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Bande dessinée - Page 3

  • Thoreau La vie sublime de A. Dan et Maximilien Le Roy

    Editions Le Lombard - 89 pages

    thoreau la vie sublime.jpg

    Scénario & couleurs : Maximilien Le Roy

    Dessin : A. Dan

    Présentation de l'éditeur : Mars 1845. Henri David Thoreau est lassé des grandes villes et d'une société trop rigoriste pour le laisser pratiquer l'enseignement tel qu'il l'entend. Le poète philosophe choisit de revenir à une vie simple, proche de la nature, dans son village natal. C'est dans ce cadre qu'il écrit les essais qui feront de lui une des figures marquantes du XIXe siècle américain, dont les idées trouvent plus que jamais un écho aujourd'hui.

    Après la biographie dessinée récemment parue de l'illustre peintre Egon Schiele Vivre et mourir de Xavier Coste qui m'avait enchantée, j'ai décidé de faire un tour en philosophie en me penchant sur le destin de Thoreau, scénarisé par ce même Maximilien Le Roy qui, à partir de l'oeuvre de Michel Onfray, nous avait déjà proposé l'intéressant bien que complexe Nietzsche Se créer liberté. Il faut croire que l'auteur se plaît à l'exercice du récit de vie puisque son prochain album à paraître s'intitule Gauguin, loin de la route.

    La vie sublime n'est pas une biographie exhaustive de l'homme de lettres poète naturaliste philosophe. Débutant non pas dans l'enfance mais au moment de sa retraite dans les bois (qui inspira le fameux Walden) - instant s'il en est qui marque les débuts de son militantisme -, ce récit a davantage pour vocation à amorcer la découverte de la pensée et de rétablir un semblant de vérité dans la perception du personnage et de sa philosophie qui ont été largement repris et détournés. 

    Cette piqûre de rappel de préceptes on ne peut plus d'actualité (égalitarisme, protection de l'environnement...) est une gageure en ces temps troubles, mais Maximilien Le Roy réussit haut la main ce défi sans tomber dans l'idolâtrie improductive tant de fois observée. Les inconditionnels d'Into the wild et Le Cercle des poètes disparus se délecteront à n'en pas douter de retrouver un peu de l'esprit libertaire insufflé par ces films.

    Le découpage des illustrations, en faisant la part belle à la contemplation de la nature, est en parfaite adéquation avec le style de vie de Thoreau. L'interview en fin d'ouvrage de Michel Granger, professeur émérite de littérature américaine de XIXe siècle à l'Université de Lyon, permet d'approfondir le sujet effleuré par la bd. Le tout formant une introduction magistrale à l'univers du penseur subversif américain.

    Rappelons toutefois que connaître et comprendre ses idéaux n'est utile qu'à condition de se placer du côté de l'action...

    Extraits :

    Thoreau avait encore la forêt de Walden - mais où est maintenant la forêt où l'être humain puisse prouver qu'il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?

    Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l'instant que je le fasse à l'intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n'ai rien à opposer que moi-même - mais, d'un autre côté, c'est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s'exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté.

    Stig Dagerman

    ...

    Ici la vie, champ d'expérience de grande étendue inexploré par moi...

    ...

    Ce qu'il me faut, c'est vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez résolument, assez en Spartiate, pour mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie...

    ...

    Quand un gouvernement est injuste, la place de l'homme juste est en prison.

    ...

    Grâce à mon expérience, j'appris au moins que si l'on avance hardiment dans la direction de ses rêves et s'efforce de vivre la vie qu'on s'est imaginée on sera payé de succès inattendus en temps ordinaires.

    ...

    L'homme sage n'est utile que tant qu'il reste un homme et refusera d'être de la glaise. Je suis trop bien né pour être possédé, pour être un subalterne aux ordres, un serviteur ou instrument utile de tout état souverain par le monde.

    ...

    Quand un sixième de la population d'une nation ayant vocation d'être le refuge de la liberté sont des esclaves, que tout un pays est injustement envahi et conquis par une armée étrangère et soumis à la loi militaire, je pense qu'il n'est pas trop tôt pour que les hommes honnêtes se rebellent et fassent la révolution.

    ...

    Vouloir devenir connu, c'est tomber plus bas que terre. On voudra vous corrompre, vous récupérer, exploiter votre nom, la presse bavera dans ses colonnes, et tout ça sans jamais comprendre vos mots comme il faut. Le succès est une infortune, soyez-en sûr.

    ...

    Loin de moi l'envie de créer des copies ! Je voudrais juste que chacun explore sa propre route, celle qui lui convient le plus, en voie vers, disons, une libération.

    ...

    Je ne veux pas tuer, ni être tué, mais je peux imaginer les circonstances qui rendront tout ça inévitable...

  • Rentrée littéraire : Un peu de bois et d'acier de Chabouté

    un peu de bois et d'acier.jpgEditions Vents d'Ouest - 328 pages

    Présentation de l'éditeur : Un répit, un instant, une pause... Un abri, un havre, un refuge... Une scène... Un carrefour... Juste un peu de bois et d'acier. L'histoire d'un banc, un simple banc public qui voit défiler les gens à travers les heures, les jours, les saisons, les années... Ceux qui passent, qui s'arrêtent, d'autres qui reviennent, certains qui attendent... Le banc devient un havre, un îlot, un refuge, une scène... Un ballet d'anonymes et d'habitués évoluant dans une chorégraphie savamment orchestrée où les petites futilités, les situations rocambolesques et les rencontres surprenantes donnent naissance à un récit drôle et singulier. Chabouté tisse avec brio une histoire où plane la magie d'un Tati, agrémentée d'un soupçon de Chaplin, quelques miettes du mime Marceau et d'une pincée de Keaton ... 330 pages d'une aventure dont le héros est un banc, un simple banc public... Juste un peu de bois et d'acier...

    Quand j'ai eu connaissance de la sortie d'une nouvelle bande dessinée signée Chabouté - dont j'avais particulièrement apprécié les Fables amères -, la passionnée d'art séquentiel que je suis s'est enthousiasmée. Quand j'ai découvert que cet album était un récit uniquement graphique, entendez par là sans parole, j'ai tout de suite pensé à l'exceptionnel Là où vont nos pères de Shaun Tan. Je ne pouvais donc que me précipiter à la librairie dès la sortie de cette bd prometteuse.

    Une chose est sûre, à la lecture d'Un peu de bois et d'acier, impossible de continuer à regarder ou à s'asseoir sur un banc de la même façon. Car oui, le héros de cette histoire muette en noir et blanc est un simple banc. Pas ordinaire comme recette, n'est-ce pas ? Et pourtant, en repoussant tous les a priori qui pourraient donner à penser que ce cocktail surprenant ne peut qu'être le gage d'un recueil ennuyeux, l'on découvre bel et bien que Chabouté nous offre l'un des meilleurs albums de cette rentrée dans lequel le mot ne fait à aucun moment défaut tant l'expressivité des personnages, de leurs regards, suffit à la narration.

    Qu'est-ce qu'un banc ? Un simple aménagement urbain ? Détrompez-vous ! Ce banal objet que l'on croise sur les trottoirs et les parcs de toutes les villes, de tous les villages, est tellement plus qu'un long siège étroit plus ou moins décoratif des espaces publics. Le banc est le témoin des scènes de vie les plus anodines ou les plus déterminantes, des bribes d'existence de toutes les sortes d'individus qui puissent exister, au fil des saisons qui passent. Il est le siège de menues déceptions, de grands désespoirs, de petits bonheurs et de trésors de la vie. Ou tout simplement d'instants d'une totale vacuité, simple lieu de repos.

    Avec une infinie poésie agrémentée d'émotions variées et d'humour, Chabouté campe des personnages qui l'on voient évoluer au fil du temps qui passe. Des individus récurrents ou de simples quidams de passage que l'on se plaît à aimer ou à mépriser. L'on ne peut que s'identifier à ces tranches de vie, ces saynètes du quotidien, ces petits riens entre joie, peine, solitude, amour, amitié... Avec beaucoup de subtilité et de sensibilité, c'est un somptueux morceau d'humanité qui nous est livré dans ce magnifique album qu'il est plaisant de contempler sur fond de Brassens... Les amoureux des bancs publics of course !

  • Un ver dans le fruit de Rabaté

    Editions Vents d'Ouest / Glénat BD - 128 pagesculture,littérature,livre,bande dessinée,bd,polar,cinema

    Présentation de l'éditeur : Restigné, septembre 1962. Dans ce petit village qui vit au rythme de la vigne, un conflit ancestral entre deux viticulteurs tourne au drame et les vendanges débouchent sur un meurtre... C'est dans cette atmosphère tendue qu'arrive le père Ferra, jeune curé tout juste sorti du diocèse, qui vient prendre possession de la paroisse. Jeune, idéaliste, le prêtre maladroit tombe au milieu d'un noeud de vipère, où les confessions tournent vite aux aveux criminels... Un ver dans le fruit est un roman noir où deux personnages, un prêtre romantique et un inspecteur cynique, observent les rancoeurs et les conflits qui se cachent dans toutes les caves. Inspiré par Bernanos et Simenon, Pascal Rabaté distille l'humour noir et le suspense pour nous offrir avec ce livre la passionnante chronique d'un village de campagne.

    Quel dommage que cette bd ne soit plus disponible autrement qu'en occasion ou en bibliothèque ! De la part d'un auteur aussi talentueux et prisé que Rabaté - dont tout un chacun connaît certainement Les petits ruisseaux qui a été adapté au cinéma -, c'est assez surprenant. Il est certain qu'elle date un peu (1997) mais, si vous avez l'occasion de vous la procurer ou de l'emprunter, n'hésitez pas.

    Rabaté, à l'instar de Davodeau (Les Ignorants, Lulu femme nue, Rural !), est un spécialiste des hommes de la terre, des petites gens qui, loin des héros au coeur de la plupart des histoires, ont tellement plus à raconter. Ces contes de la normalité, ces récits de l'hyper-quotidien sont un ravissement dont je ne me lasse pas.

    Cet album, qui s'est vu décerner le Grand Prix de la Critique ACBD et la Mention spéciale du Jury Oeucuménique de la Bande Dessinée en 1998, n'échappe pas à la règle. Polar suranné tout autant que comédie de moeurs, Un ver dans le fruit nous plonge dans l'univers rural et viticole d'un petit village des années 60. Entre commérages de personnalités rustres, indiscrétions, jalousies, alcoolisme, violence conjugale et tradition religieuse, l'atmosphère de l'époque en général et de cette petite société fermée en particulier est particulièrement bien rendue.

    Quand un jeune prêtre arrive pour prendre ses fonctions et se faire le gardien des âmes, un meurtre a eu lieu et un commissaire vient mener l'enquête qui tourne autour de deux familles, deux domaines rivaux. Cet événement va bouleverser l'existence de toute la communauté qui n'a de paisible que les apparences. Mesquinerie, lâcheté, hypocrisie et délation vont se déchaîner, au grand dam du curé novice et gaffeur qui a déjà fort à faire avec son encombrante et possessive génitrice. Plongé au coeur des pires bassesses humaines, il tâchera bon an mal an de mener ses ouailles haineuses sur le chemin de la rédemption mais peinera, malgré toute sa bonne volonté, à s'imposer auprès de ses brebis égarées qui doivent répondre de leurs actes auprès de l'enquêteur.

    Malgré une ambiance pesante, la noirceur du scénario sans concession pour la nature humaine est contrebalancée par un humour réjouissant servi par les commérages, les figures notables incontournables hautes en couleurs et les situations cocasses. Dans cet album très humain, Rabaté raconte comme personne cette société désuète, figée, qui, malgré ses travers et sa violence, sait aussi la valeur de l'amitié et de la solidarité.

    Les portraits et les décors bruts très réalistes ainsi que l'ambiance sont portés par le dessin ciselé noir et blanc. L'intrigue prenante ménage le suspens jusqu'à la dernière page et toutes les interrogations soulevées au fil de l'histoire sont résolues brillament. Cette chronique sociale expressive et impressive est un véritable délice.

  • La Fille de l'Eau de Sacha Goerg

    la fille de l'eau.jpgEditions Dargaud - 182 pages

    Présentation de l'éditeur : Un matin d'automne, une jeune femme travestie en homme arrive au pied d'une magnifique villa moderne. Elle espère découvrir, incognito, cette famille à qui son père a jugé nécessaire de cacher son existence.

    Avec ma tendance à rester à l'affût des nouveautés bd ou de celles dont on parle, je ne pouvais manquer La Fille de l'Eau dont la couv' m'a tout de suite tapé dans l'oeil.

    Cette production helvète par l'un des membres du collectif d'auteurs du premier feuilleton bd diffusé sur le web puis édité Les autres gens est un récit délicat et subtil à double titre.

    En premier lieu, ce roman graphique est avant tout un livre à contempler, comme mon coup de coeur visuel l'indique. Sacha Goerg offre un one shot très esthétique mêlant encre de Chine et aquarelle qui mettent particulièrement en valeur le décor végétal et minéral omniprésent. Ce cadre naturel éthéré est relevé par des aplats monochromes de couleurs tranchées, qui s'inscrivent notamment dans l'architecture de l'espace où se tient le huis clos ; architecture fondamentale quasi anthropomorphique dans l'histoire. L'originalité se retrouve, outre le trait, dans la construction qui sort du schéma classique de l'art séquentiel. L'absence de cases qui ont tendance à enfermer permet de faire la part belle aux couleurs pour un ensemble résolument contemporain.

    Mais au-delà de la remarquable performance graphique, La Fille de l'Eau est également un récit étrange très abouti, ponctué de touches oniriques et fantastiques. Cette introspection complexe aborde de nombreux sujets psychologiques de manière franche quoique tout en pudeur, ce qui tranche incroyablement avec le caractère explicite et parfois cru mais toujours sensuel du dessin.

    Si le thème initial de cet album intimiste est la quête identitaire d'une fille naturelle par le prisme de son père décédé, l'on découvre au fil du récit que l'éventail des thèmes abordés est très large : quête de soi, homosexualité, deuil mais aussi environnement ou encore art contemporain. La densité des thématiques est totalement maîtrisée. A aucun moment l'on ne se perd dans cette galerie de personnages ambigus, intenses et très différents qui ont pourtant un point commun, celui d'être enferrés dans des faux-semblants, des apparences trompeuses, des masques sensés les protéger, dissimuler leurs secrets, leurs faiblesses, leur mal-être, mais qui doivent immanquablement se fissurer pour mieux se révéler et se reconstruire.

    Sacha Goerg, fondateur des éditions L'employé du moi, comble savamment les non-dits de ses personnages par des dessins très expressifs. Il utilise de manière récurrente la métaphore pour ses démonstrations. Ainsi, la dualité entre le moi des protagonistes et ce qu'ils veulent bien laisser paraître est parfaitement représenté par la mise en scène passant sempiternellement de l'intérieur à l'extérieur de la maison. Et l'idée de la fêlure et de l'effondrement nécessaire pour repartir sur de bonnes bases sera lui aussi représenté dans la fin dramatique, quasi apocalyptique annoncée.

    Malgré mon analyse un brin intellectualisante je le concède, n'allez surtout pas croire que cette histoire est inaccessible ou prise de tête. Il n'en est rien. La Fille de l'Eau est une lecture certes inhabituelle aux accents psychologisant indéniables, mais c'est surtout un morceau de beauté et de poésie tout ce qu'il y a de plus agréable et rafraîchissant. Bref, une belle et intelligente bd que je vous recommande.

    L'interview de Sacha Goerg à propos de La Fille de l'Eau.

  • Nietzsche Se créer liberté de Maximilien Le Roy et Michel Onfray

    nietzsche.jpgEditions Le Lombard - 126 pages

    Présentation de l'éditeur : Après avoir donné un grand coup de pied dans le dogmatisme intellectuel français, le philosophe Michel Onfray offre un nouvel outil à tous les esprits curieux et désireux de s'initier à la libre pensée, avec cette biographie bédessinée de Friedrich Nietzche, l'un de ses maîtres à penser. Au fil de ces 120 planches, superbement illustrées du trait sensible de Maximilien Leroy, le lecteur découvre la vie d'un homme absorbé par sa recherche d'un absolu, tourné vers l'homme et sa quête de bonheur. La vie d'un penseur prêt à payer le prix de sa pensée révolutionnaire et sans concessions.

    Il y a les gens qui lisent et ceux qui ne lisent pas. Pour peu que vous fréquentiez des membres de la première catégorie, vous conviendrez sûrement qu'il est certaines de ces personnes qui pensent qu'il est de bon ton de se la péter, qui utilisent un peu les ouvrages lus (ou non, ne sous-estimons pas les bluffeurs qui se la racontent doublement) comme des étendards de leur intellect revendiqué. Souvent, ces lecteurs prétendent ne pas lire de romans. Pour eux, seul l'essai est digne de proclamer leur supériorité culturelle.

    Dans ma bibliothèque, l'essai n'a que peu droit de cité. J'aimerais parfois en lire davantage pour le seul plaisir de démasquer les pseudo-lecteurs aspirant élitistes adeptes du mépris de leur auditoire et de les coincer dans leurs arguments piqués çà et là et répétés comme des perroquets.

    Mais las ! Je ne lis que trop peu de livres autres que romans. Force m'est de constater que les ouvrages historiques ou scientifiques ou politiques ou... ou... ou... me gonflent. Moi quand je lis, je veux m'évader, pas réfléchir (trop), ni prendre des notes qu'il me faudra réviser comme en leur temps les leçons d'histoire-géo pour mieux les recracher et ainsi briller en société. Pour apprendre - ce que j'adore -, je suis plutôt portée sur le documentaire, plus concis mais pas moins précis. Télévisés le plus souvent. Mais également bd.

    Car le neuvième art que je chéris multiplie ces derniers temps les parutions de dessinateurs reporters façon Davodeau qui rendent accessibles au plus grand nombre des sujets parfois complexes. C'est ainsi que j'ai découvert Nietzsche dont je ne connaissais que quelques titres et citations, fonds commun de ce que l'on appelle la culture générale.

    Cet album somptueux, aux magnifiques aplats et couleurs franches inspirés des tableaux impressionnistes et fauvistes, retrace la pensée brillante et intimement liée à son expérience personnelle du philosophe allemand. L'on découvre un homme solitaire aux idées révolutionnaires pour son époque, désireux de "briser les anciennes tables de loi". Un homme passionné de musique, un homme extrêmement lucide tout autant qu'aux portes de la folie et surtout, un homme manipulé dont la représentation généralement admise est galvaudée. J'ai par exemple découvert avec stupeur que le fervent antisémitisme qu'on lui prête communément est totalement inexact.

    Certains lecteurs plus pointus et/ou contre-partisans fervents du controversé Michel Onfray jugeront peut-être qu'il s'agit davantage d'un récit hagiographique que d'une biographie objective. Pour ma part, je n'y ai vu que le magnifique ouvrage d'un dessinateur talentueux m'offrant la possibilité de découvrir plus avant la vie et les idées d'une figure incontournable de la philosophie.

    Malgré tout - car il y a un bémol à mon enthousiasme -, si l'objet de ce livre est de rendre plus accessible la pensée nietzschéenne, il faut bien avouer que l'on est loin de la vulgarisation. Sans connaissance a priori de l'homme et de son oeuvre, il reste quand même difficile de tout comprendre. Certaines références sont restées complètement abstraites à la béotienne que je suis. La bd n'en démérite pas pour autant, elle reste un premier pas fort enrichissant.

    Retrouvez l'interview de Maximilien Le Roy à propos de Nietzsche.

    A noter que le talentueux Le Roy a réédité l'exercice plaisant de la biographie bédessinée en scénarisant dans La vie sublime la pensée de l'incontournable philosophe américain Thoreau, indigné avant l'heure si enclin à la Désobéissance civile. Si vous avez aimé Into the Wild, foncez !

    Extraits :

    Il faut aimer ce qui advient. "Amor Fati" : "Aime ton destin". Voilà ma formule pour toute chose. C'est d'ailleurs la formule du bonheur... Du moins la conjuration du malheur. C'est la plus haute sagesse.

    ...

    Que peux-tu attendre du christianisme, cette maladie qui nous invite au suicide lent... Qui veut que nous mourrions de notre vivant sous prétexte que nous mourrons mieux le jour dit ? Que peux-tu attendre de cette religion qui vénère une cadavre crucifié ? De cette religion qui fait les vertus des vices du renoncement au corps, à la chair, au plaisir de la vie ? Il n'y a pas d'arrière-monde, pas de Ciel, pas d'Enfer, pas de Dieu, pas de Diable !