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19/04/2013

La rive sombre de l'Èbre de Serge Legrand-Vall

la rive sombre de l'èbre.jpgÀ la recherche d'un père disparu pendant la guerre d'Espagne.

Éditions Elytis - 168 pages

Présentation de l'éditeur : Avril 1938. L'offensive des troupes franquistes sur le haut-Aragon fait fuir des milliers d'Espagnols vers la France par les cols pyrénéens. Au cours de cette première «retirada», une femme épuisée accouche en pleine montagne, dans la neige. L'enfant sera français. Son père, resté sur le front, ne reviendra pas de la bataille de l'Èbre.À partir de cette histoire authentique, l'auteur retrace l'itinéraire d'une femme et de ses parents réfugiés qui ont décidé, pour rebâtir leur vie en France, de ne plus jamais parler des déchirements de la guerre.Le poids de ce silence suscitera chez Antoine, le fils devenu adulte, une vocation de journaliste.La mort prématurée de sa mère lui offre la possibilité de rompre ce pacte d'oubli.Vingt-six ans plus tard, guidé par des lettres retrouvées de son père, il part en Espagne pour comprendre ce que personne n'a pu lui raconter.

Ma note :

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Broché : 18 euros

Un grand merci à Elytis Édition pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre ainsi qu'à l'auteur pour sa charmante dédicace et sa patience pour cette chronique trop longtemps victime de ma procrastination.

Il aura fallu à Serge Legrand-Vall la révélation tardive de ses origines espagnoles, la lecture d'un article paru en 1938 retraçant l'exil de réfugiés dont une femme a accouché côté français dès le passage du col frontière et la découverte de la citation d'un de ses auteurs favoris - À quoi bon écrire des livres si on n'invente pas la vérité ?, Jorge Semprun - pour lui inspirer son second roman remarqué par Le Monde des Livres.

En créant Antoine, son double littéraire parti au coeur de l'Espagne franquiste au milieu des années 1960 sur les traces de son père combattant anarchiste tué durant l'été 1937 dont il ne sait rien, l'auteur apporte des réponses possibles à ses propres questions restées en suspens, utilise l'imaginaire pour partir en quête de sa véritable histoire.

De non-dits et interdits en révélations inattendues, d'anecdotes en petits morceaux d'histoire glanés çà et là, Antoine, jeune homme transformé le temps d'un passage de frontière en véritable enquêteur, va reconstruire petit à petit le puzzle de son passé, découvrir les horreurs de cette sombre période et solutionner enfin, à sa façon, sa problématique identitaire.

Dans ce road trip initiatique, l'on appréhende la culture du silence, du secret, des réfugiés espagnols pour mieux se reconstruire et le poids de cet oubli choisi sur leurs descendants, porteur malgré eux d'amertume, de gravité et emplis du besoin de savoir. Comment l'individu peut-il se construire, se tourner vers l'avenir, quand une partie de son histoire lui échappe ?

En évoquant cette nécessaire quête identitaire, Serge Legrand-Vall rend avant tout un hommage poignant aux combattants républicains tombés pour leurs idéaux et aux exilés contraints au déracinement, à l'humiliation d'un accueil parfois honteux de la France et à l'absence de reconnaissance de leurs traumatismes.

Finalement, c'est l'importance de la transmission qui est au coeur de ce roman en forme de voyage transfrontalier du côté de l'amour et du silence. D'une plume élégante, sensible et pudique, Serge Legrand-Vall offre un récit émouvant, extrêmement bien documenté, qui rappelle le lien étroit entre l'Histoire collective et la mémoire individuelle. Une bien jolie fenêtre sur un pan historique trop longtemps ignoré et aujourd'hui encore, trop souvent méconnu.

L'auteur parle de son livre.

Le site de l'auteur.

Ils en parlent aussi : Stéphane, Babelio.

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Extraits :

Un fugitif, il s'était pensé ainsi pendant des années. Fugitif, sans savoir de quoi. De l'amour étouffant des siens ? De leur silence ? Du poids de l'immobilité ? Un peu de tout cela sans doute.

...

- Mais à l'arrivée, on est tombés de haut... continua Manolo. Qu'ils n'aient rien prévu, rien préparé côté Français, passe encore, mais alors l'accueil... Comme si on était des prisonniers ennemis, de la pire espèce. Les gendarmes français ont commencé par séparer les hommes des femmes sans ménagement. Et Merced qui pleurait et qui me demandait quand on se reverrait... Et puis ils nous ont pris tout ce qu'on avait sur nous, l'argent espagnol, le couteau que j'avais dans la poche, ma montre, même mon tabac.

- Et les coups de crosse avec ça, les insultes. Comme si la seule chose qu'ils voulaient, c'était nous humilier. On a été parqués comme du bétail dans une cour de ferme, sans nourriture, sans eau, dans la boue, sous la pluie et la neige... Les blessés mouraient. Être maltraités comme ça dans un pays qu'on croyait ami, c'était à peine croyable.

...

La plupart n'avait même jamais tiré. On manquait de fusils de guerre. Beaucoup n'avaient que des armes de chasse ou des grenades. Eh bien ces gars-là, ils ont réussi à fixer un front. C'était un vrai exploit, tu peux me croire ! Des gens qui n'y connaissaient rien contre des soldats de métier. C'est difficile de comprendre aujourd'hui comment ça a été possible. La liberté qu'on voulait nous prendre, il faut croire qu'on était prêts à tout pour la défendre.

...

En Ariège, tous les cols étaient des ports, comme si les montagnards naviguaient sur un océan de vagues pétrifiées et que le havre se situait, non dans le creux de la vallée, mais sur ce passage élevé qui séparait deux sommets de vagues, ourlées de neige en guise d'écume.

...

Il avait parfois essayé d'imaginer la scène de sa mort, d'après le peu d'information qui lui avait données Lluis. Mais lui-même les tenait d'un témoin qui n'avait pas vu grand chose, car cela s'était passé la nuit. Y avait-il un moyen d'en apprendre davantage là-dessus ?

La rivière coulait, imperturbable comme le temps. Le temps, le grand vainqueur des batailles. Seule la mémoire pouvait être suffisamment tenace pour lui tenir tête.

13:33 Écrit par charlotte sapin dans Bio/autobiographie, Citation, Culture, Littérature française, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

Commentaires

L'Espagne et ses artistes semblent peu à peu faire la paix avec l'histoire: 'Le Labyrinthe de Pan' de DEL TORO, 'Le coeur glacé' de GRANDES ou 'L'art de voler' d'ALTARRIBA en sont de beaux exemples si le sujet t'intéresse.

Ici le mélange entre fiction et autobio doit également être intéressant! Je note la référence!

Écrit par : M. | 22/04/2013

Répondre à ce commentaire

Ravie de cet échange de références ! Merci. Au plaisir de nos tribulations littéraires...

Écrit par : charlotte à M. | 29/04/2013

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