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  • La tectonique des plaques de Margaux Motin

    la tectonique des plaques.jpgÉditions Delcourt - 192 pages

    Présentation de l'éditeur : "Tout est sur le point de changer et rien ne pourra arrêter ça. C'est la nature, c'est la tectonique des plaques."... Cuites, dérapages et autres séismes dans sa vie de mère célibataire... À 35 ans, Margaux Motin raconte les récents bouleversements qui ont secoué son existence. En magnitude 10 sur l'échelle de Richter, sa nouvelle histoire d'amour, pour qui elle change radicalement de vie. Et comme toute nana post-trentenaire qui prend des décisions rapides, le retour de flammes sera brutal.

    Ma note :

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    Album cartonné : 22,95 euros

    Est-il encore besoin de présenter l'une des plus illustres illustratices ? Au fil des magazines, de son blog puis de ses livres (J'aurais adoré être ethnologue et La théorie de la contorsion), Margaux Motin s'est imposée ces dernières années dans le paysage dessiné par sa virtuosité graphique et ses textes uniques en leur genre. En se livrant sans complexe sur sa vie, elle est progressivement passée du statut d'artiste à celui de bonne pote. Si elle réédite pour la troisième fois dans la veine autobiographique, l'on sent dans ce nouvel opus une évolution tangible de toutes les personnes en elle. Et elle a beau faire à longueur de saynètes l'apologie du trip régressif ou se faire l'avocate de toutes les mauvaises mères, c'est bien la maturité que l'on détecte ici. L'on retrouve avec plaisir ce qui a fait son succès : humour potache, esprit mordant, excès en tous genres... Mais loin de tomber dans la caricature d'elle-même, elle franchit avec ce volet un cap et trouve un équilibre qui lui sied à merveille en alliant au rire, un peu de profondeur et beaucoup d'émotions.

    Au-delà de la maestria de son coup de crayon parfois habilement mêlé de photo, à mi-chemin du style Sempé et de l'esquisse de mode, au trait précieux et gracieux offrant à ses personnages des postures et expressions précises et harmonieuses, au-delà donc de cette griffe somptueuse, Margaux Motin a le verbe précis et surtout un sens pointu de l'observation. Elle décrit ainsi avec acuité, esprit, fantaisie et sensibilité les épisodes de la vie, elle met les mots justes sur les petits comme les grands, les tristes commes les beaux moments, le tout dans un écrin esthétique absolu.

    Dans La tectonique des plaques, elle aborde nombre d'aléas de l'existence. Et de montrer comme elle se dépatouille, comment elle galère, comment elle rebondit... faisant de sa BD un vrai coach de vie clamant haut et fort qu'avec la famille et les amis, la vie continue quoi qu'il arrive. Et elle a la good vibe tellement désopilante qu'elle à l'optimisme contagieux, Margaux.

    Parce qu'elle est cash et qu'elle te vend de la vraie vie même si elle y met quelques paillettes de princesse parce qu'il faut bien rêver un peu bordel, la plus tendance des dessinatrices te brosse un autoportrait sans fausse pudeur ni mensonge éhonté par souci de légende personnelle. Elle se montre sous un jour pas toujours très flatteur, offrant ainsi à toutes les femmes une voix authentique à laquelle s'identifier (à un point parfois tel que s'en est presque aussi flippant que rassurant...). Elle déculpabilise de n'être pas parfaite, elle permet d'être faillible, elle autorise à être multiple (drôle, sexy, vulgaire, sensible, gamine, naïve, romantique, fragile, battante, parano, rêveuse...), elle décomplexe sur les films que l'on se fait, les histoires que l'on se raconte.

    Bref, on se sent moins seule en la lisant comme l'on se mire. Et gageons que plus d'un lecteur comprend un peu mieux sa nana ou ses copines a posteriori. Entre rire gras et poésie, jubilation et mélancolie, tendresse et folie douce, Motin prouve que l'on peut faire cohabiter ensemble les multiples personnalités enfermées dans nos têtes. Que l'on peut être girly et avoir des cojones, être trasho-cynique et poétique, subversive et bien ancrée dans le système. Bref, être une femme naturelle et ultra contemporaine. D'aucuns trouvant l'ensemble autocentré, parisiano-branchouille et vulgaire seraient en plein déni de regarder dans sa réalité la fine peinture de la femme moderne, droite dans ses bottes, authentique, assumée voire revendiquée.

    Aussi loufoque que dans ses précédents opus, l'auteur parvient avec ce titre à tirer la larmiche. Ce n'est déjà pas facile avec un roman, c'est une vraie gageure dans le neuvième art, c'est dire le talent de la donzelle ! En apportant une note intimiste à son récit, elle n'est pas moins désopilante mais gagne en perspective, en intensité, en sensibilité. Elle est à la fois fidèle à elle-même et surprenante ; cocktail idéal pour faire de cet album, quasi intégralement inédit, un vrai bon morceau de BD.

    La seule mauvaise nouvelle relative à ce livre étant qu'en raison de délais de bouclage incompatibles, Margaux Motin a choisi le livre plutôt que l'agenda annuel (et l'on ne saurait lui tenir rigueur de ces quelque deux cents pages de pur bonheur). Les aficionados de ce super carnet de rendez-vous dont je suis devront patienter sagement jusqu'en 2015, en espérant qu'il y aura les petits autocollants comme dans la version 2013...

    Ils en parlent aussi : Armalite, Soakette, Myiuki.

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    Mon gras et moi de Gally

    Extraits :

    Life is what happens to you when you're busy making others plans.

    John Lennon

    ...

    Démons et merveilles

    Vents et marées

    Au loin déjà la mer s'est retirée

    Mais dans tes yeux entrouverts

    Deux petites vagues sont restées

    Démons et merveilles

    Vents et marées

    Deux petites vagues pour me noyer.

    Jacques Prévert - Sables mouvants

  • Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

    Éditions Albin Michel - 343 pagesculture,littérature,livre,roman,amour,mort,solidarité,amitié

    Présentation de l'éditeur : Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fée. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d'une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui tendre la main. Ému par leur situation, un homme généreux les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. La chance serait-elle enfin en train de tourner pour Julie ? Agnès Ledig, auteur de Marie d'en haut, Coup de coeur du Grand Prix des lectrices de Femme Actuelle, possède un talent singulier : celui de mêler aux épisodes les plus dramatiques de l'existence optimisme, humour et tendresse. Dans ce roman où l'émotion est présente à chaque page, elle nous fait passer avec une énergie communicative des larmes au rire, elle nous réconcilie avec la vie. Juste avant le bonheur fait partie de ces (trop) rares livres qu'on a envie de rouvrir à peine refermés, tout simplement parce qu'ils font du bien !

    Ma note :

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    Broché : 19,50 euros

    Ebook : 13,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Des quarante-trois romans français jusqu'alors couronnés par le Prix Maison de la Presse, je n'avais lu que Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol et Aux fruits de la passion de Daniel Pennac, sans même savoir qu'ils s'étaient vus décerner cette distinction littéraire. Notant toutefois a posteriori que ces primés l'avaient été à juste titre eu égard à leurs qualités respectives, c'est en connaissance de cause que je me suis lancée à l'assaut du quarante-quatrième vainqueur de ce prix, désavantage s'il en est puisque l'on attend toujours plus d'un livre salué par la critique...

    Quels qu'aient été les concurrents en lice pour l'édition 2013 du Prix Maison de la Presse, Juste avant le bonheur est un lauréat tout ce qu'il y a de plus méritoire.

    Prenant le contre-pied total de l'individualisme ambiant, l'auteur articule sa narration autour du thème de la coalescence - "rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu'ils forment" -, induisant donc la présence de personnages écorchés qui s'accrochent les uns aux autres pour réapprendre à vivre. La vie n'étant pas avare de gifles et d'épreuves, c'est un cortège d'éclopés du quotidien en tous genres que l'on apprivoise et auxquels on s'attache dans ce roman.

    Il y a dans cette touchante histoire d'amitié du lyrisme et des envolées dictées par les passions de l'auteur (nature, astronomie, médecine, navigation, randonnée...). Il y a du road trip et du journal intime dans ces tranches de vies. Il y a aussi des dialogues d'une rare vivacité, toujours touchants. Il y a surtout la vie, son lot de rebondissements, de joies et de tristesses, ce tourbillon d'émotions douces et amères, tendres et violentes.

    Acculée par la maladie de son fils à trouver une première fois dans la plume son exutoire, Agnès Ledig offre les mots de son deuxième roman comme échappatoire au lecteur. Et c'est sans doute cette perte qui lui permet d'affirmer avec tant de justesse, de maturité et de sensibilité la préciosité de l'existence.

    Elle enfonce peut-être des portes ouvertes, parfois avec facilité, quelques clichés et métaphores maladroites mais souligne avant tout avec intensité des évidences qui échappent trop souvent à la raison.

    Tout d'abord - version humaniste de l'effet papillon - que la moindre petite attention peut bouleverser les destins de nombreuses personnes. Que l'avenir de l'homme est dans la solidarité et non dans son égoïsme, son individualisme, son repli sur lui, sa méfiance de l'autre. Que c'est au contact de son prochain que l'on retrouve goût à la vie, que l'on surmonte les épreuves.

    Ensuite, qu'il faut cueillir dès aujourd'hui les roses de la vie. Hymne à l'espoir, le récit est marqué par la récurrence du proverbe arabe "Ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle". L'auteur retient d'ailleurs elle-même cet adage comme LA phrase de son roman.

    Entre apologie philosophico-poétique du petit bonheur, du non-renoncement et évocation mélancolique de l'inexorable tragédie existentielle, Agnès Ledig dicte l'urgence de vivre, clame l'indispensable générosité, hurle l'espérance et refuse d'accorder la victoire au malheur.

    Juste avant le bonheur est donc un vrai feel good book dont on ne quitte qu'avec regret, non pas des protagonistes mais des amis, une famille. Loin du récit léger dégoulinant de bons sentiments, il a l'authentique parfum de la réalité entre tragédie et conte de fée. Aussi dur qu'optimiste, aussi désenchanté que porteur d'espoir, il malmène et dévaste autant qu'il réjouit. Il embarque avec force pour mieux réconcilier avec la vie.

    Bref, il arrache les sourires, les larmes, les tripes, comme rarement. L'on ne sort que profondément bouleversé mais aussi grandi de ce très beau roman.

    Avertissement : spoiling massif dans de nombreuses chroniques (hormis les liens ci-dessous) ainsi que dans les résumés et avis des sites de vente en ligne. À éviter !

    Ils en parlent aussi : Pierre, Clara, Marie-Claire, Le Figaro.

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    Les déferlantes de Claudie Gallay

    Les livres d'Anna Gavalda

    Extraits :

    Les gens que nous avons aimés ne serons plus jamais où ils étaient, mais ils seront partout où nous sommes.

    Alexandre Dumas

    ...

    Coalescence : n.f. 4. HUM. Rapprochement de personnes sensibles et meurtries dont le contact entraîne une reconstruction solide de chaque élément à travers le tout qu'ils forment.

    ...

    Elle fait partie de ces gens que le destin épargne peu. Il y en a comme ça...

    ...

    Ça fait une éternité qu'un homme n'a pas été gentil avec elle. Pour une fois que c'est dans ce sens ! Pourtant, à vingt ans, Julie n'a déjà plus l'habitude de ce genre d'attentions. L'insouciance a rejoint la dignité au cimetière des illusions perdues.

    ...

    Aider une personne en difficulté à traverser la rue met du baume au coeur pour l'heure qui suit.

    ...

    Il est parfois des impressions que l'on n'explique pas.

    ...

    Ce n'est pas de géographie dont il est question dans ce voyage. Plutôt des profondeurs humaines et de leurs forêts impénétrables.

    ...

    Julie est presque vulgaire, un peu garçonne et affirmée. Mais il y a chez elle ce truc en plus qu'ont certaines personnes. L'incandescence. Cette chose qui réchauffe et fait vibrer à la fois.

    ...

    - Ce n'est pas la vie qui est belle, c'est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas à vouloir atteindre un bonheur parfait, mais contentez-vous des petites choses de la vie, qui, mises bout à bout, permettent de tenir la distance.

    - Qu'appelez-vous les petites choses de la vie ?

    - Les tout petits riens du quotidien, dont on ne se rend même plus compte mais qui font que, selon la façon dont on les vit, le moment peut être plaisant et donne envie de sourire. Nous avons tous nos petits riens à nous. Réfléchissez, je suis sûr que vous en trouverez à la pelle.

    ...

    Rien ne sert de s'opposer, le destin trace le chemin. On le suit ou pas. Mais si on ne marche pas dans ses pas, on finit par se perdre.

    ...

    De croire peut déplace des montagnes, mais parfois, cela ne suffit pas. Les montagnes s'écroulent et on est dessous.

    ...

    Le silence a cette vertu de laisser parler le regard, miroir de l'âme. On entend mieux les profondeurs quand on se tait.

    ...

    - (...) Et puis, elle prend le temps. Pas comme tous ces médecins qui te font un grand sourire en faisant semblant de t'écouter, mais qui, pendant que tu leur expliques que tu te pisses dessus, pensent à leurs prochaines vacances au ski que le dépassement pharaonique que tu vas leur allouer aidera à payer, et qui, en prime, te font comprendre qu'il serait préférable que tu remettes tes chaussures dans le couloir, pour enchaîner avec les patientes suivantes, rentabilité oblige, parce que le ski, ça coûte bonbon, vu les stations dans lesquelles ils ont l'habitude d'aller...

    ...

    - "Tu ne sais pas à quel point tu es fort jusqu'au jour où être fort reste la seule option." C'est Bob Marley qui a dit ça.

    (...) - Tu sais qu'il n'y a pas que Bob Marley qui dise des choses vraies ?

    - Ah ? répond-elle amusée.

    - Albert Einstein aussi.

    - On va parler de relativité ?

    - Exactement. Mais pas celle que tu connais. "Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d'une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C'est ça la relativité."

    ...

    Le commun des mortels s'imagine que plus le temps passe, et mieux ça va, mais ces émotions-là ne suivent pas une ligne droite ascendante, mais une sinusoïde, avec des sommets et des creux de vague.