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  • L'impossible Miss Ella de Toni Jordan

    À paraître le 28 février 2013.l'impossible miss ella.jpg

    Éditions Héloïse d'Ormesson - 300 pages

    Présentation de l'éditeur : Della est une jeune femme comme les autres, à ceci près qu'elle a fait du mensonge un art de vivre et de l'escroquerie sa profession. Sous les traits d'Ella, brillante biologiste, saura-t-elle convaincre Daniel Metcalf, irrésistible milliardaire, de financer son projet de recherche ? Avec vingt-cinq mille dollars à la clé, l'arnaqueuse de haut vol n'a pas le droit à l'erreur. Pour prouver à l'ingénu que le tigre de Tasmanie n'est pas une espèce éteinte, elle engage une extraordinaire expédition dans la jungle. Un coup monté presque parfait, si l'amour ne s'immisçait dans la manigance. Une comédié romantique - et scientifique - pétillante.

    Traduit de l'anglais (Australie) par Laurence Videloup.

    Ma note :

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    Broché : 21 euros

    Un grand merci aux Éditions Héloïse d'Ormesson et à Babelio pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première dans le cadre de l'opération Masse critique.

    Un clan composé d'à peu près Robin des bois vivant d'arnaques alambiquées dans le cadre australien... Un pitch a priori prometteur pour de dépaysantes et décapantes aventures !

    Seulement, si ce sont les mots "extraordinaire expédition dans la jungle" qui ont retenu votre attention dans la présentation de l'éditeur, passez votre chemin. Malheureusement, l'auteur ne met que peu l'Australie et ses richesses environnementales à l'honneur dans son récit : l'on a quasiment jamais l'impression d'y être et la grande scène de l'expédition pourrait aussi bien se passer sur la colline d'en face ou le parc du coin qu'il n'y aurait pas de différence.

    Si l'on ajoute à cette flagrante absence de mise en valeur du cadre un certain manque de crédibilité du prétendu savoir-faire de soit disant arnaqueurs de haut vol, l'on peut légitimement penser que ce texte, faute de vraisemblance, n'a pas grand intérêt, voire est un échec.

    Pourtant, si tant est que l'on recherche un moment de lecture synonyme de légèreté, le livre de Toni Jordan remplit sa mission en terme de divertissement. Les personnages décalés, pour ne pas dire loufoques, parviennent à embarquer le lecteur dans leurs folles aventures. L'on sourit, l'on compatit, l'on s'attendrit... et l'on éprouve malgré tout l'impatience de savoir comment tout va se terminer.

    À noter le talent particulier de l'auteur pour l'écriture des quelques scènes sensuelles. Si ce genre de passages sont rarement convaincants, soit laissant de marbre soit ridicules ou vulgaires, ils sont ici particulièrement bien dosés, juste ce qu'il faut, ni trop ni trop peu.

    À défaut donc d'être dépaysante, cette lecture s'avère amusante, touchante et à certains moments émoustillante. Et c'est déjà pas mal. Ce n'est certes pas très profond mais la lecture n'a pas à toujours être un acte intellectuel engagé que diable !

    Ils en parlent aussi : Yael, Judith, Ladesiderienne.

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    Extraits :

    - (...) Qui fait les lois de cette société ?

    - Les riches et les sans-coeur.

    - Et pourquoi font-ils ces lois ?

    - Pour protéger leurs avantages personnels, résultats de leur origine privilégiée et de siècles d'oppression des plus faibles.

    - Et que pensons-nous de ces lois ?

    - Nous les rejetons. Totalement.

    ...

    - Donc, on a pensé que les humains, dans la matrice, reproduisaient les différentes phases de l'évolution de l'espèce. Que les embryons sont d'abord des poissons, puis des salamandres, des tortues, puis des poulets, avant de devenir humains. Immense théorie. Dommage qu'elle ne soit pas vraie. Elle a l'air vraie. On devrait tous la porter en nous, porter le poids de notre passé, les vestiges de ce que nous étions.

    - Quand vous formulez les choses comme ça, je ne l'aime pas cette théorie. Quel terrible fardeau ! Porter avec soi tout ce qu'on a été, dit-il d'une voix qui semble assourdie par l'obscurité.

    - J'imagine que vous avez raison, tout le monde a droit à un nouveau départ.

  • Hors de moi de Claire Marin

    hors de moi.jpgÉditions Allia / J'ai lu - 93 pages

    Présentation de l'éditeur : Il n’y aura pas de fin heureuse. Autant le savoir d’emblée. C’est une histoire tragique, faite de répétitions et d’aggravations. Quelques silences entre les soupirs, les gémissements, les pleurs ou les cris, de douleur ou de rage. Une vie intense. Des corps nus, exhibés. Le mien au moins. Un récit impudique. "Un premier roman remarquable, où l'émotion perce sous une pensée féroce et lucide." - Aimé Ancian - Le Magazine littéraire

    Ma note :

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    Poche (1re édition aux éditions Allia) : 6,20 euros

    Poche : 3,90 euros (à paraître le 3 avril 2013)

    J'ai un fétichisme sélectif en ce qui concerne les livres. Si je supporte difficilement - doux euphémisme... - que l'on en casse la tranche ou que l'on altère de quelque façon que ce soit la jaquette, je plie pourtant les coins des passages qui ont une résonance particulière pour moi. Allez comprendre...

    J'ai quasiment écorné toutes les pages de celui-ci. Le choix des extraits fut difficile tant l'envie de recopier l'intégralité du texte fut tentante. L'idée finalement étant de vous hurler de le lire, absolument. Car tôt ou tard, personnellement ou indirectement, ce livre vous concernera. Fatalement.

    Dans ce roman qui est son premier, Claire Marin aborde le difficile thème de la maladie. "Grâce" à son vécu, forte des faiblesses de son corps, elle retranscrit la souffrance avec une justesse qui confine à la vérité absolue ; à un point tel qu'elle a obtenu le Prix littéraire de l'Académie de Médecine 2008. Elle fait de son roman personnel une véritable biographie de la maladie, qu'elle universalise en ne nommant jamais précisément sa pathologie - bien qu'on la devine.

    Alitée depuis bientôt deux ans, j'ai éprouvé un bien fou à lire ces lignes qui semblaient sortir de ma tête, de mes maux. Claire Marin est la voix authentique, la plume précise, de tous les patients. Elle narre avec exactitude les états physiques et émotionnels dictés par la maladie, l'asservissement de ce corps et de cet esprit qui ne font plus un, mais qui se scrutent, se maltraitent, ne se comprennent plus, entre espoir et résignation, pleine conscience et quasi folie, désir de vie et inexorable condamnation.

    Un livre poignant qui fait du bien aux personnes souffrantes. Les font un instant se sentir moins seules.

    Un livre nécessaire pour les entourages dévoués autant que désarmés, qui souvent ne comprennent rien à rien même si ce n'est pas faute d'essayer.

    Un livre urgent pour ce corps médical qui est plus souvent qu'à son tour à côté de la plaque, odieux et peu impliqué.

    Ils en parlent aussi : Perruche, Laurence, Le libraire.

    Vous aimerez sûrement :

    Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

    Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

    La nuit ne dure pas d'Olivier Martinelli

    Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu

    Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto

    Juste avant de Fanny Saintenoy

    Vous ne connaîtrez ni le jour ni l'heure de Pierre Béguin

    Journal d'un corps de Daniel Pennac

    Extraits :

    L’évidence de la vie saine. Respirer, cligner des paupières, déglutir, tenir debout, marcher. Tout ce petit ménage intérieur du corps, la petite machine sans ambition du quotidien qui nous porte pour nous alléger de la préoccupation de ces détails ; toute cette aisance discrète est amenée à disparaître.

    ...

    La liste des interdictions cumule les diktats de la maladie et les incompatibilités chimiques. Il y a ce que le corps ne peut plus faire, ce que le traitement défend et ce que le moral délabré devient incapable d’imaginer.

    ...

    On ne sait pas guérir cette maladie. C’est une phrase qu’on met un petit moment à comprendre. Ça paraît incroyable. Certains d’ailleurs mettent en doute votre parole. Comment, au XXIe siècle, on greffe des coeurs, des visages, on crée des organes artificiels et on ne sait pas guérir cette maladie! L’indignation est à son comble, on vous en veut presque de révéler un tel scandale. Apparaît alors le fameux joker des “progrès de la science”. Bientôt sans doute, comme le reste, on saura… Je ne veux
    même pas entendre cette phrase. Elle m’exaspère. Ils ne veulent pas comprendre que je ne guérirai pas. Je ne vais quand même pas faire semblant pour les rassurer.

    Je ne guérirai pas. Je suis, pour le reste de ma vie, atteinte d’une maladie.

    ...

    Il ne reste plus qu'à se taire. Parce que dire ne sert à rien, parfois même nous dessert. Parce que la parole est toujours en retard sur le mal, malhabile, inadéquate. La parole le dénature, transformant le cri inarticulé en sons maîtrisés. Cette maîtrise, déjà, est autre chose. Comment contenir dans le sens ce qui n'en a pas. Comment prétendre asservir la souffrance à la construction logique d'une phrase. Des serpents de feu s'élancent dans les veines de mes bras et semblent vouloir s'échapper de mes doigts. La phrase est démesurément lente pour cet éclair de douleur qui saisit avant même que je ne sois capable de réaliser vraiment. Que faire de cet indicible qui ronge...

    ...

    Je suis comme une pierre qui chute. La seule certitude est celle d'une irrépressible déchéance. Si l'on espère encore l'inversion de la gravitation, ce n'est que pour échapper à la folie qu'une telle certitude ne manque pas d'engendrer.

    ...

    Être malade, c'est comme être obsédé par un même refrain agaçant, par une mélodie entêtante, qui accompagne chacun de nos sentiments, qui nous interdit d'être vraiment présent à nos propres pensées, qui colonise notre intériorité.

    ...

    Mes nerfs sont des fils dénudés. On entre dans une nouvelle échelle de perception, exacerbée par la douleur. Tout me devient sensible, tout peut me devenir intolérable. Mes réactions sont épidermiques.

    ...

    L'identité de malade phagocyte toutes les autres.

    ...

    Dans la salle d'attente, je suis la seule femme jeune. La plupart des patients ont l'âge de mes parents ou de mes grands-parents. J'ai l'habitude. À l'hôpital, je vois ce que beaucoup ne découvriront que trop tard, sans avoir eu la possibilité de s'y habituer ; le fait que l'on meurt à l'hôpital, dans un lit étranger et froid. Que l'on meurt en souffrant.

    ...

    Patiente. C'est mon statut et l'ordre auquel je dois obéir. C'est un nom, un adjectif et un verbe à l'impératif. Ce qui me caractérise, c'est d'obéir à cet ordre qui m'est sans cesse implicitement rappelé. Patiente. Attends. Attends que la crise passe, attends que la douleur diminue, attends que le sommeil te délivre. Attends que cela fasse de l'effet. Une heure, trois jours, deux semaines. Attends que les effets secondaires s'atténuent. Subis, supporte, accepte, résigne-toi. Fais avec.

    ...

    Certains nous accusaient de nous complaire dans le pessimisme. Ca les indignaient. Mes douleurs n'existaient pas. J'étais folle sans doute. Cela arrive quand on réfléchit trop. Vous devriez penser à autre chose. Ce n'est rien. Cette douleur aiguë n'est rien. Vous n'êtes plus rien quand on vous nie à ce point. Quand ce qui dévore toute votre énergie n'existe pas. Quand cette violence qui s'exerce en vous, contre vous, est oubliée. C'est vous, toute entière, qui êtes reniée, désavouée... Deux fois dépossédée, deux fois écrasée, deux fois trahie.

    ...

    On ne se croit pas capable de renoncer à la vie qu'on s'est toujours imaginée. Pourtant, on y arrive. Et plus la maladie impose d'obstacles, plus on repousse les limites des situations qu'on pensait être capable de tolérer. On renonce à une certaine idée de la santé, de la beauté, de la dignité. On accepte l'humiliation quotidienne de l'hôpital, les blessures que creusent les remarques des autres. On évite ceux qui, à force de maladresse ou pour se rassurer, enfoncent un poignard à chacun de leur regard compatissant. On ne dit plus grand-chose. On s'éclipse discrétement lorsque les collègues racontent leurs petits maux. On passe peut-être pour quelqu'un d'intolérant. Mais ces petits malades nous exaspèrent.

    ...

    La dispute est un effet secondaire de la maladie.

    ...

    Nous non plus, on ne veut plus en parler. De guerre lasse, on cède. Oui, ça va mieux. Bien sûr. Heureusement. Vous ne voulez pas en entendre parler, vous ne voulez pas que je vous dise, que non, cela ne va pas mieux, que oui, j'ai toujours mal, toujours, toujours mal. Ca ne finira donc jamais. Non, ça ne finira jamais. Vous ne voulez pas comprendre ? Est-ce si difficile à comprendre ce qu'est ne pas guérir ?

    ...

    De quelle douleur s'agit-il ? Qu'est-ce qui se cache derrière elle ? Quelles sont les amertumes, les déceptions qui la prennent comme prétexte, comme parure ? Quelles souffrances opportunistes se greffent sur la douleur du corps et en font leur excuse ? Est-ce la tristesse, la peur de l'échec ou de l'abandon ? Ne suis-je pas encore cet enfant qui se sert d'une chute pour pleurer une autre douleur, capter un peu d'attention, la marque d'une affection, d'un regard sur soi ? N'ai-je pas confondu cette maladie avec tout ce qui ne se soigne pas, ce qui n'a pas de réponse ? (...) Peut-être ai-je confondu cette douleur avec une incapacité plus générale à vivre. Avec un autre mal-être. Peut-être ai-je accusé, accablé un corps qui ne peut pas me contredire. La déception vient peut-être d'ailleurs, de plus loin. D'une incapacité à vivre, d'un pessimisme sans fond, d'une complaisance dans la tragédie.

    ...

    Il y a des matins où l'on est épargné, où la douleur nous a oublié. Des matins où l'on est guéri. Des matins où l'on croit que demain sera aussi léger, aussi facile. Des matins où ressurgit l'espoir qui s'amenuise au fil de la lutte déséquilibrée. (...)

    Évidemment, la nuit le tue et parfois se venge. Souvent, les douleurs du lendemain nous font payer les excès de cet optimisme.

  • Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier

    Éditions Fleuve Noir - 351 pagesdemain j'arrête.jpg

    Présentation de l'éditeur : Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides. Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant des escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu'elle n'a pourtant jamais vu, obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres en espionnant un mystérieux courrier... Mais tout cela n'est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu'elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret. Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée et attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu'à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons-nous fait le truc le plus idiot de notre vie ? Avec cette première comédie, Gilles Legardinier, déjà remarqué pour ses deux thrillers L'exil des Anges et Nous étions les hommes, révèle une nouvelle facette d'une imagination qui n'a pas fini de surprendre. Drôle, percutant, terriblement touchant, son nouveau roman confirme ce que tous ceux qui ont lu un de ses livres savent déjà : Gilles a le don de raconter des histoires originales qui nous entraînent ailleurs tout en faisant résonner notre nature la plus intime. Voici un livre qui fait du bien !

    Ma note :

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    Broché : 19,20 euros

    Poche : 7,60 euros (à paraître le 4 avril 2013)

    Ebook : 14,99 euros

    Un grand merci aux Éditions Fleuve Noir & Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    Pléthore de critiques sur les blogs et autres sites de ventes en ligne ; la plupart enthousiastes voire dithyrambiques. Une chose est sûre, Gilles Legardinier ne manque pas de visibilité. Un état de fait à double tranchant qui peut provoquer une adhésion confiante instantanée ou au contraire, un rejet immédiat. Parce qu'il n'est pas rare que les excès laudatifs de l'engouement massif n'aient pour seul résultat que la déception. Trop d'éloges tue le mérite.

    Les quelque cinquantes premières pages de Demain j'arrête ! ne m'ont d'ailleurs pas convaincues. Non pas qu'elles fussent mal écrites mais l'héroïne m'agaçait. Trop gaffeuse et obsessionnelle - limite flippante - pour être crédible. Mais l'écriture vivante, punchy, m'a retenue et j'en suis a posteriori ravie. Car passé le cap de l'introduction, l'on plonge dans une histoire emplie d'émotions et d'humour dont on veut absolument connaître le dénouement.

    Les personnages sont la grande force de cette comédie : loin d'être lisses, parfois tout de même à la limite de la caricature, ils sont loufoques et pleins de défauts. Ultra contemporains, ils donnent beaucoup de couleur à l'ensemble et sont très attachants.

    L'intrigue quant à elle est certes assez légère mais parsemée de réflexions véritables mantras anti-morosité, elle gagne en profondeur, sans toutefois être prise de tête ou moralisatrice. Gilles Legardinier envisage son écriture comme un moyen de faire du bien et il y parvient haut la main.

    Il est étonnant de voir comme cet auteur multifacettes passe sans complexe et manifestement beaucoup de mérite du polar au roman jeunesse en passant, comme ici, par la chick lit. Peu commun a priori de plonger dans un roman aux accents sentimentaux écrit à la première personne quand l'héroïne est une jeune femme et l'auteur un homme... Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, il semblerait que le phénomène ne soit par rare ! Je dirais que la différence majeure réside dans une écriture apparemment moins romancée et un incontestable recul d'avec l'idéal féminin ; de fameux atouts pour gagner en crédibilité.

    Finalement, la seule gêne persistante concerne un récit secondaire : celui de Xavier autour de son véhicule. Je ne saurais citer mes sources - je me suis pourtant creusé les méninges - mais je suis convaincue d'avoir déjà lu une histoire identique. Je ne parle évidemment pas de plagiat, mais de réminiscence. Ou de facilité.

    Demain j'arrête ! n'est en conclusion pas de ces romans impérissables qui entreront dans la légende littéraire mais c'est assurément un petit bonheur dont il serait dommage de se priver. Qui est assez fou pour prétendre se passer sciemment d'un agréable moment ?

    Ils en parlent aussi : Kreen, Pauline, Tribulations d'une vie.

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    Extraits :

    Je me suis mise à songer à tout ce que j'avais traversé ces derniers mois. Je me sentais suffisamment bien pour y penser avec recul, comme s'il s'agissait de l'histoire d'une autre que je pouvais étudier avec détachement. Pas question de laisser surgir les vraies questions. Celles-là, je n'en viens jamais à bout. Trop nombreuses, trop vraies. Je cherchais simplement une vue d'ensemble, neutre, évaluée froidement, histoire de croire un isntant que j'étais en sécurité, dominant en toute impunité le champ de bataille.

    ...

    Je crois qu'au fond elle n'est pas méchante ; d'ailleurs, je l'aime bien. Mais quand on voit une jeune femme magnifique changer de mec comme elle veut et en plus réussir sa carrière, on est bien contente de pouvoir se dire qu'elle est gourde parce qu'on est un peu jalouse.

    ...

    En fait, je ne suis pas certaine que les femmes soient foncièrement plus élégantes que les hommes. Le vrai problème, c'est qu'elles sont plus limitées lorsqu'il s'agit de faire pipi partout.

    ...

    N'oubliez jamais cette vérité absolue : ce qu'il y a de pire dans ce monde, ce ne sont pas les épreuves, ce sont les injustices.

    ...

    Je déteste le café. Je n'aime pas l'odeur et c'est un désastre écologique. Je ne comprends pas comment ce jus a pu devenir un code social aussi universel. Comme quoi on peut faire accepter n'importe quoi aux gens si on insiste longtemps.

    ...

    Il y a quelque chose de rassurant à grandir près de ses copains d'enfance. On garde le lien avec le passé, on continue ensemble. Peu importe ce que l'on dit ou ce que l'on fait, on est toujours là.

    ...

    Ce fut le premier enterrement auquel j'ai assisté. Je n'oublierai jamais. Tous ces gens en noir devant le cercueil. Les larmes, cet insupportable sentiment d'impuissance, la découverte de l'infranchissable frontière entre l'avant et l'après.

    ...

    Nous les filles, quand on pense à quelqu'un, on y pense tout le temps. Il occupe chaque recoin de notre esprit à chaque seconde. Vous vous démenez pour tenter de vous changer les idées et le moindre petit détail vous y ramène. Prisonnière d'une obsession.

    ...

    Toutes ces relations, toutes ces histoires ne m'ont rien appris. Elles m'ont juste coûté mes illusions et l'innocence avec laquelle on se lance toutes.

    ...

    C'est peut-être une maladie à mon âge, mais je suis sensible aux choses que je fais pour la dernière fois.

    ...

    Je ne sais pas pour vous mais, au début de ma vie, il n'y avait que deux sortes de personnes dans mon univers : celles que j'adorais et celles que je détestais. Mes meilleurs amis et mes pires ennemis. Ceux pour qui je suis prête à tout donner et ceux qui peuvent aller crever. Ensuite, on grandit. Entre le noir et le blanc, on découvre le gris. On rencontre ceux qui ne sont pas vraiment des amis mais que l'on aime quand même un peu et ceux que l'on prend pour des proches et qui n'arrêtent pas de vous planter des couteaux dans le dos. Je ne crois pas que la découverte de la nuance soit un renoncement ou un manque d'intégrité. C'est juste une autre façon de voir la vie.

    ...

    Il faut tout espèrer, au risque d'être déçu. Il faut tout éprouver au risque d'être blessé, tout donner au risque d'être volé. Ce qui vaut la peine d'être vécu vous met forcément en danger.

    ...

    Chaque génération a ses codes, ses mots, son jargon. Suivant notre âge, on a flashé, vibré, fantasmé, kiffé, ou je ne sais quoi encore sur les mecs. Pourtant, quelles que soient les époques, certains mots n'ont jamais changé, certains termes ne subissent pas l'influence des modes. Adorer, espérer, souffrir, attendre et pleurer. Personne, pas même ces jeunes filles insouciantes, n'ose jouer avec la vérité profonde de notre destin.

  • L'escapade sans retour de Sophie Parent de Mylène Gilbert-Dumas

    l'escapade sans retour de sophie parent.jpgVLB Éditeur - 346 pages

    Présentation de l'éditeur : Sophie Parent n'avait rien d'une aventurière. Installée depuis des années dans le confort de sa banlieue, elle s'était laissé porter par la vague tranquille de son quotidien. Elle respectait l'ordre social, avait confiance en ses proches, ne mentait pas et avait pour le chaos une aversion intraitable. De l'avis de plusieurs, elle surfait avec adresse sur la grande mer de la vie. C'était deux mois avant que commence sa descente aux enfers... Pourtant, le mercredi 8 décembre 2010, sans l'avoir cherché, Sophie met le doigt sur ce qui la tourmente depuis des mois. Une simple haie dans le jardin, qu'elle croyait belle et fournie, depuis des années, mais qui ne l'était finalement qu'en apparence, l'amène à faire une comparaison troublante avec sa propre vie. À partir de ce moment-là, toutes ces choses qu'elles avec toujours considérées comme de simples irritants deviennent les symptômes d'un mal qui ne cesse de s'aggraver. Jusqu'au jour où elle décide de partir une semaine dans le sud, seule, sans prévenir personne, juste pour souffler un peu et faire le point. Mais quand la remise en question est amorcée, un retour est-il possible ?

    Ma note :

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    Broché : 16 euros

    Poche : 8,40 euros (à paraître le 4 avril 2013)

    Un grand merci à VLB Éditeur & aux Éditions Pocket pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre.

    La littérature québecoise et moi, une histoire d'amour encore jamais déçue.

    S'il est proverbialement admis que "tout Tchèque doit avoir un violon sous son oreiller", mon approche du Québec par le prisme de ses écrivains m'a convaincue que les marraines fées ont déposé des plumes sous les traversins de la Belle Province. Alors forcément, quand les Éditions Pocket ont suscité la tentation en me proposant d'acheminer depuis cette contrée de belles lettres un livre à la chatoyante jaquette, le seul moyen de m'en délivrer était d'y succomber - adage, quand tu nous tiens...

    Si, en raison de quelques maladresses et invraisemblances, L'escapade sans retour de Sophie Parent n'est pas le meilleur de la romance / chick lit - menus défauts dont il est aisé de passer outre et qui n'entâchent nullement le plaisir de lecture -, il est en tout cas la preuve écrite du caractère inepte de la présupposée vacuité du genre.

    L'agréable livre de Mylène Gilbert-Dumas n'est pas une simple plongée dans les touchantes aventures d'une jeune quarantenaire ayant décidé de vivre enfin pour elle-même et non plus au service - pour ne pas dire esclave - des autres. Il est également une invite à l'introspection, à la remise en question.

    Si Jirô Tanigushi, avec son exceptionnel roman graphique Quartier lointain, nous amenait à nous interroger sur ce que nous ferions différemment si nous avions l'opportunité de tout recommencer à partir de nos quatorze ans, Mylène Gilbert-Dumas quant à elle nous incite à faire un bilan de parcours existentiel afin d'éventuellement réajuster et, pourquoi pas, tout bousculer, pour le temps qui nous reste. Parce que s'il est possible voire inévitable de perdre du temps, il ne faut pas non plus passer à côté de sa vie...

    Un livre optimiste qui rappelle qu'il n'est jamais trop tard... Mais que le moment est aussi venu...

    Messieurs, gardez-vous bien d'offrir ce roman à votre compagne, méfiez-vous si vous le voyez entre les mains de votre moitié ! Il pourrait bien leur donner des idées...

    Ils en parlent aussi : AniouchkaPetitebelgeAu pouvoir des mots, La bouquineuse boulimique.

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    La femme qui décida de passer une année au lit de Sue Townsend

    Vacances anglaises, N'oublie pas mes petits souliers et S.O.S. de Joseph Connolly

    Extraits :

    Prenons un instant pour prendre conscience qu'il n'y a que trois façons de modifier la trajectoire de notre vie, pour le meilleur ou pour le pire : la crise, la chance et le choix.

    Sarah Ban Breathnach

    ...

    Tout le monde l'enviait, admirait ses succès, mais personne ne voyait à quel point elle se sentait insignifiante en dedans. Car sa vie ne ressemblait en rien à ce dont elle avait rêvé jadis, quand l'adolescence lui permettait encore d'espérer.

    ...

    Ce n'était pas cette vie-là qu'elle avait voulue.

    ...

    Les rêves de fuite faisaient partie du quotidien de Sophie depuis tellement longtemps qu'elle ne se rappelait plus quand ils avaient commencé.

    ...

    Pourtant, Sophie ne s'était jamais sentie à la hauteur, ni de ce qu'on attendait d'elle ni de ce qu'elle aurait voulu être.

    ...

    Même de nos jours, alors qu'on aimait croire que tous étaient égaux, même chez les femmes les plus indépendantes. Parce que l'égalité, c'était de la politique, c'était dans la vie publique. Dans le privé, dans les foyers, les choses n'avaient pas tellement changé.

    ...

    - Avez-vous lu tous vos livres ?

    - Pas encore. Le problème, c'est que j'en achète chaque fois que je mets les pieds dans une librairie. Le bon côté de l'affaire, c'est que j'en ai toujours quelques-uns en attente, ce qui m'assure de ne jamais tomber en panne de lecture.

    Elle riait, et ses yeux couvaient la bibliothèque d'un oeil affectueux.

    - Quand on arrive à un certain âge, ma fille, on aime bien voir le monde à travers le regard des autres. Ca nous permet de confirmer ou d'infirmer certaines de nos conclusions.

    ...

    - C'est ça, la vie : un fragile équilibre entre l'harmonie et le chaos.

    ...

    Elle se rappelait ses premiers appartements, et le plaisir de faire son nid remontait à la surface. À l'époque, chaque déménagement lui donnait l'occasion de repartir à neuf.

  • Du bleu sur les veines de Tony O'Neill

    À paraître le 13 février 2013.du bleu sur les veines.jpg

    13e Note Éditions - 315 pages

    Présentation de l'éditeur : Voici le portrait d’un jeune Anglais échoué à L.A. et dont la vie bascule sans transition de la scène musicale au quotidien des junkies et à l’univers de la rue. Au-delà du thème de l’addiction, Tony O’Neill évoque l’essentiel : notre capacité à rester honnêtes et authentiques dans un monde qui ne nous le permet plus vraiment. Notre héros a de gros soucis : une femme qu’il connaît depuis deux jours à peine, pas de job, pas d’argent et un budget stupéfiants ayant explosé depuis longtemps toutes les limites, dans un Los Angeles qui n’a jamais fait de concessions aux égarés. Mais là n’est pas le principal intérêt du roman. Oui, on y trouve des histoires de deals, d’amitié perdue, de souffrance, de sexe et de relations superficielles. Bien sûr il y a les motels pourris, les crises de manque, les cliniques de méthadone et la recherche permanente du high. Et non il n’y a aucun romantisme, aucune morale, et pas de retour des ténèbres vers la lumière. Mais ce douloureux et croissant besoin de dope, qui vous fait pactiser avec le Diable, est aussi une quête sans fin pour trouver un sens à sa propre vie. Et c’est ce qui propulse Du bleu sur les veines bien au-delà du traditionnel parcours fléché « addiction / rédemption ». L’aventure d’un musicien-écrivain qui cherche en lui-même ce qu’il y a de plus précieux : l’amour.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Annie-France Mistral.

    Ma note :

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    Poche : 9,50 euros

    Un grand merci à 13e Note Éditions pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce livre en avant-première.

    Trash, défonce, désenchantement, perdition, rejet de la société, du système, esprit underground... Si ces mots ont une résonance particulière en vous, il vous faut dès demain vous procurer la nouvelle parution des éditions 13e Note, Du bleu sur les veines de Tony O'Neill.

    D'une plume ardente à dix mille lieues d'une énième confession d'un mec ayant connu l'enfer de la drogue et trouvé le chemin de la rédemption, il raconte. La curiosité. La descente aux enfers. L'espoir.

    Il suffit de lire la présentation de l'éditeur ci-dessus ainsi que les deux extraits grassés ci-dessous pour appréhender la puissance de ce récit, dans l'esprit, quoique bien au-delà, du néanmoins incontournable Flash ou le Grand Voyage de Charles Duchaussois.

    Une fois troquée sa seringue contre sa plume, Tony O'Neill transcende un sujet déjà maintes fois traité avec plus ou moins d'intérêt. Ce musicien-écrivain drogué, dont la carcasse a plongé dans la crasse mais dont la plume a été touchée par la grâce, nous raconte donc avec la "clarté et la concision typiques des junkies" cette aventure au bout de lui-même guidée par le désir de fuir, d'oublier un monde en perdition. Il donne naissance à une écriture percutante qui ne "s'embarrasse par de fioritures".

    Il dévoile tout, ne cache rien, assume, un point c'est tout. Il relate sans concession cette folie. Tantôt pathétique, tantôt lâche, comme cette scène déroutante où, confronté à sa copine en pleine overdose, il se shoote, pique toute la dope et se tire, la laissant entre la vie et la mort. Même au coeur du coeur de l'horreur et de la déchéance, il arrive pourtant à faire de l'humour, plus souvent de l'ironie. Et finalement, dans toute cette noirceur, reste éternellement présent à l'esprit du poète, tout drogué qu'il soit, l'amour, seule immuable émotion porteuse de cet inextinguible espoir, qui peut détruire autant qu'il peut sauver.

    J'ai volontairement renoncé à inclure dans mes extraits les magnifiques descriptions des scènes de défonce qui, sorties de leur contexte, pourraient passer pour une apologie de la drogue. Ce serait trahir l'auteur qui ne souhaite ni vanter, ni condamner. Juste raconter. Expliquer le pourquoi et le comment de cette errance sans cesse répétée, aussi lucide qu'incontrôlable. De l'impuissante conscience.

    "Au long de ses phrases dévastatrices, les mots caracolent en furieuses résurgences". "Au fil de ces pages hurlantes", Tony O'Neill fascine autant qu'il apitoie voire dégoûte, mais "quelques lignes suffisent pour pièger le lecteur dans ce monde de freaks, de musiciens accros au crack, ce monde où, de motels sordides en appartements délabrés, les organismes éprouvés par la dépendance enchaînent deals malsains, overdoses, amours brisées."

    Une chose est sûre, l'on ne sort pas indemne de ce texte. Moins naïf, moins condescendant, moins apte à juger et condamner.

    Si l'on ajoute à cette magistrale narration une magnifique préface de James Frey intitulée "Le Dickens déjanté du XXIe siècle" ainsi qu'une postface exceptionnelle de Dejan Gacond accompagnée de deux photographies de Kit Brown, l'on se demande quelle excuse pourrait bien crédibiliser le fait de s'abstenir de cette lecture.

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    Extraits :

    (...) le vrai talent de Tony, c'est d'avoir su capter ce qui se passe dans la tête d'un junkie. La pulsion de mort d'un drogué, qui, vue de l'extérieur, peut paraître abyssale à qui tente de la comprendre, est ici analysée dans le détail à la perfection. Son refus d'emprunter les sentiers battus et rebattus des habituelles "confessions d'un héroïnomane" est rare et stimulant.

    ...

    Merci à tous ceux qui ont essayé cent fois de me tirer de la merde (...). Merci à tous les dealers qui ont été réguliers et ne m'ont pas arnaqué.

    Enfin, merci à tous les junkies, voleurs, putes, rebelles, ratés, partis-en-vrille, foutraques et dealers : nous sommes les derniers humains réellement libres sur cette planète contrôlée par les flics et les hommes politiques pourris. Il est grand temps que tout le monde s'oppose maintenant à LA GUERRE CONTRE LA DROGUE.

    ...

    Je suis au-delà de la vie et de la mort, au-delà de l'ennui et de la folie. Pendant que je dérive, suspendu dans mon paradis artificiel, je me fais une promesse. Si ça s'arrête un jour, si je m'en tire, j'écrirai tout. Je dois me souvenir de tout, je ne veux pas avoir vécu ces années pour rien.

    ...

    Pour couronner le tout, il y avait ce roman en suspens qui attendait au pied de mon lit, presque deux cents pages de masturbation intellectuelle complaisante. Il me narguait tous les soirs lorsque je me couchais et je craignais de ne jamais pouvoir le finir.

    ...

    Bien que je travaille à la maison, elle me prend pour un glandeur. Même si elle ne le dit pas, elle m'en veut de gagner autant d'argent qu'elle, simplement en écrivant deux heures par jour.

    ...

    Je regarde la télé. Je trouve le visage difforme de ces journalistex au brushing impeccable, trop nourris et trop bronzés, encore plus ridicules, hystériques et grotesques que d'habitude. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils disent, une bouillie idiote sans queue ni tête de ragots sur des people et de blagues nulles entre présentateurs minables. J'en viens à être presque nostalgique de la diction snob de ceux de la BBC. Eux au moins, on a pas l'impression de s'abrutir en les écoutant.

    ...

    C'était triste à voir. Il avait l'air d'un pantin. Il ne contrôlait plus rien de sa vie.

    ...

    Il a la profondeur de ceux qui ont ressenti dans leur chair la terrible absurdité de la vie et de la mort.

    ...

    - T'as dormi quand la dernière fois ?

    - J'ai fait une petite sieste dimanche.

    - Ca fait pas lourd depuis vendredi matin...

    - Mouais. Et alors ? Dormir, ça fait chier.

    (...)

    - RP, où est-ce que tout ça nous mène ?

    - À la mort. On va tous crever. Toute la ville va crever. Le monde entier va crever. Tu ne le vois pas ? Tu ne le sens pas ? On vie les derniers jours de Rome, l'empire s'effondre. Nous, on fait le seul truc qu'il nous reste à faire.

    ...

    Je me sens nul, archinul, j'ai regressé au point de me foutre de tout ce qui peut bien arriver.

    ...

    Je n'aurais jamais le cran de tenir ma promesse. Pire que ça, je n'aurais jamais assez de dignité pour le faire. Comment je peux continuer comme ça ? À foutre en l'air toutes mes chances, à tomber amoureux en me trompant perpétuellement de personne, à rater tout ce que j'entreprends, à poser des mines au lieu d'avoir la sagesse de me bouger le cul et de me tirer ! Le courage d'en finir dans une apothéose magnifique et pour une fois authentique ! Mais envisager le suicide me dépasse. Autant que ma vie s'achève comme elle s'est déroulée jusqu'à présent... à petit feu et dans une absolue absurdité.

    ...

    RP voit le bleu sur mon bras et me lance un coup d'oeil soupçonneux. Je le regarde droit dans les yeux ; rien n'est dit, mais il devient en une seconde le premier de la bande à savoir que je me shoote. Je le remercie de ne m'avoir jamais fait la morale. En bon épicurien qui se respecte, il ne se serait pas permis de balancer ce genre de conneries condescendantes.

    ...

    Ici, sur un coup de tête, je trempe mon doigt dans le sang qui me coule sur le bras et je peins un cadre autour du dessin fait par la shooteuse qui s'est mis à dégouliner. Je recommence et gribouille une signature illisible en dessous. Parfait ! Je suis le Jackson Pollock des junkies.

    ...

    Depuis, ma vie s'est transformée à toute vitesse. Mes amis ont considérablement changé d'attitude envers moi. Je ne leur ai pas caché ce que je faisais, résultat, je les ai vus de moins en moins.

    ...

    Très vite, je cesse complètement d'avoir envie de sortir dans les bars. Mes anciens potes m'ennuient. On ne s'intéresse plus aux mêmes choses depuis longtemps. Leur appétit insatiable pour l'alcool et le speed me tape sur les nerfs. Je trouve ça puéril. J'aime mieux rester chez moi, seulement moi, ma musique et ma came, que me joindre à leurs virées dans des clubs ou des fêtes. Je m'installe très rapidement dans cette routine solitaire. Je me réveille au milieu de la matinée, premier fixe, j'écris pendant quelques heures, deuxième fixe, et ensuite, prise de tête, il faut dégoter du blé pour aller pécho.

    ...

    Mais ça crée aussi une dépendance incontrôlable qui, tant qu'elle dure, pousse à faire n'importe quoi pour s'en procurer et éviter la descente. Dans ces cas-là, je suis absolument capable de voler mes amis, de leur mentir et de faire n'importe quoi pour en avoir encore. Rien à voir avec l'envie d'arnaquer. Il s'agit simplement de satisfaire un besoin irrépressible. Quand je n'ai plus de coke et que je disjoncte à la perspective de retomber dans un état normal, prendre en considération le bien et le mal me paraît un luxe ridicule.

    ...

    Dès notre naissance, nous sommes obligés de nous soumettre à des institutions complètement hypocrites et ridicules comme l'école, l'État, Dieu, la police, le gouvernement, le mariage, à des notions comme le travail, l'idéal du bon citoyen (comme si ça avait un sens), la santé mentale, l'éthique. Tout ça nous est imposé au fil du temps par les culs-bénits conservateurs qui ont transformé ce monde en une farce grotesque depuis qu'existe le concept de société. C'est pourquoi il est nécessaire, pour financer le train de vie de ces personnes, qu'une société stupide et malade continue à bosser, à payer des impôts et à aller mourir sur des champs de bataille. C'est une situation complètement artificielle. Elle crée une sorte de crise existentielle de masse, un trouble psychologique collectif qui se manifeste par des émeutes, des meurtres, des suicides et des guerres. La façon que j'ai choisie pour gérer cette pathologie a été de me shooter, l'alternative étant de commettre un massacre.

    ...

    - Je te promets, ça finit toujours par s'arranger, souviens-toi de ça, ça finit toujours par s'arranger.