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Chronique de l'effort - Page 5

  • Chronique de l'effort #15

    Ou ma vie de concepteur-rédacteur.

    Dans un studio créa, la charrette n'est pas sytématique ce qui permet de deviser allègrement entre artistes contrariés. Cela dit, même en plein rush, les tempêtes de cerveaux sont l'occasion de débiter un nombre incalculable d'inepties en tous genres. Le laconisme n'est donc que rarement de rigueur.

    A l'occasion de ces bavardages incessants, mes Directrices artistiques et moi, collectionneuses de bourdes, ne sommes plus à une bévue près. Dernière exemple en date : alors que je parlais de mon expérience passée en qualité d'hôtesse de caisse à la Fnac, mes petites collègues, qui se refusent systématiquement à boire de l'alcool, commencèrent à égrener les avantages à faire partie du groupe Pinault Pernaud Ricard...

    Ou comment distiller l'idée qu'on est une pochtronne sous cape...

  • Chronique de l'effort #14

    Ou ma vie d'aide-monitrice en colo.

    Activité annexe de ma fonction de lingère dont je n'aurais jamais due être détournée. Car vois-tu, les petits d'hommes et moi, c'est pas tout à fait ça.86479097ff58e82ec4822e6fcc202982.jpg

    Mais recontextualisons. Quand je n'étais pas en train de laver les linges d'enfants sales et/ou malades et quand je n'étais pas réquisitionnée pour astiquer le moulin, j'étais sollicitée par les monos pour contribuer à la canalisation des moutards surexcités. En l'occurrence, il s'agissait d'emmener les enfants à la chasse au Dahu.

    Quid du Dahu, me diras-tu, sombre citadin ?

    Et bien, cet animal, aussi imaginaire que la licorne, est le fruit d'une légende rurale établie aux dépens des naïfs et par extension des gens de la ville. La plaisanterie consiste a prétendre que le Dahu, animal évoluant sur les coteaux ou à flancs de montagne, est doté de deux pattes plus courtes que les deux autres, la différence s'observant non pas entre les pattes antérieures et les pattes postérieures mais entre celles de gauche et celles de droite (cf croquis) ; cette particularité l'obligeant, comme on s'en doute, à se déplacer toujours dans le même sens de la pente, sans pouvoir faire demi-tour sous peine de chute. De fait, sa chasse, rituel initiatique, s'exerce comme suit : les locaux avisés prétendent grimper dénicher le Dahu, le surprendre de dos pour l'obliger à se retourner et ainsi dégringoler la pente. Au nigaud ensuite, posté en contrebas, de capturer la proie dans le grand sac ouvert qui lui a honorablement été confié. Les rabatteurs naturellement de s'éclipser et de calculer le temps d'affût stoïque du dindon de la farce.

    Tout ceci est follement drôle, ça ne mange pas de pain et ça occupe.

    Mais c'était sans compter la nécessaire pédagogie à l'égard de tout razmoket. Et moi, transposer pour des gosses de cinq ans, je sais pas faire. Ce qui aurait donc du être une joyeuse chasse au Dahu dans la forêt savoyarde s'est transformée en véritable Projet Blair Witch. Parce que quand tu te retrouves dans un bois un peu sombre avec des nains, un mot aussi anodin que "chut" se transforme en détonateur de psychose. Les trolls de pleurer, d'hurler et de courir dans tous les sens. L'horreur.

    L'avantage fut de ne plus être sollicitée pour les ateliers, croulant sous les tâches de ma fonction originelle... Ben oui, un gamin qui a peur, après il fait des cauchemars et par extension pipi au lit.

    Tu peux me croire, si j'le chope le Dahu, j'aurai deux mots à lui dire.

  • Chronique de l'effort #13

    Ou ma vie de concepteur-rédacteur.

    Ou les casseroles de la com'.

    Quand on vous demande de manière complétement antithétique d'avoir des idées à la chaîne, il faut, pour éviter tout risque de surchauffe intellectuelle, utiliser des petits trucs pour obtenir un rendu rapide et à peu près crédible. Le plus connu, le plus simple et donc mon préféré : s'appuyer sur un champ lexical en rapport et idéalement le détourner.

    Dernier exemple en date : je dois faire un texte pour recruter un chef cuisinier. Comme j'ai pas envie de me casser la tête, je sors mon jargon de derrière les fourneaux et tente un audacieux "On vous mitonne un avenir savoureux !".

    Facile mais efficace. On comprend clairement le message.

    Sauf que. C'était sans compter la dimension... comment dire... étriquée, farfelue, capillotractée... inculte d'esprits, disons, non créatifs.

    Donc je me retrouve avec le feed back suivant : "Charlotte, serait-il possible de changer le terme "mitonne" parce que ça fait péjoratif, ça fait penser au verbe mentir ?".

    (...)

    Comme je n'ai pas les moyens de me démettre, j'ai dû me soumettre. Ben oui, y'a qu'à voir la planète sur laquelle on vit, on se rend très vite compte que la bêtise est toujours la plus forte. Mais je tiens quand même à préciser que le verbe "mythonner" est un néologisme de djeun's qui, non reconnu par l'Académie française, n'a aucune raison d'entâcher un verbe vieux comme mes robes (oui Erode, je sais) et que si cela dépasse l'entendement de certaines personnes... et ben la langue française a pas fini de s'appauvrir.

    A ce compte là, il ne faut plus utiliser le mot carotte parce que ça fait penser au vol, supprimer le terme poulet parce que ça fait trop répressif, que sais-je encore ?

    Non, vraiment, le commercial ne cessera jamais de m'étonner... 

  • Chronique d'une ambivalente #12

    Dans mes fantasmes les plus fous, je suis une illustre écrivain qui vend des centaines de milliers d'exemplaires dans le monde entier. Je donne des tonnes d'interviews, je suis poursuivie par d'insupportadorables paparazzi, je suis riche, j'ai un carnet d'adresses de dingue, j'ai toujours cinquante projets et last but not least, je suis surtout célèbre pour avoir révolutionné le monde de l'écriture que même l'Oulipo, ils osent pas trop me demander de faire partie de leur société un peu secrète.

    Dans ma vie réelle - parfois surréaliste, je le concède -, je ne supporte pas qu'on s'immisce dans ma vie privée même si j'ai tendance à toujours trop en dire faute de savoir tenir ma langue (c'est ce qu'on appelle une mise en abîme : l'ambivalence dans l'ambivalence), je suis une piètre oratrice (98 % du temps), je déteste le téléphone et mon écriture, si elle est reconnaissable, n'a rien de révolutionnaire.

    Donc si je résume, je voudrais être célèbre et reconnue tout en conservant mon statut d'anonyme tranquille.

    La seule solution quand mon futur éditeur me contactera sera d'opter pour un nom de plume...

    Oui, mais si j'ai un pseudo, je serais pas vraiment célèbre, ce sera juste mes bouquins et personne saura qui les a écrits.

    En revanche...

    Mais par contre...

    Raaahhhh, faire le ménage dans ma tête et prendre une décision... La meilleure serait peut-être d'achever mon manuscrit...

  • Chronique de l'effort #12

    Ou ma vie de pigiste.

    Quand on a vingt-deux ans et qu'on est embauchée dans le service communication d'une collectivité locale non pas pour ses compétences mais uniquement parce que votre maître de stage initial vous a plantée à la dernière seconde et que vous avez mandié auprès de vos élus en arguant que s'ils ne vous prennent pas, votre formation est foutue, il y a peu de chance qu'on vous déroule d'office le tapis rouge.

    Quand en plus, vous tentez une incursion du côté du rédac' chef en lui expliquant que vous avez une passion pour l'écriture, deux cas de figure : soit il rigole et vous jette, soit il vous donne votre chance... mais en vous attendant au tournant. Quelle meilleure façon que de vous confier un sujet délicat !

    J'ai donc dû faire mes armes en rapportant en 48 heures un papier sur une personne célèbre. Cool direz-vous, le début d'un carnet d'adresse croustillant, les premiers frottements avec "l'élite", le gratin, la caste privilégiée.

    Ouais. Sauf que moi, c'était un article sur un people mort qu'on m'avait demandé. Bernard Loiseau. Feu un grand chef pour les incultes. Du surcroît, décédé (suicidé au fusil toujours pour les ignares) depuis quelque quinze jours.

    Autant vous dire que je me suis faite recevoir par mes différentes target qui avaient eu plus que le loisir d'être harcelées continuellement par "tous ces chiens, ces vautours de journalistes". Ambiance.

    Et après, on s'étonne que je déteste le téléphone et le terrain.

    N'empêche que malgré quelques larmes, je l'ai livré mon papier. Et même qu'il était tellement bien qu'on m'a gardée comme pigiste. Et après, on m'a embauchée comme rédacteur secrétaire de rédac'.

    Et puis j'ai fini par me casser parce quand même, ils sont usant dans l'administration.