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Bande dessinée - Page 4

  • Egon Schiele Vivre et mourir de Xavier Coste

    Editions Casterman - 72 pagesegon schiele.jpg

    Présentation de l'éditeur : Dans l'ombre menaçante d'une Première Guerre mondiale, Vienne étale sa splendeur artistique. Un jeune homme ardent et fébrile se jette à corps perdu dans la peinture, encouragé et soutenu par Gustav Klimt. Egon Schiele pense pouvoir vivre et peindre en toute liberté, mais il va se heurter à ceux qu'il scandalise. "Je suis à bout, je vous dis, je me sens si misérable ! J'ai passé 24 jours en prison, n'êtes-vous pas au courant ? J'ai tout souffert..."

    Depuis longtemps, les trois images présentées ci-dessous ont une place privilégiée sur mes murs ou mes fonds d'écran. Pour autant, je ne connaissais pas grand chose - pour ne pas dire rien - de l'existence d'Egon Schiele (prononcer chi-leu). C'est donc sous la plume et le pinceau de Xavier Coste que j'ai pu amorcer ma découverte biographique de cette figure de proue de l'art moderne autrichien.

    Ce portrait romancé prend le parti de ne faire aucune évocation au patrimoine artistique du peintre, fourni malgré sa disparition précoce (1890 - 1918), fauché par la grippe espagnole. Privilégiant le rapport de l'esthète dandy aux femmes, aux critiques et à ses pairs, il offre la vision d'un homme excessif, tourmenté, aussi détestable que fascinant. Bref, un artiste, avec tout ce que cette définition implique de talent, d'égo et d'émotion. Un homme qui révolte mais auquel on s'attache.

    Le graphisme élégant et sombre est un hommage sensible et percutant à ce peintre provocant qui fit scandale à son époque. Xavier Coste livre ici une première oeuvre époustouflante, augurant un talent à surveiller de près.

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  • Le serpent d'Hippocrate de Fred Pontarolo

    Editions Futuropolis - 54 pagesle serpent d'hippocrate.jpg

    Présentation de l'éditeur : 1990. Nous sommes dans une petite ville de province. Isabelle Sbikowski vient d'emménager avec son mari Paul et, Émilie, leur fillette de 3 ans. Paul, militaire de carrière, est souvent absent. Pour le moment, il est en mission dans le Golfe. Rapidement, Isabelle fait connaissance du docteur Alain Mangeon. Elle lui fait part de ses angoisses, puis peu à peu, des maltraitances que lui fait subir son mari. Isabelle et Alain deviennent amants. Elle n'a pas une vie facile. Son frère jumeau est mort lorsqu'ils avaient 15 ans, ses parents sont récemment décédés, sa mère d'un cancer du sein et son père, fou de chagrin, s'est pendu. Elle-même a eu un cancer du sein. Mais le pire, ce sont sans doute les sévices que lui fait subir son mari. À chaque permission de ce dernier, et donc son retour à la maison, Isabelle rend compte à Alain d'actes de plus en plus horribles. Non seulement, il la frappe, mais il est capable de décapiter son âne pour la punir d'une dispute, il la viole avec ses copains, la blesse d'un coup de fusil lors d'une chasse... et il s'en prend maintenant à Émilie. Devant cette insoutenable situation, même la mystérieuse tante Julia appelle régulièrement le docteur à la rescousse. Au bout de 5 ans, de sa relation adultère, Alain quitte femme et enfant du jour au lendemain, bien décidé à sauver Isabelle. Quand elle lui annonce qu'elle est enceinte de lui, il ne voit plus qu'une solution à cette inextricable situation : tuer le mari ! Mais jusqu'où Isabelle va-t-elle encore le mener ?

    Difficile de s'étendre sur ce récit glaçant sans en dévoiler le surprenant scénario. Tout ce que l'on peut en dire, c'est que le drame annoncé n'est pas celui que l'on croit. Impossible de ne pas être surpris par le dénouement de cette histoire, à moins bien sûr d'être un spécialiste des Faites entrer l'accusé, Présumé innocent, Suspect n°1 et autres Enquêtes criminelles. En effet, l'auteur s'est contenté d'adapter avec talent un fait divers réel décortiqué en long, en large et en travers par ces documentaires sordides qui poussent comme des champignons.

    Ce que l'on peut dire sans trahir l'effet de surprise, c'est que l'histoire symbolise à nulle autre pareille les expressions "la réalité dépasse la fiction", "l'amour rend aveugle" et "les histoires d'amour finissent mal en général". Le dessin sombre et anguleux, les jeux d'optiques et le découpage original qui fait la part belle à l'ellipse, ici nullement frustrante mais servant magistralement le récit, ne font que renforcer le travail précis sur la psychologie tourmentée des personnages et la noirceur de la situation.

    Fred Pontarolo revisite brillamment le classique du trio amoureux, malheureusement moins par imagination que par triste observation de l'atrocité humaine. Un thriller étonnant qui fait froid dans le dos.

  • Des nouvelles d'Alain de Guibert, Keler & Lemercier

    Editions Les Arène - 95 pagesdes nouvelles d'alain.jpg

    Scénario : Alain Keler

    Dessin : Emmanuel Guibert - Couleur : Frédéric Lemercier

    Présentation de l'éditeur : Deux ans de travail sur les Roms qui tombent en pleine actualité. Après le choc du Photographe par le duo Guibert & Lemercier, le nouveau roman graphique avec un photoreporter, Alain Keler.

    Initialement publié sous forme de feuilleton dans la revue XXI mais augmenté de deux histoires inédites et d'un portfolio, ce documentaire séquentiel richement documenté mêlant reportage photographique et bande dessinée offre un témoignage touchant et criant de vérité sur la condition des Roms.

    Pendant une décennie, Alain Keller a sillonné l'Europe à la rencontre de la plus grande minorité du vieux continent, de Pristina à Paris, en passant par Belgrade, la République Tchèque ou encore l'Italie. Ce portrait saisissant nous ouvre une fenêtre sur le quotidien d'un peuple apatride et marginalisé en proie à la misère, la discrimination, le harcèlement mais évite avec beaucoup de pudeur l'écueil du voyeurisme larmoyant.

    Le regard distancié dépourvu de jugement du photographe, auquel s'ajoutent un dessin dépouillé et un récit parcimonieux, offrent un éclairage humain, sobre et respectueux d'une communauté en fuite permanente, indigente, parfois violente mais qui ne perd jamais l'espoir. Une survivance au son des airs tsiganes endiablés de Kesaj Tchavé qui bouleverse, qui percute et qui rappelle que derrière les paysages et les visages désolés, se cachent des hommes qui n'attendent qu'une chose : que le monde les traite comme tels.

    A l'heure d'une nouvelle stigmatisation où les expulsions se multiplient à Paris, Lyon ou Lille, l'écho de cette bd reportage est puissant. Une intensité nécessaire qui met à mal les lieux communs d'un racisme ordinaire dont trop peu s'offusquent.

    Extraits :

    Les endroits déprimants ont un surcroît de gaité quand on n'y est pas déprimé, comme les endroits gais ont un supplément de mélancolie quand on y est triste.

    ...

    J’aime aller chez les Roms. C’est rarement des vacances. Je ne choisis pas les communautés les plus florissantes. Je vais dans les cloaques. Ces lieux sont hallucinants de misère. Un mot me vient, il est familier, excusez-moi, c’est : barge. Des endroits barges. Je n’arrive pas en sifflotant. Je ne brandis pas mes appareils photo. Je mesure combien un type qui entre, fait clic-clac et ressort peut sembler ignoble à des gens qui n’ont rien. Je ne prends pas non plus l’air sinistre ou contrit. J’essaie d’être moi-même. Ce n’est pas facile, quand on est remué. Les gosses me font tourner en bourrique. Ils me tirent, me poussent, crient pour que je leur tire le portrait, se pendent aux courroies de mes appareils, dix fois, cent fois, jusqu’à l’exaspération. Pourtant, je leur dois souvent des moments de beauté foudroyants qui, avec un peu de chance, se retrouvent sur les photos. Comme je prends la précaution d’être bien accompagné, je suis généralement bien accueilli, par des gens qui n’ont de cesse que de m’ouvrir leur porte et de m’asseoir à leur table. Si je reviens, ce que j’essaie de faire, plusieurs fois de suite, ou à des mois de distance, je suis reconnu et l’affection franchit un pas. J’apporte les tirages des photos, parfois les clopes et le repas. Dans les sujets que j’ai visités comme photographe, souvent tragiques, j’ai toujours cherché la survivance, au fond, de ce qui rend heureux. Les petites choses. Les scènes où rien ne se passe et où, de fait, tout se passe. Les bas-côtés des évènements. Chez les Roms, ces scènes abondent. Le présent est là, brut, sans chichis, avec une intensité qu’il y a rarement ailleurs.

  • La rue des autres de Violaine Leroy

    la rue des autres.jpgEditions La Pastèque - 72 pages

    Présentation de l'éditeur : Quand elle rencontre le clochard sur son fauteuil roulant, Sacha ne se doute pas que les histoires de celui-ci vont la bouleverser et révéler que derrière les visages des passants se cachent des histoires fortes, tendres ou douloureuses...

    Sacha est une jeune libraire un peu à côté de ses pompes et très seule, qui se laisse porter par une vie sans relief. Jusqu'au jour où elle rencontre un étrange petit vieux en fauteuil roulant qui décide de lui narrer sa vie et celles des autres.

    Sous des apparences faussement naïves, cette histoire douce-amère bourrée de tendresse nous entraîne sur le chemin de la réflexion en nous rappelant des valeurs humanistes trop souvent bafouées par un monde moderne trop pressé, trop individualiste, trop indifférent et dans lequel la méfiance est le premier sentiment que l'inconnu nous inspire. Et si les menteurs n'étaient que des conteurs qui révèlent la beauté d'une réalité aux airs mornes ?

    Ce récit aux ambiances bleu-gris souligne avec une infinie poésie que l'acception est un des remèdes à l'exclusion et la clé de rapports humains plus riches, plus nombreux, plus sensés. Il m'a remémoré ce proverbe africain qui dit qu'un vieillard qui meurt, c'est comme une bibliothèque qui brûle.

    Quelques bulles de douceur dans un monde de brutes, c'est le cadeau que l'on se fait en s'offrant cette bd.

  • Oh les filles ! de Sophie Michel & Emmanuel Lepage

    Editions Futuropolis - 2 tomes - 128 planches

    Dessin et couleur : Emmanuel Lepage - Récit : Sophie Michel

    Présentation de l'éditeur : Trois filles. Trois destinées croisées, et une même amitié complice. Une vie au quotidien, que traversent drames et bonheurs dans une symphonie de rires et de pleurs. Elles s'appellent Chloé, Leila et Agnès. Elles sont nées la même année, le même jour peut-être. L'une s'embrase comme un feu follet, l'autre aborde le rivage d'une mer du sud, la troisième apparaît dans les cris, déjà, du sentiment d'abandon. L'une est fille de fille-mère, l'autre de jeune Maghrébine, l'autre encore de bourgeoise pressée. Et les pères ? Ils esquivent, de gré ou de force, les tout premiers regards que leurs filles ne demandent qu'à fixer sur eux. Les hasards et les nécessités d'un sourire, d'une grimace, d'un regard ou d'un silence font se rencontrer les trois filles, à quatre ans, dans un même quartier d'une capitale, Paris sans doute. Elles vivent leur enfance les yeux levés dans la quête d'un sourire maternel, les yeux baissés dans l'incompréhension parfois, souvent du monde si étrange des adultes, les yeux humides d'un bonheur vécu comme une récompense, les yeux secs d'une rage qui enfle, les yeux noyés dans le chagrin d'un drame incompréhensible. Mais toujours, toujours, les yeux de l'une plongés dans les yeux de l'autre dans la reconnaissance de la seule fratrie qu'elles se désirent, celle de l'amour partagé. Elles ne se quitteront plus...

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    Il est des lecteurs de bandes dessinées qui attachent une importance cruciale au dessin. Impossible par exemple, comme je l'ai constaté plusieurs fois en librairie, de vendre à ces pointilleux du graphisme l'excellente série de Jul parue aux éditions Dargaud Silex and the city. Pour ma part, s'il est certains coups de crayon qui me déplaisent, c'est le scénario qui importe avant tout. Bien évidemment, quand l'esthétique transcende la narration, c'est tout bénéf'.

    C'est le cas de ce diptyque. Emmanuel Lepage, avec un dessin à la sensibilité exacerbée, sublime littéralement le tout premier récit de Sophie Michel qui, quant à elle, parvient à trouver les mots justes.

    Oh les filles ! est une chronique de l'intime, celui de trois fillettes, nées la même année, dans des milieux très différents. Mais l'amitié s'affranchit des disparités socio-culturelles et les trois soeurs de coeur vont grandir au fil des pages, unies envers et contre tout malgré des épreuves et des choix de vie bien distincts.

    Véritable étude de l'univers féminin, ce double album analyse avec beaucoup d'authenticité les rapports mère-fille, l'amitié et les rivalités entre copines mais surtout le passage de l'état de petite fille à celui de jeune femme avec tout ce que cela implique (rébellion, quête de soi, doutes, premiers émois...). La perte de l'innocence, sous toutes ses formes, est admirablement mise en scène avec beaucoup d'émotion.

    Un très agréable moment de lecture qui ne manquera pas de replonger les grandes filles dans leurs souvenirs de jeunesse et qui pourra accompagner les teenagers dans cette période trouble de l'adolescence en leur rappelant l'importance fondamentale de l'amitié et celle, tout aussi essentielle de la connaissance de soi pour trouver, si ce n'est une passion, tout du moins une activité épanouissante dans laquelle s'investir voire se réfugier.