fait revivre un pan de l'Amérique dans sa toute puissance et son absurdité, décrit son quotidien de galérien sous-qualifié, décrie l'obligation de travailler et partage ses aspirations littéraires contrariées par un quotidien trop souvent ennemi de celui qui le vit.

    Entre mésaventures du forçat tantôt col bleu tantôt col blanc et parcours initiatique de l'écrivain dont Dan Fante dit qu'il "préfère écrire que respirer", Travaux forcés offre une critique du monde du travail sans concession, aussi jubilatoire que désespérante tant les appelés à sortir du "système" sont nombreux mais les élus fatalement rares. Une diatribe d'une telle justesse que j'ai eu l'impression qu'il avait écrit ce que j'avais dans la tête. Dommage à mes yeux que l'ensemble se perde un peu en longueurs avec des conceptions passablement... rétro... des relations aux femmes ; mais il faut bien entendu recontextualiser et le coeur de l'ouvrage n'en reste pas moins puissant.

    Un texte dans la parfaite continuité underground de la ligne éditoriale de 13E Note Éditions dont j'avais particulièrement apprécié La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli et Regarde les hommes mourir de Barry Graham.

    Ils en parlent aussi : Arnaud, Claude.

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    Ciseaux de Stéphane Michaka

    Demande à la poussière de John Fante

    Sur la route de Jack Kerouac

    Souvenirs d'un pas grand-chose de Charles Bukowski

    Courir avec des ciseaux d'Augusten Burroughs

    Sanctuaire et Le bruit et la fureur de William Faulkner

    Les jeux de la nuit et De Marquette à Veracruz de Jim Harrison

    Extraits :

    La seule pensée de m'asseoir en face d'un type derrière un bureau pour lui dire que je cherchais un boulot, que j'étais qualifié, c'était trop pour moi. Franchement, la vie me faisait horreur, tout ce qu'un homme devait faire pour avoir de la bouffe, un pieu et des fringues.

    Charles Bukowski, Factotum

    ...

    Comment diable un mec peut-il apprécier d'être réveillé à six heures trente par un réveil, de bondir de son lit, s'habiller, ingurgiter un petit-déjeuner, chier, pisser, se brosser les dents et les cheveux, se bagarrer en bagnole pour arriver dans un endroit où il fait essentiellement du fric pour quelqu'un d'autre et où on lui demande de dire merci pour la chance qu'il a ?

    Ibid

    ...

    Cette civilisation est le paradis de la médiocrité.

    Édouard Limonov, Le poète russe préfère les grands nègres

    ...

    Les premières semaines, je n'avais pas à me plaindre. Six dollars de l'heure : jamais je n'avais gagné autant. Et ça ne me gênait pas de passer la nuit planté à côté du convoyeur, avec mon balai et mes lunettes de protection. J'avais tout le loisir de rêvasser, une activité pour laquelle j'étais particulièrement doué. La plupart du temps, je pensais aux bouquins, à la musique et à toutes les filles que j'allais me taper.

    J'étais con.

    ...

    C'était encore pire quand on produisait des canettes à la place, ce qui arrivait deux fois par semaine. J'entendais un tir de mitraillette qui continuait à résonner dans ma tête des heures après le boulot. Il y avait de quoi rendre maboul n'importe qui. Je ne sais pas comment ils tenaient, les autres, ceux qui étaient là depuis des années. Moi, j'avais l'impression que je ne m'y habituerais jamais. C'était ahurissant. Comment un être humain pouvait-il accepter de travailler dans de telles conditions ?

    Et pourtant je l'acceptais.

    Alors, je continuais à boire pour me détendre.

    ...

    J'étais coincé. Même quand on vit l'enfer, ce n'est pas évident de renoncer à un boulot.

    ...

    J'étais dérouté. Un homme est censé faire quelque chose de sa vie, du moins c'est ce qu'on m'avait toujours appris. Et "faire quelque chose" signifie en général gagner de l'argent. Pourquoi est-ce qu'on ne me laissait pas glander peinard dans mon coin ? Manifestement, ce n'était pas possible.

    (...) Dès que j'avais une heure devant moi, je filais à la bibliothèque de Princeton University, juste à côté du boulot. J'avais soif de quelque chose - la voie, la vérité, la réponse - que je ne trouvais pas dans mon quotidien. Alors, pour compenser, je cherchais à m'évader très loin de mon existence monotone.

    (...) J'étais conscient que je me racontais des histoires, mais j'avais besoin de voir de grandes choses dans l'avenir de Max Jazack. L'idée de rester un clampin anonyme me terrifiait.

    De temps en temps, je reprenais mes esprits, comme un homme qui s'éveille d'un rêve. Qu'est-ce que j'espérais ?

    (...) Pour lutter contre le désespoir et la folie, je me cherchais un gourou et je lisais tous les auteurs qui pouvaient faire l'affaire, du philosophe Ralph Waldo Emerson au père de la "pensée positive', Norman Vince Peale. "Jour après jour, dans tous les domaines, je ne cesse de progresser", me répétais-je. Je voulais y croire, mais ça ne marchait pas vraiment...

    ...

    Alors, même pour quatre misérables dollars de l'heure, il fallait se battre ? J'aurais dû m'en douter.

    ...

    - Où souhaiteriez-vous être dans cinq ans ?

    J'ai senti monter une sueur froide. Je me suis dandiné sur ma chaise.

    - Euh, c'est difficile à dire... Mais où que je sois, je peux affirmer que je ferai du bon travail, du très bon travail. Je n'ai pas peur de m'investir à fond.

    Putain, ce qu'il ne fallait pas inventer ! Mais c'était tout ce qui m'était venu à l'esprit dans l'urgence. Jamais je n'avais bluffé comme ça. J'avais honte de moi et je haïssais Pepper de m'obliger à mentir comme un arracheur de dents. Mais c'est comme ça qu'ils te coincent. Tu as besoin d'eux et ils le savent. Et presque tout le monde tombe dans le piège, même les meilleurs.

    ...

    Comme toujours quand on me proposait du travail, j'avais l'impression d'être un lemming suicidaire sur le point de se balancer à l'eau.

    ...

    Comment pouvais-je espérer faire mon travail si je n'étais même pas capable de lire un texte qui en parlait ?

    C'était mon premier emploi de bureau, mais je n'ai pas tardé à voir ce qui se cachait derrière la façade : les métiers où l'on ne se salit pas les mains ne valent pas mieux que les autres. Parfois c'est même pire, parce que c'est plus difficile de donner le change. N'importe qui peut creuser une tranchée, mais combien sont aptes à jongler avec des millions de dollars ?

    De toute manière, n'importe quel travail devient une corvée quand on n'aime pas ce qu'on fait. Et y a-t-il beaucoup de gens qui sont satisfaits de ce qu'ils font ? Ca arrive une ou deux fois dans une vie, si on a de la chance.

    (...) J'aurais dû me lever et partir. Je n'ai pas bougé. Quand je souffre, j'ai tendance à subir. Cette attitude vient sans doute de mon éducation.

    ...

    Je regardais les gens avec envie autour de moi, en particulier les clochards et les ivrognes de l'East State Street qui pouvaient profiter librement de ce soleil radieux. Et si j'envoyais tout balader ?

    ...

    Dans "Pourquoi ne pas essayer d'écrire", il y avait ce passage :

    "Jour après jour, nous assassinons nos élans les plus justes. Et après, nous sommes bouleversés à la lecture des phrases écrites par un maître, car nous les reconnaissons comme nôtres, ces petites graines que nous avons tuées dans l'oeuf, parce que nous n'avions pas foi en nos capacités, en nos critères de vérité et de beauté. S'il se tait, s'il est absolument honnête avec lui-même, chaque homme est capable d'écrire des vérités profondes..."

    ...

    Non, rien ne changerait jamais - si je ne me bougeais pas.

    Mais au lieu d'agir, je lisais. Constamment.

    ...

    On est censé être triste quand quelqu'un disparaît, mais on se rend vite compte que c'est une perte de temps. On sais qu'un jour ce sera notre tour d'être allongé dans un cercueil, mais en attendant la vie continue. Et pour ceux qui restent, c'est elle la plus forte, même si au bout du compte c'est toujours la mort qui gagne. C'est étrange. C'est inconcevable. Cela signifie que nous tous sommes prisonniers d'un mystère, chaque jour de notre existence, et que rien n'a de sens. Inutile d'essayer de se libérer ou de résoudre l'énigme. Nous sommes des mouches prises entre la moustiquaire et la vitre. Nulle part où aller.

    ...

    C'était pour ça que j'avais voulu secouer le joug du travail manuel, pour ne plus avoir à m'échiner comme une bête de somme, comme mon père et ma mère qui s'étaient esquintés toute leur vie dans les usines, les cuisines et les chiottes des riches. Mais il faut regarder les choses en face : on est toujours perdant, qu'on porte un bleu ou une cravate. La seule différence, c'est que dans un cas on rentre chez soi avec un lumbago et dans l'autre avec la migraine...

    ...

    Je n'en pouvais plus de rester sur mon cul à perdre mon temps. J'étais fébrile. Je me sentais inutile et coupable. Il n'y avait pas de raison, mais c'était plus fort que moi. C'est la société, le monde qui nous culpabilise. On est censé faire quelque chose, et de préférence quelque chose de "constructif", sinon on est un paria, un rien du tout. Ca ne me gênait pas outre mesure d'être un paria, en revanche, un rien du tout...