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  • Rentrée littéraire : Muette d'Éric Pessan

    Depuis hier en librairie.muette.jpg

    Éditions Albin Michel - 213 pages

    Présentation de l'éditeur : « La nuit, déjà, et Muette écoute vibrer les insectes, glissée jusqu'au nez dans son sac de couchage. Elle a chaud mais ne peut se résoudre à se découvrir. Dehors, dans le grand monde, des gens courent à sa recherche, elle n'a plus de doute à ce sujet. Elle y est. Elle a grand ouvert les portes de sa vie. » Par sa maîtrise de la langue au plus près des émotions, des impulsions et des souvenirs d'une jeune fugueuse, Éric Pessan, l'auteur d'Incident de personne, compose un roman envoûtant et d'une rare justesse pour évoquer la mue mystérieuse de l'adolescence.

    Ma note :

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    Broché : 16,50 euros

    Ebook : 11,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Si Flaubert était Emma Bovary, il ne fait aucun doute qu'Éric Pessan est une adolescente tourmentée. Un trait facétieux qui ne cache en réalité que l'expression de mon admiration sidérée. Époustouflée je reste après cette lecture en forme de sursaut, si proche, si proche, de ma jeunesse...

    Au travers du personnage de Muette, l'auteur parvient magistralement à capter l'essence de la violence, du tourment, du sentiment d'incompréhension, de manque de reconnaissance, du désespoir, des pulsions... bref, la substantifique moelle de cet âge difficile qu'est l'adolescence. Cette période fulgurante de l'existence où se confrontent l'imaginaire trépident de l'enfance et la réalité crue désenchanteresse ; ce temps de métamorphose de l'enfant à l'adulte aussi grisant que dévastateur.

    Par sa fugue, Muette traduit le mal-être qu'elle ne peut verbaliser. Partie à seulement quelques heures de marche de chez elle, elle opère une retraite au cœur de la Nature, loin du monde et des adultes qu'elle ne comprend pas, qui lui sont de plus en plus étrangers. En particulier ses parents qui, s'ils ne sont pas maltraitants physiquement, lui infligent leur négligence. Acariâtres, étriqués et blasés, ils ne cessent de lui rappeler qu'elle n'était pas désirée et sa mère la tient pour responsable de la fin du champ de ses possibles existentiels.

    Durant cette échappée qui est finalement davantage une fuite intérieure, Muette se révèle débrouillarde et profite de cette liberté aussi convoitée que déconcertante. Loin de vouloir rentrer, elle ne peut s'empêcher d'espérer être recherchée, de susciter l'inquiétude, sans désirer pour autant être vraiment retrouvée. Toute la contradiction de la pensée en construction, de l'instabilité émotionnelle de cette période à fleur de peau.

    Et de suivre son long monologue intérieur, entre réminiscences, doutes, inquiétudes, questionnements, sans cesse entrecoupés des phrases assassines de ses parents qui ponctuent le cheminement de sa pensée comme des ritournelles dévastatrices qui tourmentent, hantent la jeune fille. Du pouvoir des mots comme armes de destruction passive...

    De ce huis-clos intérieur niché dans la forêt, l'écrivain traduit à la perfection la difficulté des ados à exprimer cet enchevêtrement de pensées paradoxales souvent exprimées par des actes, comme cette fugue. Il met les mots justes, simples et dépouillés sur les silences étourdissants du mal-être adolescent. Auteur touche à tout - de l'essai à la jeunesse, en passant par le théâtre, la poésie ou le roman -, Éric Pessan livre un récit assez court mais chargé émotionnellement et au plus près des élans en tous genres de cet âge. Il se fait la voix absolue de l'intériorité de ces jeunes en pleine mue, souvent laconiques, mais dont les pensées incessantes et contradictoires ne laissent guère de répit. C'est toute la complexité des relations parents-enfants qui est exprimée. Ce récit délicat chargé d'empathie et de nostalgie dénonce, par une fin singulière et ouverte, le manque d'ouverture, d'écoute et d'attention de ces trop nombreux parents qui semblent n'avoir jamais été jeunes, ayant trop vite oublié les tourments de ce court et interminable passage existentiel...

    Un hommage vibrant aux paradoxes de cet phase déterminante dont nul ne sort indemne.

    Ils en parlent aussi : Virginie, Marion, Émile.

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    La Silencieuse d'Ariane Schréder

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    Le premier été d'Anne Percin

    Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois

    La légende des fils de Laurent Seksik

    La femme au miroir d'Éric-Emmanuel Schmitt

    Extraits :

    Où vas-tu traîner comme ça ? Toujours dehors, toujours à te promener, on dirait que tu cherches à ce qu'il t'arrive quelque chose...

    Des phrases s'accrochent aux chevilles de Muette bien plus sauvagement que ne le ferait la mâchoire d'un chien errant.

    ...

    Souvent, Muette parle. Les choses ne se réduisent pas à une grossière simplification, il ne faut pas croire. Manier les mots, Muette sait le faire ; ouvrir la bouche, arrondir les lèvres et tordre la langue pour articuler des phrases, elle y parvient si bien que beaucoup se leurrent et ne voient pas qu'au fond d'elle, elle est Muette,

    toujours tu nous mens.

    Tête de mule.

    Arrête tes mensonges et file dans ta chambre.

    Sors de ta chambre et viens nous parler, tu vis enfermée, on dirait que 'l'on n'existe pas.

    Tais-toi.

    Dis quelque chose.

    ...

    Muette a l'impression d'être seule au monde, dernière survivante d'une espèce en voie de disparition. Elle sait bien qu'elle fait fausse route, que la population enfle à chaque seconde. Que l'humanité s'agite, s'accroît, s'emploie à recouvrir les moindres terres émergées. (...) Muette n'est pas seule ; dans le monde entier ça grouille, les rues s'animent avec entrain, les gens se pressent nerveusement de naître et de mourir. (...) Cela paraît incroyable que le monde soit à ce point rempli d'êtres humains alors qu'elle avance solitaire.

    ...

    Toujours, à en croire ses parents, le monde recélait des centaines de dangers terribles,

    tu n'as qu'à écouter les informations.

    Comme si Muette ne les écoutait pas les informations, elle qui n'arrivait plus à manger si un tremblement de terre gommait une ville ou si une fillette disparaissait.

    Comme si elle n'était en sécurité qu'à la maison. Comme si, à la maison, aucun danger ne la guettait et ne pouvait s'abattre sur elle,

    tu obéis, c'est tout.

    ...

    Muette sourit, se plaît à rêver que des gens inquiets la recherchent déjà, qu'elle est assez important pour que des battues s'organisent. Fini de jouer, elle dissimule les tiges coupées des primevères sous un buisson d'épineux pour ne pas laisser d'indices trop criants de son passage et elle se presse de quitter la fraîcheur du bois pour rejoindre la lumière oblique et douce du grand soleil.

    Retrouvez-la, s'il vous plaît, elle est notre unique enfant, on l'aime tant.

    ...

    Si seulement l'un de ces hommes ou garçons se décidaient à l'aborder, mais non, ils filaient, inconscients des regards que Muette leur adressait. L'érotique du vélo demeurait solitaire, toujours. Aussi pédalait-elle et se contentait-elle d'un petit cinéma mental de chute, où un jeune homme lui porterait secours, se pencherait pour la relever et mêleraient sa transpiration à la sienne.

    Et soit prudente.

    Peau d'oignon, couche après couche, Muette atteindra-t-elle jamais son cœur muet ?

    ...

    Enfant, Muette expliquait qu'un jour fatalement, elle plaquerait tout, elle partirait quelque part, en Asie par exemple, en Inde ou en Afrique centrale, dans un lieu où elle se sentirait utile, où elle pourrait sauver des gens. Ceux à qui elle s'adressait ne l'écoutaient pas réellement,

    ne dis pas n'importe quoi,

    et précisaient qu'elle renoncerait à ses idées folles comme tous les enfants renoncent un jour à leurs rêves.

    ...

    Cette nuit-là, comme de nombreuses autres nuits, Muette avait tremblé d'impuissance et de colère. Il fallait agir, il ne fallait pas s'habituer aux actions des fous et les considérer comme une fatalité. Il fallait que chaque acte de chaque fou torde l'estomac et prive de sommeil, sinon, un jour, les hurlements viendraient combler chaque microseconde de silence. Ces idées-là, pour confuses qu'elles soient - Muette tente de les garder intactes.

    ...

    Allongée sur son matelas, elle ne fait rien d'autre que d'écouter passer le temps,

    sors de ta chambre,

    du brouhaha de ses pensées s'échappent les échos de phrases, de cris anciens ou de souffles irrités ; elle aimerait bien savoir fermer son cerveau comme l'on rabat ses paupières. Off. Se couper un peu, se glisser dans le silence le plus complet, connaître le répit.

    ...

    Enfant, Muette ne connaissait pas les règles du jeu. Personne ne s'est donné la peine de les lui expliquer, de lui dire ce qui se fait et ce qui est interdit. Personne n'a placé de limites, elle les découvre par elle-même lorsqu'elle s'attire brusquement une réprimande ou une claque,

    tu me fais honte.

    ...

    Ou bien elle ouvrirait le contenu de son crâne, saisirait avec une petite flèche les éléments indésirables, les glisserait au-dessus de la poubelle et hop, disparus. Vider la corbeille.

    Voulez-vous vraiment supprimer ces éléments ?

    Oui. Et enfin la paix. Tout simplement, la paix.

    Muette ne veut plus rien savoir du monde, de ce qui la blesse comme des images qui la hantent. Elle aimerait qu'un miracle se produise, qu'il suffise d'un cachet pour oublier sa propre vie et dans quelle absurdité on se démène. Sans doute, ce cachet miraculeux existe mais ne sert qu'à ajouter de la violence au monde et non à soulager les douleurs, les possesseurs des cachets s'en servent pour extirper les secrets des cerveaux ou faire taire les opposants. Muette ne doute pas que l'homme sait inventer des choses pour torturer d'autres hommes.

    ...

    Creuse, Muette marche dans le désir d'oublier, de ne pas croiser un seul homme, une seule manifestation de l'homme, mais il faudrait ne pas lever les yeux au ciel parce qu'il est impossible d'éviter les longues traînées des réacteurs qui zèbrent le plafond gris, et ne pas regarder attentivement le sous-bois pour éviter d'avoir à penser que l'espacement entres les troncs est trop géométrique, trop uniforme, qu'une taille régulière a émondé les branches basses et qu'un forestier a bombé l'arrêt de mort de quelques arbres trop vieux.

    Existe-t-il des espaces sur terre préservés ?

    ...

    il y a des histoires qui ne peuvent pas se dire. Parce que les mots n'existent pas pour les raconter. Les mots ne feraient que les affaiblir ou les banaliser. Les mots ne feraient qu'effleurer la surface de l'histoire, sans rien pouvoir atteindre de ses strates innombrables.

    ...

    Muette déborde de voix - vraies comme fausses - les voix d'un monde qui parle trop pour ne rien dire, qui évite les sujets essentiels,

    mais qu'est-ce que tu as donc ?

    lui demande-t-on, et Muette devrait trouver la force de répondre qu'elle est torturée, excisée, affamée, battue, tuée, brûlée à mesure qu'à la télévision, on torture, excise, affame, bat, tue et brûle. Elle devrait crier sa révolte pour entendre ses parents la minimiser en retour,

    personne ne peut endosser les misères du monde,

    hurler contre l'indifférence, dire et redire que ce ne sont pas des simples images, des idées lointaines, mais des coups portés contre elle.

    Dire qu'elle ne joue pas la comédie,

    arrête ton cirque,

    qu'elle ne ment pas. Muette a la douleur sincère. Elle est saturée de douleurs, il suffit qu'elle y repense pour ne plus se rendormir. Le détachement du sommeil la répugne, il faut bien que certains veillent puisque personne ne veut voir que le monde court à sa perte,

    ma pauvre fille, tu fais des drames pour rien.

    ...

    Muette se répète souvent qu'elle est semblable à ces animaux : elle ne sait rien de ce qu'elle croît connaître, elle ne voit qu'une version tronquée des choses, elle entraperçoit de vagues reflets mouvants d'une réalité bien plus complexe et trompeuse.

    ...

    On apprend la vie en comprenant soudain la véritable étymologie des mots. L'enfant doit la fermer,

    un point c'est tout,

    déjà qu'il est un accident, l'enfant ne va pas continuer à nous pourrir la vie,

    compris ?

    ...

    En définitive, elle n'en finit plus de ne pas faire ce qu'elle aimerait faire.

  • Rentrée littéraire : La servante du Seigneur de J.-L. Fournier

    la servante du seigneur.jpgSortie ce jour en librairie.

    Éditions Stock - 149 pages

    Présentation de l'éditeur : Ma fille était belle, ma fille était intelligente, ma fille était drôle... Mais elle a rencontré Monseigneur. Il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth. Il lui a fait rencontrer Jésus. Depuis, ma fille n’est plus la même. Elle veut être sainte. Rose comme un bonbon, bleue comme le ciel.

    Ma note :

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    Broché : 14 euros

    Ebook : 9,99 euros

    Un grand merci à Entrée livre et aux librairies Decitre pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "Coups de cœur des lecteurs", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Faut-il le confesser ? Je n'avais jamais encore lu aucun Fournier. N'en ayant cependant entendu - presque - que du bien, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai trouvé son dernier opus dans le colis des Lecteurs VIP de la rentrée littéraire d'Entrée livre dont j'ai la chance et l'honneur de faire partie pour le cru 2013.

    Culture générale oblige, je savais de l'auteur qu'il s'illustrait particulièrement dans la narration autobiographique des épreuves existentielles sans toutefois tomber dans le pathos dérangeant, l'impudeur déplacée ; les plus connus peut-être : Où on va papa ? (Femina 2008) dans lequel il évoque la vie avec puis la perte de ses deux fils handicapés, ou encore Veuf relatant la disparition de la femme de sa vie. C'est donc sans réelle surprise que j'ai découvert dès les premières lignes que la nouvelle production littéraire de Jean-Louis Fournier n'avait rien de romanesque mais qu'il s'agissait du cri intime public bien réel d'un père en détresse à destination de sa fille égarée, recluse obtuse entrée en religion d'un pseudo gourou catholique ayant raté sa vocation.

    Deux enfants handicapés, trois deuils et une fille en rupture de lien... Dis comme ça, rien de très engageant ! Ce serait sans compter l'écriture délicieusement impertinente de celui qui a fait sienne la maxime de son défunt compère Desproges : "l'humour est la politesse du désespoir".

    Véritable épître au nom du père à sa fille Marie - si bien nommée - auprès de laquelle il n'est plus en odeur de sainteté, Fournier revêt une fois encore sa plume de papa désemparé, tantôt touchante, tantôt enragée, pour partager son affliction, son incompréhension, sa nostalgie, son amour à sens unique. L'alternance des "tu" et des "elle" qu'il adresse à sa fille symbolise avec ostentation cette dé-connaissance de sa chair. Sans jamais se dérober de l'indispensable auto-critique, il pique où ça fait mal et détourne à maintes reprises la terminologie religieuse comme pour mieux se rapprocher du nouvel univers de sa dernière enfant vivante mais comme morte intérieurement. Si jamais il ne se défait de sa tendresse facétieuse et de son écriture légère même quand il peste, qu'il enrage, il enfonce malgré tout le clou de la gravité, du drame, dans son dernier chapitre et surtout la dernière phrase, qui tombent comme un couperet.

    Un récit intime bouleversant évoquant, malgré sa singularité, l'universalité de la complexité de la relation père-fille et dénonçant les sectarismes de tous poils. D'aucuns pourront reprocher à l'auteur de ne cesser de laver son linge sale en public. Moi qui suis particulièrement réticente aux grands déballages, je ne vois ici "qu'un" texte hautement littéraire, poignant, drôle et surtout d'une extrême justesse, d'une infinie authenticité.

    Ne reste plus qu'à souhaiter à l'auteur que sa fille reçoive, entende, cette missive du cœur...

    Nous vous saluons Marie.

    Ils en parlent aussi : Mya, David.

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    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Le café de l'Excelsior de Philippe Claudel

    La silencieuse d'Ariane Schréder

    Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

    Petit art de la fuite d'Enrico Remmert

    Les arbres voyagent la nuit d'Aude Le Corff

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine De Vigan

    Extraits :

    Douter, c'est vivre ; être bercé par la certitude, c'est mourir.

    Oscar Wilde

    ...

    Tu sais bien que je ne suis pas anticlérical, ni agnostique, ni athée. Peut-être panthéiste, tendance iconoclaste.

    Je n'aime pas qu'on se moque des curés, je préfère le faire moi-même.

    ...

    Quand tu seras sainte, tu auras droit à une statue. Méfie-toi, choisis bien le sculpteur. On fait tellement d'horreurs dans le style saint-sulpicien.

    La statue de la Sainte Vierge, dans mon école, était si laide qu'un jour je l'ai mise dans les chiottes. Par respect pour la Sainte Vierge. Ça t'avait fait bien rire quand je te l'avais raconté.

    Je ne voudrais pas qu'il t'arrive la même aventure.

    ...

    C'est un contrat entre eux, j'alimente ton ego, tu alimentes le mien. On se conforte dans l'idée qu'on est les mieux, d'ailleurs on est les mieux.

    On médite et on médit des autres.

    ...

    Je t'ai toujours dit qu'il fallait douter.

    Maintenant elle ne doute de rien.

    Oscar Wilde a écrit que le cerveau de celui qui n'a que des certitudes arrête de fonctionner, "croire est tellement médiocre".

    ...

    "Qu'est-ce qu'elle fait, ta fille, dans la vie ?"

    Difficile à dire.

    Pour les garçons, la réponse était simple, c'était rien. Pour elle, maintenant, c'est plus difficile.

    Je ne sais plus ce qu'elle fait, je sais ce qu'elle ne fait pas.

    Elle ne travaille plus, elle ne vient plus nous voir, elle ne gagne plus sa vie.

    ...

    Elle est dans les ordres ou elle est aux ordres ?

    ...

    Elle est tombée dans la layette mystique.

    L'humour bleu ciel et rose bonbon, ça n'existe pas.

    L'humour, c'est noir.

    L'humour, c'est une parade, un baroud d'honneur devant la cruauté, la désolation, la difficulté de l'existence.

    L'existence, ce n'est pas un grand lac de lait tiède dans lequel une humanité rose barbotte en échangeant des gentillesses, des confiseries et en chantant des cantiques. C'est plein de sang, de boue noire, du bruit et de fureur.

    Je me méfie des gentillesses sucrées, ça fout le diabète.

    ...

    Je pense à toi ma fille, et mes yeux fuient.

    ...

    Et la tolérance, l'ouverture d'esprit ?

    Même Monseigneur, à son propos, parle du zèle du néophyte, péché de jeunesse.

    La néophyte a quand même quarante ans bien sonnés.

    Sonnez les matines, sonnez les matines, ding ding dong...

    ...

    Ne trouvent grâce à ses yeux que les Vierges saint-sulpiciennes pimpantes avec du vernis rouge sur leurs ongles de pieds et leur sourire niais.

    Ne réduis pas ton champ d'admiration. Ce champ doit rester infini. Les grandes œuvres sont rarement guillerettes.

    ...

    Je ne la retrouve plus. Elle n'est plus la même. Je ne la reconnais pas.

    Je voulais qu'elle garde sa fantaisie, je voulais qu'elle garde son goût pour les arts, sa curiosité, je voulais qu'elle continue à s'habiller avec des couleurs vives, qu'elle ait plein d'amis rigolos avec des cheveux longs. Qu'on continue à rire ensemble. Qu'elle se couche tard.

    (...) Je voulais, je voulais...

    Je n'ai pas à vouloir.

    ...

    On s'entendait bien avant.

    Pourquoi maintenant c'est si difficile ?

    ...

    Peut-être qu'à la différence de piles, les sentiments s'usent quand on ne s'en sert pas.

    ...

    Pourquoi, depuis que tu es à Dieu, tu es odieuse ?

    ...

    Être heureux ne devrait être conjugué qu'à la première personne du singulier et par le principal intéressé. Il n'y a que lui qui sait s'il est heureux ou pas.

    Conclure que quelqu'un est heureux est toujours très risqué. On peut avoir tout pour être heureux sauf le bonheur.

    ...

    Elle n'oublie pas les dates. Elle oublie seulement les gens.

    ...

    Crois-tu que je sois attiré par le Dieu qui t'a éblouie ?

    Il me fait peur.

    Je pensais qu'il était bon, indulgent, qu'il pardonnait toujours. Il laissait venir à lui les petits enfants qui font beaucoup de bêtises.

    Je croyais que la religion catholique était une école de charité, d'humilité, de tolérance et d'amour, avec comme refrain "Aimez-vous les uns les autres"...

  • Rentrée littéraire : Dans le silence du vent de Louise Erdrich

    Sortie ce jour en librairie.dans le silence du vent.jpg

    Éditions Albin Michel - 462 pages

    Présentation de l'éditeur : Un dimanche de printemps, une femme est agressée sexuellement sur une réserve indienne du Dakota du Nord. Traumatisée, Geraldine Coutts n'est pas en mesure de révéler ce qui s'est passé à la police, ni d'en parler à son mari ou à son fils de treize ans, Joe. En une seule journée, la vie de ce dernier est bouleversée. Il essaie d'aider sa mère mais elle reste alitée et s'enfonce peu à peu dans le mutisme et la solitude. Tandis que son père, qui est juge, confie la situation à la justice et à la loi, Joe perd patience face à une enquête qui piétine et il décide avec ses copains de chercher les réponses de son côté. Leur quête les mène tout d'abord dans un lieu sacré, à proximité duquel la mère de Joe a été violée... Dans ce livre magnifique, comme dans le reste de son œuvre, Louise Erdrich parvient à mêler la tragédie, l'humour, la poésie et la grâce, pour restituer les sentiments et les émotions de ses personnages face à la violence dont tant de femmes sont toujours aujourd'hui victimes.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez.

    Ma note :

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    Broché : 22,50 euros

    Un grand merci à Libfly et le Furet du Nord pour m'avoir, dans le cadre de l'opération "On vous lit tout", offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Louise Erdrich est une romancière coutumière de la rentrée littéraire. Si certains habitués de cette période incontournable de l'édition agacent à force de remâcher - parfois si peu - leurs formules bien rodées, Erdrich, quant à elle, se réinvente et surprend à chaque nouveau livre. Tant et si bien que ce dernier roman, Dans le silence du vent, a obtenu en 2012 le National Book Award et intégré la prestigieuse liste des dix meilleurs livres de l'année.

    Toujours fidèle à la communauté amérindienne par ses racines maternelles Ojibwe, Louise Erdrich évoque ici l'agression sexuelle d'une femme sur une réserve indienne. De ce jour, la victime prostrée et mutique, son mari et son fils confrontés à l'ombre de leur femme et mère, la vie bascule pour toute la famille, mais également pour la communauté.

    Le père, juge, s'en remet à la justice et la loi, un système légal particulier aux Indiens établi par les Blancs. Joe, le fils de 13 ans, décide quant à lui de mener l'enquête de son côté et rêve de venger sa mère... Cet apprentissage dans la douleur, la souffrance tout autant que l'amitié, l'amour et la solidarité marquera la fin de son enfance.

    Ces 480 pages du combat d'une famille explorent magistralement les sentiments et les émotions des différents personnages. Mais ce vibrant hommage à la culture amérindienne est avant tout un manifeste. De sa plume puissante et singulière, Louise Erdrich, l'une des figures emblématiques de la jeune littérature indienne et auteur contemporaine incontournable de la littérature américaine, érige une œuvre militante visant à dénoncer l'injustice du système judiciaire indien et la violence faite aux femmes. Une Indienne sur trois sera violée au cours de son existence, le plus souvent impunément (rapport Amnesty international de 2009). L'écrivain évoque également la perte de l'innocence et défend une vision de la vie où tout n'est toujours qu'un prêté pour un rendu...

    Dans le silence du vent est un grand roman sombre et bouleversant, mêlant tragédie, humour et poésie, qui rappelle combien le sort cruel et injuste réservé jadis aux Indiens est loin, très loin, d'être une affaire classée, la cruauté actuelle n'étant que plus insidieuse. Le combat pour la réhabilitation de la dignité amérindienne est plus que jamais d'actualité et se fait urgent à l'aune des siècles de souffrance écoulés.

    Un livre attendu en cette rentrée littéraire qui ne décevra pas les inconditionnels et saura convertir les néophytes. Un roman noir, oppressant et malgré tout plein d'espoir. Dans le silence du vent vient brillamment compléter une œuvre puissante, engagée et singulière. Du grand Erdrich.

    Si ce livre est une sorte de croisade, galvanisée par la colère de l’auteur, c’est aussi une œuvre littéraire soigneusement structurée, qui une fois encore rappelle beaucoup Faulkner.

    The New York Times

    Lire un extrait.

    Ils en parlent aussi : Cathulu, La caverne des idées.

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    Le jeu des ombres, La décapotable rouge et La malédiction des colombes de Louise Erdrich

    Mille femmes blanches de Jim Fergus

    Seuls le ciel et la terre de Brian Leung

    Celles qui attendent de Fatou Diome

    Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee

    La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

    Toute une histoire de Hanan el-Cheikh

    Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

    Un fusil dans la main, un poème dans la poche d'Emmanuel Dongala

    L'équation africaine de Yasmina Khadra

    La plantation de Calixthe Beyala

    Compartiment pour dames d'Anita Nair

    Dis que tu es des leurs d'Uwem Akpan

    Je ne suis pas celle que je suis de Chahdortt Djavann

    Extraits :

    Les femmes ne se rendent pas compte à quel point les hommes sont attachés à la régularité de leurs habitudes. Nous intégrons leurs allées et venues dans nos corps, leurs rythmes dans nos os. Notre pouls est réglé sur le leur, et comme chaque dimanche après-midi, nous attendions que ma mère mette nos pendules à l'heure du soir.

    Et donc, voyez-vous, son absence a arrêté le temps.

    ...

    Ma mère était une belle femme - je l'avais toujours su. Une évidence pour la famille, les inconnus. Clemence et elle avaient une peau café au lait et de superbes boucles brillantes. Minces même après leurs enfants. Calmes et directes, des yeux de battantes et une bouche de star de cinéma. Quand le fou rire les prenaient, elles perdaient tout dignité, pourtant, et s'étranglaient, grognaient, rotaient, respiraient fort, pétaient, même, ce qui les rendaient d'autant plus hystériques. En général, elles se faisaient tordre de rire l'une l'autre, mais c'était parfois mon père le responsable. Même là, elles étaient belles.

    À présent je voyais le visage de ma mère gonflé par les coups, déformé et enlaidi.

    ...

    Le Dr Egge a terminé sa phrase et d'un doigt a repoussé ses lunettes au sommet de son nez. Mon père s'est avancé vers le mur comme s'il allait le traverser. Il y a plaqué son front et ses mains et il est resté là, les yeux fermés.

    Le Dr Egge s'est retourné et m'a vu, figé devant les portes. Du doigt, il a montré la salle d'attente. L'émotion de mon père, signifiait son geste, était un spectacle que j'étais trop jeune pour voir. Mais durant les quelques dernières heures j'étais devenu de plus en plus rebelle à l'autorité. Plutôt que de m'éclipser poliment, j'ai couru vers mon père et écarté le Dr Egge avec de grands gestes. J'ai jeté mes bras autour du torse mou de mon père, je l'ai serré contre moi sous sa veste, et me suis sauvagement cramponné à lui, sans rien dire, en respirant simplement à son rythme, en avalant de grands sanglots d'air.

    Bien plus tard, (...) j'ai compris que c'était à ce moment-là que le Dr Egge avait décrit en détail à mon père l'étendue des blessures de ma mère.

    ...

    De tout mon être, je voulais revenir au temps d'avant tout ce qui était arrivé.

    ...

    Intéressant, a dit ma mère. Sa voix était neutre, solennelle, ni caustique ni faussement enthousiaste. J'avais cru que c'était la même mère, mais avec un visage creux, des coudes saillants, des jambes pleines de pointes. Pourtant je commençais à remarquer qu'elle était quelqu'un de différent de la maman d'avant. Celle que je considérais comme la vraie. J'avais cru que ma vraie mère ressurgirait à un moment ou à un autre. Que je récupérerais ma maman d'avant. Mais il m'est venu à l'esprit que cela risquait de ne pas arriver.

    ...

    Je sais que le monde est loin de s'arrêter à la Route 5, mais quand on roule dessus - quatre garçons dans une voiture et que c'est tellement paisible, tellement vide à perte de vue, quand les stations de radio ne passent plus et qu'il n'y a que des parasites et le son de nos voix, et du vent quand on sort le bras pour le poser sur la carrosserie - on a l'impression d'être en équilibre. De frôler le bord de l'univers.

  • Premiers romans de la rentrée littéraire 2013, sixième sélection

    Oyez, lecteurs en tous genres ! Oyez, liseurs de tous horizons ! La rentrée littéraire tant attendue est avancée.

    Après avoir, l'été durant, fait la part belle aux premiers romans de cette édition avec un succès réjouissant si je me fie aux mots clefs et statistiques qui vous ont, pour beaucoup, conduits ici, je vais pourtant inaugurer le cru 2013 avec une pointure d'outre-Atlantique.

    N'en déplaise aux impatients découvreurs de nouvelles saveurs, je vais avant tout clôturer la saison estivale comme je l'ai commencée en vous livrant l'ultime sélection de premières œuvres à paraître dans les jours à venir. Une sixième et dernière liste qui, je l'espère, sera aussi tentante que les précédentes et marquera un tour d'horizon le plus complet possible des nouvelles plumes que j'invite à me contacter si d'aventure je les avais, bien involontairement, oubliées.

    Merci à tous d'avoir montré autant d'intérêt pour ma passion du jamais lu.

    C'est donc bel et bien parti : auteurs, éditeurs, traducteurs, correcteurs, imprimeurs, libraires, blogueurs, lecteurs... à tous je souhaite une excellente autant qu'étonnante rentrée littéraire !

    Aux Éditions La Tengo :

    Protocole 118 de Claire le Luhern, à paraître le 25 septembre

    Aux Éditions Don Quichotte :

    Spiridons de Camille von Rosenschild, à paraître le 3 octobre :  Un premier roman qui se caractérise par un mélange d’humour et de macabre, et par des aventures inquiétantes et cocasses mettant en scène des êtres hors-normes – les spiridons – âmes défuntes aux allures de vivants. Un jeune auteur nourri à l’œuvre de Tim Burton. À dix-huit ans, sans famille, ni diplôme, ni argent, Victor part à Moscou sur un coup de tête. Le jeune homme s’y voit déjà mener une vie de bohème. Hélas, à peine arrivé dans une ville où la violence du climat est l’égale de celle des hommes, il échappe de justesse aux mains meurtrières d’une petite brute mafieuse. Son salut lui vient d’Olga, vieille Tzigane qui l’arrache à la misère en lui proposant de l’héberger. Mais rien n’est gratuit : tandis qu’une vague de disparitions inquiétantes frappe la ville enneigée et que le commun des mortels hésite à arpenter les rues, Victor doit s’acquitter, à l’abri d’un minuscule bureau, d’une tâche mystérieuse. Et quand son hôtesse meurt, elle lui laisse sur les bras son encombrant cadavre, ainsi que cinq prisonniers aux étranges manières... Ils s’appellent Ferdinand, Soledad, Piotr, Anatoli Gueorguevitch et Viviane. Ils ont le teint blafard des agonisants. Écoutez-les: ils ne respirent pas... Touchez leur peau: elle est inconsistante. Demandez-leur de vous suivre : ils seront incapables de s’orienter dans l’espace. Mais parlez-leur de la mort : ils vous en raconteront les moindres détails. Eux, ce sont les spiridons. Qui donc les a rappelés parmi les vivants ? Et pour accomplir quoi ? Quel est ce moine qui rôde autour d’eux et dont la simple évocation les plonge dans la terreur ? Forcé de faire confiance à ces âmes défuntes dont il ignore tout, guidé par leur escorte aussi attachante que tragique, Victor devra fuir jusque dans les Carpates, échapper à une horde de meurtriers en soutane, et découvrir, au cours d’une épopée fantastique, les terribles secrets du monde tzigane.

    Aux Éditions Castor Astral :

    Tango tranquille de Verena Hanf, à paraître le 5 septembre : Violette et Enrique n’ont pas grand-chose en commun. Tout les sépare : l’âge, le statut social, la culture, la couleur de la peau… Tout, sauf une grande solitude. Violette, une femme d’une soixantaine d’années, l’a choisie elle-même en coupant tout contact avec ses proches et ses connaissances. Enrique, un jeune Bolivien sans papiers, y est contraint par son exil en Belgique et sa pauvreté. Lorsque leurs chemins se croisent, un besoin de soutien réciproque va les rapprocher et les sortir de leur isolement. Pour Violette, femme très indépendante mais blessée qui, depuis plusieurs années, ne parle plus qu’avec elle-même (et sans le moindre ménagement), c’est la porte des sentiments qui s’ouvre à nouveau. Et celle de son passé, qu’elle avait banni avec force. Pas de sentimentalisme dans ce roman où se déploient une grande lucidité, un refus des idées préconçues et de l’apitoiement facile. Pourtant, c’est de sentiments dont il est question dans cette rencontre entre une bourgeoise belge vieillissante et un jeune sans-papiers bolivien. Rigide, fermée, Violette n’est pas quelqu’un qui suscite une sympathie immédiate mais elle force notre admiration puis notre affection par son désir d’être juste et par la lutte qu’elle mène avec courage contre elle-même, ses peurs, ses principes. Enrique, quant à lui, va l’aider à révéler la part généreuse et tendre qui sommeille en elle. Dans un style incisif, Verena Hanf dresse ici le plan de nos impasses, de nos égoïsmes, et indique un chemin pour en sortir.

     Aux Éditions Fayard :

    Des plumes et du goudron de Christophe Desmurger, à paraître le 28 août : Avec ses bottes, ses chemises sombres et sa façon de lancer son cartable sur son bureau en entrant dans la classe, le maître ressemble à un shérif. Il attend le meilleur moment pour dégainer le coup de gueule et s'efforce de viser juste avec ses punitions. Il parvient à faire régner un semblant d'ordre parmi ses élèves mais son métier, c'est plutôt la transmission du savoir...

    Aux Éditions Roguet :

    Les fantômes du passé (Coupable hérédité, tome 1) de Laurence Lallement, à paraître le 27 septembre : Le jour de ses 25 ans, Victoire de Saint Clair est convoquée à la lecture d'un testament demeuré caché durant plusieurs années. Ce testament et le témoignage posthume qu'il contient la replongent subitement dans son enfance en révélant de sombres et douloureux secrets de famille.

     Aux Éditions La fosse aux ours :

    Vie et destin de Célestin Arepo de Jérôme Millon, à paraître le 31 août : Comptable à la vie monotone, Célestin Arepo fait la rencontre d'une femme qui va bouleverser son destin.

    Aux Éditions du Seuil :

    Je suis né huit fois de Saber Mansouri, à paraître le 22 août : Le parcours de Massyre, un jeune Tunisien qui tout en effectuant ses petits commerces, suit une scolarité jusqu'à l'université, avant de devenir professeur d'histoire géographie à la Montagne Blanche. Il décide de partir à la recherche d'un manuscrit irakien, dans une quête qui lui donnera peut-être la force de se débarrasser définitivement de son sentiment de culpabilité.

    Aux Éditions Stock :

    Monde sans oiseaux de Karin Serres, à paraître le 21 août : « Petite Boîte d’Os » est la fille du pasteur d’une communauté vivant sur les bords d’un lac nordique. Elle grandit dans les senteurs d’algues et d’herbe séchée, et devient une adolescente romantique aux côtés de son amie Blanche. Elle découvre l’amour avec le vieux Joseph, revenu au pays après le « Déluge », enveloppé d’une légende troublante qui le fait passer pour cannibale. Dans ce monde à la beauté trompeuse, se profile le spectre d’un passé enfui où vivaient des oiseaux, une espèce aujourd’hui disparue. Le lac, d’apparence si paisible, est le domaine où nagent les cochons fluorescents, et au fond duquel repose une forêt de cercueils, dernière demeure des habitants du village. Une histoire d’amour fou aussi poignante qu’envoûtante, un roman écrit comme un conte, terriblement actuel, qui voit la fi n d’un monde, puisque l’eau monte inexorablement et que la mort rôde autour du lac…

    Aux Éditions JC Lattès :

    Je suis interdite d'Anouk Markovits, à paraître le 2 septembre : Je suis interdite dresse le portrait saisissant de deux sœurs issues d’une famille juive ultra-orthodoxe, qui n’ont connu que les codes rigoureux d’une tradition culturelle fondamentaliste, auxquels l’une d’elles va vouloir échapper, portée par un amour irrésistible.

    Aux Éditions Phébus :

    Arvida de Samuel Archibald, à paraître le 22 août : À l’autre bout du monde il y a Arvida, ville modèle érigée au début du vingtième siècle par l’industriel américain Arthur Vining Davis. Le narrateur de ce livre est né là, dans la capitale de l’aluminium, construite en cent trente-cinq jours. Petite utopie nordique peuplée de braves gens, de menteurs compulsifs et de pures crapules. Dans les quatre paroisses d’Arvida, le long du Saguenay et par-delà l’horizon bleuté des monts Valin, on se raconte des histoires de nuits en forêt et de matins difficiles. Des histoires de jeunes filles innocentes et de bêtes sauvages, de meurtre raté et de mutilation rituelle, de roadtrip vers nulle part et de maison hantée. Des histoires tantôt tristes, tantôt drôles, tantôt horribles, et souvent un peu tout ça à la fois, mémorables pour leur profonde authenticité, même si, il faut bien le dire, elles sont toutes à moitié fausses et à moitié inventées. Digne fils de son conteur de père, Samuel Archibald se révèle dans ces pages un émule de Cormac McCarthy obsédé par Proust, un héritier d’Anne Hébert qui a trop lu Jim Thompson et Stephen King.

  • Premiers romans de la rentrée littéraire 2013, cinquième sélection

    Si je me fie aux mots clés que vous utilisez pour arriver sur le blog, vous êtes nombreux à vous intéresser aux premiers romans de la rentrée littéraire 2013. Un intérêt - voire une passion - partagé qui me plaît autant qu'elle doit, ne serait-ce qu'un peu, rassurer ces nouvelles plumes fébriles qui s'apprêtent à sauter dans leur premier grand bain littéraire.

    Après plusieurs sélections (première, deuxième, troisième & quatrième), voici un nouvel aperçu des premiers romans français ou étrangers à paraître très prochainement. De nombreux échantillons en guise d'avant-goût de ce qui se trame dans la sphère littéraire et qui ne seront pas encore les derniers... C'est dire si la rubrique Premier Roman a plus que de quoi sustenter les plus curieux des lecteurs qui pourront peut-être se targuer, d'ici quelques années, d'avoir compté parmi les découvreurs de tel ou tel talent. Parce que c'est ce que l'on souhaite à chacun de ces nouveaux écrivains : qu'ils rencontrent leur public.

     Aux Éditions Gallimard :

    Arden de Frédéric Verger, à paraître le 22 août : L’histoire se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale en Marsovie, riche principauté d’Europe centrale. Alexandre de Rocoule, gérant du luxueux hôtel d’Arden, homme à femmes dont la gaieté a quelque chose de féroce, et Salomon Lengyel, veuf sérieux et solitaire, sont liés par une passion commune : l’opérette. Depuis 1917, ils ont écrit ensemble une quantité impressionnante de pièces en trois actes, inachevées car ils ne sont jamais d’accord sur la scène finale. Pendant qu’ils travaillent sans relâche, la bête nazie rôde autour de la Marsovie sur laquelle elle ne va pas tarder à poser la patte. Les persécutions de Juifs commencent. Le danger devient pressant pour Salomon et pour sa fille Esther, revenue auprès de son père et dont Alex tombe amoureux. Et si la composition d’une dernière opérette était le seul moyen de leur sauver la vie ? Il est rare de voir aussi harmonieusement mêlés dans un premier roman l’intelligence, l’humour et la sensualité. Les scènes se déploient dans une profusion d’images éblouissantes, de détails comiques ou touchants, tandis que les rebondissements ne manquent pas dans le livret sanglant qui se joue en 1944 en Europe centrale.

    La dernière lettre de Rimbaud de Frank Charpentier à paraître le 10 octobre : De quoi est-il question au fond, quand on parle de Rimbaud ou quand on le lit, si c’est encore vraiment le cas ? Rimbaud a écrit, Rimbaud n’a plus écrit. Mythe et légende douloureuse d’un génie poétique précoce et fulgurant, à la Mozart ; et puis le désert, le commerce, les trafics, – et la fin tragique, l’amputation, la mort. Tout a été dit là-dessus, « littéralement et dans tous les sens ». Imagerie diverse ou adoration plus ou moins aveugle d’une « belle gloire d’artiste et de conteur emportée », et finalement, presque toujours, célébration oblige, indifférence à l’essentiel : affaire classée. Exit. Et si c’était un contresens complet ? Et s’il n’avait pas cessé… pas cessé d’écrire sa vie, d’un bout à l’autre, tout au long d’un parcours proprement géographique, et de la signer, de surcroît, secrètement, par son nom, ou plutôt par ses initiales, A.R., en se plaçant, consciemment ou non, sous ce signe constant ? Quel signe, d’ailleurs ? Celui de Noé ? Celui de Jonas ? D’un autre encore ? Se serait-il délibérément, retour de plus en plus initial, mis « à penser sur la première lettre de l’alphabet », et lequel ? Le narrateur s’en souviendra – et ça le mènera à une découverte bel et bien inouïe.

    Aux Éditions Buchet/Chastel :

    Partition silencieuse d'Ea Sola, à paraître le 29 août : Une atmosphère mystérieuse imprègne ce récit qui retrace le destin d’une famille respectée de Saigon, déchirée par une guerre fratricide. Avec un fulgurant et tendre amour l’auteur fait vivre chaque personnage et les terres du Vietnam, meurtries par la guerre.

    Aux Éditions Stéphane Million :

    Ragondin d'Olivier Darrioumerle, à paraître le 3 octobre : Un roman dont l'action se déroule à Naples et dont le héros principal est Pantecana (fils de pute en napolitain) resté orphelin. La maquerelle Maria Santa, qui a entendu la Vierge lui demander de recueillir l'orphelin, voit s'accomplir un miracle. Le lendemain de cette action, Maria Santa voit sa prière de devenir patronne d'une pâtisserie exaucée.

    Aux Éditions Don Quichotte :

    Spiridons de Camille von Rosenschild, à paraître le 3 octobre :  Un premier roman qui se caractérise par un mélange d’humour et de macabre, et par des aventures inquiétantes et cocasses mettant en scène des êtres hors-normes – les spiridons – âmes défuntes aux allures de vivants. Un jeune auteur nourri à l’œuvre de Tim Burton. À dix-huit ans, sans famille, ni diplôme, ni argent, Victor part à Moscou sur un coup de tête. Le jeune homme s’y voit déjà mener une vie de bohème. Hélas, à peine arrivé dans une ville où la violence du climat est l’égale de celle des hommes, il échappe de justesse aux mains meurtrières d’une petite brute mafieuse. Son salut lui vient d’Olga, vieille Tzigane qui l’arrache à la misère en lui proposant de l’héberger. Mais rien n’est gratuit : tandis qu’une vague de disparitions inquiétantes frappe la ville enneigée et que le commun des mortels hésite à arpenter les rues, Victor doit s’acquitter, à l’abri d’un minuscule bureau, d’une tâche mystérieuse. Et quand son hôtesse meurt, elle lui laisse sur les bras son encombrant cadavre, ainsi que cinq prisonniers aux étranges manières... Ils s’appellent Ferdinand, Soledad, Piotr, Anatoli Gueorguevitch et Viviane. Ils ont le teint blafard des agonisants. Écoutez-les : ils ne respirent pas... Touchez leur peau : elle est inconsistante. Demandez-leur de vous suivre : ils seront incapables de s’orienter dans l’espace. Mais parlez-leur de la mort : ils vous en raconteront les moindres détails. Eux, ce sont les spiridons. Qui donc les a rappelés parmi les vivants ? Et pour accomplir quoi ? Quel est ce moine qui rôde autour d’eux et dont la simple évocation les plonge dans la terreur ? Forcé de faire confiance à ces âmes défuntes dont il ignore tout, guidé par leur escorte aussi attachante que tragique, Victor devra fuir jusque dans les Carpates, échapper à une horde de meurtriers en soutane, et découvrir, au cours d’une épopée fantastique, les terribles secrets du monde tzigane.

    Aux Éditions LC :

    Des enfants de Laurent Audret, à paraître le 3 octobre : Des enfants est un texte qui perturbe, ce genre de texte qu’on lit une fois, que l’on repose, que l’on n’oublie pas. Et puis, il y a cette envie irrésistible de le reprendre, alors, on le reprend, on le relit, on avale chaque page, chaque mot est pesé, ressenti, chaque évocation devient image, on voit, on sent, on vit. Et on a peur. Parce qu’il est hors du commun. Laurent Audret nous livre une poésie noire effroyablement enivrante. Une expérience littéraire comme il en existe peu. Un conte barbare.

    Aux Éditions Intervalles :

    Les heures pâles de Gabriel Robinson, à paraître le 23 septembre : Pendant presque 20 ans, un flic exemplaire mène une double vie avec une autre femme et un autre enfant, à quelques kilomètres de chez lui. Quand le scandale éclate, son fils, journaliste, mène l’enquête.

    Le monde selon Cheng de Stéphane Reynaud, à paraître le 22 août : Les tribulations de Cheng, un Chinois ficeleur d'asperges, à travers un monde où tout est devenu low cost.

    Aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux :

    Le livre des sources de Gérard Pfister, à paraître le 12 septembre : 50 ans séparent la mort de maître Eckhart en 1328 et le Grand Schisme d'Occident en 1378. Serge Bermont, un professeur, enquête au début des années 1930, alors que le nazisme progresse en Allemagne. En 1936, il découvre les manuscrits de l'abbaye de Waldkirch. Il est assassiné le 15 septembre 1942 par la Gestapo de Strasbourg. En 1989, sa femme poursuit ses investigations.

    Aux Éditions Bourin :

    Bovary21 de Georges Lewi, à paraître le 29 août : L’enjeu - Qui serait Mlle Bovary en 2013 ? Bovary21 est le pseudonyme d’une jeune femme de 27 ans, la septième en ligne directe d’Emma Bovary, morte au même âge. Blogueuse reconnue, elle s’abîme dans le surendettement et raconte sur sa page la déchéance qui risque de la conduire au suicide. On est au tout début du XXIe siècle. Bovary21 fait du marketing pour une grande marque de soda. Un certain Charles est son boss, Rodolphe un banquier d’affaires qui va valoriser son blog, et Léonie, une féministe qui l’entraîne à New York. Bovary21 poste ses dernières confessions intimes. Ses 78 000 « amis » peuvent-ils la sauver ? La jeune femme est-elle condamnée au même destin que sa lointaine aïeule ? Une critique cinglante du marketing et une peinture de moeurs acide et drolatique au pays enchanté des followers et autres réseaux sociaux.

    Aux Éditions Léo Scheer :

    Septembre ! Septembre ! d'Emmanuelle Maffesoli, à paraître le 11 septembre : Entre impasses affectives et rébellions conformistes, la quête parodique d’un jeune homme pour l’ancrage poétique dans le monde. Pierre vient d’emménager à Paris, engagé comme documentaliste chez Radio France. Il tourne en rond, en proie à des rêves lourds et à une sorte d’inquiétude. C’est alors qu’il fait la connaissance de sa voisine de palier, Rebecca, et de son compagnon, Dan, un thésard chétif et provocateur. Pierre pense trouver là quelque chose qui l’accroche, lui parle. C’est le début d’une amitié et d’une série de rencontres avec autant de chroniqueurs, philosophes, bobos et marginaux. Mais il y a quelque chose de pourri dans ce tableau de la fin d’été au cœur de la ville-lumière. Les illusions se fissurent. Septembre est là, et l’orage gronde. Roman satirique, Septembre ! Septembre ! met en scène des personnages empêtrés dans les énoncés théoriques, les discours universitaires et les monologues de ceux qui font profession de critiques. Ici, tous les prêcheurs de résistance bien-pensants – journalistes, intellectuels et professeurs – en prennent pour leur grade.

    Aux Éditions Perrin :

    Corpus equi de Diane Ducret, à paraître le 29 août : L'histoire douloureuse et vraie du compagnonnage exceptionnel d'une jeune femme et de son cheval. Un récit poignant, un style superbe. « Il est un lieu précis de l'existence où l'ombre et le corps se rejoignent. Ce moment-là il faut le saisir, marcher face au soleil, mettre le pied à l'étrier qui s'offre à vous, triompher de la gravité, galoper sans soucis de gloire ou de fortune, à l'ère mécanique ne pas aller bien vite peut-être, mais libre. » Il est des rencontres dont la chaleur suffit à emplir toute une vie et dont le deuil vous laisse estropié à jamais. On peut vous dire à quinze ans que vous ne remarcherez jamais plus, et se retrouver pourtant à trente debout sur un cheval au galop, dont le corps sacré et vibrant vous guérit de ces années de désespoir. Telle est la vertu de l'alliance millénaire entre l'homme et sa plus noble conquête, où brillèrent Bellérophon et Pégase, Alexandre et Bucéphale, comme d'autres couples mythiques évoqués ici en miroir d'une destinée d'aujourd'hui. Le cheval y est la métaphore du retour à l'enfance, de la douleur éprouvée et surmontée, du refus de la fatalité.

    Aux Éditions Viviane Hamy :

    Itinéraire d'un poète apache de Guillaume Staelens, à paraître le 19 septembre : Le parcours initiatique de Nick Stanley dans l'Amérique de la seconde moitié du XXe siècle. Après avoir quitté un milieu familial étriqué, il se marginalise en rejetant la société de consommation, le militarisme et l'ultra-mondialisme.

    Aux Éditions Le Passeur :

    Le clown et la geisha d'Alexandre Naos, à paraître le 29 août : Un homme, au ban de sa société futuriste et déliquescente, se livre à un autre avant de monter sur scène ; il est clown et va bientôt proposer son spectacle (muet) avec sa compagne. Il raconte son histoire, étonnante, une sorte de descente aux enfers ponctuée d’événements dramatiques ou truculents. Ce récit fait preuve d’une vivacité et d’une acuité qui laissent le lecteur pantois, le menant à la frontière du réel et de la conscience, où tout semble devenir possible. Dans un style acéré très imagé et théâtral, dérision et ironie viennent contrebalancer avec force la profondeur des sujets abordés, lesquels pourraient bien, prochainement, devenir les nôtres… Un monologue sidérant, en forme d’hommage à La Chute d’Albert Camus, et une charge contre la modernité et la décadence, servie par une écriture tranchante.

    Aux Éditions du Murmure :

    Les forteresses de l'oubli de Serge Moncomble, à paraître le 1er octobre : Ce roman décrit, sans pathos, la perte et la perdition de celui qui, enfant d'orphelin, porte en lui l'ignorance de sa propre ascendance. Cet apatride d'une terre identifiée partage avec Genet ces souvenirs communs forgés par les nourrices du Morvan, institution salvatrice et terrible à la fois. Un voyage vers l'altérité, vers la main tendue et jamais reçue.

    Aux Éditions Daphnis et Chloé :

    Un buisson d'Amarante d'Adrien Sarrault, à paraître le 5 septembre : Lorsque Amaury débarque à Paris dans sa classe préparatoire scientifique, il n'a de français que son passeport. Né à Phnom-Penh, il a grandi à Tanger. Cette différence nourrit un syndrome de l'imposteur chez lui qui le poursuivra tout au long de sa carrière. Grandes écoles, MBA, start-up, comités de direction, il trace son chemin dans un système de castes...

    Aux Éditions de la Martinière :

    Clichy de Vincent Jolit, à paraître le 22 août : En 1929, Aimée, secrétaire au dispensaire où exerce le Docteur Louis, est chargée par ce dernier de dactylographier le manuscrit de Voyage au bout de la nuit. Ce roman montre au-delà de la vie d'une femme dans l'entre-deux-guerres, la gestation puis la vie de l'oeuvre jusqu'aux résultats du Goncourt de 1932, et se penche sur le processus de création d'une intrigue.

    Aux Éditions Le Passage :

    Une femme dangereuse de Jérôme Prieur, à paraître le 22 août : Tuer quelqu’un, c’est moins simple qu’on ne croit. Surtout quand cela ne vous est jamais arrivé. Et puis tuer une femme, je ne me serais pas douté que c’était plus difficile à faire qu’à imaginer. Avant de me débarrasser d’elle, il fallait déjà que je la retrouve. Elle avait disparu, elle s’appelait Madeleine. J’avais trois jours devant moi, trois jours et trois nuits pour remonter le temps. Je marcherais sur ses pas, je guetterais son ombre. Je n’aurais qu’à suivre les traces qu’elle avait dû semer. Ne passons-nous pas chacun nos vies à en faire autant ? J’étais prêt à voir ce que ses yeux avaient vu, à sentir son souffle, à toucher son empreinte. Je fouillerais sa vie, je remuerais ses souvenirs, j’aimerais ses amies. Elles me mèneraient jusqu’à elle, j’en étais sûr. J’étais prêt à courir le risque que mon passé m’explose au visage.

    Aux Éditions Michel de Maule :

    Contre-destin de Flora Steine, à paraître le 22 août : La saga d'une famille italienne dans l'Italie du XXe siècle. La destinée des pères, qui ont su tirer profit de la révolution industrielle, contraste avec celle des descendants, riches et oisifs. Seule Gaia, la narratrice, veut inventer le sien.

    Aux Éditions Calmann-Lévy :

    L'entre-temps de René Guitton, à paraître le 21 août : Le petit Alex né dans un camp d'internement perdu au fond du Maroc est devenu un homme. Un homme plus vieux que ne l'a jamais été son père, marin, qui l'a façonné et fasciné. Il lui a appris les bateaux, les avions, la contemplation du rayon vert des couchers de soleil, l'ouverture aux autres, et la loyauté. C'est d'ailleurs par loyauté envers sa mère et son père qu'Alex revient en terre natale : depuis trop longtemps séparés, ses parents doivent être enfin réunis, en France. Et l'enfant devenu adulte se nourrit du souvenir de Rose, sa mère, jeune modiste italienne, sauvage et envoûtante, de ses grands-parents épris de liberté, de Yemna la juive, de Mina la musulmane, de sa tante d'Amérique, de ses cousins d'Afrique... Dans ce roman sensible et fort, écrit avec pudeur et élégance, s'enchevêtrent les alliances perverses de la Seconde Guerre mondiale qui précipitent Rose en captivité. Malgré la tragédie du monde qui s'écroule, le bonheur d'être ensemble l'emporte sur la cruauté. Au fil d'un « tu » timide et délicat à la voix sobre et retenue, le fils s'adresse au père, dans une quête des origines visant à saisir enfin quelques parcelles du mystère de la filiation.

    Aux Éditions Rivages :

    Les voyages de Daniel Ascher de Déborah Lévy-Bertherat, à paraître le 21 août : Une année particulière commence pour Hélène, quand elle s'installe à Paris pour étudier l'archéologie. Elle est logée par son grand-oncle Daniel, un vieux globe-trotter excentrique qu'elle n'apprécie guère. Il est l'auteur, sous le pseudonyme de H.R. Sanders, de La Marque noire, une série de romans d'aventures qu'elle n'a même pas lus. Son ami Guillaume, fanatique de cette série, l'initie à sa passion. Mais pour Hélène le jeu des lectures ouvre un gouffre vertigineux. Elle découvre en Daniel un homme blessé, écartelé entre deux identités et captif d'un amour impossible. Elle exhume de lourds secrets de famille remontant aux heures sombres de l'Occupation. Pendant ce temps, les lecteurs de H.R. Sanders attendent le vingt-quatrième volume de la série, dont les rumeurs prétendent qu'il sera le dernier. En explorant avec finesse les blessures d'une mémoire tentée par le vertige de l'imaginaire, Déborah Lévy-Bertherat rend ici hommage aux sortilèges ambigus de la fiction.

    Aux Éditions Sonatine :

    Liberté sans condition de Seth Morgan, à paraître le 22 août : Joe Baker est un junkie. ll chante dans un bar de strip-tease de San Francisco et vit avec une prostituée, Kitty. Entraîné dans une affaire de vol armé qui tourne mal, Joe se retrouve derrière les barreaux. Loin d'être en sécurité, il est en réalité plus en danger que jamais entre des codétenus cinglés, des gangs impitoyables et des gardiens imprévisibles. Il a mis la main sur un objet convoité...

    Aux Éditions Philippe Picquier :

    Le restaurant de l'amour retrouvé d'Ito Ogawa, à paraître le 6 septembre : Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière.