Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Document, témoignage - Page 2

  • Rescapé de Sam Pivnik

    culture,citation,littérature,livre,biographie,document,témoignage,guerre,shoah,angleterreÀ paraître le 10 janvier 2013.

    Auschwitz, la marche de la mort et mon combat pour la liberté

    Éditions Fleuve noir - 326 pages

    Présentation de l'éditeur : Sam Pivnik est l'un des tout derniers survivants de la Shoah. Un miraculé. Il a à peine 13 ans lorsque les nazis envahissent la Pologne et sa ville, Bedzin, en 1939. Pour la communauté juive, c'est le début de la vie en ghetto, les privations, les humiliations, les violences arbitraires, la peur, les rafles. Puis en 1943, Sam est déporté avec son père, sa mère, ses deux soeurs et ses trois frères cadets au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Il est le seul à échapper aux chambres à gaz. Il n'a que 16 ans. Porté par une volonté de vivre hors du commun, il travaille alors successivement au déchargement des trains à leur arrivée au camp, sur la funeste Rampe de la mort, puis dans la mine de Fürstengrube, avant de connaître les Marches de la mort et de survivre au bombardement accidentel du paquebot Cap Arcona par la RAF... Aujourd'hui âgé de 86 ans, Sam Pivnik raconte son histoire pour la première fois : un témoignage saisissant à destination des générations futures, pour ne jamais oublier que cela a eu lieu, que des millions d'hommes, de femmes et d'enfants n'en sont jamais revenus.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unisculture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Broché : 19,90 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Si le XXe siècle fut riche de découvertes, de progrès, d'innovations en tous genres, il fut également le théâtre d'évènements historiques tragiques incomparables ayant donné naissance à un courant littéraire dont n'importe quel lecteur se serait volontiers passé : la littérature concentrationnaire.

    L'homme ayant réussi à repousser les limites de l'atrocité, de l'innommable, il fallait bien un genre littéraire à part entière pour aborder l'expérience des camps. Quelque soixante-dix années après la fin de l'une des horreurs les plus absolues de l'Histoire, l'on ne compte plus les ouvrages qui témoignent de cette sombre période, dont certains sont devenus de véritables classiques parfois étudiés dès le collège, tel Primo Levi avec Si c'est un homme pour n'en citer qu'un.

    Outre les révisionnistes et autres négationnistes, ces nombreux livres ont eu leur part de détracteurs arguant du manque de style ou de l'écriture lourde de cette littérature. Attaques auxquelles certains auteurs ont rétorqué très justement que ces écrits n'avaient pas pour ambition d'être des oeuvres littéraires dans l'acception esthétique du terme mais des témoignages puissants de l'abomination, de la souffrance. Et d'ajouter combien il est difficile de trouver les mots justes, combien le langage est, si ce n'est impuissant, du moins limité pour qualifier l'inhumanité, l'irréalité de ces univers abjects. Mais malgré tout, de nombreuses victimes ont tenu à surmonter autant que faire se pouvait les limites du verbe afin de transmettre une idée de leur calvaire, une idée forcément partielle, mais une idée présente, une idée vivante, une idée que l'infamie n'est pas parvenu à anéantir.

    C'est dans cette optique de crier la vie que Sam Pivnik livre, entre expérience personnelle et données historiographiques générales, son approche du cauchemar nazi, de la libération, de la création d'Israël et du combat sionniste. Alors certes, Rescapé est un énième témoignage qui n'apporte pas grand chose de plus que ses prédécesseurs si ce n'est, excusez du peu, contribuer, nécessairement, fondamentalement, essentiellement, à ce que l'on appelle le devoir de mémoire.

    Un récit tout en retenue, entre défauts d'une mémoire qui ne veut pas trop se souvenir et indispensable pudeur, qui ne peut laisser indifférent.

    Vous aimerez sûrement :

    Deuxième génération de Michel Kichka

    Des nouvelles d'Alain de Guibert, Keler & Lemercier

    Marthe et Mathilde de Pascale Hugues

    Un fusil dans la main un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    Tant que je serai noire de Maya Angelou

    Retour à Killybegs de Sorj Chalandon

    Extraits :

    Et nous commençâmes à remarquer la fréquence accrue des trains de marchandises qui cliquetaient et ahanaient à l'aiguillage situé à proximité de Modzewojska. Des wagons de fret, en bois, qu'on voyait quotidiennement si l'on vivait près du chemin de fer, transportant du bétail, des porcs, des moutons ou de la volaille vers l'abattoir. Mais ceux-ci étaient différents. Il y avait des cadenas posés sur les portes coulissantes et du barbelé devant les trous d'aération.

    ...

    J'étais à un mois de mon dix-septième anniversaire et je rampais dans une grenier surchauffé dans la pénombre en buvant de l'urine et en écoutant les sanglots de mes frères et soeurs tandis que dehors les Allemands tiraient sur mon peuple.

    La fin du ghetto. La fin de tout ?

    ...

    S'il devait se passer quelque chose, c'était maintenant. Notre groupe ne comptait pas beaucoup d'hommes. Mon père avait la cinquantaine - je le prenais pour un vieillard, à l'époque - et moi seize ans. Que pouvions-nous faire ? Foncer sur les rangs SS ? Sauter sur la voie et s'enfuir ? Tout le monde avait une famille - des femmes, des mères, des enfants. Pourtant, lors de notre chaotique embarquement à bord de ce train, on aurait pu tenter quelque chose. Mais il ne se passa rien. Nous attendîmes commes des moutons (...).

    ...

    Si je n'avais pas été si terrifié, si démoralisé, l'efficacité glaçante du lieu m'aurait impressionné. Déhumanisé en moins de deux heures.

    ...

    A Auschwitz comme dans tous les camps de concentration, l'ordre naturel des choses était inversé. Dans l'univers contre-nature du génocide, la pire racaille tenait les rênes ; les fous géraient l'asile.

    ...

    La mesure du temps. On ne se rend pas compte à quel point on en a besoin avant d'en être privé. A l'école, la sonnerie rythmait l'existence. A la maison, il y avait le rituel immuable des repas pris ensemble, même à Kamionka. A l'usine, on pointait en arrivant et en partant. A Auschwitz, il n'y avait pas d'horloge et on travaillait jusqu'à ce qu'on nous dise de cesser, ou qu'on tombe d'épuisement.

    ...

    On était responsable de son matériel, et coupable de sa disparition. Je n'ai vu aucun homme de Bedzin voler quoi que ce soit, mais nous savions tous que nous étions prêts à voler, si les circonstances l'exigeaient, parce que c'était la nature du camp - la loi de la jungle.

    ...

    Je suis abasourdi aujourd'hui de constater la vitesse avec laquelle la routine du Bloc quarantaine devint un mode de vie à part entière.

    ...

    Une femme consciente de ce qui allait se produire se lança dans un strip-tease au profit des SS. Cette femme avait été danseuse avant toute cette folie et deux hommes, l'Unterscharfürher Josef Schillinger et le Rottenfürher Wilhelm Emmerich, furent captivés par ses mouvements giratoires assez longtemps pour qu'elle s'empare du pistolet de Schillinger dans sa gaine et fasse feu plusieurs fois sur les deux Allemands. Puis elle retourna dans la foule des femmes à demi-nues et une bagarre éclata, pendant laquelle la tâche ardue et sans gloire d'évacuer leurs camarades blessés et le Sonderkommando échut aux SS.

    Ils gazèrent immédiatement celles qui étaient déjà dans la chambre, et fauchèrent les autres à la mitrailleuse. Je n'ai jamais réussi à retrouver le nom de cette femme, mais elle devint une héroïne pour nous tous, (...).

    ...

    Je possède une photo de moi, prise peu de temps après la fin de la guerre. J'ai dix-huit ans. C'est la seule photo qui ait un vague rapport avec mon enfance. Toutes les autres - du reste, il n'en existait certainement pas beaucoup - avaient été jetées et détruites par les nazis dans leur tentative d'anéantir ma vie et, plus généralement, tout un mode de vie. Sur cette photo mes cheveux ont suffisamment repoussé pour que je puisse tracer une raie dans mes boucles.

    "Il a l'air d'aller bien, diraient les révisionnistes d'aujourd'hui dans leur dénégation de l'Holocauste. Si l'on considère ce qu'il est censé avoir traversé."

    ...

    De toutes les émotions qui tourbillonnaient dans nos têtes durant ces premiers jours de liberté, la plus forte était l'instinct de vengeance.

    ...

    L'uniforme SS avait été jeté aux orties, et sa démarche élégante et hautaine avait suivi le même chemin. Il n'y avait plus d'Oberscharfürher, et en lieu et place de celui-ci, il y avait ce vieux Max Schmidt, fils de fermier, qui s'asseyait parmi nous.  (...) Il nous rejoignit à table et bavarda avec nous de choses anodines comme si nous étions tous de vieux copains en pleines retrouvailles d'après-guerre. (...) Son comportement me glaçait le sang. La guerre avait-elle eu lieu ? Auschwitz avait-il jamais existé ? Ces trois dernières années avaient-elle fait des victimes ? C'était invraisemblable.

    ...

    Au fond, je me demandais, en ce début 1945, ce que j'allais faire du reste de ma vie. J'avais déjà vécu les proverbiales neuf vies du chat comme l'assure le dicton, et je n'avais pas encore vingt ans.

    ...

    (...) Harry Truman, devint le premier dirigeant international à reconnaître le nouvel État. Nous n'avions plus qu'à nous battre pour le défendre.

    ...

    Lorsque sa femme lui demanda si on gazait vraiment les gens à Auschwitz-Birkenau, il écrivit : "Au printemps 1942, beaucoup de gens dans la fleur de l'âge passèrent sous les arbres en fleurs de la ferme et de ses dépendances sans avoir aucune prémonition de leur mort prochaine." Comme il est plaisant de noter qu'un des massacreurs les plus efficaces de l'Histoire était aussi - presque - un poète. On pendit Rudolf Höss devant le Bloc II d'Auschwitz I - le Bloc de la mort, où tant de gens avaient péri sur son ordre.

    ...

    L'expérience de l'Holocauste était si douloureuse et destructrice qu'il est probablement impossible à quiconque aujourd'hui de la saisir dans sa totalité.

  • Des nouvelles d'Alain de Guibert, Keler & Lemercier

    Editions Les Arène - 95 pagesdes nouvelles d'alain.jpg

    Scénario : Alain Keler

    Dessin : Emmanuel Guibert - Couleur : Frédéric Lemercier

    Présentation de l'éditeur : Deux ans de travail sur les Roms qui tombent en pleine actualité. Après le choc du Photographe par le duo Guibert & Lemercier, le nouveau roman graphique avec un photoreporter, Alain Keler.

    Initialement publié sous forme de feuilleton dans la revue XXI mais augmenté de deux histoires inédites et d'un portfolio, ce documentaire séquentiel richement documenté mêlant reportage photographique et bande dessinée offre un témoignage touchant et criant de vérité sur la condition des Roms.

    Pendant une décennie, Alain Keller a sillonné l'Europe à la rencontre de la plus grande minorité du vieux continent, de Pristina à Paris, en passant par Belgrade, la République Tchèque ou encore l'Italie. Ce portrait saisissant nous ouvre une fenêtre sur le quotidien d'un peuple apatride et marginalisé en proie à la misère, la discrimination, le harcèlement mais évite avec beaucoup de pudeur l'écueil du voyeurisme larmoyant.

    Le regard distancié dépourvu de jugement du photographe, auquel s'ajoutent un dessin dépouillé et un récit parcimonieux, offrent un éclairage humain, sobre et respectueux d'une communauté en fuite permanente, indigente, parfois violente mais qui ne perd jamais l'espoir. Une survivance au son des airs tsiganes endiablés de Kesaj Tchavé qui bouleverse, qui percute et qui rappelle que derrière les paysages et les visages désolés, se cachent des hommes qui n'attendent qu'une chose : que le monde les traite comme tels.

    A l'heure d'une nouvelle stigmatisation où les expulsions se multiplient à Paris, Lyon ou Lille, l'écho de cette bd reportage est puissant. Une intensité nécessaire qui met à mal les lieux communs d'un racisme ordinaire dont trop peu s'offusquent.

    Extraits :

    Les endroits déprimants ont un surcroît de gaité quand on n'y est pas déprimé, comme les endroits gais ont un supplément de mélancolie quand on y est triste.

    ...

    J’aime aller chez les Roms. C’est rarement des vacances. Je ne choisis pas les communautés les plus florissantes. Je vais dans les cloaques. Ces lieux sont hallucinants de misère. Un mot me vient, il est familier, excusez-moi, c’est : barge. Des endroits barges. Je n’arrive pas en sifflotant. Je ne brandis pas mes appareils photo. Je mesure combien un type qui entre, fait clic-clac et ressort peut sembler ignoble à des gens qui n’ont rien. Je ne prends pas non plus l’air sinistre ou contrit. J’essaie d’être moi-même. Ce n’est pas facile, quand on est remué. Les gosses me font tourner en bourrique. Ils me tirent, me poussent, crient pour que je leur tire le portrait, se pendent aux courroies de mes appareils, dix fois, cent fois, jusqu’à l’exaspération. Pourtant, je leur dois souvent des moments de beauté foudroyants qui, avec un peu de chance, se retrouvent sur les photos. Comme je prends la précaution d’être bien accompagné, je suis généralement bien accueilli, par des gens qui n’ont de cesse que de m’ouvrir leur porte et de m’asseoir à leur table. Si je reviens, ce que j’essaie de faire, plusieurs fois de suite, ou à des mois de distance, je suis reconnu et l’affection franchit un pas. J’apporte les tirages des photos, parfois les clopes et le repas. Dans les sujets que j’ai visités comme photographe, souvent tragiques, j’ai toujours cherché la survivance, au fond, de ce qui rend heureux. Les petites choses. Les scènes où rien ne se passe et où, de fait, tout se passe. Les bas-côtés des évènements. Chez les Roms, ces scènes abondent. Le présent est là, brut, sans chichis, avec une intensité qu’il y a rarement ailleurs.

  • On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans de Barbara Samson

    on n'est pas sérieux....jpgEditions Fixot - 155 pages

    Présentation de l'éditeur : « Ce fut ma première et ma dernière grande histoire d'amour? » Par ces mots, lors de la soirée Sidaction en avril 1994, Barbara Samson bouleversait des millions de téléspectateurs. À dix-sept ans, parce que le garçon qu'elle aimait ne lui avait pas dit qu'il était séropositif, Barbara avait été contaminée par le virus du sida.C'est cette histoire qu?elle raconte ici. Et aussi, par-delà le drame, l'histoire d'une adolescence, les espérances et les doutes, la recherche de l?amour, le don éperdu de soi, tout ce qu'elle partage avec des milliers d'autres garçons et filles. Un témoignage simple et fort, pour que son drame soit évité à d'autres, et que l'amour ne soit plus jamais porteur de mort.

    Très peu pour moi en général les témoignages à la rubrique sordide. Le 20h me suffit. C'est ma curiosité professionnelle et non mon voyeurisme qui m'a poussé à me lancer à l'assaut de ce récit tragique. Parce que préconisé par des enseignants en lycée à leurs élèves, j'ai voulu voir de quoi il retournait.

    La couleur est annoncée par la jaquette, c'est glauque. Mais l'écriture est le juste reflet de la parole et de la pensée d'une jeune fille (aucunement dépassé bien que le texte commence à dater) et je trouve ce choix de lecture très pertinent de la part des profs qui le recommandent. Au regard des statistiques toujours sombres et de l'ignorance de beaucoup de jeunes en matière de Sida, ce livre devrait être obligatoirement inscrit au programme. Parce que malheureusement, toujours et plus que jamais au "goût" du jour.

    Impossible de sortir indemne de ce texte, qui agace, qui apitoie, qui révolte, qui émeut. Et qui met en garde. Si ce ne sont pas les enseignants, à vous parents de le mettre entre les mains de vos adolescents. Puisqu'il n'est pas toujours facile de parler, cet ouvrage est une formidable opportunité de ne pas nourrir de regrets. De sauver des vies.

    Extraits :

    C'est peut-être cela que l'on cherche toute sa vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible, pour devenir soi-même avant de mourir.

    Louis-Ferdinand Céline

    ...

    On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans, le coup de foudre vous atteint en plein coeur, comme une chose évidente, l'événement qui nous est dû depuis toujours. On ne l'appelle pas coup de foudre, on ne le nomme pas. Il est sensations, chaleur sur les joues, palpitations légèes au creux de la poitrine, vide dans les entrailles. Le corps retient son souffle, avance, pose pour ce regard, rien que pour lui, impatient d'être beau, anxieux de disparaître comme il est apparu, avec tout son mystère.

    C'est si beau, le mystère. Si éphémère et si violent de douceur, cet échange silencieux entre deux personnes. L'une qui arrive, l'autre qui attendait.

    Je rêve ma vie depuis ma petite enfance.

    Je voudrais m'aimer, être belle, calme, inaccessible, le genre de fille que l'on respecte, que l'on approche avec précaution, que l'on aime par-dessus tout. Et par-dessus tout je voudrais que l'on m'aime. Un jour le prince viendra.

    ...

    Si je lui disais que je n'aime de moi que l'idée que l'on m'aime ?