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  • Rentrée littéraire : Dessous de Leela Corman

    Editions çà et là - 204 pagesdessous.jpg

    Présentation de l'éditeur : Dessous décrit la vie tumultueuse de deux soeurs jumelles, Esther et Fanya, issues de la communauté juive du Lower East Side new-yorkais du début du XXe siècle. Leur mère tient un atelier de confection et trompe sans vergogne son mari, un homme effacé. Peu enclines à reprendre le commerce maternel, les deux soeurs s'éloignent du giron familial dès l'adolescence. Fanya est embauchée par une sage-femme avorteuse qui fera son éducation scolaire et politique. Esther, fascinée par les danseuses d'un théâtre burlesque local, prend des cours de danse tout en travaillant comme bonne à tout faire dans la maison close attenante au théâtre. Les chemins des deux soeurs, pourtant très liées l'une à l'autre, vont progressivement diverger. Avec Dessous, Leela Corman décrit les difficultés de cette population immigrante à la veille de la grande dépression, mais brosse surtout le magnifique portrait de deux femmes libres et farouchement indépendantes.

    Merci à la bibliothèque en ligne Libfly et aux éditions çà et là de m'avoir donné l'opportunité de découvrir ce livre dans le cadre de l'opération La voie des indés.

    La couverture rappelant l'univers de Marjane Satrapi m'a attirée au premier coup d'oeil. C'est ensuite, davantage encore que le résumé, le fait que ce soit le premier roman graphique de l'auteur qui m'a interpellée ; j'aime ô combien les premières oeuvres.

    Dans Dessous, Leela Corman nous plonge dans le Lower East Side New Yorkais du début du XXe siècle et nous embarque par moment dans la Russie de la fin du XIXe. Traitant des moeurs d'une époque en général et de celle de la communauté juive en particulier, c'est avant tout la condition féminine dont l'auteur parle en nous faisant suivre les pas d'Esther et Fanya, jumelles fusionnelles que les hasards de la vie aux apparences anodines vont pourtant séparer. Malgré des existences radicalement opposées, nos deux intenses et puissantes héroïnes conservent une identique ambition : celle de rester maîtresses de leurs destinées, au mépris des conventions et au risque de se perdre en chemin...

    De ces destins entrelacés, Leela Corman brosse un portrait de l'émancipation des femmes au cours d'une époque en mouvement et au coeur d'un monde sans concession souvent violent à leur endroit. Pas une des grandes thématiques féministes ne manque à l'appel : éducation, mariage forcé, prostitution, avortement...

    Le décor tout de noir et de blanc très Art déco retranscrit parfaitement l'atmosphère de l'époque, symbolise la rudesse de la vie d'alors aussi bien que le caractère austère de la culture évoquée. La documentation pointue sur laquelle s'est appuyée l'auteur est sublimée par des illustrations très détaillées - notamment en ce qui concerne les scènes de rue et les tenues - infiniment esthétiques.

    Comme l'Histoire nous l'a déjà conté - et nous le narre encore -, la libération de la femme s'est faite dans la douleur. Pas de surprise donc, Leela Corman, comme pour son trait, construit son fond sur la noirceur. Sûr, l'on ne ressort pas indemne de cet hymne à la liberté, mais qu'il est bon de se faire cabosser quand il s'agit d'humanité ! Entre justesse et sensibilité, cette lecture pleine de sens n'a qu'un seul petit défaut : l'absence de traduction de la plupart des termes yiddish employés, même si cela ne gène en aucun cas la lecture.

  • Rentrée littéraire : La Déesse des petites victoires de Y. Grannec

    Editions Anne Carrière - 469 pagesla déesse des petites victoires.jpg

    Présentation de l'éditeur : Université de Princeton, 1980. Anna Roth, jeune documentaliste sans ambition, se voit confier la tâche de récupérer les archives de Kurt Gödel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle. Sa mission consiste à apprivoiser la veuve du grand homme, une mégère notoire qui semble exercer une vengeance tardive contre l’establishment en refusant de céder les documents d’une incommensurable valeur scientifique. Dès la première rencontre, Adèle voit clair dans le jeu d’Anna. Contre toute attente, elle ne la rejette pas mais impose ses règles. La vieille femme sait qu’elle va bientôt mourir, et il lui reste une histoire à raconter, une histoire que personne n’a jamais voulu entendre. De la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l’après-guerre ; de l’Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l’idéal positiviste à l’avènement de l’arme nucléaire, Anna découvre l’épopée d’un génie qui ne savait pas vivre et d’une femme qui ne savait qu’aimer. Albert Einstein aimait à dire : « Je ne vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt Gödel. » Cet homme, peu connu des profanes, a eu une vie de légende : à la fois dieu vivant de l’Olympe que représentait Princeton après la guerre et mortel affligé par les pires désordres de la folie. Yannick Grannec a réussi, dans ce premier roman, le tour de force de tisser une grande fresque sur le XXe siècle, une ode au génie humain et un roman profond sur la fonction de l’amour et la finalité de l’existence.

    Merci aux éditions Anne Carrière et Pocket de m'avoir offert l'opportunité de lire ce livre.

    Si j'avais pu, j'aurais comme Colin dans L'écume des jours taillé au coupe-ongles mes paupières, non pas pour donner du mystère à mon regard mais pour lutter contre le sommeil et ainsi lire La Déesse des petites victoires d'une traite. Tout est dit : ce roman, qui est le premier de l'auteur, est en un mot comme en cent é-pous-tou-flant ! Seule la fatigue m'a contrainte à le lâcher et je n'ai qu'un seul regret, celui de l'avoir fini aussi rapidement.

    J'en ressort aussi abasourdie qu'à la lecture du Club des incorrigibles optimistes ou de La Couleur des sentiments. Yannick Grannec, graphiste et illustratrice de métier, démontre aussi brillamment que Guenassia et Stockett le théorème selon lequel il faudrait définitivement que la rentrée littéraire accorde plus grande place à la découverte de nouveaux auteurs, plutôt que de se concentrer sur les vieux de la vieille qui n'en ont nul besoin. La maturité de l'écriture de Grannec, qui en est pourtant à son coup d'essai, est tellement sidérante que je m'observe à user et abuser de superlatifs tant cette lecture me laisse littéralement bouche bée.

    La Déesse des petites victoires est plusieurs livres en un. Il est le roman narrant la mission d'une documentaliste, Anna, en charge de récupérer les archives de l'illustre mathématicien Kurt Gödel auprès de sa veuve Adèle. Il est également dans une certaine mesure la biographie de l'improbable couple Gödel. Il est aussi le roman historique d'une époque, nous menant de l'Autriche menacée par la montée du nazisme aux Etats-Unis, sur les pelouses de Princeton, où se côtoient nombres de sommités scientifiques exilées - Einstein, Oppenheimer, Pauli, von Neumann... - confrontées au McCarthysme. Il est enfin et surtout un formidable portrait de femmes puissantes qui, malgré leurs failles, plient mais ne rompent pas, tel le roseau. Ce livre est avant tout en leur honneur - c'est du moins ce que j'ai ressenti.

    Le récit alterne entre les rencontres hautes en couleur de la jeune Anna d'avec l'acariâtre Mme Gödel et les souvenirs de cette drôle de vieille bonne-femme. De l'amitié naissante entre ces deux générations de femmes aux errances amoureuses d'Anna, en passant bien évidemment par l'existence pour le moins particulière du génie logicien et de son épouse, Yannick Grannec nous fait passer par toutes les émotions : du rire aux larmes, de la révolte à l'attendrissement ou encore de l'incompréhension à l'empathie. Je dois bien avouer que certains dialogues scientifico-philosophiques entre les grandes figures mathématiques ou physiques en présence ont, malgré leur simplification qui ne manquera pas de faire tourner de l'oeil aux spécialistes, échappé à mon entendement. Ce ne sont que quelques pages et pourtant, quel plaisir de les lire !

    Sous couvert de présenter la vie d'un génie, l'auteur met en évidence la théorie selon laquelle derrière chaque grand homme se cache une femme. Et c'est à cette femme, Adèle Porkert, davantage qu'au grand Kurt Gödel, que l'auteur rend un vibrant hommage. L'écrivain prouve que la sagesse et le bon sens de l'inculte petite Autrichienne n'a rien à envier aux plus grands esprits et que l'abnégation dont elle fit preuve sa vie durant méritait bien des mémoires. Malgré des "licences poétiques" certaines, des "facilités narratives" incontestables, des "entorses à la réalité" évidentes, un vent de crédibilité souffle sur le fabuleux roman de Yannick Grannec.

    Pour conclure, je me permettrais d'énoncer ma vérité mathématique très relative. Ne cherchez pas de logique, partons simplement de l'axiome selon lequel cette équation ne peut-être récusée dans mon système subjectif.

    La Déesse des petites victoires / Yaℕℕick Graℕℕec = { romance, sciences, histoire } = "tricotage (faits objectifs + probabilités subjectives)" = ∞ best-seller!

    Si avec ça, l'indécidabilité de l'achat de ce livre demeure, vous n'avez rien compris à la démonstration. Passer à côté de ce page turner est une grossière erreur de calcul, le reste n'est que conjecture.

    Extraits :

    Il y a deux voies de diffusion de la lumière : être la bougie ou le miroir qui la reflète.

    Edith Wharton

    ...

    Être amoureux, c'est se créer une religion dont le dieu est faillible.

    Jorge Luis Borges

    ...

    En ce temps-là, on entendait tout au plus cette prière dans la loge des danseuses : "Marie, vous qui l'avez eu sans le faire, faites que je le fasse sans l'avoir !"

    ...

    J'en restais à ma logique personnelle. Plus c'est gros, plus ça fonctionne. La vanité des hommes les rend sourds, mais bavards. Etape numéro un : le laisser vous expliquer sa vie.

    ...

    Cet automne, elle pourrait enrichir d'une nouvelle entrée sa liste noire des tâches idiotes : chercher le début d'un rouleau de scotch ; faire la queue à la banque ; choisir la mauvaise caisse au supermarché ou rater la sortie d'autoroute. Attendre Adèle. La somme des petits bouts de temps gaspillés et des retards des autres est égale à une vie perdue.

    ...

    Il y a 10 sortes de personnes. Ceux qui comprennent le binaire. Et les autres.

    ...

    "L'espériences la plus belle et la plus profonde que l'on puisse avoir est le sentiment de mystère." (Albert Einstein)

    ...

    Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, préférant lui laisser son nom plus humble d'exactitude.

    Marguerite Yourcenar

    ...

    - Charles Darwin dit que les mathématiciens sont des aveugles cherchant dans une pièce sombre un chat noir qui n'existe pas.

    ...

    - Parfois, les idées les plus compliquées progressent quand on tente de les énoncer simplement.

    ...

    Il disait : "Plus je pense au langage, plus je suis stupéfié que les gens parviennent à se comprendre." Il n'était, lui-même, jamais approximatif. Dans ce monde de beaux parleurs, il préférait le silence à l'erreur. Il aimait l'humilité face à al vérité. Il possédait cette vertu en quantité toxique ; craignant un faux pas, il en oubliait d'avancer.

    ...

    Si la nature ne nous avait faits un peu frivoles, nous serions très malheureux ; c'est parce qu'on est frivole que la plupart des gens ne se pendant pas.

    Voltaire

    ...

    L'amour, c'est que tu sois pour moi le couteau avec lequel je fouille en moi.

    Franz Kafka

    ...

    Lorsqu'un homme de génie parle de difficulté, il veut tout simplement dire l'impossible.

    Edgar Allan Poe

    ...

    - Le Nobel de mathématiques n'existe pas. La femme de Nobel le trompait avec un mathématicien.

    - Mythologie ! En réalité, le Nobel récompense des travaux ayant apporté le plus grand bénéfice à l'humanité.

    - Les mathématiques n'en apportent pas, Herr Einstein ?

    - Je me pose encore la question, Adèle.

    ...

    - Pour ne pas se regarder le nombril, il faut en trouver un autre à contempler. Et on n'a jamais dégotté de mieux qu'un jules dans l'affaire !

    ...

    Il est si facile de manipuler les foules en les nourrissant de fausses évidences.

    ...

    "Pourquoi la bonne musique devrait-elle être dramatique ou la bonne littérature bavarde ?"

    ...

    L'hypothèse de la liberté est plus importante que son usage. L'Amérique m'avait offert cette leçon de démocratie pragmatique : ne donnez pas aux gens le choix, mais la possibilité de choisir. Cette potentialité nous est nécessaire et bien suffisante. Peu d'entre nous tolèrent le vertige de la pure liberté.

    ...

    En choisissant de le suivre, j'avais dû abandonner le confort de l'ignorance. J'en avais la volonté, pas la capacité. J'ai compris très tard que la tentation métaphysique ne s'embarrasse pas de religions ou de frontières, de genres ou de cultures ; elle est allouée à tous, mais le luxe de sa jouissance n'en est offert qu'à certains.

    Que valaient leurs acrobaties philosophiques en regard du quotidien ? S'ils avaient été capables d'écouter, je leur aurais donné mon avis. Moi, je connaissais l'ordre du temps : dans l'enchaînement des points d'un ourlet, à la vaisselle lavée et rangée, dans l'alignement des piles de linge, repassé, à la cuisson parfaite d'une tarte qui embaume. Quand vous avez les mains dans la farine, rien ne peut vous arriver. J'aimais l'odeur de la levure, celle d'un ordre fertile. Je croyais en cet ordre de la vie à défaut de lui donner un sens.

    Mon mari interrogeait les étoiles ; moin j'avais déjà un univers bien ordonné. Un tout petit, certes, masi à l'abri, sur cette terre. Ils me laissaient me battre seule contre l'entropie. La belle affaire ! Si les hommes passaient plus souvent le balai, ils seraient moins malheureux.

    ...

    - L'expérience ne peut remplacer les fulgurances de la jeunesse.

    ...

    La colère vous purge. Mais qui peut la vivre à long terme ? La colère rentrée vous consume. Puis elle finit pas s'échapper par petits pets fielleux qui ne font qu'empuantir un climat déjà délétère. Que faire de toute cette colère ? A défaut, certains la font rejaillir sur leur progéniture. Je n'avais pas cette malchance. Je la réservais donc aux autres : aux fonctionnaires incompétents ; aux politiciens véreux ; à l'épicière tatillonne : à la coiffeuse intrusive ; à la météo ingrate ; à la face de fesses d'Ed Sullivan. A tous les empoisonneurs dont je n'avais rien à faire. J'étais devenue une mégère par mesure de sécurité. Je ne m'étais jamais mieux portée. Dorénavant, quand mon baromètre indiquait trop de pression intérieure, je partais en voyage. J'ai pratiqué cet art de la fugue jusqu'à ce que la vieilliesse me spolie de cet exutoire.

    ...

    "Chère postérité, Si vous n'êtes pas devenue plus juste, plus pacifique, et, d'une façon plus générale, plus rationnelle que nous le sommes (ou nous l'étions), eh bien, que le diable vous emporte. Ayant, avec respect, émis ce voeu pieux, je suis (ou étais) votre serviteur."

    Albert Einstein

    ...

    Ô mathématiques saintes, puissiez-vous, par votre commerce perpétuel, consoler le reste de mes jours de la méchanceté des hommes et de l'injustice du Grand-Tout !"

    Lautréamont

    ...

    Le malheur n'est pas si effroyable lorsqu'il s'installe en douceur. Il anesthésie ; il engourdit vos sens pour pouvoir emménager incognito. (...) L'intimité rend aveugle à la folie ; elle la nie. La folie est un désordre insidieux. Elle détruit sans éclats, en un long dérèglement, jusqu'à la crise de trop, celle où la réalité attaque le déni et vous dépouille de tout ce que vous pensiez pouvoir protéger. Et les autres de crier alors : "Pourquoi n'avez-vous rien fait ?"

    ...

    - Je ne crois pas au diable. Seulement en la lâcheté collective. C'est la qualité humaine la mieux partagée, avec la médiocrité. Et je me place dedans, n'en doutez pas !

  • Les filles de Mr Darcy d'Elizabeth Aston

    les filles de mr darcy.jpgEditions Milady Romance - 475 pages

    Présentation de l'éditeur : Vingt années après Orgueil et Préjugés, nous faisons la connaissance des cinq filles d’Elizabeth et Darcy. Alors que leurs parents sont en voyage à Constantinople, les demoiselles viennent passer quelques mois à Londres chez leurs cousins Fitzwilliam. La découverte de la vie citadine, des plaisirs qu'elle offre et des dangers qu'elle recèle, associée au caractère fort différent de ces jeunes personnes, va mener à des aventures – et des amours – inattendues, dans un cadre particulièrement mondain, où de nombreux individus se côtoient. De la Tante Lydia - toujours aussi frivole - à Caroline Bingley - devenue Lady Warren -, on retrouve avec plaisir certains personnages créés par Jane Austen.

    Après ma lecture plus qu'enthousiasmante de La mort s'invite à Pemberley de P.D. James, j'ai voulu réitérer l'expérience de ces plumes qui font revivre les inoubliables héroïnes de la brillante Jane Austen. Ici encore, c'est Orgueil et Préjugés qui impulse le récit. Décidément, le texte originel n'en finit pas d'inspirer écrivains et réalisateurs !

    Une petite mise en garde s'impose : contrairement à P.D. James, l'auteur ne se mesure pas vraiment à Jane Austen en exilant provisoirement Mr & Mrs Darcy à Constantinople. Et si certains des personnages secondaires du fameux Pride & Prejudice sont bien présents (Lydia, les Fitzwilliam, les Gardiner, Caroline Bingley...), ils sont soit relativement en arrière-plan, soit suffisamment dénaturés pour hérisser le poil des puristes.

    Passés ces menus détails, l'on ne peut que saluer la performance d'Elizabeth Aston qui nous entraîne à la suite des cinq filles Darcy faisant leur entrée dans le monde au coeur de l'impitoyable Londres. Bals, thés, intrigues amoureuses, déceptions et revirements de situation, tout y est ! Certes, l'étiquette semble un peu plus souple que celle décrite par la grande Jane, mais il faut garder à l'esprit que le récit, bien que toujours au XIXe siècle, se déroule vingt années plus tard. La modernité est en marche, les protocoles, les attitudes et les façons de penser avec. L'on n'arrête pas le progrès.

    Bien qu'Elizabeth Aston n'égale pas tout à fait l'excellence bluffante de P.D James, j'ai pris un immense plaisir à m'évader une fois de plus dans la romance victorienne. Les héroïnes d'Aston, femmes de caractère désireuses de s'émanciper, sont dans la droite ligne du féminisme avant-gardiste austenien. Elles sont merveilleusement mises en relief par des femmes plus effacées ou des langues de vipères dignes des intrigantes d'Austen. Les dialogues, aussi élégants, ciselés et ironiques que ceux qui les ont inspirés, finissent d'asseoir la crédibilité et des personnages et du récit.

    Je recommande vivement ce livre aux adeptes de romance et aux amoureux pas trop pointilleux de l'incomparable femme de lettres comptant parmi les plus grands écrivains anglais de tous les temps. Je vais pour ma part continuer à me régaler en lisant la suite de ce sympathique roman : Les Aventures de Miss Alethea Darcy. Austenite aigüe quand tu nous tiens...

    Extrait :

    Il n'était pas si simple de préserver sa vertu : la moralité, le bon sens et la raison faisaient de bien piètres barrières contres les assauts de la passion, de la tendresse, et, bien plus encore, de l'amour. Telle était sa récente découverte. C'était là une vérité jamais énoncée par les mères, les gouvernantes et les dames respectables quand elles parlaient réputations, personnes recommandables, ruines et femmes déchues.

  • Rentrée littéraire : Les Étrangers de Sándor Márai

    A paraître le 3 octobre 2012culture,littérature,livre,roman,rentrée littéraire,hongrie,racisme,europe

    Editions Albin Michel - 446 pages

    Présentation de l'éditeur : Un jeune Hongrois de 27 ans, docteur en philosophie, dont nous ne saurons pas le nom, arrive à Paris en juin 1926 après un an d’études à Berlin. Il restera deux années en France, entre un Paris où ses points d’attache se résument à quelques cafés, cabarets et hôtels, et une Bretagne idyllique où l’entraîne une femme rencontrée à Montparnasse. Etranger à ce pays qui le fascine et le maltraite, étranger aux autres, étranger à lui-même, ce jeune homme sur le fil du rasoir cherche à conforter sa condition d’Européen et à appréhender qui il est, ce qu’il aime ou rejette. Il évolue parmi d’autres étrangers – un Albanais, un sculpteur hongrois, un Russe, une Danoise qui écrit des livres pour enfants - qui tous survivent comme lui tant bien que mal, dans le Paris de la fin des années folles, décrit de façon expressionniste, avec une grande force d’évocation. Au terme de son séjour, notre héros aura expérimenté l’étrangeté des rapports humains, et aussi les effets d’une xénophobie qu’il ne soupçonnait pas.

    Ayant constaté en librairie la prescription scolaire récurrente du titre Les Braises, j'étais très curieuse de découvrir cet auteur. Adulé dans son pays dans les années trente puis oublié et interdit après 1948, Sándor Márai s'exile en Europe puis en Californie où il se suicide en 1989. Son oeuvre a été redécouverte dans les années 1990 et l'écrivain jouit désormais d'une reconnaissance remarquable : il est considéré comme faisant partie du patrimoine littéraire européen du XXe siècle.

    Initialement publié en 1931, le roman initiatique Les Étrangers n'avait jusqu'alors jamais été traduit en français. Il compte parmi les plus importants de l'oeuvre de Márai et appartient à la veine de ses romans d'inspiration directement autobiographique. Ceux qui le liront entièrement découvriront apparemment une fabuleuse fresque de Paris où l'auteur a vécu 5 ans juste avant de l'écrire et retrouveront le thème cher à l'auteur de l'exil, aussi bien géographique qu'intérieur.

    Pour ma part, impossible d'apprécier le style, pas plus que le personnage. L'écriture m'est apparue confuse, absconse. Abandon en page 46.