Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 2

  • Rebelles de Anna Godbersen

    rebelles.jpgEditions Albin Michel - 453 pages

    Quatrième de couv' : Des filles rebelles dans des robes sublimes font la fête jusqu'à l'aube. Des garçons irrésistibles aux sourires machiavéliques ont des intentions suspectes. Mensonges, secrets et scandales. Nous sommes à Manhattan... en 1899.

    Soyons honnêtes et disons-le clairement : si ce livre ne m'avait pas été généreusement offert par le service de presse des éditions Albin Michel, la jaquette à la photo, au titre et à la typo dans le plus pur "Steel" des romans d'amour mièvrissimes, m'aurait convaincue de ne pas en faire l'acquisition. Et grand mal m'en eut prise !

    Certes, il ne s'agit nullement de grande littérature, mais qui a dit qu'un livre facile à lire n'avait pas droit de cité dans quelque bibliothèque que ce soit ? Et même si, malgré le désir palpable de l'auteur de ménager le suspens, il est aisé de deviner une grande partie de ce qui va se passer, les personnages n'en sont pas moins attachants et l'effet nullement amoindri : l'on est véritablement happé dans les aventures de la jeunesse dorée de la fin du XIXe siècle américain et l'on attend qu'une chose ; la suite !

  • De Marquette à Veracruz de Jim Harrison

    Editions 10/18 - 486 pagesmarquette.jpg

    Quatrième de couv' : C'est pour régler de vieux comptes avec sa famille fortunée que David Burckett décide de s'exiler dans un chalet de la Péninsule Nord. Son père est une sorte d'obsédé sexuel, un prédateur qui s'attaque à de toutes jeunes filles, tandis que sa mère se réfugie dans l'alcool et les médicaments. Au cours de son passage à l'âge adulte - car il s'agit bel et bien d'un roman d'éducation contemporain -, David fera la connaissance d'un inoubliable triumvirat de jeunes femmes : Riva la Noire, qui a décidé de consacrer sa vie aux enfants miséreux, Vernice, la poétesse affranchie des conventions, et Vera, la jeune Mexicaine violée par le père de David alors que le jeune homme en était amoureux. "De tous les talents qui peuvent susciter l'admiration chez un écrivain, il en est un auquel on pense rarement, le plus évident et le plus étonnant peut-être : son aptitude à nous embarquer dans un univers qui n'est pas le nôtre et sa manière, parfois, de forcer notre indifférence jusqu'à faire naître l'émotion." Raphaëlle Rérolle, Le Monde

    Je ne connaissais de Jim Harrison que l'adaptation cinématographique de son roman Légendes d'automne et les quelques papiers lui étant consacrés que j'avais pu parcourir dans mon cher magazine Lire. Je crois bien que ce qui m'a définitivement convaincue de me pencher, enfin, sur cet énième incontournable auteur est l'entretien remarquablement grinçant qu'il avait accordé au Journal du Dimanche à quelques jours des dernières élections américaines. Le style y était si percutant, si juste, si cru, que je ne pouvais manquer de m'en sustenter le temps de quelques centaines de pages.

    Au sortir de ce premier roman - dans l'ordre de mes lectures et non de la bibliographie de l'auteur -, je suis quelque peu déconcertée. Parce que si le style y est bien unique, il ne m'a pas autant marquée que dans l'interview précédemment évoquée, voire même, à certains moments, rebutée. Et pourtant, impossible de me défaire du livre. Probablement parce que l'auteur commence par la presque fin détonante de l'histoire et que, coûte que coûte, même au prix d'une lecture parfois fastidieuse, il est impératif de savoir : pourquoi ? comment ? Une littérature dont la fin justifie les moyens en quelque sorte. Mais parce qu'il faut rendre à César ce qui est à César, j'insiste, malgré donc certaines longueurs, sur la plume exceptionnelle qui, à nulle autre pareille, sait nous transporter dans des contrées lointaines que l'on veut dès lors impérativement découvrir mais surtout, dans les tourments et les noirceurs de l'âme humaine. C'est cela, au final, qui, pour moi, l'emporte : cette lucidité sur l'humanité, aussi fascinante que dégoûtante, qui fait des écorchés mes auteurs préférés.

    Extraits :

    Glacé jusqu'aux os et épuisé, j'ai rejoint ma chambre de motel, j'ai installé un fauteuil près de la fenêtre, puis je me suis endormi en regardant la blancheur effrayante du monde. Il s'agissait de toute évidence d'une toile vierge sur laquelle on pouvait peindre son existence si l'envie vous en prenait. Juste avant de sombrer, je me suis imaginé assis à la fenêtre du chalet et j'ai peint ce qui l'intérieur de ce qui serait mon chalet, y compris la fenêtre de devant d'où les seules choses visibles était le lac Supérieur et la ligne d'horizon, mais me tracassait cette idée de Fred selon laquelle en tant que chrétien putatif je devais apprendre à fonctionner dans le monde avant d'avoir le droit de m'en absenter.

    ...

    Au printemps, après ma séparation d'avec Polly, je suis entré dans ce qu'on qualifie de dépression clinique, alors que je considérais moi-même mon état comme une sorte de perpléxité générale concernant l'espèce humaine.

    ...

    Le fil aisément perceptible de nos existences aboutit à un malentendu fondamental quand nous cédons à la tentation d'accorder le même poids aux années, aux mois et aux jours. Les instants les plus brefs ont parfois un pouvoir explosif qui anéantit le temps autour d'eux, y compris tout le passé qui les a précédés.

    ...

    Malgré la plénitude de tous ces plaisirs, nous avons été un peu lents et déprimés le lendemain matin, sans doute parce que nous partagions cette triste conviction que, malgré nos instincts humains les meilleurs, nous allions écarter cet épisode sans pitié afin de suivre nos trajectoires individuelles, ces destinées profondément enfouies en chacun de nous, cette solitude volontaire que l'éventualité, voire la probabilité, d'un amour réciproque n'aurait pu annuler. Les gens tombent peut-être amoureux malgré l'invention de telles barrières intérieures. Notre culture a peut-être commencé à nous apprendre subtilement que cette soumission absolue à l'ambition constitue notre plus haut espoir. Sans doute qu'à une certaine époque, davantage de gens étaient simplement eux-mêmes, mais sans doute que ni elle ni moi n'avions jamais essayé d'être simplement nous-mêmes. Enfin, nous étions peut-être le genre d'individus que la culture n'avait aucun mal à dénaturer. Enfants, nous étions assez fantasques pour souhaiter être un oiseau jusqu'au soir, et rien ne se perd plus aisément que le sens du jeu.

    ...

    (...) après quoi elle a cité René Char : "La lucidité est la plaie la plus proche du soleil."

    ...

    (...) pour faire bonne mesure, j'ai ajouté qu'elle voyait peut-être ce qui n'allait pas dans la prose et la poésie, mais que moi je voyais ce qui clochait dans le monde naturel.

    "Je n'exclue pas les gens comme tu le fais", riposta-t-elle, avant de dire : "Et puis je suis ravue d'avoir ce regard innocent qui me permet d'être bouleversée par la beauté d'un paysage.

    - D'accord, mais si nous n'identifions pas le mal que nous avons fait, nous sommes condamnés à le refaire.

    - Je ne veux pas que le mal qui a été fait dévore toute ton existence. Sinon, tu risques seulement d'être un esprit critique réagissant aux seuls méfaits d'autrui. Et ta vie sera complètement déséquilibrée.

  • Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie

    Editions Gallimard - 4 albums parus

    aya1.jpgaya2.jpg
    aya3.jpgaya4.jpg

    Marguerite Abouet : « Dans les années 1970, la vie était douce en Côte d'Ivoire. Il y avait du travail, les hôpitaux étaient équipés et l'école était obligatoire. J'ai eu la chance de connaître cette époque insouciante, où les jeunes n'avaient pas à choisir leur camp trop vite et ne se préoccupaient que de la vie courante : les études, les parents, les amours… Et c'est cela que je veux raconter dans Aya, une Afrique sans les clichés de la guerre et de la famine, cette Afrique qui subsiste malgré tout car, comme on dit chez nous, "la vie continue"...»

    Nous présenter une autre Afrique que celle de tous les rapports et autres informations catastrophiques, tel est le pari réussi de l'auteur Marguerite Abouet et de l'illustrateur Clément Oubrerie.

    L'histoire commence en 1979, dans le quartier populaire d'Abidjan Yopougon, également appelé Yop City. L'on y découvre l'héroïne Aya, sa famille, ses amis et de nombreux personnages hauts en couleurs. Au travers des existences de ces multiples protagonistes, la culture, ivoirienne en particulier et africaine en général, nous est présentée avec beaucoup d'humour, parfois de gravité et appréhende des sujets aussi incontournables que le fossé croissant entre les pauvres et les riches, la condition de la femme, la polygamie, la famille, la sexualité, les espoirs d'un Eldorado français, etc. Tout ceci au coeur d'intrigues qui font la part belle au suspens et dans un langage imagé à mourir de rire qui mêle l'argot ivoirien (le nouchi) et le français, les langues locales et le langage de la rue.

    Non seulement les quatre albums font quelque cent pages chacun mais sont en outre dotés du "bonus ivoirien" qui offre un petit lexique de nouchi, des recettes de plats traditionnels (kédjénou de poulet, soukouya, allocos...) ainsi que des astuces pour bien nouer son pagne ou rouler son tassaba (remuer son popotin) pour faire tomber les hommes à ses pieds.

    Ce n'est pas pour rien que le premier tome s'est vu décerner le prix du 1er album au festival d'Angoulême en 2006 !