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Cinéma - Page 7

  • De Marquette à Veracruz de Jim Harrison

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    Quatrième de couv' : C'est pour régler de vieux comptes avec sa famille fortunée que David Burckett décide de s'exiler dans un chalet de la Péninsule Nord. Son père est une sorte d'obsédé sexuel, un prédateur qui s'attaque à de toutes jeunes filles, tandis que sa mère se réfugie dans l'alcool et les médicaments. Au cours de son passage à l'âge adulte - car il s'agit bel et bien d'un roman d'éducation contemporain -, David fera la connaissance d'un inoubliable triumvirat de jeunes femmes : Riva la Noire, qui a décidé de consacrer sa vie aux enfants miséreux, Vernice, la poétesse affranchie des conventions, et Vera, la jeune Mexicaine violée par le père de David alors que le jeune homme en était amoureux. "De tous les talents qui peuvent susciter l'admiration chez un écrivain, il en est un auquel on pense rarement, le plus évident et le plus étonnant peut-être : son aptitude à nous embarquer dans un univers qui n'est pas le nôtre et sa manière, parfois, de forcer notre indifférence jusqu'à faire naître l'émotion." Raphaëlle Rérolle, Le Monde

    Je ne connaissais de Jim Harrison que l'adaptation cinématographique de son roman Légendes d'automne et les quelques papiers lui étant consacrés que j'avais pu parcourir dans mon cher magazine Lire. Je crois bien que ce qui m'a définitivement convaincue de me pencher, enfin, sur cet énième incontournable auteur est l'entretien remarquablement grinçant qu'il avait accordé au Journal du Dimanche à quelques jours des dernières élections américaines. Le style y était si percutant, si juste, si cru, que je ne pouvais manquer de m'en sustenter le temps de quelques centaines de pages.

    Au sortir de ce premier roman - dans l'ordre de mes lectures et non de la bibliographie de l'auteur -, je suis quelque peu déconcertée. Parce que si le style y est bien unique, il ne m'a pas autant marquée que dans l'interview précédemment évoquée, voire même, à certains moments, rebutée. Et pourtant, impossible de me défaire du livre. Probablement parce que l'auteur commence par la presque fin détonante de l'histoire et que, coûte que coûte, même au prix d'une lecture parfois fastidieuse, il est impératif de savoir : pourquoi ? comment ? Une littérature dont la fin justifie les moyens en quelque sorte. Mais parce qu'il faut rendre à César ce qui est à César, j'insiste, malgré donc certaines longueurs, sur la plume exceptionnelle qui, à nulle autre pareille, sait nous transporter dans des contrées lointaines que l'on veut dès lors impérativement découvrir mais surtout, dans les tourments et les noirceurs de l'âme humaine. C'est cela, au final, qui, pour moi, l'emporte : cette lucidité sur l'humanité, aussi fascinante que dégoûtante, qui fait des écorchés mes auteurs préférés.

    Extraits :

    Glacé jusqu'aux os et épuisé, j'ai rejoint ma chambre de motel, j'ai installé un fauteuil près de la fenêtre, puis je me suis endormi en regardant la blancheur effrayante du monde. Il s'agissait de toute évidence d'une toile vierge sur laquelle on pouvait peindre son existence si l'envie vous en prenait. Juste avant de sombrer, je me suis imaginé assis à la fenêtre du chalet et j'ai peint ce qui l'intérieur de ce qui serait mon chalet, y compris la fenêtre de devant d'où les seules choses visibles était le lac Supérieur et la ligne d'horizon, mais me tracassait cette idée de Fred selon laquelle en tant que chrétien putatif je devais apprendre à fonctionner dans le monde avant d'avoir le droit de m'en absenter.

    ...

    Au printemps, après ma séparation d'avec Polly, je suis entré dans ce qu'on qualifie de dépression clinique, alors que je considérais moi-même mon état comme une sorte de perpléxité générale concernant l'espèce humaine.

    ...

    Le fil aisément perceptible de nos existences aboutit à un malentendu fondamental quand nous cédons à la tentation d'accorder le même poids aux années, aux mois et aux jours. Les instants les plus brefs ont parfois un pouvoir explosif qui anéantit le temps autour d'eux, y compris tout le passé qui les a précédés.

    ...

    Malgré la plénitude de tous ces plaisirs, nous avons été un peu lents et déprimés le lendemain matin, sans doute parce que nous partagions cette triste conviction que, malgré nos instincts humains les meilleurs, nous allions écarter cet épisode sans pitié afin de suivre nos trajectoires individuelles, ces destinées profondément enfouies en chacun de nous, cette solitude volontaire que l'éventualité, voire la probabilité, d'un amour réciproque n'aurait pu annuler. Les gens tombent peut-être amoureux malgré l'invention de telles barrières intérieures. Notre culture a peut-être commencé à nous apprendre subtilement que cette soumission absolue à l'ambition constitue notre plus haut espoir. Sans doute qu'à une certaine époque, davantage de gens étaient simplement eux-mêmes, mais sans doute que ni elle ni moi n'avions jamais essayé d'être simplement nous-mêmes. Enfin, nous étions peut-être le genre d'individus que la culture n'avait aucun mal à dénaturer. Enfants, nous étions assez fantasques pour souhaiter être un oiseau jusqu'au soir, et rien ne se perd plus aisément que le sens du jeu.

    ...

    (...) après quoi elle a cité René Char : "La lucidité est la plaie la plus proche du soleil."

    ...

    (...) pour faire bonne mesure, j'ai ajouté qu'elle voyait peut-être ce qui n'allait pas dans la prose et la poésie, mais que moi je voyais ce qui clochait dans le monde naturel.

    "Je n'exclue pas les gens comme tu le fais", riposta-t-elle, avant de dire : "Et puis je suis ravue d'avoir ce regard innocent qui me permet d'être bouleversée par la beauté d'un paysage.

    - D'accord, mais si nous n'identifions pas le mal que nous avons fait, nous sommes condamnés à le refaire.

    - Je ne veux pas que le mal qui a été fait dévore toute ton existence. Sinon, tu risques seulement d'être un esprit critique réagissant aux seuls méfaits d'autrui. Et ta vie sera complètement déséquilibrée.

  • La maison du lac de Jean Piat et S. Hillel

    Au départ, un film de Mark Rydell avec Katharine Hepburn, Henry Fonda et Jane Fonda, sorti en 1981.maisonlac.jpg

    Primée cette même année aux Oscars au titre du meilleur scénario, de la meilleure actrice (K.H.) et du meilleur acteur (H.F.), l'histoire (titre original : On Golden Pond) nous parle des années 60, d'une maison de vacances au bord d'un lac, de deux époux ayant su rester des amants exceptionnels, d'une fille en conflit depuis toujours avec son père, d'un nouveau fiancé et de son ado de fils, d'un jeune rebelle et d'un vieux râleur qui finissent par s'entendre.

    Ce récit, je l'ai découvert sur le vieux poste télé d'une vieille maison d'un village de vieux du fin fond du Cher, quand j'étais petite fille.

    Quelque vingt années plus tard (si ce n'est plus...), je l'ai redécouvert version théâtre, version française, avec Jean Piat (l'époux amant exceptionnel père indigne vieux râleur), Maria Pacôme (l'épouse amante exceptionnelle maman), Béatrice Agenin (la fille en conflit avec son père nouvellement fiancée), Christian Pereira (le nouveau fiancé père d'un ado) et Damien Jouillerot (le jeune rebelle).

    Si la nouvelle approche fut enchanteresse, c'est à n'en pas douter grâce à une interprétation magistrale réhaussée par un décor fantastique (Edouard Laug), un jeu de lumière très subtil (Laurent Béal), une musique/bande son si nostalgiquement juste (François Peyroni) et une mise en scène énergique (Stéphane Hillel, Marjolaine Aizpiri). Mais elle l'est indiscutablement et sans vouloir démériter le reste de la troupe, grâce à l'inégalable ponte de la Comédie Française, Jean Piat, dont j'avais particulièrement apprécié la performance seul en scène l'an passé dans De Sacha à Guitry.

    Bref, pour la critique parfaite, c'est par ici. Pour ma part, j'en retiens beaucoup de rires, quelques larmes et deux regrets : que les bonnes choses aient une fin et que la culture soit si inabordable (merci papa/maman pour l'invit'). Mais s'il est un spectacle qui vaut de se serrer un poil la ceinture, c'est bien celui-là !

    Thêatre de Paris

    15, rue Blanche - 75009 Paris - M° Blanche / Trinité

    Réservations : 01 48 74 25 37 - http://www.theatredeparis.com

    Jusqu'au 15 février, du mardi au samedi à 20 h 30 et le dimanche à 15 H 30

  • Pédale douce

    Quand on partait de bon matin,

    Quand on partait sur les chemins...

    A bicyclette.

    Moi, quand j'entends - au sens ouïr - "de bon matin", j'entends - au sens comprendre - plutôt "beau" que "tôt". Tout ça pour dire que le Vélib', c'est toujours bien... mais quand même moins l'hiver. Disons que ce moyen de transport qui joint l'utile à l'agréable, joint davantage l'utile en période hivernale.

    Alors il y a les vaillants qui ne lâchent rien. Pour aller travailler ou aller festoyer, ils pédalent sans discontinuer.

    Et puis il y a les autres. Les comme moi. Les frileux. Qui délaissent le vélo au profit du métro le temps du froid.

    Du coup, on est un peu comme exclu de la communauté du pédalier. C'est triste. Sanglots. Snif. Sob.

    Mais comme c'est pas parce qu'on est pas des Américains qu'on sait pas pratiquer la happy end, tadâââm ! Rebondissement heureux. Désormais, nulle excommunication vélib'aire grâce au blog Vélib’ & moi qui propose des news sur le Vélib’, des trucs et astuces, des reportages sérieux, des informations insolites sur des initiatives écolos ou sur des fous de vélos, des interviews de personnalités telles Guizmo et Manu du groupe Tryo* qui parlent du Vélib', de la vie à Paris, de leur engagement citoyen et écologique et de leur album "Ce que l'on sème"... mais offre surtout la possibilité aux Vélib'eurs de prolonger en ligne la relation créée dans la rue. Ben ouais, parce que ça drague sévère sur les vélocipèdes ! Enfin bref...

    * groupe de chanson française à forte influence reggae, composé de quatre membres sur scène ayant su se détacher de la scène traditionnelle par leur approche engagée de la musique et le mélange vocal des trois chanteurs du groupe. Plus de 7 albums à leur actif.

    Article sponsorisé

  • Secret défense de Philippe Haim

    secretdefense.jpgEspionnage, action avec Gérard Lanvin, Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle, Simon Abkarian, Rachida Brakni...

    Durée : 1h40min.

    Synopsis : Chaque jour dans notre pays, mouvements terroristes et services de renseignements se livrent une guerre sans merci au nom d'idéologies que tout oppose. Pourtant, terroristes et agents secrets mènent presque la même vie. Condamnés à la clandestinité, ces stratèges de la manipulation obéissent aux mêmes méthodes. Alex et Al Barad sont deux d'entre eux. A la tête du contre-terrorisme de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) pour l'un et d'un réseau terroriste pour l'autre, ils s'affrontent en utilisant les armes dont les plus redoutables : les êtres humains. Secret défense raconte leur guerre secrète à travers les destins de Diane, une étudiante recrutée par les services secrets français, et de Pierre, un paumé qui croit trouver son salut dans le terrorisme. Formés et endoctrinés pour des missions qui les dépassent, tous deux sont pris dans un engrenage auquel ils ne semblent pas pouvoir échapper. Seront-ils, l'un et l'autre, sacrifiés au nom de leurs "nobles" causes ?

    Comme je l'ai déjà évoqué, je ne suis pas férue de cinéma ; le lieu j'entends et non les films. Mais il est des désagréments qu'il faut savoir surmonter, surtout lorsqu'on est invitée... Et malgré le prévisible imbuvable public, je ressors enchantée de cette petite violence faite à moi-même.

    Les acteurs sont formidables et j'appuie cette critique fort consensuelle en précisant que je n'apprécie pas particulièrement Lanvin (aucun argument spécifique, un non feeling c'est tout) et Giocante (trop belle). Aux jeux exceptionnels s'ajoute une trame, certes peu originale au regard de l'actualité, mais dont l'action et les rebondissements n'ont de cesse de vous tenir en haleine.

    Parce que je suis une grande naïve qui entend bien le rester, je pars du principe que rien ici n'est romancé. Partant, c'est un foutu boulot agent secret ! Pourrait pô...

    Petit conseil pour apprécier l'oeuvre à sa juste valeur : éviter de n'être pas en état de placer sa concentration au niveau maximal. Le film est un brin complexe, faut que ça percute !

  • Histoire d'eau

    eau.jpgAvec un telle titre, comment ne pas évoquer Pauline Réage, son roman français publié en 1954 et souvent considéré comme la confession d'une prosélyte du sado-masochisme alors qu'il s'agit en fait d'un livre érotique et pornographique derrière lequel se cache une lettre d'amour adressée à Jean Paulhan qui avait mis au défi l'auteur, alors transie d'amour, d'écrire un roman osé, l'en jugeant incapable et qui, après avoir lui-même insisté pour publier l'ouvrage à l'origine à lui seul destiné, déclara dans la préface qu'il en fit :

    « Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu'aujourd'hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu'elles ne cessent pas d'obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu'à l'esprit. Qu'il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu'elles ont simplement besoin d'un bon maître, et qui se défie de sa bonté... » ?

    Oui, comment ne pas évoquer le comportement de l'héroïne d'Histoire d'O, qualifié de "destruction dans la joie" par sa génitrice ?

    Et bien tout simplement en étant incapable de le faire faute d'avoir parcouru les pages de l'objet du scandale (interdictions multiples, poursuites pour outrage aux bonnes moeurs) qui, plus que la conception très premier degré de "roman érotique", est le cri d'une personne souhaitant appartenir à une autre ; la référence au SM n'étant ainsi pas une vulgaire apologie de pratiques visant à mettre du piment dans la sexualité du couple mais une métaphore de la quête absolue : le don de soi.

    Et parce que le seul but de cette note est l'expression d'une sensation : le plaisir ressenti lorsqu'au bord de la déshydratation, j'avale le liquide H2O, le sens lentement couler dans ma gorge, se répandre avec une étonnante délicatesse dans ma poitrine, puis investir chaque recoin de mon ventre... Comme si chacune de mes cellules se gorgeait du fluide de vie.