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  • Rentrée littéraire : Preuves d'amour de Lisa Gardner

    preuves d'amour.jpgÀ paraître le 2 octobre 2013.

    Éditions Albin Michel - 431 pages

    Présentation de l'éditeur : Jusqu'où iriez-vous pour protéger votre enfant ? L'affaire semble évidente lorsque D.D. Warren arrive sur les lieux : maltraitée par son mari violent, l'agent de police Tessa Leoni a fini par craquer et l'a descendu à coups de revolver. Pourtant, elle se mure dans le silence : pas un mot au sujet de son mari décédé, ni sur la mystérieuse disparition de sa petite fille de 6 ans qu'elle aime pourtant par-dessus tout... Que cherche-t-elle à cacher ? La coriace et désormais incontournable D.D. Warren mène l'enquête. Enceinte depuis peu, en duo avec son ancien amant et collègue Bobby Dodge, elle se retrouve plongée dans le sombre passé d'une femme finalement pas si différente d'elle, prête à tout pour sauver sa fille... Au cœur de ce suspense haletant, deux personnages féminins fascinants qui s'affrontent dans une course contre la montre pour la survie d'un enfant. Lisa Gardner franchit un cap avec ce nouveau roman, plus poignant que jamais.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Cécile Deniard.

    Ma note :

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    Broché : 20,90 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    En faisant connaissance avec l'auteur américaine Lisa Gardner - publiant également sous le nom d'Alicia Scott -, j'ai enfin compris pourquoi je ne lisais que peu de romans policiers ou de thrillers : à l'évidente condition que ces genres soient maîtrisés par leurs auteurs, leurs produits sont ce que l'on appelle désormais à tout vent des page turner. Celle ou celui ayant déjà passé une nuit blanche sur un livre comprendra mon sentiment à leur égard : ces bouquins que l'on dévore sont aussi usants que palpitants ! Pour les cycles de sommeil comme pour les nerfs. J'évite donc.

    On l'aura compris, Preuves d'amour compte parmi ceux-là. Combinaison parfaitement maîtrisée des deux registres - l'enquête du polar et la tension psychologique du thriller -, il poursuit une série de six tomes entreprise par l'auteur mettant en scène la policière D.D. Warren dont deux des titres ont été primés : La fille cachée par le Prix Daphné Du Maurier du suspense en 2000 et La maison d'à côté par le Grand Prix 2011 des lectrices Elle policier.

    Dans cet opus, Lisa Gardner confronte à sa désormais célèbre enquêtrice une autre femme également dans les forces de l'ordre mais victime tout autant que suspecte dans cette histoire. Au cœur d'une trame machiavélique et d'un suspense géré de main de maître dès les premières pages, l'alternance des points de vue est particulièrement saisissante et ne laisse d'autre choix au lecteur que d'être happé par le récit, d'attendre impatiemment les révélations.

    Cette enquête originale mettant les nerfs à rude épreuve pose la question de savoir jusqu'où l'on peut aller pour ses enfants. Une interrogation fondamentale (et forcément très impressive sur le lecteur parent) qui n'est pas sans rappeler l'excellent Dîner d'Herman Koch, quoique beaucoup plus actif. Occasion pour l'écrivain de sonder la noirceur de l'âme humaine en jouant sur la fibre la plus sensible qui soit : l'amour filial. Elle pose en outre la question de l’ambiguïté des personnalités qui choisissent de combattre le crime : sont-elles totalement opposées à celles qu'elles traquent ou au contraire infiniment proches ? Les plus célèbres pyromanes ne sont-ils pas des pompiers ?

    Loin toutefois de se contenter d'un polar-thriller modèle, construit au millimètre et extrêmement bien documenté sur les dernières avancées de la police scientifique comme tout bon auteur du registre qui se respecte, Lisa Gardner en profite pour partager ses observations et s'interroger plus profondément. Cette confrontation féminine lui permet d'analyser avec justesse à mon sens les rapports entre les femmes (leur manque de solidarité notamment) et d'évoquer la condition féminine, la difficulté à concilier vie professionnelle et privée, en l'occurrence par le prisme d'une mère célibataire et d'une farouche indépendante en passe de fonder une famille, dans un milieu professionnel plutôt masculin.

    Sous bien des aspects en somme, Preuves d'amour est une véritable réussite, qui ne manquera pas de satisfaire les fidèles de Gardner et de convaincre les néophytes comme moi de découvrir ses autres livres, notamment de la série... Après un peu de répit s'entend, comme démontré précédemment !

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    Avant d'aller dormir de S.J. Watson

    La vie d'une autre de Frédérique Deghelt

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    L'arbre au poison d'Erin Kelly

    Vengeances de Philippe Djian

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    Rainbow Warriors d'Ayerdhal

    Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

    Le blues du braqueur de banque de Flemming Jensen

    Le livre sans nom d'Anonyme

    Extraits :

    Elle voulait faire entrer la scène de crime dans son ADN. S'imprégner des plus petits détails domestiques, depuis le choix des peintures jusqu'à celui des bibelots. Envisager le décor sous dix angles différents, le peupler d'une petite fille, d'un père dans la marine marchande et d'une mère dans la police. Ce lieu, ces trois vies, ces dix dernières heures. Tout se résumait à ça. Une maison, une famille, la collision tragique de plusieurs existences.

    ...

    C'est pour ça que les hommes battent les femmes, évidemment. Pour démontrer leur supériorité physique. Pour prouver qu'ils sont plus grands et plus forts que nous et qu'aucun entraînement spécial n'y changera jamais rien. Ils sont le sexe fort. Alors autant se soumettre tout de suite et capituler.

    (...) Plutôt crever que de me soumettre. Plutôt crever que de capituler.

    ...

    Les hommes ne sont pas un problèmes pour une policière.

    Ce sont les femmes qui essaient de vous dégommer, dès que l'occasion se présente.

    ...

    Nous sommes si peu nombreuses sous l'uniforme qu'on pourrait imaginer une forme d'entraide. Mais les femmes sont bizarres. Toujours prêtes à s'en prendre à une de leurs semblables, surtout si l'autre est perçue comme faible, si, par exemple, elle a servi de paillasson à son mari.

    ...

    Peut-être qu'en nous tous, la frontière qui sépare le bien du mal est plus mince qu'elle ne devrait. Et peut-être qu'une fois cette frontière franchie, il n'y a pas de retour en arrière possible. Nous ne sommes plus les mêmes.

  • Rentrée littéraire : Ce qu'il reste des mots de Matthieu Mégevand

    À paraître le 4 septembre 2013.ce qu'il reste des mots.jpg

    Éditions Fayard - 209 pages

    Présentation de l'éditeur : Le 13 mars 2012, à Sierre, en Suisse, vingt-deux enfants décèdent dans un accident d’autocar. Le véhicule était en parfait état ; le chauffeur, sobre, respectait les limitations de vitesse ; la chaussée était sèche et bien entretenue. Nulle négligence ne permet de comprendre le drame. Aucune faute. Aucun coupable. Aucune explication. Situation intolérable pour l’esprit. Face à cette aporie, Matthieu Mégevand refuse de s’incliner. Il mobilise toutes les ressources de la pensée et de l’écriture dans une quête à la fois philosophique et romanesque. Il replonge dans d’anciennes lectures, se retire dans la solitude, taquine l’autofiction, s’invente des interlocuteurs, contradicteurs ou complices, et des situations imaginaires qui pourraient l’éclairer. Les mots sont impuissants ? C’est à voir. Avant de proclamer leur défaite, il faut au moins leur faire livrer bataille. Envisager tous les recours. Quitte à admettre que grammaire et logique n’épuisent pas le langage, qui doit se transcender lui-même lorsqu’il s’agit de trouver la raison pour laquelle la mort nous est insupportable.

    Ma note :

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    Broché : 17 euros

    Ebook : 11,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    L'amoureuse des mots que je suis a inévitablement été séduite par le titre. J'ai pour autant abandonné ce livre en page 52. Non pas qu'il soit mal écrit ; loin de là même. Il en va seulement de certains livres qui n'arrivent pas au bon moment dans un parcours existentiel. Je sais toutefois que tôt ou tard, je le reprendrai...

    Si la quête entreprise par Matthieu Mégevand de mettre en mots l'indicible est passionnante - qui n'a jamais été confronté à l'apparent et frustrant vide linguistique, notamment dans le registre émotionnel ? -, son point de départ est dur, pour ne pas dire insoutenable : le décès de vingt-deux enfants dans un accident d'autocar à Sierre, en Suisse, le 13 mars 2012.

    Pourquoi ce choix, alors qu'au regard du peu que j'ai lu, l'auteur n'apparaît pas touché de prêt par ce drame - si tant est que l'on puisse rester indifférent à une telle tragédie... ? Il me semble pourtant que la mort n'est pas le seul sujet sur lequel le verbe fait souvent défaut. Mais peut-être ne sommes-nous égaux que devant cet insoutenable fin ? Quoi qu'il en soit, je n'ai pas réussi, à cet instant de ma vie, à tenter de rationaliser le sujet en compagnie de l'auteur. Je n'ai eu ni la force de plonger dans les maux, ni l'envie d'en trouver les mots.

    Disons que cette lecture s'adresse aux passionnés de la langue française mais que la confrontation de cette aporie mettant en question la puissance ou l'impuissance des mots est, à mon sens, à entreprendre de préférence en période de santé morale autant que physique. Ce défi terminologique est initié par un événement par trop tragique ; le mystère reste entier.

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    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Extraits :

    "Réveille-toi, pourquoi dors-tu, Seigneur ?

    Sors de ton sommeil, ne rejette pas sans fin.

    Pourquoi caches-tu ta face

    Et oublies-tu notre malheur et notre oppression ?

    Psaume 44

    ...

    "Le cycle de la vie ne prévoit pas d'extraire des corps parfois méconnaissables amoncelés dans un car pulvérisé, de faire le tri entre les miraculés et les défunts, d'improviser une petite morgue dans un tunnel et d'y déposer, au fil des heures, une succession de dépouilles d'enfants numérotées." Même les secouristes professionnels sont dépassés par l'horreur de l'événement. Certains ne sont pas capables de travailler au cœur du drame et sont affectés à des tâches moins exposées. Tous ressortent abîmés.

    Petit à petit, l'une après l'autre, les autorités vont tente de dire leur consternation. Avec le même vocable défaillant, dans les mêmes termes inaptes.

    ...

    Tout ce qui peut être fait l'est, sans aucune limite de moyens. L'homme, placé devant quelque chose qui le dépasse absolument, refuse de s'avouer vaincu. L'enquête est minutieuse, approfondie, rien n'est laissé au hasard - ce hasard qui a déjà coûté tellement cher. On ne veut plus rien lui accorder, au hasard, il a été bien trop possessif, dictatorial ; il s'est servi, sans aucun égard, sans aucune réserve ; il a tout pris.

    ...

    C'est un drame sans cause, une tragédie sans coupable ? Très bien. Mais moi non plus je ne peux pas me résoudre, moi non plus je ne m'avoue pas vaincu. Aucune piste, rien à dire, au bout de quelques phrases les mots s'enlisent ? C'est à voir, je refuse de lâcher prise. Tout est perdu, consumé ? Il n'en est pas question, sûrement pas. Il ne sera pas dit que même les mots ont abdiqué, que même eux sont restés terrés dans leur trou d'impuissance. Nous allons les faire se mouiller un peu, les mots, ils vont sortir de leur coteries et de leurs salons bien chauffés ; au front, les mots, en première ligne ! C'est une gageure, mais tout plutôt que cette défaite sans bataille, cette abdication sans combat. Aux armes les mots, sur l'absurde nous allons tenter de reconquérir un peu de sens.

    ...

    Que dit Wittgenstein, qui s'intéresse au langage et à son utilisation par la philosophie et plus généralement par l'être humain ? En une seule phrase, il affirme que "ce qui peut se dire, peut se dire clairement ; et au sujet de ce dont on ne peut parler, on doit se taire".

    ...

    En d'autres termes, tout le penser ne se résume pas au dire, et il existe quelque chose par-delà la langue que la langue elle-même ne peut exprimer. Une intuition inexprimable que Wittgenstein nomme justement mystique, et qui renverse d'une certaine manière le problème : c'est bien le langage qui incarne la limite de l'homme, et derrière cette limite il existe quelque chose sur laquelle on ne peut rien dire puisqu'il s'agit de dire sur le dire, de parler du parler, et ce quelque chose, c'est l'ineffable, la transcendance. Karl Jaspers aurait dit : "Le chiffre ultime de la Transcendance, c'est le silence."

    ...

    "Ce qu'il faut dire avant toute chose, c'est que, même en le sachant pertinemment, nous ne sommes pas équipés pour accepter la fin de la vie" (...) "Nous ne sommes pas - mentalement, intellectuellement - aptes à accepter cette dimension de l'existence."

  • Rentrée littéraire : Le roman de Boddah d'H. Guay de Bellissen

    le roman de boddah.jpgDepuis le 28 août en librairie.

    Éditions Fayard - 321 pages

    Présentation de l'éditeur : D’ordinaire les amis imaginaires s’éteignent de mort naturelle, peu à peu négligés par ceux qui les ont inventés. Pas Boddah. Pendant les vingt-sept années de sa courte vie, Kurt Cobain n’a jamais cessé de s’adresser à son double. Dès lors, qui mieux que Boddah pouvait retracer le parcours de cette météorite trash que fut Kurt, entre musique, héroïne et amour fou ? Il fallait être un intime, tout voir et tout entendre, pour raconter le coup de foudre entre l'icône grunge et Courtney Love, pour retrouver, loin du public et des projecteurs, le jeune homme secrètement timide. Il fallait être un fidèle d’entre les fidèles, pour ne pas prendre ombrage de son mariage à Honolulu, au milieu des touristes obèses. Et un ami sincère pour discuter des nuits entières, oser le critiquer, et tenter de lui faire prendre conscience des réalités. Boddah fut tout cela. Et quand, épuisé par le désordre et les incohérences de sa vie, Kurt décida d’en finir, c’est à cette invisible mais éternelle âme sœur qu’il adressa sa lettre d’adieu. Alors Boddah témoigne de lui-même. Mêlant scènes réelles et imaginaires, conversations authentiques et dialogues inventés, Le roman de Boddah s’offre un narrateur omniscient d’un genre nouveau, témoin, confident, bonne et mauvaise conscience, Jiminy Cricket au milieu des guitares cassées.

    Ma note :

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    Broché : 19 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci à Libfly et le Furet du Nord pour m'avoir offert, dans le cadre de l'opération "On vous lit tout", l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Le roman de Boddah n'est pas une énième biographie de Kurt Cobain. C'est l'histoire racontée par Boddah, ami imaginaire qui accompagna l'idole grunge durant les vingt-sept années de sa trop courte vie.

    Quel meilleur narrateur que ce double omniscient ayant tout vu, tout entendu, tout subi, pour plonger au plus près de la vérité de cet homme érigé au rang de mythe ? Kurt Cobain entretenant un rapport schizophrénique avec cet autre lui, Boddah n'était pas qu'un témoin, il était à la fois confident, guide, censeur, conseiller et surtout bonne et mauvaise conscience, véritable Jiminy Cricket au milieu des guitares cassées. Au travers de son regard, l'on revisite ainsi de façon inédite la galère des débuts, le coup de foudre d'avec Courtney Love, les triomphes, les blessures du passé, les idées noires, la dépendance...

    Durant 320 pages, Héloïse Guay de Bellissen réussit une prouesse littéraire qui ne laisse d'autre choix que de tourner les pages avec avidité. Et l'on a beau savoir comment l'histoire s'est terminée, l'on ne peut s'empêcher au fil du récit de croire que tout va aller, d'espérer que tout va s'arranger. Et d'être fatalement déchiré par cette chute déjà consommée.

    L'auteur livre ici un roman biographique aussi original qu'extrêmement bien écrit, suscitant des émotions intenses à la mesure de l'existence du plus adulé des poètes trash. Un sale gosse au cœur tendre, un musicien de génie, une âme écorchée et torturée, un être profondément inadapté au monde qui l'entourait et dont la légende se perpétue un peu plus et avec brio grâce à ce magnifique texte qui saura ravir un public bien plus large que celui de ses fans nostalgiques.

    Une valeur sûre parmi les 555 romans annoncés pour cette rentrée littéraire 2013.

    Ils en parlent aussi : Sarah, Lilalivre, Sly.

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    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Cosima, femme électrique de Christophe Fiat

    Madame Hemingway de Paula McLain

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    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    Madame Hemingway de Paula McLain

    Beauvoir in love d'Irène Frain

    La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

    Loving Frank de Nancy Horan

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    Extraits :

    Créer un ami imaginaire, c'est un truc que font beaucoup d'enfants. J'ai un de mes potes qui m'a dit ça l'autre jour : "Les enfants nous créent et les adultes nous tuent, ça craint !"

    On quitte une famille au moment où les gosses tombent dans la supercherie de la raison.

    ...

    Voilà ce que je suis : je suis le produit imaginaire d'un gosse chétif né dans une ville de bûcherons nommée Aberdeen. Je suis le bon génie d'un orphelin de l'amour-propre, je suis le terrain vague d'un gamin sans jardin d'enfance, et qui a une balançoire à la place du cœur, je suis l'ami parfait parce que je ne peux pas baiser sa femme, je suis lui, et lui est moi. Nous nous appartenons. Nous sommes.

    ...

    "Nous sommes Nirvana, et vous, vous êtes qui ?" Il recule et crache dans la foule. Ça tape dans les mains, et ça hurle en même temps. Un, deux, NIRVANA ! Ça siffle, ça bouge, le volcan gronde. Il fait chaud, les gens sont serrés les uns contre les autres, plus un mot compréhensible, c'est une meute, l'air s'est chargé en électricité, les filles montent sur les épaules des mecs, la foule vacille comme une gueule de bois géante, la scène s'illumine. Qui paierait pour être dans cette promiscuité étouffante ? Le monde entier. Il se tient là, au milieu de sept mille personnes, qu'il n'entend pas. Seul et terriblement habité. Sur scène, il est chez lui.

    ...

    Nirvana, c'est l'accident, le trauma, une tornade organisée. Et malgré tout ça, tout se bordel, ils étaient carrés, ils donnaient ce qu'on attendait d'eux : de la vraie musique, un vrai pansement sur une vraie plaie, un instant créé pour mépriser le monde tout en créant le leur. Nirvana, c'était la flamme d'une bougie qui risquait de s'éteindre à tout moment et nous foutre dans le black-out le plus noir du monde.

    Dans la fosse, ça sent la transpiration, les corps se laminent les uns les autres. Le lendemain, des bleus sur le corps. "Est-ce que ton mec t'a cognée hier soir ? Est-ce que tu as eu un accident de voiture ?" "Non, j'ai vu Nirvana."

    On baisait en regardant leurs concerts. On baisait la terre entière, le monde de la musique, on baisait MTV, on baisait ses propres parents, et on se faisait du bien parce que au fond de nous on savait ce qu'on avait fait. En réalité, on avait fait l'amour.

    ...

    La vie, c'est une histoire d'amour qui n'a rien à faire là. Et pourtant vous y êtes. Mais vous n'êtes pas à la hauteur. Vous connaissez des gens qui ne font pas de la merde avec leurs sentiments ? Moi, je n'aime personne, j'accompagne les autres. Vous, vous avez l'amour dans le sang. L'amour en vous dès la naissance, une sorte de malformation. Ensuite, après que le cordon est coupé, vous trouvez des pansements, vous vous servez des autres pour soigner votre maladie. Vous faites des enfants sans même penser que vous transmettez le virus dont vous n'avez pas l'antidote. Mais vous aimez, alors tout roule. Puis, vous vous rendez compte qu'aimer juste pour aimer n'est rien. Qu'il y a le reste autour, qu'aimer est une forme de travail à plein temps et que le temps vous est compté. (...)

    On peut aimer différemment. Il faut défigurer l'autre pour le reconnaître. Faire saigner l'autre sans la douleur : lui faire dire qui il était petit, de quelle perte il guérit, de quelle évidence il provient. C'est comme ça qu'on tombe amoureux. C'est comme ça qu'on peut admirer l'autre : quand il se dévoile et qu'il est encore habillé.

    ...

    Il n'était jamais le dernier pour la déconne. D'autant que partir en tournée, c'est le seul boulot où l'enfance est encore promise. À l'heure du dîner, la règle est de prendre de la purée à pleines mains et de l'envoyer à la tête de son voisin. Jeter toutes les culottes de Kim Gordon sur l'autoroute, une heure avant le concert où elle paraîtra en minijupe devant trois mille personnes. Être musicien, c'est ne jamais grandir, un sport que Kurt pratiquait comme un des beaux-arts.

    ...

    Elle sort nue de la salle de bains, avec un air toujours déboussolé mais qui ne cherche pas son chemin, lui la regarde et lui chante une chanson en attrapant la guitare :

    T'es belle comme une sirène à qui on a coupé la queue...

    Et à qui on a recousu de belles jambes pleines de bleus.

    ...

    Que Courtney réponde "okay" pour l'héroïne, ça allait renforcer leur lien, il en était profondément touché. Cette fois, ce serait un amour sans limites. Il pourrait se faire branler et prendre en plus de l'héro, cette nana était une bénédiction. Enfin une fille à la auteur de tous les accidents de la vie. Une fille blessée mais biberonnée au courage, une fille qui connaissait l'histoire du punk par cœur et qui était belle comme un désastre. En sortant pour la première fois depuis trois jours, il lui vint ces phrases en pensant à elle :

    Regarder un fond d'un gouffre, y crier je t'aime et entendre un écho

    tu dormais comme de l'eau, encore je pleurais comme de l'air

    j'évaluais les dégâts à venir et dans les décombres de ce qui était de l'amour je me disais, sautons mais sans filet. C'est tellement confortable, crade et cool avec toi.

    ...

    Nirvana, c'est à la fois le "No Future" des Sex Pistols et le "I believe in Yesterday" des Beatles. Kurt réussit à faire durer un cri parce que la vie est trop courte. Un hurlement que tout le monde retient depuis l'enfance et qu'il a eut la force de proférer.

    ...

    - Je veux qu'on se fasse une promesse, dit Kurt.

    - Laquelle ?

    - S'il nous arrive un problème dans la vie, genre : si nous devons avoir un travail normal, toi caissière, moi marchand de tapis, ou bien si un des deux devient dingue et que l'autre reste normal... Attends, ou si un des deux commence à aimer la dance musique et veut bouffer des cheeseburgers, ou j'sais pas quoi d'autre, il faut que... j'en étais où, attends...

    - Tu en étais si l'un des deux...

    - Ah ouais, j'veux dire, je veux tout faire avec toi, tu vois. Je veux qu'on forme une équipe, et s'il nous arrive malheur, je veux qu'on sache prendre la bonne décision. Il faut que je te pose une question : tu as peur de crever ?

    - Non, mais tout dépend, j'comprends rien, si je deviens caissière et que je mange des cheese, tu me quittes, c'est ça ?

    - Mais non, mon ange, je veux qu'on se promette de tout vivre ensemble, de s'entraider et de savoir s'arrêter au bon moment.

    - On a qu'à se fiancer.

    - Super idée ! Tu as réponde à tout, c'est génial ! J'ai toujours voulu rencontrer une fille qui soit deux fois plus intelligente et moitié moins blasée que moi.

    - Je suis ton homme, mon chéri !

    - Tu me promets qu'on se tuera si on devient bidon ?

    - J'te promets !

    - J'déconne pas, tu sais ? J'suis super sérieux, jure-le-moi.

    - Je le jure et je mettrai notre anneau sur ce doigt !

    Elle tend son majeur.

    ...

    La peur. Vous connaissez tous. Votre seule crainte, c'est de mourir et elle prend toutes les formes. Soyons francs : toutes vos luttes ne sont que des postures pour rester en vie.

    ...

    L'inspiration. Tout le monde se demande comme font les artistes. Eh bien ils pillent dans la vie, ils plongent les mains à l'intérieur, en arrachent un cœur noir qu'ils polissent comme ils peuvent.

    ...

    La folie. C'est tout ce qu'il vous reste après avoir épuisé l'ironie, le burlesque et l'amour.

    ...

    Il aimait sa femme et sa fille plus que tout, plus que lui (ce n'était pas difficile), mais ça ne changeait rien. Il aimait les gens d'une manière viscérale parce que depuis toujours ses sentiments passaient par ses tripes. Et ses tripes étaient des tranchées en feu. Il s'était déclaré la guerre. Sa façon à lui d'être heureux, c'était de ne pas l'être. Et grand bien lui fasse, c'était souvent le cas.

    ...

    Scrutant le corps de Kurt, elle se demande : comme un être aussi fragile et gauche peut contenir autant de cris, de possibilités d'espoir, de désespoir ? Tant de maladresses dans un seul homme, ce n'est pas humain.

    ...

    Il regarde autour de lui : il est partout. Comme s'il avait explosé, giclé sur tous les visages. Les gamins ont sa coupe de cheveux, portent ses chemises à carreaux, des tee-shirts d'Iggy Pop et se défoncent. Il a croisé son double cet après-midi et maintenant il est le commandant d'une armée de paumés qui snifent de la colle. Son ventre bat la chamade. Il réalise ce qu'il est devenu. Son histoire a déteint dans leurs yeux, leur bouche et leurs veines. Il rejette les mains tendues avec l'envie de chialer. L'existence est redevenue une bonne dose de merde et il redevient fidèle à lui-même : triste à en crever.

    ...

    "Personne ne connaîtra jamais mes véritables intentions."

    ...

    Elle est prise d'assaut devant sa porte par un journaliste de l'Aberdeen Daily Word, à qui elle déclare en fermant sa porte :

    "Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas où aller pour me consoler."