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05/03/2013

Les liaisons ferroviaires de Jean-Pierre Martin

culture,citation,roman,littérature,livreÀ paraître le 6 mars 2013.

Éditions Champ Vallon / J'ai lu - 189 pages

Présentation de l'éditeur : "L'amour au temps du TGV", ou comment, à l'heure où tout s'accèlère, la seule façon de se consacrer pleinement à la rencontre amoureuse est d'être coincé dans un train. Dans la microcosme du Nice-Bruxelles, chacun se livre à l'observation attentive des autres passagers : regards, pensées trahies par de menus gestes, ceux qui montent, ceux qui descendent, ceux qui lisent, ceux dont le destin va changer...

Ma note :

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Broché : 17,30 euros

Poche : 6,90 euros

Figurant sur la liste des dix ouvrages sélectionnés pour le Prix France Culture - Télérama 2011, le court roman de Jean-Pierre Martin a été très favorablement accueilli par la critique au moment de sa sortie.

Un temps voyageuse ferroviaire hebdomadaire puis usagère quotidienne du métro, c'est avec un plaisir anticipé que j'ai envisagé cette lecture qui me parlerait de ces hasardeuses saynètes qui l'on vit ou observe immanquablement sur les rails.

Car telle est la règle du chemin de fer : réunir des personnes qui n'ont pour seule raison de se rencontrer que le hasard d'un même trajet, au même moment. Des réunions aléatoires donnant naissance à des compartiments et wagons hétéroclites.

Un éclectisme que Jean-Pierre Martin décide de mettre en scène.

De rencontres fortuites en discussions improvisées, en passant par les monologues intérieurs, les protagonistes de ce roman polyphonique s'observent, se découvrent, s'ignorent, se désirent.

L'ensemble aurait pu être crooustillant, mené tambour battant. Je l'ai trouvé ennuyeux et longuet malgré sa concision. Finalement, il est aussi assommant que ces voyages auxquels on ne peut couper. Malgré quelques réflexions sociologiques, psychanalytiques ou philosophiques bien senties et un ensemble très bien écrit, l'auteur ne parvient pas à enlever le sujet. Il colle soporifiquement à la réalité là où l'on aurait attendu de l'abracadabrant, de l'énorme, de l'inattendu. Il livre des instantanés de vie trop réalistes, certes finement observés mais sans originalité.

Le TGV n'est qu'un prétexte métaphorique du rythme effréné de la vie moderne pour s'interroger sur les moeurs actuelles en matière de séduction et d'amour. Ce théâtre en miniature de l'époque contemporaine met en scène des personnages intéressants mais là où tout se prêtait au vaudevillesque, les amours restent désespérément plates. Une distribution cosmopolite pour un scénario sans facéties. La partition manque cruellement de rythme, sa régularité est aussi soporifique que le tchou tchou du train.

Télérama disait de l'auteur qu'il avait réussit la prouesse de doubler Choderlos de Laclos. Je crois pour ma part que ces Liaisons ferroviaires n'ont rien de dangereuses. Elles sont le train-train du train, sans audace et ce huis-clos à 300 km/h manque sérieusement de fantaisie.

Bref, malgré mon entrain initial face à un pitch prometteur, je suis finalement restée à quai.

Ils en parlent aussi : Hélène, Christine, Laura, Les Saisons.

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La nuit de dure pas d'Olivier Martinelli

Extraits :

"En wagon, les gens bien élevés n'engagent jamais de conversation avec des inconnus. On peut demander ou donner avec bonne grâce un renseignement utile, mais ensuite on ouvrira un livre, un journal pour couper court à l'entretien.

Berthe Bernage, Manuel du savoir-vivre et des usages du monde

...

Ça tient à presque rien, une rencontre. C'est une histoire de funambule. Il faut apprendre à tenir sur un fil. Le sort du monde peut se jouer au bout d'une petite phrase. Mon destin suspendu à ma réplique.

...

- Au fait, c'est vrai que Lacan a dit : l'amour, c'est donner ce qu'on a pas à quelqu'un qui n'en veut pas ?

- Oui, c'est vrai.

- Alors là, moi, je suis pas d'accord, mais pas d'accord du tout, je pense au contraire que l'amour c'est donner ce qu'on a à quelqu'un qui en veut. Même si on a pas beaucoup.

...

(...) j'admire la variété prodigieuse des comportements sexuels dans le monde animal, elle me ferait presque réfuter l'idée de l'inexistence de Dieu. Il y a bien quelques espèce monogames où mâles et femelles forment des couples stables, au moins le temps d'élever leur progéniture. (...) Mais la vie en couple stable, n'en déplaise au pape, est un comportement nettement minoritaire, beaucoup plus rare qu'on a voulu le faire croire.

...

Rien ne me ravit comme un passafer qui lit Shakespeare, Épictète, Guilleragues, Bossuet, Montaigne, Pascal, Conrad, Malcolm Lowry, Philip Roth, Semprun, Amos Oz ! Et que je te l'accompagne de mon petit ronron, que je le câline, mon voyageur des Lettres. Malheureusement, il y a toujours dans un train des amateurs de Paulo Coelho ou de Guillaume Musso, ce genre-là. Ça m'énerve.

...

L'amour n'a jamais connu de loi ? Si. Trois. Primo, La loi du stimulus. Nous sommes des chiens de Pavlov, nous salivons. Segundo, la loi de la désignation. Si l'autre a trouvé un os, et à l'air de trouver ça bon, on a envie de le lui piquer. Tertio, la loi de la désaliénation. Ceux ou celles qui restent fixés pendant des années sur l'objet perdu, qui sont restés accrochés à la nostalgie d'un amour passé, l'amour de leur vie, comme si une seule personne avait pu combler leur désir, ceux ou celles qui ne veulent pas apprendre le désamour, ceux-là sont inabordables, leurs vies sont aliénées, on les repère à cent mètres, ils ne voient même pas que ce peut être possible, une rencontre, ils sentent le cadavre de leur relation archéologique, ils adorent l'objet perdu comme un totem, le célèbrent rituellement jusque dans la détestation, et pour eux, chaque matin qui se lève, loin d'être un promesse, sonne le rappel des jours anciens.

...

J'ai une amie qui est avide de relations avec les hommes, avide de leur plaire et qui ne sait pas faire autrement que de se retrouver avec eux dans un lit, non pour son plaisir, dont elle reconnaît elle-même qu'il est mince, mais afin de continuer à leur plaire.

...

Ce souvenir refaisait régulièrement surface, et il en rougissait encore. De sorte qu'il n'avait plus jamais pris le risque de s'exposer à ce genre de rebuffades. Depuis, il avait passé comme un pacte secret avec lui-même : ne pas prendre de risque ; ne rien tenter ; ne pas forcer le destin.

...

Mark Twain : "La vieillesse est si longue qu'il ne faut pas se hâter de la commencer trop tôt.".

...

Et je sais que la séduction est toujours plus singulière et plus sublime que le sexe, que c'est à elle que nous attachons le plus de prix.

...

Un vrai livre, quelles que soient les circonstances qui vous l'ont fait écrire à un moment de votre vie, aussi hasardeuses soient-elles, ces circonstances, un vrai livre va toujours chercher très loin, dans les ramifications de votre système nerveux, dans des choses enfouies de votre enfance, il vient toujours au devant de vos préoccupations les plus secrètes, et même si son sujet semble a priori éloigné de vous, même si ses personnages ne vous ressemblent pas vraiment, un livre digne de ce nom vous parle de vous malgré vous, il vous hèle, vous interpelle in petto, violente votre intimité, sans quoi, ce n'est pas un livre. Un vrai livre part de vous et tend très loin ses filets, un vrai livre pratique en sommes la pêche hauturière avec les moyens du bord.

11:59 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature française, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it!

Commentaires

Ca me fait penser à Lausanne d'Antonio Soler, lu récemment. L'intrigue est aussi centrée sur un voyage en train mais avec un narrateur unique. Je trouve l'idée de départ sympa, mais j'ai l'impression que ces intrigues ferroviaires s'oublient aussi facilement que les passagers croisés dans le train.

Écrit par : zarline | 05/03/2013

Répondre à ce commentaire

Je ne connais pas et... je ne tenterai probablement pas ;)
Peut-être que de devoir déjà subir les transports rend difficile d'être séduit par ce type d’œuvres qui nous replongent dans ce quotidien dont on se passerait bien ?

Écrit par : charlotte à zarline | 11/03/2013

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