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15/07/2013

Zalbac Brothers de Karel de la Renaudière

Éditions Albin Michel - 318 pagesculture,citation,littérature,livre,roman,thriller,finance,biographie,économie

Présentation de l'éditeur : New York, une très secrète banque d’affaires. Un jeune français venu de nulle part. Une héritière qui hésite sur son destin. L’histoire d’une ascension et d’une chute.

Dans la grande tradition de John Grisham, Karel de la Renaudière, un des directeurs d’une grande banque internationale, explore les coulisses de la haute finance et du pouvoir. Ce thriller captivant dresse un tableau à la fois fascinant et terrible de notre époque.

Ma note :

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Broché : 20,00 euros

Ebook : 13,99 euros

Un grand merci aux Éditions Albin Michel pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

Zalbac Brothers est un premier roman. De quoi me mettre la puce à l'oreille et surtout l'eau à la bouche.

Écrit par l'un des directeurs d'une grande banque internationale, il est bien naturel qu'il s'agisse d'un thriller conduisant dans les coulisses de la haute finance et du pouvoir. Rien de tel que d'écrire sur ce que l'on connaît le mieux pour être au moins crédible. L'auteur s'identifie à son personnage et son parcours d'ailleurs de façon à peine voilée et il prête même le prénom de sa femme à son héroïne.

C'est donc l'histoire d'un jeune Français ambitieux venu faire fortune à New York et dont on assiste à l'ascencion défiant toute vraisemblance, la chute, les frasques amoureuses, etc.

Quoique le sujet et l'intrigue soient maîtrisés, Karel de la Renaudière ne parvient pas à rendre son récit réellement excitant. Il y a certes de nombreux rebondissements mais c'est assez manichéen et plutôt prévisible dans l'ensemble. Et bourré de poncifs. Là où le premier roman est promesse du charme d'un auteur qui a mis ses tripes dans ses mots, l'on ne voit ici qu'un assemblage scolaire de techniques rédactionnelles. L'écriture manque d'émotions, le style est direct, les chapitres sont courts, les phrases concises et les dialogues nombreux. L'auteur ne traîne pas sur le rythme (le temps, c'est de l'argent...), ça a un petit goût de bâclé et ça manque de consistance.

De plus, les personnages sont par trop caricaturaux : le Jean-til, le méchant, le pourri de Bercy, les vilains hedge funds américains, la blonde sulfureuse mais pas tête de linotte et évidemment riche héritière... Un vrai feuilleton à l'américaine !

Et puis, ce texte est le tableau tristement révélateur, le miroir assez fidèle du fonctionnement actuel de notre monde... En dépeignant ce détestable univers, l'écrivain enfonce une porte ouverte. Particulièrement en ces temps de vaches maigres, il est assez déplaisant d'être encore confronté sur son temps de détente à ses manieurs de gros sous et autres spéculateurs qui s'en mettent plein les poches sur notre dos. Il n'y a même pas la valeur ajoutée de la pédagogie puisque malgré la vulgarisation du secteur et de son jargon complexe auquel aucun non initié ne comprend rien à rien, on n'y voit pas plus clair sur toutes ces manipulations (magouilles ?). Cela dit, ça ne nuit aucunement à la compréhension. L'on joue l'indifférence à la lecture de ces passages et on ne fait de toute façon pas beaucoup d'effort d'entendement tant tout ceci est franchement boring.

Alors pourquoi ce roman ? Une envie de se déculpabiliser, de s'acheter une crédibilité comme l'auteur le dit lui même dans son texte ? Brosser la fresque d'un univers de requins tout en se donnant le beau rôle, ça manque passablement de crédibilité. Pour parvenir au sommet où il se trouve actuellement, il a bien fallu à Karel de la Renaudière jouer au moins un peu le jeu aux obscures et border line rules.

Bref, un récit un peu hypocrite qui n'en apprend pas tellement plus mais qui assurément renforce le dégoût qu'évoque cette sphère à tout un chacun. Pas évident de manipuler les lettres comme on le fait avec les chiffres... Sans compter que l'appellation thriller est un brin galvaudée puisque la seule hémorragie est financière. Ni meurtre, ni enquête, ce ne sont que complots, trahisons et vengeances.

Pour autant, on va facilement jusqu'au bout de cette histoire qui se lit aussi rapidement qu'elle s'oublie. C'est disons une lecture légère pour passer le temps sans trop réfléchir.

Ce titre évoque évidemment Tom Wolfe et Le bûcher des vanités ou dans le registre de la bande dessinée Dantès de Boisserie, Guillaume et Juszezak. Difficile de s'imposer aux côtés de telles références... Et pour les gens du milieu, la lecture doit être aussi jubilatoire que celle des gens de la pub à la lecture de 99 F de Frédéric Beigbeder mais pour les autres, les private joke et les dénonciations à peine déguisées sont insaisissables donc sans intérêt.

Ils en parlent aussi : CC Rider, Mika, Strummer.

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Extraits :

Jean commence à comprendre qu'il évolue dans un univers où les apparences comptent. Les financiers ressemblent tous plus ou moins à Donovan, mais la plupart arrivent à le masquer par un humanisme de bon aloi. Une enveloppe aux oeuvres de charité par-ci, un concert de bienfaisance par-là, une vente aux enchères au profit de la recherche contre le cancer le jour, du mécénat auprès des jeunes artistes le soir. Par ce système, les puissants s'achètent une respectabilité.

...

La vérité, c'est que les projets de fusions qui nourrissent sa hiérarchie sont souvent tirés par les cheveux. Quand les stagiaires passent leurs journées à remplir des tableurs de chiffres et de graphiques, les types placés juste au-dessus s'angoissent pour trouver l'idée du siècle. C'est là que la bât blesse, car souvent, 1 + 1 n'est pas égal à 3, ni même à 2. Si Coca investit dans l'aluminium, vu sa consommation de canettes, tout va bien, 1 + 1 égale 2, voire 2 et demi. Mais quand un géant du maïs rachète une start-up en physique moléculaire transgénique, c'est moins évident. Mais qu'importe, quand les ennuis débarqueront, le banquier responsable de l'opération sera déjà loin. Ce qui compte, ce sont les deals. Ceux qui se font ou pas. Le sésame ? "Done deal !", c'est-à-dire "c'est fait, contrat signé !". Qui se souvient alors, dans l'euphorie de la nouvelle stratégie, que derrière la caverne se cachent souvent les quarante voleurs ?

...

Charmant et cultivé, il reconnaît lui-même qu'un Français éduqué aux techniques américaines sera le mieux placé pour faire la synthèse de la "task force", l'énergie à l'américaine, avec la "french touch", le petit supplément d'âme hexagonal.

...

- On est là pour rattraper tes conneries, reprend Donovan. La une de la presse, c'était pas l'idée du siècle ! Si tu veux étaler en public tes affaires de moeurs, il y a d'autres institutions pour ça. Le FMI par exemple !

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