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Une dernière chose avant de partir de Jonathan Tropper

culture,citation,littérature,livre,roman,etats-unis,usaÀ paraître le 7 mai 2013.

Éditions Fleuve Noir - 333 pages

Présentation de l'éditeur : Silver a une vie de rêve, une épouse et une fille qu'il adore, un foyer chaleureux et une carrière de rock star en plein essor. Ah non, ça c'était avant... Silver a 44 ans, il est divorcé et vit des royalties de son unique tube. Rock star déchue et père lamentable, il passe ses journées avec ses deux acolytes aussi paumés que lui au bord de la piscine du Versailles, la résidence pour hommes divorcés dans laquelle il a atterri. Son ex-femme est sur le point de se remarier quand sa fille Casey, 18 ans, lui confie qu'elle est enceinte. Pourquoi à lui plutôt qu'à sa mère ? Parce que vu le soin qu'il met à gâcher son existence, il ne risque pas de lui faire la morale. Lorsque Silver s'effondre, terrassé par une attaque, le diagnostic est sans appel : s'il ne se fait pas opérer, c'est un aller simple pour la morgue. Mais sa vie mérite t-elle vraiment d'être vécue ? Au grand dam des siens, Silver refuse l'intervention. Le peu de temps qui lui reste à vivre, il veut le consacrer à renouer avec Casey et à devenir un homme meilleur. Alors évidemment, il faut s'attendre au pire.

Traduit de l'américain par Christine Barbaste.

Ma note :

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Broché : 19,90 euros

Ebook : 13,99 euros

Un grand merci à Entrée livre et aux Éditions Fleuve Noir pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

De la littérature américaine que j'affectionne particulièrement, Jonathan Tropper est l'un des romanciers que j'apprécie le plus, à la quasi mesure de John Irving - les personnes me connaissant un tant soit peu mesurent l'intensité de cette comparaison.

Aimer un auteur, c'est d'abord aimer son verbe, son style, ses intrigues. Si l'on en dévore évidemment la bibliographie, l'on peut aussi en conserver dans un petit carnet des citations ; voire les apprendre par coeur pour les utiliser à bon escient au détour d'une conversation. Quand l'on tombe à ce point en amour d'un écrivain, l'on surveille naturellement de près, à l'évidente condition qu'il soit encore vivant, son actualité éditoriale pour avoir en main le jour J son nouvel ouvrage. Voilà pourquoi je ne m'explique toujours pas que la parution d'Une dernière chose avant de partir ait totalement échappé à la vigilance de mes radars. Quelle ne fut donc pas ma surprise d'en découvrir l'existence à quelque quatre semaines de la date officielle ! Et mon plaisir de me le voir offrir en avant-première, réduisant d'autant une attente déjà écourtée par mon inattention.

Depuis Le livre de Joe, chacun des livres de Tropper a été un véritable enchantement. De Perte et fracas à C'est ici que l'on se quitte en passant par Tout peut arriver, pas une fausse note, ni même un bémol, si ce n'est l'incompréhensible absence de traduction en français de Plan B, le tout premier roman du prosateur - je jette ici ma bouteille non pas à la mer mais au Fleuve Noir... Et ce n'est pas de ce nouvel opus tropperien que viendra le premier couac ! Une dernière chose avant de partir est tout ce qu'il y a de plus à la hauteur des espérances des aficionados et saura assurément convertir les non-initiés.

Fidèle conteur de la lose, incomparable enchanteur de la galère, Jonathan Tropper offre au lecteur son nouvel anti-héros, Silver, sur un plateau d'argent. Rockeur déchu, mari plaqué et père minable, sa femme va se remarier, sa fille à peine majeure est enceinte, il vit dans un motel pourrave entouré de piteux potes et arrondit les fins de mois à la Banque du sperme. Alors quand on lui apprend, après son attaque, qu'il a le choix entre le billard ou le corbillard, il décide de plaquer sa lamentable existence en utilisant le temps qui lui reste à être un homme meilleur...

Un vaste programme aussi irrésistible qu'émouvant. Émaillé de son art consommé de la réplique, le récit de Tropper explore une fois encore toutes les facettes de l'individu : de l'honneur à la lâcheté, de la force à la faiblesse, du devoir à l'irresponsabilité, etc. C'est parce que Tropper semble connaître la nature humaine à la perfection qu'il parvient à élaborer des textes vrais et vraiment bons.

Alors certes, l'on retrouve de livre en livre la recette du Loser magnifique et de nombreux thèmes sont récurrents (crise de couple, familiale ou existentielle, maladie, dépression, deuil...). Pour autant, aucune redite, Tropper se réinvente à chaque histoire et transcende les sujets les plus dramatiques pour en faire des aventures désopilantes, décalées mais jamais loufoques. Son authentique talent est de traiter les choses profondes avec légèreté et de trouver l'étincelle de vie, la lueur d'optimisme dans les situations les plus désespérées. Pour ce faire, il bouleverse le lecteur en visitant l'entière palette des émotions.

Bref, on ne s'en lasse pas. La littérature américaine n'a nul besoin d'un nouveau souffle mais Jonathan Tropper est si époustouflant qu'il relève le défi de se singulariser dans un paysage littéraire riche et varié. Il est urgent de le (re)découvrir !

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Extraits :

Mais tout ça appartient au passé et aujourd'hui, c'est mardi, huit ans et d'innombrables erreurs plus tard. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Silver a maintenant quarante-quatre ans, il n'a plus vraiment la forme, et il est déprimé - encore qu'il se demande si, quand on a toutes les bonnes raisons de l'être, on peut encore appeler ça "dépression". Peut-être en ce cas est-on tout bêtement triste, accablé d'un sentiment de solitude ou de la conscience douloureuse et permanente du vide laissé par tout ce qu'on a perdu, sans espoir de le retrouver un jour.

Et donc, puisque nous sommes mardi, Silver et Jack se rendent à leur séance de branlette.

...

Jack lui décoche un petit sourire rusé, celui qui sous-entend Je te connais mieux que tu ne te connais toi-même. Celui qui, en général, donne envie à Silver d'enfoncer son index dans l'orbite de Jack et de l'enrouler derrière le nez pour le faire ressortir par l'autre orbite, créant ainsi une poignée bien pratique pour lui arracher la gueule.

...

Cela fait un bail maintenant qu'il est seul, plus de sept ans. À un moment donné, la solitude devient moins un mal qui vous ronge qu'une habitude. Avec le temps, on cesse de contempler son téléphone en s'étonnant de ne pas savoir qui appeler, on arrête d'aller chez le coiffeur, de faire du sport, de penser que demain sera le premier jour du reste de notre vie. Parce que demain sera comme aujourd'hui, qui est comme hier, et hier, on s'est pris une sacrée claque qui nous a laissés à genoux. La seule façon de demeurer sain d'esprit, c'est de faire une croix sur tout espoir d'amélioration.

...

Regardez leurs yeux, regardez comme ils bougent, comme ils rient. Ils débordent de cet... appétit sexuel que les hommes n'ont pas encore saccagé. Elles nous aiment encore. Elles ont au moins mille baises devant elles avant de se transformer en femmes aigries et cyniques qu'elles finiront toutes par devenir.

...

Quand on vit seul, on a tout le temps de réfléchir. On ne parvient pas forcément à des conclusions, car la sagesse repose avant tout sur l'intelligence et la conscience de soi, et non sur un trop-plein de temps libre dont on ne sait que faire. En revanche, on devient très fort dans l'art de s'empêtrer dans les méandres du désespoir en moitié moins de temps qu'il n'en faudrait à une personne normale.

...

Quand on se sait mourant, le regard opère une mise au point, et tout nous apparaît avec une netteté inédite. Comme si le monde, décrassé et astiqué, se mettait à resplendir, que ses moindres détails, ainsi mis en exergue, collaient à notre flux de conscience et qu'à force d'être sollicité dans toutes les directions à la fois, notre cerveau n'abritait plus qu'un magma d'associations libres.

...

Y a-t-il une réelle différence entre être et ser croire comblé ?

...

Nous sommes tous des clichés, songe Casey. Nous nous conformons tous à des scénarios qui ont été écrits et joués bien avant que nous décrochions le rôle.

...

Il voudrait que sa vie dure éternellement et que ce soit déjà terminé afin de savoir ce qui va se passer ensuite.

...

Elle sait ce qu'est la solitude. Il le voit, comme seul le peut quelqu'un qui l'a connue aussi, à cette imperceptible crispation dans son expression, qui vient de trop de repas et de séances ciné en solitaire, de trop de temps consacré à de vaines introspections, à regretter un passé impossible à défaire. C'est quelqu'un qui est prêt à être aimé, pense-t-il.

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