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02/09/2013

Rentrée littéraire : Ce qu'il reste des mots de Matthieu Mégevand

À paraître le 4 septembre 2013.ce qu'il reste des mots.jpg

Éditions Fayard - 209 pages

Présentation de l'éditeur : Le 13 mars 2012, à Sierre, en Suisse, vingt-deux enfants décèdent dans un accident d’autocar. Le véhicule était en parfait état ; le chauffeur, sobre, respectait les limitations de vitesse ; la chaussée était sèche et bien entretenue. Nulle négligence ne permet de comprendre le drame. Aucune faute. Aucun coupable. Aucune explication. Situation intolérable pour l’esprit. Face à cette aporie, Matthieu Mégevand refuse de s’incliner. Il mobilise toutes les ressources de la pensée et de l’écriture dans une quête à la fois philosophique et romanesque. Il replonge dans d’anciennes lectures, se retire dans la solitude, taquine l’autofiction, s’invente des interlocuteurs, contradicteurs ou complices, et des situations imaginaires qui pourraient l’éclairer. Les mots sont impuissants ? C’est à voir. Avant de proclamer leur défaite, il faut au moins leur faire livrer bataille. Envisager tous les recours. Quitte à admettre que grammaire et logique n’épuisent pas le langage, qui doit se transcender lui-même lorsqu’il s’agit de trouver la raison pour laquelle la mort nous est insupportable.

Ma note :

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Broché : 17 euros

Ebook : 11,99 euros

Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

L'amoureuse des mots que je suis a inévitablement été séduite par le titre. J'ai pour autant abandonné ce livre en page 52. Non pas qu'il soit mal écrit ; loin de là même. Il en va seulement de certains livres qui n'arrivent pas au bon moment dans un parcours existentiel. Je sais toutefois que tôt ou tard, je le reprendrai...

Si la quête entreprise par Matthieu Mégevand de mettre en mots l'indicible est passionnante - qui n'a jamais été confronté à l'apparent et frustrant vide linguistique, notamment dans le registre émotionnel ? -, son point de départ est dur, pour ne pas dire insoutenable : le décès de vingt-deux enfants dans un accident d'autocar à Sierre, en Suisse, le 13 mars 2012.

Pourquoi ce choix, alors qu'au regard du peu que j'ai lu, l'auteur n'apparaît pas touché de prêt par ce drame - si tant est que l'on puisse rester indifférent à une telle tragédie... ? Il me semble pourtant que la mort n'est pas le seul sujet sur lequel le verbe fait souvent défaut. Mais peut-être ne sommes-nous égaux que devant cet insoutenable fin ? Quoi qu'il en soit, je n'ai pas réussi, à cet instant de ma vie, à tenter de rationaliser le sujet en compagnie de l'auteur. Je n'ai eu ni la force de plonger dans les maux, ni l'envie d'en trouver les mots.

Disons que cette lecture s'adresse aux passionnés de la langue française mais que la confrontation de cette aporie mettant en question la puissance ou l'impuissance des mots est, à mon sens, à entreprendre de préférence en période de santé morale autant que physique. Ce défi terminologique est initié par un événement par trop tragique ; le mystère reste entier.

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La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

Extraits :

"Réveille-toi, pourquoi dors-tu, Seigneur ?

Sors de ton sommeil, ne rejette pas sans fin.

Pourquoi caches-tu ta face

Et oublies-tu notre malheur et notre oppression ?

Psaume 44

...

"Le cycle de la vie ne prévoit pas d'extraire des corps parfois méconnaissables amoncelés dans un car pulvérisé, de faire le tri entre les miraculés et les défunts, d'improviser une petite morgue dans un tunnel et d'y déposer, au fil des heures, une succession de dépouilles d'enfants numérotées." Même les secouristes professionnels sont dépassés par l'horreur de l'événement. Certains ne sont pas capables de travailler au cœur du drame et sont affectés à des tâches moins exposées. Tous ressortent abîmés.

Petit à petit, l'une après l'autre, les autorités vont tente de dire leur consternation. Avec le même vocable défaillant, dans les mêmes termes inaptes.

...

Tout ce qui peut être fait l'est, sans aucune limite de moyens. L'homme, placé devant quelque chose qui le dépasse absolument, refuse de s'avouer vaincu. L'enquête est minutieuse, approfondie, rien n'est laissé au hasard - ce hasard qui a déjà coûté tellement cher. On ne veut plus rien lui accorder, au hasard, il a été bien trop possessif, dictatorial ; il s'est servi, sans aucun égard, sans aucune réserve ; il a tout pris.

...

C'est un drame sans cause, une tragédie sans coupable ? Très bien. Mais moi non plus je ne peux pas me résoudre, moi non plus je ne m'avoue pas vaincu. Aucune piste, rien à dire, au bout de quelques phrases les mots s'enlisent ? C'est à voir, je refuse de lâcher prise. Tout est perdu, consumé ? Il n'en est pas question, sûrement pas. Il ne sera pas dit que même les mots ont abdiqué, que même eux sont restés terrés dans leur trou d'impuissance. Nous allons les faire se mouiller un peu, les mots, ils vont sortir de leur coteries et de leurs salons bien chauffés ; au front, les mots, en première ligne ! C'est une gageure, mais tout plutôt que cette défaite sans bataille, cette abdication sans combat. Aux armes les mots, sur l'absurde nous allons tenter de reconquérir un peu de sens.

...

Que dit Wittgenstein, qui s'intéresse au langage et à son utilisation par la philosophie et plus généralement par l'être humain ? En une seule phrase, il affirme que "ce qui peut se dire, peut se dire clairement ; et au sujet de ce dont on ne peut parler, on doit se taire".

...

En d'autres termes, tout le penser ne se résume pas au dire, et il existe quelque chose par-delà la langue que la langue elle-même ne peut exprimer. Une intuition inexprimable que Wittgenstein nomme justement mystique, et qui renverse d'une certaine manière le problème : c'est bien le langage qui incarne la limite de l'homme, et derrière cette limite il existe quelque chose sur laquelle on ne peut rien dire puisqu'il s'agit de dire sur le dire, de parler du parler, et ce quelque chose, c'est l'ineffable, la transcendance. Karl Jaspers aurait dit : "Le chiffre ultime de la Transcendance, c'est le silence."

...

"Ce qu'il faut dire avant toute chose, c'est que, même en le sachant pertinemment, nous ne sommes pas équipés pour accepter la fin de la vie" (...) "Nous ne sommes pas - mentalement, intellectuellement - aptes à accepter cette dimension de l'existence."

22:55 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Essai, Littérature suisse, Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

Commentaires

Certains livres n'arrivent pas au bon moment (je viens de connaître), autant laisser tomber.

Écrit par : zazy | 04/09/2013

Répondre à ce commentaire

Oui, la vie est trop courte et les livres trop nombreux ! Mais quand même, je le garde sous le coude pour un moment plus propice...

Écrit par : charlotte à zazy | 06/09/2013

Les commentaires sont fermés.