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Bande dessinée - Page 5

  • Le jour où... France Info 25 ans d'actualités, Collectif

    Editions Futuropolis - 270 pagesle jour où....jpg

    Présentation de l'éditeur : France Info a la passion de la bande dessinée : une chronique dominicale depuis plus de vingt ans, et le Prix France Info, décerné à une bande dessinée d’actualité et de reportage, bien avant que le genre ne soit devenu à la mode dans les médias… L’actualité ne s’arrête jamais ! Pour fêter les 25 ans de France Info, Le Jour où… est réédité dans une version augmentée, cinq ans après sa première édition. Au total, 37 auteurs, représentatifs de toutes les tendances de la bande dessinée du réel, se sont emparés de dates qui ont fait l’événement depuis un quart de siècle : un casting d’exception, un collectif hors du commun.

    A la façon du splendide Les ignorants qui faisait se rencontrer le monde du vin et celui de la bande dessinée, le travail de mémoire à l'initiative de France Info pour fêter son quart de siècle confronte le neuvième art à l'actualité, prouvant si besoin était que la discipline graphique est tout sauf légère.

    Et pour ce faire, la première radio d'information de France peut se targuer d'avoir réuni le gratin des dessinateurs et scénaristes : Delisle, Kris, Stassen, Berberian, Denis, Rabaté, Sacco, Lapière ou encore Jul, pour n'en citer que quelques-uns.

    Comme tout projet collectif, Le jour où est un recueil dense et varié. D'un auteur à un autre, le traitement des événements qui ont fait la Une depuis 1987 est très différent et parfois inattendu, tantôt documentaire pur et dur, tantôt récit intimiste. Une diversité de contributions qui séduit ou laisse indifférent, selon les goûts.

    J'ai été pour ma part particulièrement sensible à l'approche très poétique de Davodeau (La France ravagée par la tempête - 26 décembre 1999) et à celle très émouvante de Simon Hureau (Le tsunami - 26 décembre 2004).

    Cet album, écho des temps forts de ces dernières années, vibrant hommage à l'Histoire, ceux qui la vivent et ceux qui la font, ravira tous les passionnés d'actualité et de bd.

    Extrait :

    Tous les grands événements n'ont pas le pouvoir de changer le monde, mais ils ont ceci de pratique qu'ils permettent à chacun de se souvenir de ce qu'il faisait à une date donnée.

  • Motherfucker de Sylvain Ricard & Guillaume Martinez

    Tome 1 d'un récit en deux parties au sein du mouvement des Black Panthersmother fucker.jpg

    Editions Futuropolis - 64 pages

    Récit : Sylvain Ricard - Dessin : Guillaume Martinez

    Présentation de l'éditeur : Il s’appelle Vermont Washington. Si son patronyme est symbole de liberté pour l’Amérique, il ne l’est pas pour lui, jeune afro-africain. Il habite à Los Angeles, dans le quartier de Watts, célèbre pour les émeutes survenues, en août 1965, à la suite du 100e anniversaire de l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis. Son quotidien, et celui de sa famille, n’est fait que d’injustices, de restrictions, de discriminations et d’humiliation. Ils sont victimes du racisme ordinaire, qui sévit encore en ces années soixante, où le Ku Klux Klan, vestige insupportable de l’esclavage, n’en finit pas de mourir. Une haine omniprésente perçue à travers le travail, l’éducation, les lieux publics… Même les forces de l’ordre soudoyées participent à cette discrimination générale. C’est donc avec le Black Panther Party, mouvement révolutionnaire afro-américain dont il est membre, que Vermont Washington entend lutter, entouré de ses amis (Noirs), pour leurs droits à l’égalité. Cependant, Pete, son meilleur ami Blanc, qui pourtant soutient le parti, le pousse à être raisonnable, craignant qu’il ne finisse en prison. Son père, chez qui il vit avec sa famille, ayant choisi de faire profil bas, se heurte violemment à lui, lui conseillant de se soumettre. Quant à sa femme impuissante, elle vit dans la peur qu’il ne se fasse tuer à tout moment. De provocations racistes en humiliations permanentes, le destin de Vermont Washington est rythmé par le programme en dix points des Black Panthers : ils luttent pour la liberté, le plein emploi, pour que le peuple Noir ne soit plus volé par la capitalisme, pour des logements décents, l’éducation…

    L'on a beau avoir vu Devine qui vient dîner ce soir, Mississippi burning ou encore lu Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, La couleur des sentiments, il est toujours aussi intéressant que révoltant de se pencher sur cette histoire sombre pas si lointaine qu'est la ségrégation américaine des années 1960.

    Par le biais de l'engagement politique de Vermont Washington, jeune militant des Black Panthers, l'on (re)découvre la condition des descendants d'esclaves qui, malgré un siècle d'abolition, se confrontent à la plus que lente évolution des mentalités. Comment ne pas être révolté face à l'injustice, l'absurdité, la violence, le mépris, l'humiliation, l'ignominie, l'abjection... ?

    Sylvain Ricard, rompu à l'évocation de sujets sensibles (... à la folie pour n'en citer qu'un), réussit la prouesse de construire un récit intelligent, loin de tout manichéisme. Rythmé par le Ten Point Plan, l'histoire met en scène tous les points de vue, toutes les prises de positions possibles (engagement, passivité, extrémisme, courage, lâcheté, désillusion...) sans jamais prendre parti, laissant le lecteur seul juge, fort de son humanité et de son bon sens. La gravité du propos est superbement rehaussée par le lavis à l'encre de Chine de Guillaume Martinez qui offre des portraits absolument magnifiques.

    Une première partie coup de poing qui, si l'on se penche sur les cinq prochains points du Plan à venir, laisse présager une fin de diptyque encore plus ténébreuse. J'attends avec impatience le second volet de ce brillant et nécessaire Motherfucker qui rappelle l'incroyable bond de géant opéré dans les mentalités états-uniennes, qui sont passées en quelque cinquante années du racisme ordinaire le plus odieux à la gouvernance par un américain aux racines africaines - même si les clivages restent tristement d'actualités comme Trayvon Martin l'a funestement expérimenté.

  • Château de sable de Frederik Peeters et Pierre-Oscar Lévy

    culture,littérature,livre,bande dessinée,BDEditions Atrabile - 100 pages

    Présentation de l'éditeur : Château de sable se présente comme un huis clos à ciel ouvert, une fable sociale mordante et dérangeante. Sur une plage, le destin de 13 personnages va se retrouver bouleversé par un événement inconcevable, un basculement de la réalité qui va plonger cette petite troupe dans un abîme de questionnements. Face à cet événement fantastique, les protagonistes vont d’abord traverser une phase bien humaine de dénégation tendue et conflictuelle, puis viendra la période de l’acceptation, quand les masques seront tombés et qu’il faudra bien composer avec la nouvelle donne, car le temps est compté… Face à un destin qui s’échappe inexorablement comme une poignée de sable entre les doigts, chacun réagira à sa manière, mais comment et que faire quand un coucher de soleil peut être synonyme de fin ? Récit complet et complexe, où la situation est plus importante que l’explication, Château de sable balance tout au long de ses cent pages entre noirceur et humanisme, pour former à l’arrivée un conte moderne, cruel et passionnant.

    Si, dans un premier temps, la lecture de cette bande dessinée m'a tellement déconcertée que j'ai décidé qu'elle ne me plaisait pas, j'ai revue ma copie après une deuxième tentative.

    Dans ce huis-clos fantastique, Peeters et Lévy nous entraînent dans une réflexion sur le temps qui passe et sur la mort. Face à ces deux inexorabilités, la fragilité de la vie se compare à celle d'un château de sable. C'est cette précarité de l'édifice qui en fait tout son charme mais lui confère aussi son caractère angoissant. En nous catapultant dans un espace-temps où, bien loin de suspendre leur vol, les minutes s'égrainent à la vitesse grand V, les auteurs incitent à un cheminement introspectif sur l'existence.

    En arrière plan, l'on peut également y voir une critique sociale sur l'attitude des individus face à la tyrannie - en l'occurrence celle de la fuite du temps et de la mort annoncée. Les psychologies sont fantastiquement décortiquées et les réactions humaines criantes de vérité.

    Ce conte mystérieusement philosophique est bien loin du Pilules bleues de Peeters qui s'ancrait profondément dans la réalité. Mais la fable, aussi étrange et terrifiante soit-elle, n'est-elle pas parfois la meilleure façon de repenser le réel ? Et si aucune réponse ne nous est apportée à la fin de cet ouvrage, peut-être est-ce parce que l'important réside dans la question...

    Preuve, s'il en est, que parfois deux lectures valent mieux qu'une. Notons toutefois que si l'histoire s'est avérée passionnante et si son titre semble coller à la perfection à la période estivale, elle ne me semble pas vraiment correspondre aux aspirations littéraires du vacancier. Ses abords métaphysiques et fatalistes peuvent peut-être sembler un peu trop sérieux et déprimants à l'heure de la détente et de l'évasion ; encore que le repos ne soit pas forcément synonyme de vacuité intellectuelle.

    Extrait :

    Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps !

    Alphonse Allais

  • Face cachée de Sylvain Runberg et Olivier Martin

    Editions Futuropolis - 152 + 152 pages

    Présentation de l'éditeur : Satoshi travaille comme financier dans une société à Tokyo. Sa vie est uniquement rythmée par le travail. Les journées sont longues, et il ne peut rejoindre sa famille (en banlieue) que durant les week-end. Il passe ses nuits dans un capsule hôtel, parfois en compagnie de Mayumi, la jeune secrétaire de 26 ans. Au bureau, tout le monde ignore leur liaison. Marquée par le divorce de ses parents, Mayumi rêve d'un grand et bel amour. Mais Janichi, le collègue arriviste et jaloux de Satoshi s'intéresse de très près à cette jeune fille et finit par deviner que les deux collègues sont amants. Il découvre également que le couple de Satoshi bat de l'aile, et compte bien en tirer profit. Mais les apparences sont encore bien plus trompeuses. Et Satoshi cache des choses qui pourraient s'avérer encore plus dangereuses pour lui si elles venaient à être sues. Sylvain Runberg et Olivier Martin se lancent dans un long manga intimiste digne des meilleurs auteurs japonais. Un récit psychologique qui nous plonge au coeur d'une société nippone, où les convenances et les apparences servent souvent à cacher des situations dramatiques...

    face cachée.jpgface cachée 2.jpg

    Se lancer dans le manga quand on est originaire de France et de Belgique, c'est s'exposer potentiellement à la vindicte populaire tant les amoureux du genre sont d'exigeants puristes. Mais pour Sylvain Runberg et Olivier Martin, relever ce défi semble n'être qu'une simple formalité ; preuve en est le Silver Award du 4e Prix International du Manga 2011 décerné au premier volet de ce troublant diptyque.

    D'un classique triangle amoureux, les auteurs nous entraînent dans une observation scrutatrice de la société nipponne moderne. Entre pression socio-professionnelle, faux-semblants, solitude, adultère et blessures intimes, les fausses pistes sont nombreuses et il est bien impossible d'anticiper le dénouement de cette histoire tragique. Le scénario brillant est surprenant et réhaussé par un traitement somptueux au lavis qui renforce l'élégance, le mystère et la profondeur du récit. Une narration subtile et poignante au coeur d'un Japon ultra-codifié et lissé où les aspérités individuelles, à force d'être gommées, ne demandent qu'à se révéler, qu'à exploser...

    Attention à ne pas se laisser décourager par le premier tome qui ménage tant le suspens qu'il nous laisse gravement sur notre faim.

  • Blankets manteau de neige de Craig Thompson

    blankets.jpgEditions Casterman - 582 pages

    Présentation de l'éditeur : Je voulais le ciel. Et j'ai grandi en m'efforçant d'obtenir de ce monde... un monde éternel.

    Cet album croule littéralement sous les critiques dithyrambiques et sous les prix (pas moins de cinq Awards aux Etats-Unis ainsi que le prestigieux Prix de la critique décerné en France par l'Association des critiques et des journalistes de bande dessinée).

    Ce roman graphique relate l'enfance et l'adolescence de l'auteur dans une bourgade du Wisconsin aux hivers interminables.

    Au gré de l'évocation des joies et des traumatismes de sa jeunesse, Craig Thompson nous propose une fresque de l'Amérique profonde des années 1980-90 où le fondamentalisme religieux, la violence, le racisme et l'intolérance sont monnaie courante. Mais c'est avant tout le portrait d'un jeune homme en pleine construction qui découvre l'amour, s'affranchit de son éducation, se révèle à lui-même par ses pensées et ses doutes pour devenir l'homme qu'il est vraiment.

    Cette auto-fiction très nostalgique sur le passage à l'âge adulte n'a pas réussi à me toucher. J'ai trouvé que l'ensemble manquait d'émotions - une tonalité aussi froide qu'un manteau de neige en somme - et que cette absence de puissance dans l'évocation de la mélancolie faisait barrage à la force de la biographique et réduisait l'ensemble à une simple fiction mal maîtrisée.

    A cela s'ajoute le point faible, récurrent dans la collection Ecritures de Casterman, d'ouvrages extrêmement lourds (détail fatal pour les problèmes de dos, de mains, d'épaules...) dont la lecture est particulièrement pénible.