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06/09/2013

Rentrée littéraire : Outre-Atlantique de Simon Van Booy

outre-atlantique.jpgDepuis le 21 août 2013 en librairie.

Éditions Autrement - 216 pages

Présentation de l'éditeur : « John avait trois ans de moins et il était fou d’elle. Mais après l’attaque de Pearl Harbor, elle s’était demandé ce qu’il adviendrait d’elle s’il était envoyé au combat. De l’autre côté de l’océan, l’Europe se consumait. » En France, c’est la guerre qui attend John. Son bombardier B-24 est abattu. Il échappe à la mort, erre dans la campagne ravagée, et fait une mauvaise rencontre : un soldat nazi, qu’il choisit d’épargner. À son tour, celui-ci sauvera une vie. Ces deux actes, comme en écho, se répercuteront des deux côtés de l’Atlantique, bousculant les destins. Outre-Atlantique est un jeu de dominos où opère toute la magie Van Booy : l’art lumineux, enchanteur, d’un incurable romantique, capable de nous faire sentir qu’au fond ce qui nous sépare n’est qu’illusion.

Traduit de l'anglais par Micha Venaille.

Ma note :

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Broché : 18 euros

Ebook : 14,99 euros

Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

Derrière un titre traduit peu engageant qui n'évoque pas grand chose à l'inverse de l'intitulé original The illusion of separateness (L'illusion de la séparation), se cache un livre à la construction subtile. Tellement subtile qu'il est aisé de passer à côté et de ne pas accrocher. Mais à condition d'être concentré et de ne pas hésiter à remonter le fil des courts chapitres pour bien les relier entre eux, ce récit gigogne se révèle un véritable petit morceau de romantisme, de philanthropie voulant croire au lien entre tous les hommes. Sans doute un peu naïf, mais tellement tentant qu'on se plaît à le rêver vrai ne serait-ce qu'un instant.

Il est important à mon sens de partir averti à l'assaut de cette lecture tant sa mise en place très graduelle - pour ne pas dire lente - peut s'avérer déstabilisante. La quatrième de couv' n'expliquant pas la règle du jeu, le récit peut laisser incrédule en faisant se suivre des textes et des personnages sans rapport apparent avant la moitié du livre. Mais une fois le principe intégré, le casse-tête n'en est plus un et tout se met en place avec force émotions : l'on comprend que ces manifestes étrangers les uns pour les autres ont, parfois par le hasard le plus fugace, tous un lien déterminant entre eux, un rôle interactif sur leurs destinées respectives.

Au lecteur de reconstituer le puzzle, de remettre les pièces de ce jeu de construction dans l'ordre, au fil des flashback entre la Seconde Guerre mondiale, les années 60 et aujourd'hui, de la France aux USA en passant par l'Angleterre. Que les allergiques se rassurent ou les passionnés se détrompent, la guerre n'est ici qu'un prétexte à la coïncidence, il n'est nullement question de ses atrocités ni de réécrire des événements mille et une fois abordés. La pudeur est le maître mot de cette narration et prouve au contraire que la guerre peut aussi abriter des événements tendres et intenses.

Construit autour de l'incontournable question des origines et de l'indispensable travail de mémoire, ce roman choral s'ouvre sur le portrait de Martin, nourrisson à l'époque de la guerre qui connaît un début d'existence chaotique. C'est en découvrant les portraits de Monsieur Hugo, d'Amelia, de John et de Danny que l'on comprendra pourquoi et comment ces destins sont tous connectés. À la fois délicat et humain, ce texte rappelle au lecteur que le moindre des gestes peut bouleverser des vies entières. S'il n'est pas à proprement parler un incontournable de la rentrée, il offre, à condition d'adhérer au principe, un agréable moment de lecture.

Ils en parlent aussi : Nymeria, Aurélie.

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La nuit de dure pas d'Olivier Martinelli

Bloody Miami de Tom Wolfe

Extraits :

Nous sommes au monde pour réaliser que nos différences ne sont qu'illusion.

Tich Nhat Hanh

...

Martin était un bon fils. Il travaillait dur et s'occupait bien de ses parents. Il estimait ne rien avoir à pardonner. C'est ce qu'il annonça à sa mère en 2002 sur son lit de mort : "Mon amour pour toi sera toujours plus fort que la réalité."

...

À l'arrêt, ses voisins lui jettent parfois un vague coup d’œil. S'il leur sourit, ils détournent le regard. Mais Martin aime bien penser qu'ils vont garder son sourire en tête pendant quelques pâtés de maisons - qu'il y a quelque chose de grand dans le moindre petit geste.

...

Nos vies se mettent en scène à l'intérieur de nous.

...

En sécurité au fond de mon lit, en équilibre fragile entre le sommeil et le rêve, ce que j'imagine me paraît tellement vrai - presque à ma portée -, tout est possible.

...

Je crois que les gens seraient plus heureux s'ils disaient plus souvent ce qu'ils pensent. Dans un sens, nous sommes prisonniers du souvenir, des peurs, des déceptions - nous sommes définis par quelque chose et ne pouvons rien changer.

...

L'amour est aussi une violence et il ne peut être défait.

...

- Tu es très, très spéciale, tu le sais ?

...

Après avoir donné à manger aux chiens, il a décidé d'aller fouiller dans des boîtes remplies de vieilles photos. Certaines le faisaient pleurer : il réalisait ce que ça signifiait d'avoir été un enfant.

...

Je me demande comment nos corps vont changer quand nous allons vieillir. Et comment nous allons vivre ces choses qui ne nous sont pas encore arrivées.

Dès notre retour à Sag Harbour, je vais inviter tous nos amis à une grande fête estivale ; je vais rire, les prendre dans mes bras. Ensuite, je monterai me coucher en tenant Philip par la main, je repérerai les chandelles à leur chaleur et les éteindrai une à une, exactement ce qui nous arrivera à nous aussi, le dernier souffle et puis plus rien - si ce n'est le parfum laissé par notre présence au monde, comme celui qu'on respire dans une main qui a touché des fleurs.

...

Si cela ne doit pas arriver, c'est maintenant ; si cela ne doit pas être maintenant, cela arrivera quand même.

...

Le premier mort de A. avait été une silhouette qui l'avait mis en joue sur la rive opposée d'une rivière. Ensuite, un garçon de son âge, abattu à bout portant, sa gorge se déployant comme deux ailes d'oiseau.

Il avait fait ce qu'on lui avait dit de faire. Il aurait fait absolument tout ce qu'on lui aurait demandé. Il s'était abrité derrière le pronom "nous".

10:23 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature américaine, Littérature anglaise, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

Commentaires

Je l'ai terminé aujourd'hui ! Un roman construit comme avec des tiroirs et c'est vrai que ça peut déstabiliser au départ.

Écrit par : clara | 06/09/2013

Répondre à ce commentaire

Oui, j'ai été étonnée de lire ici ou là tant de moyennes voire mauvaises critiques...

Écrit par : charlotte à clara | 07/09/2013

Les commentaires sont fermés.