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Bande dessinée - Page 2

  • Dalí par Baudoin

    culture,bande dessinée,bd,bio,littérature,livre,peinture,artÉditions Dupuis / Centre Pompidou - 160 pages

    Présentation de l'éditeur : À l'occasion de la grande rétrospective que le Centre Pompidou consacre à l'oeuvre de Salvador Dalí, Edmond Baudoin nous entraîne sur les traces de l'étrange et génial artiste, dont il parcourt la vie et l'oeuvre de son trait virtuose. Peintre légendaire et énigmatique, figure du surréalisme, ami de Buñuel et de Garcia Lorca, Salvador Dalí est considéré comme l'une des icônes de l'art du XXe siècle. S'invitant dans l'univers fantasque et débridé de Dalí, Baudoin nous en offre sa vision personnelle. Initiant un dialogue intime, par-delà le temps, avec ce créateur de génie, il nous offre un album rare, dont la parfaite cohérence entre le fond et la forme a valeur d'évidence.

    Ma note :

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    Album cartonné souple : 22 euros

    Un grand merci à mon ami Vincent pour ce joli cadeau de Noël, présent dans ma wish list sans qu'il ait jamais eu l'occasion de la consulter, ce qui prouve sa pertinence.

    Nietzsche, Schiele, Picasso, Thoreau, bientôt Gauguin, maintenant Dalí... Les bio-graphiques deviennent décidemment légion !

    Si habituellement les biopics du neuvième art sont de fidèles portraits chronologiques, Dalí par Baudoin est avant tout - comme son nom l'indique - une interprétation par le dessinateur de la vie et l'oeuvre de l'un des plus grands créateurs artistiques du XXe siècle. Une approche émotionnelle et psychanalytique atypique et passionnante qui n'en reste pas moins didactique.

    Pour ce faire, Baudoin se met en scène en compagnie d'une jeune femme et tous deux, dans un dialogue intimiste, s'interrogent. Car cette bd, à l'image de l'incipit "qui était ce type ?", n'est pas une réponse mais une magistrale question visant à répondre à l'énigme Dalí. En conciliant l'approche biographique traditionnelle au regard personnel, Baudoin livre un éclairage aussi original que captivant de l'excentrique peintre.

    Alors évidemment, cette foultitude de faits entremêlés d'interrogations et hypothèses personnelles sont autant de réponses qu'il est possible d'en donner au sujet d'une personnalité aussi complexe que celle de l'incomparable Salvador.

    Mégalo, fou, narcissique, paranoïaque, ambigü... Les épithètes sont nombreux. Quels qu'ils soient, l'on découvre avant tout un homme passionné, curieux insatiable, touche-à-tout. Difficile de faire un portrait de cet être multiple et torturé. Extravagant incontestablement. En quête de vérité, d'immortalité, désireux de s'émanciper de tout et de trouver sa voie, ce qu'il fera par le biais de sa fascinante méthode paranoïaque-critique ayant donné naissance à une oeuvre-reflet de l'inconscient unique, onirique, étrange, fantasque, suprenante, dérangeante, choquante... mais surtout, identifiable entre mille.

    Si, à l'issu de ce livre, le mystère demeure, il n'est en tout cas plus absolu et l'on comprend mieux l'un des artistes les plus populaires au monde. De son enfance à Gala en passant par ses acolytes et ses pérégrinations, un éclairage est donné sur sa vie mouvementée et l'on appréhende plus aisément son art cathartique et non-conformiste, intimement lié à ses blessures, ses obsessions, ses angoisses, ses contradictions.

    Outre la singulière construction narrative, le réel tour de force de Baudoin réside dans son dessin. Il parvient avec maestria à livrer une interprétation du trait et de l'univers du génie espagnol sans jamais l'imiter. Il le réinvente sans le dénaturer en s'appuyant sur les images emblématiques (montres molles, rhinocéros...) qu'il n'était tout bonnement pas concevable d'omettre. Cette mise en abyme fantaisiste loin de toute trahison lui permet d'être dans la justesse sans se départir de son identité propre. Ceux qui y verront une médiocre contre-façon n'auront rien compris.

    Mon seul regret, a priori, résidait dans l'absence quasi totale de couleurs, peu représentative à mon sens de Dalí. Mais si l'on considère a posteriori que les rares explosions chromatiques sont rattachées à Gala, muse entre toutes, le parti pris des aplats charbonneux parfaitement maîtrisés - marque de fabrique de l'auteur - prend tout son sens.

    Dalí par Baudoin est, en somme, une plongée graphique vibrante, enrichissante et insolite dans l'univers de l'homme à la drôle de moustache, qui prouve, si besoin était, que la bande dessinée est un met de choix et de poids tant du point de vue de la création artistique que de la ressource documentaire. Une oeuvre qui ravira à n'en pas douter le fans comme les béotiens de l'incontournable et très controversé mystique corpusculaire.

    Ils en parlent aussi : Benjamin, Sebso, Marie, David.

    Vous aimerez sûrement :

    Thoreau La vie sublime de A. Dan et Maximilien Le Roy

    Egon Schiele Vivre et mourir de Xavier Coste

    Nietzsche Se créer liberté de Maximilien Le Roy et Michel Onfray

    Olympe de Gouges et Kiki de Montparnasse de Catel & Bocquet

    En cuisine avec Alain Passard de Christophe Blain

    Brassens ou la liberté de Clémentine Deroudille et Joann Sfar

    Extraits :

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  • La Moselle de Florian Martinez

    Warum Éditions - 140 pagesla moselle.jpg

    Présentation de l'éditeur : La Moselle retrace les errances d'un être en marge, presque SDF, un peu fou, un peu asocial. Son périple à travers l'Est de la France commence par le suicide d'un compagnon de marche sur une autoroute. Le reste de cette histoire nous emmène à travers le passé du personnage et ses pérégrinations à la rencontre des gens ordinaires de la Lorraine, véritable Voyage au bout de la nuit contemporain, par un artiste au trait charbonneux et à l'écriture écorchée vive. Ce livre parle d'un sujet qui touche de plus en plus de gens, la mise à la marge. C'est un livre qui parle des gens comme tout le monde qui se retrouve de plus en plus « en dehors » sans pouvoir rentrer dans la société et qui en ont de moins en moins envie.

    Ma note :

    culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis

    Album cartonné souple : 20 euros

    Un grand merci à Babelio et aux Éditions Warum pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir cette bande dessinée.

    La Moselle avait a priori tout pour me plaire : une bande dessinée, déjà ; promue par une maison d'édition atypique, ensuite. En effet, Warum prend le parti de publier des auteurs que personne ne veut éditer soit parce qu'ils n'ont pas encore assez de talent, soit parce que leurs projets ne ressemblent en rien à ce qui se fait dans la BD actuelle et que de fait il y a trop d'incertitudes, notamment en termes de vente. Une audace éditoriale prometteuse laissant présager de découvertes originales, novatrices, éloignées des codes du genre. Malheureusement, l'expérimental n'est pas toujours gage de réussite...

    Dans La Moselle, j'ai immédiatement trouvé le dessin très déplaisant. Malgré quelques décors et perspectives laissant transparaître un réel talent d'observation et de reproduction, l'ensemble est complètement négligé et donne l'impression que l'auteur s'est contenté de vagues esquisses, de quelques crayonnés bâclés. Comme si le dessin n'était pas sa priorité. Plutôt gênant pour un roman graphique...

    J'aurais pu passer outre si le contenu m'avait séduite. Mais là encore, je suis restée perplexe du début à la fin. Les personnages sont complètement décalés voire déjantés et leurs façons d'agir ou de penser restent incompréhensibles. C'est sombre, désespéré... mais surtout, sous couvert d'aborder les thématiques de l'exclusion, de la marginalité, ça n'a ni queue ni tête. L'underground original n'a d'intérêt que s'il a du sens, mais ici, force est de constater que le fond comme la forme sont totalement fantaisistes, dans l'acception négative du terme. Concernant ce projet, la seule justesse de l'auteur est à mes yeux dans la conception qu'il a de l'univers de son oeuvre : "un monde autistique, froid, hermétique et vide".

    L'ambition de Florian Martinez de s'exprimer sur l'incompréhension entre les êtres est, de manière relative, aboutie puisque je n'ai absolument rien compris à ce qu'il a essayé de dire. Les situations se suivent, sans lien apparent et le sens profond m'a échappé du début à la fin. Bref, grosse déception et interrogation absolue sur le pourquoi de l'oeuvre et le comment de l'édition.

    Ils en parlent aussi : Filou 49, David Fournol, Jostein.

    Vous aimerez sûrement :

    Blast de Manu Larcenet (Grasse carcasse, L'apocalypse selon saint Jacky, La tête la première)

    La rue des autres de Violaine Leroy

    Une âme à l'amer de Jean-Christophe Pol et Albertine Ralenti

    Fables amères de Chabouté

    Le bar du vieux Français de Stassen et Lapière

    Vacance de Cati Baur

    Extrait :

    Parfois, je crois que je suis résigné...

    Mais en fait, j'ai peur.

  • Blast de Manu Larcenet

    blast.jpgTome 3 - La tête la première

    Éditions Dargaud - 220 pages

    Présentation de l'éditeur : "Je pèse deux hommes. L'un vous aime tant qu'il vous lèchera la main pour l'aumône d'une caresse. Il fera où vous lui direz, demandera la permission, courbera le dos sous la trempe, pourvu que vous lui accordiez une place près de vous. Un homme-chien. L'autre, sans trève ni repos, depuis toujours, n'a d'autre obsession que de vous faire baisser les yeux. Puis de les crever." Toujours en garde à vue après la mort d'une jeune femme, Polza Mancini déroule ses souvenirs d'errance, sa quête éperdue du blast, ces moments magiques qui le transportent ailleurs, mais aussi ses séjours en hôpital psychiatrique, ses terreurs et ses cauchemars. Avec Blast, Manu Larcenet signe l'une des oeuvres majeures de la bande dessinée contemporaine, une terrifiante descente aux enfers, profondément humaine et touchante. Un immense roman graphique, noir et âpre, d'un humanisme bouleversant, une série coup de poing dont le premier tome a été salué par le Prix des libraires 2010 !

    Ma note :

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     Album cartonné : 22,90 euros

    Et puis il y a les séries. Si elles sont gages de plaisir accru - si tant est que la qualité soit au rendez-vous ! -, elles sont aussi synonymes d'attente prolongée. Une attente mettant la patience à rude épreuve puisque contrairement aux mangas dont le rythme de parution est soutenu, les séries de l'acabit de Blast sont, dans le meilleur des cas, basées sur une sortie annuelle...

    Si certains de ces cycles graphiques sont coutumiers de l'atermoiement pour finalement livrer de nouveaux opus décevants au regard de la fidèle expectative, Blast à l'art de réconcilier avec le principe et prouve que constance et persévérance riment avec récompense.

    Après deux premiers tomes magistraux (Grasse carcasse et L'apocalypse selon saint Jacky), La tête la première se révèle plus qu'à la hauteur et poursuit le puissant crescendo aussi révulsant que fascinant entrepris par Larcenet depuis les premières cases de cette saga monstrueusement humaine.

    L'on poursuit ainsi la garde-à-vue de cet extra-ordinaire personnage qu'est Polza, durant laquelle est reconstituée à coup de flashbacks-puzzles sa vie en marge. L'on s'enfonce encore plus profondément, aussi médusés que les deux flics qui l'interrogent, dans ses errances auto-destructrices entre bouffées délirantes et abus de substances en tous genres, dans sa rupture d'avec la société et sa communion d'avec la nature mais aussi sa quête de liberté, son voyage introspectif... et, inévitablement, dans ses crimes. Une narration quasi métaphysique qui laisse partagé entre la nécessité de réprimer sévérement l'horreur et l'envie de comprendre, de compatir, de laisser voix à cette atrocité, cette perdition, ces dérives et dégâts fruits de la société et son lot de misères.

    Car Polza est un peu l'incarnation de la complexité des êtres et de leur construction en fonction des contextes (familiaux, sociaux...). Nul n'est noir ou blanc, ni bon ni mauvais. Polza est tout à la fois, fou et sage, fragile et prédateur, victime et bourreau. Voilà pourquoi il répugne autant qu'il attire. Derrière la dualité d'un homme, c'est la schizophrénie de la société, voire de l'humanité que Larcenet pointe du doigt et croque sans concession.

    Il fait une fois encore preuve de son exceptionnelle maîtrise du crayon autant que de la plume. Entre trait sompteux et scénario magistral, il a su bâtir une oeuvre essentielle qui s'inscrit incontestablement dans les incontournables de la discipline. Sa justesse narrative et sa maîtrise singulière des phrases puissantes comme des silences plus que parlants sont toujours au rendez-vous. La qualité d'écriture est réhaussée par le somptueux travail graphique auquel il nous accoutume d'oeuvre en oeuvre. L'impressivité du récit est servie par un trait sombre, noir, glauque, des contrastes et cadrages exécutés avec finesse et surtout, surtout ces soudaines et foudroyantes pointes de couleurs habituellement liées au blast et qui ne sont pas sans rappeler le Saturne dévorant un de ses enfants de Goya ou Le Cri d'Edvard Munch. J'insiste sur le habituellement car dans cet opus, pas de blast ! Les fulgurances chromatiques sont liées ici à des exercices artistiques thérapeutiques ou à des oeuvres dénichées au hasard des squats...

    Malgré une avancée significative de l'histoire, Manu Larcenet mesure intelligemment les contours qu'il veut bien dévoiler et impose son rythme qu'il gére avec précision, rigueur, de manière aussi jouissive qu'insupportable. Il distille les informations avec subtilité et parcimonie, en dit suffisamment pour satisfaire les attentes mais juste ce qu'il faut pour tenir en haleine, jouer avec les nerfs et faire grimper la tension d'un cran. Les questionnements sur l'identité et les agissements de Polza perdurent et le tourbillon d'émotions générées par le récit coupe le souffle. Un uppercut bédessiné. Bref, le suspens est paroxysmique. Gageons qu'il sera particulièrement éprouvant d'attendre fin 2013 pour avoir, enfin, le dénouement et les clés de ce personnage mystérieux, troublant, dérangeant. Et que l'album ultime de cette tétralogie sera explosif ; foudroyant !

    Dans l'esprit du Combat ordinaire, Larcenet compose à nouveau avec ses thèmes de prédilection (dépression, angoisse, mutilation, disparition de la figure paternelle, rejet, décalage, sensation d'isolement à la réalité, aux autres...) en les poussant ici dans leurs retranchements. Il orchestre avec maestria l'association entre son personnage et lui ; une évidence hyperbolique qui révèle, une fois encore, la dimension cathartique de ses oeuvres. Un peu à l'image, dans un autre genre, de celles de Taniguchi (Quartier lointain, Le journal de mon père, Les années douces...) dont il s'est grandement inspiré pour son travail sur Blast... Une source d'inspiration qui est, à elle seule, une séduisante promesse.

    Bien que la série soit en cours, ces trois volets d'une oeuvre édifiante constitueront à n'en pas douter un magnifique cadeau de fin d'année pour les amoureux de la bande dessinée. Mais est-il réellement besoin d'un prétexte pour dévorer cette remarquable série, objet d'une adaptation cinématographique ?

    La bande annonce du tome 3.

    La bande annonce du tome 2.

    La bande annonce du tome 1.

    Ils en parlent aussi : Sébastien Naeco, Planetebd, Noukette, Sullivan.

    Vous aimerez sûrement :

    Une âme à l'amer de Jean-Christophe Pol et Albertine Ralenti

    En sautant dans le vide de Man

    Ken games de J. Robledo et M. Toledano

    Il était une fois en France de Fabien Nury et Sylvain Vallée

    Plus jamais ça de Vervisch et Morvan

  • Silex and the city 3 de Jul

    silex and the city 3.jpgLe néolithique, c'est pas automatique

    Éditions Dargaud - 48 pages

    Présentation de l'éditeur : Dans Silex and the City Le Néolithique, c'est pas automatique, on découvre les ancêtres des agences de notation. On tremble face à la concurrence de l'Homme de Pékin. On s'enthousiasme pour "l'évolution du Jasmin" et on manifeste contre les expulsions des espèces défavorisées avec le "Réseau évolution sans frontières". On invente les réseaux sociaux avec "Flèchebook". Et quand le volcan explose, le spectre de Fukushima se profile à travers les âges, malgré la communication rassurante d'EDF (Énergie du feu). Serions-nous, comme le prédit le fameux "calendrier lémurien", à la veille de la fin du monde, annoncée pour l'année 40012 avant Jésus-Christ ? Ce 3e épisode de Silex and the City confirme ce que laissaient pressentir les deux premiers : oui, l'actualité peut faire rire... grâce à la bande dessinée ! De la Biennale d'art préhistorique contemporain aux Ancêtres de Don Quichotte, de la Fête de l'Humain aux minorités visibles néanderthales, c'est tout notre théâtre contemporain qui défile en peau de bête pour une parodie au vitriol de notre société "évoluée". Avec cette première série, Jul délaisse l'actualité immédiate abordée dans Il faut tuer José Bové et La croisade s'amuse pour se lancer dans une saga familiale en costumes, à l'époque de la préhistoire. Quelle meilleure lorgnette que ces âges obscurs pour éclairer nos turpitudes contemporaines ?

    Ma note :

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    Cartonné : 13,99 euros

    Lire les premières pages

    Après le succès éditorial des deux premiers tomes et l'adaptation de la série en programme court sur Arte (du lundi au vendredi à 20 h 45), Jul aurait eu tort de ne pas continuer à surfer sur la vague du succès. Il a ainsi profité de la rentrée littéraire pour livrer le troisième opus des folles aventures de la famille Dotcom.

    Le concept est toujours le même : un décryptage anachronique de l'actualité. Sous couvert de préhistoire, c'est bel et bien une fresque du monde d'aujourd'hui qui est dressée dans Silex and the city. Les références sont multiples et si elles exigent d'être un minimum au courant des événements de monde qui nous entoure, inutile pour autant d'être à la pointe de l'information pour comprendre. Il faudrait vraiment vivre terré dans une caverne pour ne pas saisir les allusions !

    Alors certes, c'est récréatif, pertinent, bien tourné. Pour autant, j'ai éprouvé moins de plaisir à lire ce tome que les deux précédents. C'est moins de la lassitude que le sentiment que les gags ont été préalablement listés et l'histoire brodée autour. Il y a de fait un certain manque de fluidité dans la narration même si l'ensemble fonctionne et reste cohérent. Accordons à Jul un réel talent pour trouver les mots qui font mouche.

    Bien qu'à mon sens ce troisième volet soit moins réussi que les deux premiers, il offre malgré ses imperfections un vrai bon moment d'humour. Évidemment, il est beaucoup moins drôle de réaliser que l'accumulation des vannes potaches n'est pas tant le fruit de l'imagination du bédessinateur que le reflet de la montagne des tragédies socio-politiques du quotidien bien réel. M'enfin... Faut bien rigoler !

    Le créneau de l'actualité étant à l'origine de productions rapidement obsolètes, la saga est à lire sans attendre.

    Ils en parlent aussi : Canel, Julie, La Griotte.

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    Jeanine de Reiser

    Il était une fois en France de Fabien Nury et Sylvain Vallée

    La droite ! Petites trahisons entre amis de Boisserie, Ploquin & Gros

    Pico Bogue d'Alexis Dormal et Roques

  • Rentrée littéraire : Dessous de Leela Corman

    Editions çà et là - 204 pagesdessous.jpg

    Présentation de l'éditeur : Dessous décrit la vie tumultueuse de deux soeurs jumelles, Esther et Fanya, issues de la communauté juive du Lower East Side new-yorkais du début du XXe siècle. Leur mère tient un atelier de confection et trompe sans vergogne son mari, un homme effacé. Peu enclines à reprendre le commerce maternel, les deux soeurs s'éloignent du giron familial dès l'adolescence. Fanya est embauchée par une sage-femme avorteuse qui fera son éducation scolaire et politique. Esther, fascinée par les danseuses d'un théâtre burlesque local, prend des cours de danse tout en travaillant comme bonne à tout faire dans la maison close attenante au théâtre. Les chemins des deux soeurs, pourtant très liées l'une à l'autre, vont progressivement diverger. Avec Dessous, Leela Corman décrit les difficultés de cette population immigrante à la veille de la grande dépression, mais brosse surtout le magnifique portrait de deux femmes libres et farouchement indépendantes.

    Merci à la bibliothèque en ligne Libfly et aux éditions çà et là de m'avoir donné l'opportunité de découvrir ce livre dans le cadre de l'opération La voie des indés.

    La couverture rappelant l'univers de Marjane Satrapi m'a attirée au premier coup d'oeil. C'est ensuite, davantage encore que le résumé, le fait que ce soit le premier roman graphique de l'auteur qui m'a interpellée ; j'aime ô combien les premières oeuvres.

    Dans Dessous, Leela Corman nous plonge dans le Lower East Side New Yorkais du début du XXe siècle et nous embarque par moment dans la Russie de la fin du XIXe. Traitant des moeurs d'une époque en général et de celle de la communauté juive en particulier, c'est avant tout la condition féminine dont l'auteur parle en nous faisant suivre les pas d'Esther et Fanya, jumelles fusionnelles que les hasards de la vie aux apparences anodines vont pourtant séparer. Malgré des existences radicalement opposées, nos deux intenses et puissantes héroïnes conservent une identique ambition : celle de rester maîtresses de leurs destinées, au mépris des conventions et au risque de se perdre en chemin...

    De ces destins entrelacés, Leela Corman brosse un portrait de l'émancipation des femmes au cours d'une époque en mouvement et au coeur d'un monde sans concession souvent violent à leur endroit. Pas une des grandes thématiques féministes ne manque à l'appel : éducation, mariage forcé, prostitution, avortement...

    Le décor tout de noir et de blanc très Art déco retranscrit parfaitement l'atmosphère de l'époque, symbolise la rudesse de la vie d'alors aussi bien que le caractère austère de la culture évoquée. La documentation pointue sur laquelle s'est appuyée l'auteur est sublimée par des illustrations très détaillées - notamment en ce qui concerne les scènes de rue et les tenues - infiniment esthétiques.

    Comme l'Histoire nous l'a déjà conté - et nous le narre encore -, la libération de la femme s'est faite dans la douleur. Pas de surprise donc, Leela Corman, comme pour son trait, construit son fond sur la noirceur. Sûr, l'on ne ressort pas indemne de cet hymne à la liberté, mais qu'il est bon de se faire cabosser quand il s'agit d'humanité ! Entre justesse et sensibilité, cette lecture pleine de sens n'a qu'un seul petit défaut : l'absence de traduction de la plupart des termes yiddish employés, même si cela ne gène en aucun cas la lecture.