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Culture - Page 2

  • Le cercle des confidentes de Jennifer McGowan

    le cercle des confidentes.pngTome 1 - Lady Megan

    En librairie depuis le 4 septembre 2013.

    Éditions Macadam Milan - 430 pages

    Présentation de l'éditeur : Lorsque Meg Fellowes, 17 ans, voleuse et comédienne de la troupe de la Rose d'Or, est arrêtée, elle sait que la sentence va être la mort. C'est ce à quoi les voleurs sous le règne d'Élisabeth 1re d'Angleterre doivent s'attendre. Pourtant, on lui propose une alternative : accepter de faire partie d'un groupe de demoiselles d'honneur très spéciales : des espionnes. Avec ses nouvelles compagnes, Jane, Anna, Béatrice et Sophia, Meg doit protéger la couronne des intrigues de la cour. En ces temps troublés, mille complots guettent la jeune reine protestante. Grâce à son sens inné de la comédie et à sa mémoire extraordinaire, Meg doit espionner la délégation espagnole, composée de fervents catholiques, opposés à Élisabeth, dont le séduisant Rafe, comte de Martine, qui vient d'arriver à la cour. Mais dans le paysage complexe de ce début de règne, la jeune fille comprend vite que les frontières entre ennemis et alliés sont mouvantes et qu'elle ne peut se fier à personne. Si elle entend sauver la vie de sa reine et retrouver sa propre liberté, elle devra aussi démasquer le meurtrier d'une autre demoiselle d'honneur, mystérieusement assassinée quelques mois avant son arrivée...

    Traduit de l'américain par Marie Cambolieu.

    Ma note :

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    Broché : 15,20 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Macadam pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première et de devenir blogueuse partenaire de leur collection.

    C'est seulement après une brillante carrière dans le marketing que Jennifer McGowan a décidé de se lancer dans sa première entreprise littéraire. Une expérience professionnelle qui lui a sans doute permis d'enrichir sa formidable imagination d'une connaissance pointue de sa cible. Loin donc de se contenter d'une histoire simple et classique pour son tout premier livre, Jennifer McGowan a opté pour une saga jeunesse en forme de mashup littéraire.

    Si l'on peut, d'un simple coup d'oeil à la couverture du premier tome de cette série, le cataloguer sans conteste dans la rubrique du roman historique, il serait réducteur de le cantonner à cela. Comme l'a appris l'auteur dans son précédent métier, les jeunes lecteurs veulent lire comme ils vivent. Si la technologie d'aujourd'hui leur permet d'être de véritables encyclopédies de l'histoire de la musique et de tous ses courants - pour ne citer que cet exemple -, il faut qu'il en aille de même côté lecture. Cela passe en partie par le support numérique. Cela passe aussi par le mélange des genres et par la vitesse narrative qui ne doit en aucun cas laisser l'occasion de s'ennuyer et donc de zapper. C'est là que Lady Megan, premier opus du Cercle des confidentes, se révèle être résolument moderne. L'histoire de ces cinq jeunes femmes au service de la reine Elisabeth Ire alors débutante, tout historique qu'elle soit (la couverture tient évidemment toutes ses promesses !), n'en est pas moins classable aux rubriques espionnage, suspens, apprentissage, aventure, thriller ou romance. De quoi satisfaire tous les jeunes lecteurs contemporains ; tout du moins les jeunes lectrices si l'on se réfère au sexe des personnages principaux - cinq espionnes pour une reine aussi centrale autour de laquelle tout tourne, que secondaire puisque peu présente dans ce premier volume -, la modernité s'embarrassant encore trop souvent, malheureusement, du genre...

    Et de suivre ces cinq adolescentes pour le moins indépendantes et intrépides, douées de caractères bien trempés et de talents exceptionnels, en charge de protéger le royaume d'Angleterre et de résoudre un meurtre tout en vivant leurs premiers élans amoureux. Ces James Bond girls à la mode élisabethaine, forcément différentes les unes des autres pour faciliter l'identification la plus large possible, doivent épouser la raison d'État et déjouer les faux semblants, les incidents, les tromperies, les trahisons, les machinations et autres complots.

    Entre politique, amour, amitié et loyauté, l'histoire démarre sur les chapeaux de roues et le lecteur en vient rapidement à douter de tout le monde. Immédiatement addictives, les pages se tournent de plus en plus vite et au sortir de cette première partie, le premier sentiment après le regret de l'avoir déjà finie est l'impatience de pouvoir lire la suite. Réaction s'il en est par excellence face à un succès d'écriture ; attention, page turner !

    S'il est intéressant de connaître a priori la véritable histoire d'Angleterre pour le plaisir de détecter les éléments authentiques de la trame, ce n'est cependant par nécessaire à la bonne compréhension du texte. Mais il y a fort à parier que nombres de béotiens montreront a posteriori un intérêt pour cette époque...

    L'écrivain fait preuve d'un réel talent pour les descriptions (décors, costumes, atmosphère...) qui, loin d'être pesantes, catapultent subtilement le lecteur en plein XVIe siècle. Mais sa véritable force réside sans doute dans sa faculté à maîtriser son histoire. Qu'il s'agisse des enjeux diplomatiques ou des intrigues amoureuses, les scènes de tension palpable sont habilement menées et saisissantes aussi bien physiquement qu'émotionnellement. La parcimonie avec laquelle sont dispensés les indices met les nerfs du lecteur à rude épreuve mais les révélations, sans cesse surprenantes, arrivent toujours à point nommé. Peut-être certaines transitions temporelles sont-elles un peu rapides - il y a parfois plusieurs mois d'écoulés entre deux chapitres - mais ce n'est, somme toute, qu'un détail.

    Bref, Lady Megan est le premier des cinq tomes annoncés d'un bootleg littéraire prometteur campé au coeur de l'Angleterre élisabéthaine, dont chaque opus sera consacré à l'une des drôles de dames de l'incomparable fille d'Henri VIII. Fidèle à l'Histoire qui ne finit pas toujours bien, cette fiction, emplie de personnages brillants et attachants ou obscurs et perfides, est intelligente, fascinante et haletante. Elle offre des portraits crédibles - puisque réel pour celui qui concerne la reine et d'autres encore... - de femmes puissantes et audacieuses dans une époque où la condition féminine n'était pas des plus enviables. Une prouesse ingénieuse et délicieuse pour un premier roman qui s'adresse aux jeunes tout autant qu'aux grands de plus en plus nombreux à succomber à la passion de la littérature young adult. Ne reste plus qu'à souhaiter que les livres à paraître soit à la mesure de ce premier ! À suivre...

    Vous aimerez sûrement :

    La tétralogie d'Anna Godbersen (Rebelles, Rumeurs, Tricheuses et Vénéneuses), Ferrailleurs des mers de Paolo Bacigalupi, Hunger Games de Suzanne Collins, Enfants de la paranoïa de Trevor Shane, Le chirurgien ambulant de Wolf Serno, La sœur de Mozart de Rita Charbonnier, Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh, Le châle de cachemire de Rosie Thomas, Sashenka de Simon Montefiore, Les perles de la Moïka d'Annie Degroote, Les roses de Somerset de Leila Meacham, la trilogie Le goût du bonheur de Marie Laberge (Gabrielle, Adélaïde, Florent), Orgueil et préjugés, Emma, Northanger Abbey, Raison et sentiments, Lady Susan & Mansfield Park de Jane Austen, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, Seuls le ciel et la terre de Brian Leung, La calèche de Jean Diwo ou Mille femmes blanches de Jim Fergus.

    Extraits :

    La voix de sir William n'exprimait ni mépris ni pitié. Seule sa fourberie se manifestait. Il savait pertinemment que j'étais incapable de déchiffrer les rondeurs des caractères sur le feuillet - et sans doute s'en trouvait-il satisfait. Il me garderait ainsi un peu plus longtemps à sa botte. Cecil n'appréciait guère d'instruire une petite voleuse dépenaillée qui l'avait dupé une fois, presque deux. Il m'aurait sûrement laissée croupir au cachot si la reine n'avait pas formulé la demande explicite de me voir intégrer son cercle de confidentes. Il n'en avait d'ailleurs pas fait mystère : c'était Elizabeth et elle seule qui m'avait choisie pour entrer à son service. Cecil ne m'aimait pas, n'avait aucune confiance en moi et ne voulait pas de moi à Windsor. Je ne pouvais guère le lui reprocher. J'aurais moi aussi préféré me trouver ailleurs. Ma vie de voleuse me manquait : je me languissais de l'exaltation de la traque, de la sensation de mes butins entre mes doigts : le velouté du satin, la froideur lisse de l'argent.

    ...

    Grand-Père m'avait peut-être refusé le don de lecture, mais il m'en avait transmis d'autres, comme celui de l'écoute, de la diction, du jeu et de la persuasion.

    ...

    Pendant que les autres dames et demoiselles au service de la reine se consacraient aux travaux d'aiguille, aux révérences, aux processions, aux pas de danse, à l'étiquette et aux commérages, notre petite troupe se retrouvait chaque jour en ce lieu pour une instruction "approfondie" réservée à notre secte secrète. C'est là, claquemurées dans cette salle isolée où se mêlaient le bruissement des étoffes, le froissement des pages et la voix sifflante de notre sévère professeur, que cinq jeunes filles apprenaient à espionner pour le compte d'Elizabeth.

    L'idée avait de quoi séduire, ou même enthousiasmer. N'était-ce pas une fabuleuse aventure que de servir la plus extraordinaire souveraine de toutes les nations, de mettre audace et panache au service de la Couronne ?

    ...

    Un instant s'écoula, puis un autre. Je déglutis puis risquais enfin un autre regard à mon auguste interlocutrice. Et ce que je vis... me stupéfia.

    En cet instant, la Reine Elizabeth d'Angleterre, au faîte de sa jeunesse et de sa force, ma parut soudain aussi vieille et étiolée que mon grand-père l'avait été sur son lit de mort. Comme un masque terne, la lassitude retombait sur son visage et ses yeux luisaient d'une morne sagesse que je ne pouvais espérer comprendre. Comme pour me marquer de son royal décret, elle posa une main solennelle sur mon épaule.

    - Tous les hommes constituent une menace pour une femme, Meg, qu'elle soit servante ou souveraine, déclara-t-elle. En particulier ceux en qui nous aimerions par dessus tout place notre confiance. Ne l'oublie jamais.

    ...

    Nos mensonges les plus convaincants sont ceux qui nous semblent vrais.

  • Bons baisers de la montagne de Noémie de Lapparent

    Éditions Pocket / Julliard - 158 pagescultute,littérature,livre,roman,premier roman

    Présentation de l'éditeur : Lasse de ses échecs professionnels et sentimentaux, "Péril Rouge", appelée ainsi pour sa chevelure flamboyante, décide d'accepter l'invitation à skier de ses cousins et part se ressourcer à la montagne. Au hasard d'une conversation, la Parisienne en mal d'aventures apprend l'existence dans les parages d'une sorte de sage qui vivrait reclus suite à un drame horrible et posséderait sur la vie des lumières extraordinaires dont il éclairerait les villageois qui viennent lui rendre visite. Incapable de résister à la tentation, Péril Rouge part à sa rencontre. L'ermite serait-il celui qui lui livrera le sens de son existence ?

    Ma note :

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    Broché : 18,50 euros

    Poche : 6,10 euros

    Ebook : 12,99 euros

    Grands caractères : 19 euros

    Un grand merci aux Éditions Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    S'il existe en cet espace un engouement immodérément prononcé pour les premières œuvres, il n'y a pour autant ni complaisance, ni aveuglement. Ce qui va être démontré, malheureusement pour l'auteur à laquelle il sera toutefois accordé certaines qualités...

    Si l'on se réfère aux autres critiques mentionnées ci-dessous à propos de cet ouvrage, un double constat s'impose : les médias encensent le livre, les lecteurs le descendent. Sans tomber dans la théorie complotiste à fort potentiel paranoïaque ou dans celle de la collusion commerciale, il est bien tentant de penser que Noémie de Lapparent semble bénéficier de relations à son avantage dans les milieux éditoriaux et médiatiques...

    Sauf que. Loin de la jaquette alléchante pleine de mystère et malgré des critiques d'un côté simpliste et peu fouillée se contentant de recopier vaguement le communiqué de presse (Le Monde) et d'un autre, tout ce qu'il y a de plus exagérément mensongère et généraliste pouvant s'appliquer à n'importe quel opus chick lit (Au féminin), c'est un peu le quasi néant.

    Pour rendre à César ce qui lui appartient, l'écriture de la novice incite le lecteur à aller jusqu'au bout de sa lecture - mais peut-on raisonnablement abandonner un livre de quelque 150 pages ?

    Pour le reste, la non héroïne arrogante et tête à claques qu'on n'aime même pas détester tant elle est franchement horripilante est tout bonnement insupportable. Elle se fout du monde, utilise les gens et leurs affaires comme ça l'arrange, les bousille - les gens comme les affaires ! - sans ciller et, crime de lèse majesté, elle déteste les chats ! Bref, elle est toxique, nocive, littéralement tu-ante.

    Et c'est sans compter sur le fait que ce personnage aussi impudent que grotesque est le prétexte à une histoire même pas loufoque mais absurde, truffée d'invraisemblances et d'une cruauté tellement gratuite que c'en est juste vilain mais nullement drôle, même pas dans le registre de l'humour grinçant.

    Quand à la dimension censément spirituelle, elle est souvent évoquée mais jamais vraiment définie. S'il faut condamner de bien des façons de pauvres être innocents pour satisfaire les caprices d'une garce insolente afin d'illustrer que les actions d'une personne ont, par ricochet, des répercussions sur d'autres, la démonstration est à mon sens grossière et laborieuse.

    Et enfin, last but not least, la question que se pose la protagoniste tout au long de l'histoire est certes révélée à la fin... mais elle n'a littéralement aucun sens.

    Ma dent est dure, j'en suis désolée pour l'intéressée, mais je ne trouve sincèrement aucune justification à ce choix éditorial.

    Ils en parlent aussi : Le Monde, Au féminin, Primprenelle, Laure.

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    No et moi de Delphine de Vigan

    Les livres de Jonathan Tropper : Une dernière chose avant de partir, Le livre de Joe, Perte et fracas, C'est ici que l'on se quitte, Tout peut arriver

    Rainbow Warriors d'Ayerdhal

    Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier

    L'Agrément de Laure Mézarigue

    Vacances anglaises, N'oublie pas mes petits souliers et S.O.S. de Joseph Connolly

    Les livres de Douglas Kennedy : Rien ne va plus, La poursuite du bonheur...

    En moins bien et Pas mieux d'Arnaud Le Guilcher

    Le dernier testament de Ben Zion Avrohom et L.A. Story de James Frey

    Peste de Chuck Palahniuk

    Les témoins de la mariée de Didier Van Cauwelaert

    D'amour et d'eau fraîche de T.C. Boyle

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Interdit à toute femme et à toute femelle de Christophe Ono-dit-Biot

    À moi pour toujours & Les revenants de Laura Kasichke

  • Débordée, moi ? Plus jamais ! de Pauline Perrolet & Pacotine

    débordée moi plus jamais.jpgEn librairie depuis le 5 septembre 2013.

    Éditions Jungle ! - 56 pages

    Présentation de l'éditeur : Difficulté à lâcher prise, frustration, culpabilité, stress, épuisement... la vie des femmes est loin d'être un long fleuve tranquille. Débordée, moi ? Jamais ! vous invite dans le quotidien palpitant de ses six héroïnes. Qu'elles soient mariées, en solo, mamans au foyer, mamans tout court, et/ou accros au boulot, elles vivent au quotidien une véritable course contre la montre... qu'elles espèrent bien remporter ! Éclairée par les conseils d'un expert, et illustrée avec humour, cette BD nous livre de nombreuses astuces pour survivre à son quotidien de Wonder Woman... avec un peu plus de légèreté et beaucoup de bonne humeur ! Une approche de la psychologie inédite sous forme de BD, pour dédramatiser et se simplifier enfin la vie !

    Ma note :

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    Album cartonné : 12 euros

    Ebook : 6,99 euros

    Un grand merci à Babelio et aux Éditions Jungle ! pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Trois années après l'inauguration de la collection Les guides au féminin par les Éditions Vent d'Ouest, les Éditions Jungle ! ont décidé de rallier à leur tour le marché de la bande dessinée adressée aux femmes qui, semble-t-il, s'intéressent au registre. J'aurais tendance à dire que ces mêmes femmes ne cherchent pas spécialement d'albums conseils sur comment bien gérer leur triple vie de mère / professionnelle / femme, mais cela n'engagerait que moi...

    Mes psycho BD donc. Cette collection a pour ambition de répondre aux petites et grandes préoccupations quotidiennes des femmes en s'appuyant pour chaque volume sur les vraies réponses et bons conseils d'un ou plusieurs spécialistes (psy, praticiens divers...), partant du principe qu'à chaque problème sa solution. Si le tout premier album Débordée, moi ? Plus jamais ! témoigne du triste constat selon lequel aujourd'hui encore, c'est bobonne qui s'occupe de presque tout, d'autres volumes sont d'ores et déjà prévus courant 2014 qui élargiront, c'est à espérer, le champ des intérêts de ces dames : Bye bye les complexes, Je m'éclate au travail ou encore Même pas peur ! Hum...

    Quoiqu'il en soit, cette approche dessinée et humoristique de la psychologie, si elle n'a rien d'inédit, permet de rappeler aux femmes modernes dynamiques les astuces pour mieux gérer fatigue et/ou stress. Construit autour de cinq personnages stéréotypés, l'album balaie large afin que chaque femme d'aujourd'hui puisse s'identifier : la mère de famille nombreuse, l'accro au boulot, la femme tentant de concilier travail et maternité, celle à la tête d'une famille recomposée et enfin la célibataire avec enfants. Servies par un dessin girly pétillant et tendance façon Motin, Bagieu ou encore Diglee, les nombreuses situations traitées sont autant de réponses pratiques et efficaces, plus évidentes que révolutionnaires, comme par exemple savoir dire non, tout simplement... Mais n'est-ce pas après tout le bon sens qui fait défaut lorsqu'on l'on est dépassées ?

    Bref, ce premier opus enfonce des portes largement ouvertes mais rappelle surtout à chaque femme, sur un ton aussi agréable que divertissant, qu'elle n'est pas seule, bien au contraire, dans sa galère. Souhaitons surtout que cet album qu'il est de bon ton de laisser traîner aux toilettes permettra de faire savoir à qui de droit que la femme parfaite n'existe pas et qu'un sérieux et efficace coup de main est toujours bienvenu. De l'art du message subliminal...

    Ils en parlent aussi : PlanèteBD, Doctissimo, Amethyst.

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  • Rentrée littéraire : Manhattan volcano de Pierre Demarty

    En librairie depuis le 23 août 2013.manhattan volcano.jpg

    Fragments d'une ville dévastée

    Éditions Les Belles Lettres - 124 pages

    Présentation de l'éditeur : Hanté par les lettres de Pline sur l'éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi, Manhattan Volcano est un récit du 11-Septembre tel que l’a vécu un jeune Français parti à la conquête de la ville de ses rêves et soudain confronté, en même temps qu’au prodige des espaces américains, au brouillard des cendres et de la terreur. Errant dans les rues et les ruines de New York, depuis le vif de l’évènement jusqu’à aujourd’hui même, Pierre Demarty tente de raconter l’irracontable et, ce faisant, interroge la valeur de la mémoire, sa véracité, ses méandres, ses impasses. Album de choses vues, chronique d’une mythologie intime et de son deuil impossible, ce témoignage, loin de tout requiem, est une ode à la plus volcanique des cités de notre temps. Pierre Demarty est né en 1976. Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé d’anglais, il est aujourd’hui éditeur et traducteur. Récompensé en 2012 par le prix Maurice-Edgar Coindreau pour sa traduction des Foudroyés de Paul Harding, il a également traduit Joan Didion, J.K. Rowling ou encore William T. Vollmann. Manhattan Volcano est son premier livre.

    Ma note :

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    Broché : 11 euros

    Un grand merci aux Éditions Les Belles Lettres pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Au lendemain de la douzième commémoration des attentats du 11 septembre 2001, pourquoi ne pas poursuivre le travail de mémoire en se plongeant dans un petit ouvrage passé inaperçu en cette période de profusion littéraire ? D'autant plus inaperçu que son micro-format et son design très discret n'ont rien de tape-à-l’œil. Sans compter que son prix n'en fait pas vraiment un produit d'appel.

    Pourtant, il serait dommage de passer à côté.

    D'une part, parce que l'on a beau croire que tout a été dit et écrit mille fois sur le sujet, Pierre Demarty relève le défi d'offrir un éclairage tout à fait singulier sur cet événement qu'il a vécu au plus près : décidé à élaborer une thèse qu'il n'écrira finalement jamais, trop happé par cette ville qu'il a tant fantasmée, Demarty a intégré l'Université de Columbia en août 2001, quelques semaines seulement avant l'effondrement du World Trade Center...

    D'autre part, parce que Manhattan volcano inaugure la nouvelle collection TIBI (« pour toi », « à toi » en latin) des Éditions Belles Lettres dont le parti-pris est l'art du bref faisant le lien entre présent et Antiquité. Puisque tous les sujets ne méritent pas de longs discours et parce qu'en matière de formes courtes les Anciens en savaient long et ne manquaient ni d'imagination ni d'audace, TIBI invite des auteurs contemporains à se prêter à un exercice de style audacieux : écrire des micro-textes, élégants et légers, sur les mille et un tracas et plaisirs du quotidien en s'inspirant directement de textes antiques. De délicieux dialogues, éloges, épigrammes, satires, fables, lettres, diatribes et autres métamorphoses en perspective que ne manqueront pas d'apprécier amoureux du verbe et autres férus d'histoire au sens large comme au sens littéraire...

    Enfin, parce que ce texte, première production personnelle de l'auteur ayant jusqu'alors œuvré à la diffusion de la littérature anglo-saxonne en qualité de traducteur, prouve, si besoin était, que les passeurs de la littérature d'ailleurs sont avant tout des écrivains à part entière.

    L'exercice de style auquel s'est habilement prêté Pierre Demarty est ici épistolaire. Faisant lien entre les lettres de Pline le Jeune sur l'éruption du Vésuve et la destruction de Pompéi le 24 août 79 (dont on retrouve les extraits en fin d'ouvrage) et les lettres fictives que lui-même aurait pu écrire à ses proches sur son expérience immédiate autant qu'éloignée du 9/11, il prouve le continuum émotionnel de l'homme face à la tragédie, à vingt siècles de distance, en faisant se télescoper les mots. En imaginant les lettres qu'il aurait pu écrire à chaud comme à quelques années d'intervalle de sa propre expérience et en y intégrant les mots de Pline, il invite ce dernier au vingt-et-unième siècle et métamorphose le Ground Zero de 2001 en éruption volcanique, entremêlant les impressions, les émotions, les réminiscences et autres réflexions du spectateur de l'impensable tumulte. Une universalité affective qui s'impose au lecteur, lui faisant retrouver immanquablement les ressentis de ces instants malheureusement inoubliables... Une plume tout autant qu'une collection prometteuses.

    Ils en parlent aussi : Librairie Guillaume Budé, Claro.

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    Journal d'un corps de Daniel Pennac

    Regarde les hommes mourir de Barry Graham

    Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Une adolescence américaine de Joyce Maynard

    L'écologie en bas de chez moi de Iégor Gran

    Rescapé de Sam Pivnik

    Extraits :

    Tu me demandes comment c'était.

    Me croiras-tu si je te dis que je ne me souviens de rien ?

    Tu veux savoir comment c'était, tu veux qu'avec des mots j'exhume des cendres, et que des cendres mêlées aux mots, comme d'un brouet d'enchanteur, jaillissent des mondes perdus, l'Atlantide fabuleuse d'un carnage qu'on t'a déjà tant de fois conté, tant de fois que tu as fini par ne plus y croire, tant de fois que tu n'as plus que des légendes auxquelles te raccrocher, mais chacun épaississant si bien le mystère des précédentes que toutes - ainsi amoncelées, enchevêtrées les unes aux autres comme les décombres de ces jours-là, tantôt fumeuses, tantôt calcifiées, pétrifiées dans la gangue des cent milliards de mots qu'on a déjà déversés en tombereau sur le cadavre, à l'en étouffer pour de bout et l'exorciser sans doute -, toutes les légendes, plutôt qu'à l'éclairer, conspirent à ramener sur ce jour fameux le voile de la nuit, de l'obscur et de cet effroi très particulier qui naît de l'incompréhensible.

    Tu ne comprends pas, dis-tu, et voudrait comprendre. Comprendre quoi ? Savoir quoi ? Ne sais-tu pas tout déjà ? N'as-tu pas, comme tout le monde, vu cent fois, mille fois, les images ? Aucun cataclysme ne fut jamais si bien, si immédiatement documenté : ce fut, tu t'en souviens aussi bien - mieux encore, peut-être - que si tu l'avais toi-même vécu, un monumental amas d'images et de mots, plus encore d'images et de mots qu'il ne flotta de copeaux de chair et d'acier calciné dans le ciel sale de Manhattan ce matin-là, douze années ininterrompues de mots et d'images, amalgamés en un suaire cendreux où n'a toujours pas fini de se vautrer, insatiable, notre obscénité mémorielle - franchement, que veux-tu d'autre, de plus ?

    ...

    Les ultimes rayons du soleil sont venus mourir sur les facettes scintillantes du Chrysler (de toutes les tours, ma préférée : une fusée de freakshow échouée dans le grand cirque lunaire de la ville, amarrée à vie au centre du cratère des buildings, mais roide encore d'orgueil et de beauté fardée, aristocrate, extravagante comme une aïeule), et la dernière lueur du jour s'est effondrée en une pluie d'étoiles le long de ses parois rendues aux ténèbres. Pour un peu, je l'aurais applaudie : ici, même les astres sont de vieilles divas adorables qui se donnent en spectacle et cabotinent jusqu'à leur dernier souffle. L'un après l'autre, alors, les gratte-ciel, semblables à une paisible harde de centaures, se sont assoupis debout dans leur lit de néons, caressés par une nuit qui semblait venir à regret.

    ...

    Il faut quelque seconde

    Pour efface un monde.

    Michel Houellebecq

    ...

    Pardonne-moi ces quatorze jour de silence. Je ne trouvais pas les mots : eux aussi s'étaient écroulés ; écrasés sous le linceul de chaux vive dont la catastrophe a drapé la ville dans son sillage, ils gisaient, épuisés, sans plus de souffle, et je vois chacun ici, depuis, lutter avec un acharnement plein de douleur et de dignité théâtrale pour les ranimer, les arracher, un par un, au magma du néant.

    C'est qu'on s'extirpe difficilement du silence qui suit un tel fracas.

    ...

    (Cela restera toujours un grand mystère pour moi, cet instinct irrépressible qu'on a de se précipiter vers les carnages, quand on devrait les fuir ; de ralentir, sur l'autoroute des belles vacances, dès qu'on a humé, derrière le paravent hypnotique des gyrophares attroupés, la présence de la mort, la promesse d'un spectacle de chromes et de corps enchâssés. Par quelle bizarrerie peut-on avoir envie de voir des choses pareilles ? Et qui, cependant, possède la faculté de s'y soustraire ? Je ne connais personne qui sache ne pas céder à la tentation de regarder l'irregardable, personne, devant un charnier, qui soit capable, en toute bonne foi, de détourner les yeux. - La laideur du monde est irrésistible.)

    ...

    J'ai vu dans des amphithéâtres des professeurs au rire hier tonitruant et à la faconde extraordinaire incapables de prononcer le moindre mot pendant plusieurs minutes devant un parterre d'étudiants au visage rougi qui braquaient sur eux, lèvres tremblantes, des regards d'enfant perdu les implorant de leur expliquer à quoi rimait le monde.

    ...

    Nos vies continuent, idiotes, inévitables, et c'est comme un affront au chagrin, une honte qu'on préfère passer sous silence plutôt que de la laisser souiller la très grande, très précieuse pureté du malheur. Marcher dans la rue, parler du beau temps et de la pluie, payer une facture, faire la queue au deli du coin, lire, rire, dormir, rêver peut-être : il va falloir "après ça", réapprivoiser la banalité de nos existences. Et si l'on n'entend dans toutes les bouches qu'un seul refrain - "Plus rien ne sera jamais comme avant" -, martelé avec une gravité enivrée d'elle-même qui cache mal son intranquillité, c'est bien parce que c'est tout l'inverse qui est vrai, et que chacun ici pressent qu'il faudra bien au contraire, évidemment, inéluctablement, que tout soit bientôt comme avant - à quelques variations près, quelques retouches opérées dans le paysage, dans l'histoire, et dans nos souvenirs.

    ...

    Et j'ai vu aussi des gens exploser de fureur devant ces grandes mises en scène d'affliction collective, trépigner, s'esclaffer, dresser haut le doigt pour dénoncer la mascarade de la bien-pensance, s'insurger contre l'orgueil victimaire, s'indigner d'une débauche de tristesse en toc, j'ai vu de grands esprits ahaner bave aux lèvres les banalités les plus hargneuses sur le déclin inauguré de l'empire et autant de petits malins se goberger de cette apocalypse de pacotille, j'ai vu des rixes éclater entre des gens qui n'étaient pas d'accord mais on ne sait pas sur quoi ni à quoi bon, comme si de pareils cataclysmes pouvaient être sujets à débat, j'ai entendu les imbéciles malheureux qui se croient pleins d'audace s'émerveiller de la "beauté" su spectacle des tours détruites, ceux qui criaient "bien fait !", ceux qui relativisent, ceux qui haussent les épaules, j'ai vu gesticuler tous ceux-là qui voudraient étouffer, à force de bruit et de bêtise, la terreur muette qui vient de nous enfoncer ses griffes dans la nuque et promet de ne pas nous lâcher de si tôt.

    ...

    En quatorze jour, combien de fois as-tu déjà vu repasser cette séquence ? Combien de fois les tours ont-elles, sous tes yeux, ressurgi du brouillard, immaculées, ressuscitées par la grâce magique et mensongère du temps rembobiné sur trame ? Et pourquoi, sinon pour mieux les voir tomber encore, et encore, et encore ?

  • Rentrée littéraire : Après l'amour d'Agnès Vannouvong

    après l'amour.jpgEn libraire depuis le 22 août 2013.

    Éditions Mercure de France - 202 pages

    Présentation de l'éditeur : "Héloïse m’appelle « ma belle surprise ». Elle a ses petits trucs, les balades à moto, un parfum addictif, des pièges à filles. Les cloches de l’église Saint-Eustache ponctuent toutes les heures nos étreintes. J’aime caresser la peau, son dos, ses bras durs, le sexe doux sous la langue, les soupirs, les sourires entre les baisers, les rires. Je l’adore et honore son sexe. Un souffle, une parole, un geste provoquent le rapprochement des corps. J’aime notre intimité. Je veux essayer toutes les positions, tous les rythmes. Après les orgasmes, elle se serre très fort contre moi, je suis perdue. M’abandonner serait une aventure, alors je glisse, indéterminée, ouverte à tous les possibles." Lorsque la narratrice se sépare de sa compagne Paola avec qui elle vivait depuis dix ans, sa vie bascule. Collectionnant les amantes, elle part à la recherche effrénée du plaisir et de la jouissance : de Paris à New York, de Rome à Berlin. Pourtant après l’amour, le manque est inéluctable. Dans cette ronde de la séduction, toutes ces Edwige, Garance, Éva, Delphine et autres conquêtes furtives prolongent l’absence de Paola… La rencontre avec Héloïse amorcerait-elle un tournant ? Mêlant brillamment romantisme et crudité, douceur et violence, Après l’amour est un roman sensuel et sexuel qui explore la fulgurance du désir féminin.

    Ma note :

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    Broché : 16,50 euros

    Ebook : 12,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Mercure de France pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Que reste-t-il après l'amour ?

    Juste après l'amour - le rapport physique s'entend -, il y a la joie, l'intimité de l'esprit et/ou du corps, le partage, la fuite parfois, l'apaisement, le repos, ou l'amour encore...

    Quand cet après signifie la séparation, il y a la déflagration, le post partum amoureux, le manque de l'autre, la solitude, l'affolement, le vide, la déréliction, le sentiment d'abandon, la difficulté à faire confiance, à aimer à nouveau, à être à nouveau soi-même, la panique, l'absence de la peau, du rire, du parfum, des habitudes, le sentiment que plus rien n'est possible, les larmes... Et puis la pulsion de vie, nécessaire et urgent affrontement de ces noces barbares avec soi-même !

    Ce sont toutes les facettes de l'après, du post-amour, qu'Agnès Vannouvong a voulu exprimer dans son tout premier roman, par le biais d'une trentenaire parisienne qui cherche à fuir le vertige de la perte de l'amour de sa vie, qui combat l'absence de l'être aimé en le comblant par un trop plein de corps, une multiplicité de rencontres, une cartographie amoureuse de bras en draps à l'échelle internationale. C'est une cavale frénétique, une véritable chasse à l'autre qui s'organise par le biais du numérique, des occasions professionnelles, du Paris by night, des hasards de la vie contemporaine propice aux amours en fibre optique.

    De la fuite en avant à la remise en question, ce sont toutes les étapes de la rupture qui sont explorées. L'auteur exprime avec authenticité, tendresse et ironie, cette quête identitaire, ce retour sur soi passant par l'enfance, le retour aux origines, ici marqué par un père absent, figure du choc entre l'Orient et l'Occident.

    Si cette ronde de la séduction qui finalement prolonge et redouble l'absence de l'autre est une stratégie assez courante de la vie amoureuse moderne, cette errance effrénée de liaisons éphémères autant qu'interchangeables est ici saphique. Car la figure centrale et solaire de ce kaléidoscope amoureux est homosexuelle.

    À l'heure du tant attendu mariage pour tous enfin proclamé et ayant révélé l'effrayante sous-jacence homophobe française qui ne demandait qu'à se déchaîner ; après la couronnement amplement mérité au Festival de Cannes 2013 de l'adaptation cinématographique par Abdellatif Kechiche de la magnifique bande dessinée de Julie Maroh Le bleu est une couleur chaude ; le premier roman d'Agnès Vannouvong s'inscrit dans la continuité de ces œuvres non militantes mais nécessaires pour expliquer, raconter et défendre l'alternative amoureuse et/ou sexuelle.

    Après l'amour met magnifiquement en évidence - puisque besoin est malheureusement - que l'amour, quel qu'en soit ses protagonistes, est universel. Et que la fin de l'amour est un déchirement partagé que l'on tente de surmonter bon an mal an, avec des stratégies parfois excessives, parfois maladroites, mais qui n'ont qu'un seul but : ne pas sombrer, se rassembler, déjouer les pièges de la mélancolie pour pouvoir aimer à nouveau.

    Cette peinture sentimentale de femmes indépendantes, intellectuelles, guerrières, modernes, qui vont de l'avant, n'est pas seulement un hommage à l'amour entre femmes, au désir féminin. C'est un hymne au désir, à l'amour tout court. L'érotisme fougueux qui se dégage de l'écriture nerveuse, incisive de l'auteur retranscrit avec une précision toujours élégante les codes des amours contemporaines sans lendemain qui s'apparentent aux modes de consommation convulsives de l'époque : immédiateté des désirs et de leur satisfaction, rapidité du sentiment de lassitude, zapping et nouveau cycle de consommation. Ce roman qui doit son titre au Goncourt 2007 Gilles Leroy (Alabama song), s'il n'a aucune ambition sociologique, s'inscrit pourtant à la perfection dans son époque et se fait l'expression juste de l'extrême contemporain dans sa vitesse et sa recherche de sens.

    Agnès Vannouvong signe une première œuvre aboutie, originale et percutante qui explore comme jamais encore l'amour au féminin pluriel. Le seul regret étant que ceux qui auraient le plus besoin de le lire - ces manifestants à œillères pour l'inégalité des droits - ne le feront pas...

    L'auteur parle de son livre.

    Ils en parlent aussi : Claire, Vanessa, Nathalie.

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    Extraits :

    Ça se passe très vite. Paola me quitte. Je bascule hors d'une zone de sécurité. Je glisse et, déjà, je construis ma défaite. D'avance, je connais le prix de la séparation. L'absence de la peau, du rire, du parfum. Alors j'anticipe et accomplis les gestes de premiers secours. Vite, je me relève, je respire dans la vague, je me rassemble.

    Tu claques la porte, tu me regardes comme si c'était la dernière fois. On ne se reverra que chez le notaire. Tu vends tout, dans une apnée compulsive. Tu m'informes par courrier électronique de ta stratégie d'évidement. Tu construis un espace vide où l'air se raréfie. Les meubles seront bientôt trop grands pour nos deux petits appartements de solitude. Ils disparaissent les uns après les autres et déposent sur le parquet une légère trace de poussière. C'est bien connu, la séparation fait fondre les graisses et appauvrit économiquement. Elle dépossède des biens acquis et déprogramme la mémoire affective. Elle laisse sur le carreau, avec une boule d'angoisse plantée bien droit, dans chaque muscle. Tu ne tergiverses pas. Je ne résiste pas. Je suis surprise par la force de ta détermination. Dans ce bras de fer sans corps et sans parole, le royaume de l'affect est banni. Paola a l'élégance d'attendre la fin de ma thèse pour passer à l'action.

    ...

    Je fais comme si de rien n'était. Je ne sombre pas. Je n'attendrai pas que le bateau coule.

    - La force doit être relâchée du corps.

    Mon professeur prononce ces mots, à chaque cours. Le corps ne peut tout porter. Il faut apprendre à laisser derrière soi, délaisser, se délester.

    ...

    S'inventer une autre vie. Je n'échappe pas à l'entreprise de fichage. Je me suis transformée en commerciale du cul. Je me spécialise en vente par correspondance. La première difficulté est d'imaginer un pseudo. Je tape ma nouvelle identité fictive, Divine, j'amorce une opération séduction. Accrochez-vous, les filles, on va faire connaissance. Sur les photos, je suis saisie par la diversité des visages et des looks que j'identifie mentalement par famille : lesbiennes à mèche, façon Justin Bieber, lesbiennes lipsticks, baby dyke,  butch, trans. Je reconnais certaines filles, croisées dans les bars du Marais, après les séances chez mon analyste, rue Saint-Paul. Le Marais est un village, un Disneyland peuplé de Mickeys pédés ou de Minnies sans robe. Je m'y perds toujours un peu. J'aime surtout m'asseoir à une terrasse et contempler des corps sans cintre griffés de la tête aux pieds des modeuse croquant un falafel, des gays bodybuildés sapés en Fred Perry sortant de l'Usine ou des familles bourgeoises. La géographie du IVe arrondissement me rappelle un typographie sociologique que l'écran agrandit. Je clique. Je chasse. Ça me donne de l'espoir. Ça m'empêche de mourir de chagrin.

    ...

    - As-tu déjà participé à la Gaypride ?

    - Les luttes LGBT, la politique des identités, c'est bon pour les communistes ! Je n'ai jamais connu l'homophobie. En fait, je suis au fond du placard, donc au-dessus de tout soupçon. L'absence de contrariété est un gage de paix, disait Beau Papa.

    ...

    Je ressemble à une créature cyborg, reliée à son ordinateur, le téléphone dans une main, un verre de vin dans l'autre. Tout à coup, écrasée de solitude, j'ai un doute, une angoisse nocturne. L'amour se rencontre-t-il encore au coin de la rue ? La vraie vie est-elle virtuelle, dans la Toile, sur les réseaux sociaux ? Les mails à la place des lettres, les SMS pour les télégrammes. L'immédiateté. On claque des doigts. On peut tout avoir. Des vêtements plein les armoires, à peine essayés, des billets d'avion électroniques. Tout est à disposition. Quand commence l'histoire ? Que se joue-t-il derrière l'écran ? Les doigts basculent en azerty ou en qwerty. L'imagination s'emballe. Et souvent, la déception du corps réel.

    ...

    Le dimanche matin, elle m'emmène parfois prendre le petit déjeuner dans un rade de Saint-Ouen. On avale un petit crème et un croissant, parmi les maraîchers qui ont déjà attaqué les rillettes et le verre de rouge. Les habitués taillent la bavette avec Josée, la patronne qui tient le bar depuis vingt-trois ans. Elle rouspère contre une espèce qui a fait son apparition quand les usines ont fermé et qu'on les a vendues par parcelles de cent mètres carrés. Derrière les briques rouges, des lofts ou des ateliers d'artiste. On se croirait à Brooklyn Heights. Les couples bobos ont quitté la Petite Couronne et gênent maintenant l'entrée du bar avec les poussettes. Les marmots habillés chez Bonpoint piaillent au milieu des cagettes. La France cohabite.

    ...

    Contrairement à toi, je peux être dans une relation, je n'ai pas peur de l'engagement. Mais j'ai aussi besoin de mobiliser mon énergie pour me consacrer à ma carrière. Quand je t'ai recontrée, j'ai su aussitôt que j'allais avoir le ventre noué, j'ai su que tu ne resterais pas. Tu n'aimes personne et tu aimes tout le monde. Tu vas partir, retrouver ta vie. Lorsque je vais penser à toi, tout me sera insupportable, l'idée que tu puisses en aimer une autre, emménager avec elle, avoir un enfant. Je ne supporte plus la jalousie qui écrase chaque pore de ma peau et bouffe les cellules de mon cerveau. Tout compte fait, je te remercie de me quitter.

    ...

    - Depuis la séparation, je suis devenue l'ombre de moi-même. Celle qui quitte a toujours le mauvais rôle. Je ne me plains pas, mais pourquoi ai-je toujours envie de pleurer ?

    - Quand on était ensemble, je ne comprenais pas combien je t'aimais. Je ne savais pas quoi faire de cet amour. Il m'étouffait.

    (...) - Quand on reviendra ensemble, si on revient ensemble, je veux un enfant avec toi, un bel appartement, et t'aimer pour la vie.

    - Dis, on dormira encore ensemble ?

    ...

    - (...) J'éprouve ma solitude, je fais sans toi. (...) Le plus éprouvant dans tout ça, c'est se défaire des habitudes, la présence, l'odeur, le quotidien, les courses au supermarché, les repas, le vélo dans Paris, les vacances, les discussions après un spectable. Ce qui me manque le plus, c'est le sens du mot commun. (...) Quand on est connectée à une âme pendant dix ans, on a le temps d'inventer une histoire commune. Sais-tu comment on détisse les liens ?

    ...

    À douze ans, je lisais Camus et Sartre.

    ...

    La misère amoureuse conduit vers des régions désertiques. Je tombe dans un trou, une tristesse, une torsion de l'âme. Comment survivre à la froideur d'un tel désamour ?

    ...

    La scène me plonge dans l'effroi. Quelque chose s'est passé. C'est irréversible. Quelque chose a tourné. Je n'arrive ni à rester ni à partir. Me reviennent en mémoire les mots de Deleuze et Guattari : "On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer, ni s'être passé. Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu'ils sont imaginaires, au contraire : parce que je suis en train de les tracer." Je suis devenue une ligne, une flèche abstraite, une statue. Je suis sans territoire propre. Le bras de fer est perdu d'avance. C'est la fin et il n'y a plus d'armes pour lutter.

    ...

    Mourir de chagrin

    Le sexe n'y change rien. La désintoxication amoureuse a pour amis l'absence et la perception du temps.

    ...

    On s'habitue à la douleur, au silence, pas à l'absence.

    ...

    Dans six ans, j'aurai quarante ans, non, pire que ça, dans six printemps, j'aurai quarante ans. Je dois avancer, refaire ma vie, oublier. Les conquêtes, les nuits d'amour, la fuite ne font pas le poids devant la mélancolie. Je ne connais pas le dosage exact contre l'excès et le défaut d'amour.

    ...

    Les gens vous rassurent, ça va aller, ça va passer, tu es jeune, tu vas rencontrer quelqu'un d'autre, tu es belle. Les gens ne savent pas. Ils devraient se taire, se garder de ramener votre souffrance à leur expérience. Je me fous de leur avis, j'ai envie de distribuer à la cantonade des paires de claques.

    ...

    - Ce qui s'est passé entre nous, il faut s'en servir pour tenter de répondre à ce qu'on veut et à ce qu'on ne veut pas ou plus.

    ...

    Si je connais très bien les effets du manque, j'ai peur, car j'ignore le remède contre la puissance de l'étreinte.

    ...

    Il y a dans l'échange amoureux une transaction. Dans l'absolu, je voudrais que la plaisir fasse corps avec un réel, non soumis à des règles. (...) L'amour a un prix, il nous efface, il nous fait rêver jusqu'à la destruction de sa propre image.

    ...

    Mon corps a encaissé la douleur, le manque. Mon coeur a terminé sa cure de désintoxication. Je n'ai pas de larmes, la souffrance a tout séché, la mémoire s'est figée. J'ai tant lutté, charrié des vagues d'angoisses, des océans de cauchemars. L'absence m'a appris ce que veut dire la fin d'un amour, la vérité de cette fin. Elle m'a libérée d'un monde peuple fictions, de fantasmes, de chimères. Je grandis. Je refais ma vie. Je ne veux pas intervenir dans la structure narrative d'une histoire autre que la mienne.

    ...

    J'emporte une myriade de petits pains, des croissants, du chocolat, des tartes salées. Chez le marchand de quatre-saisons, j'achète une panière de fruits rouges. Chez le fleuriste, je prends un bouquet de roses. Soudain, j'ai conscience que mes gestes se répètent, que les situations sont identiques. Rencontre, baiser, petit-déjeuner. Pendant deux, trois semaines maximum. Un sentiment d'absurdité m'accable.

    ...

    - On les compte sur les doigts d'une main, les vrais amis, pas ceux qui vous prennent pour un bouche-trou comme dans la cour de récré, ceux qui vous appellent juste quand ils ont besoin, ceux qui disparaissent et réapparaissent comme si de rien n'était, ceux qui vous font faire le boulot et mettent leur nom sur la couverture, ceux qui viennent toujours dîner chez vous mais qui ne vous invitent jamais sauf pour leur anniversaire, ni ceux qui vous jugent, car eux, ils ne sont rien, juste des satellites autour d'autres satellites.