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La femme qui décida de passer une année au lit de Sue Townsend

À paraître le 8 février 2013.la femme qui décida....jpg

Éditions Charleston - 446 pages

Présentation de l'éditeur : Le jour où ses jumeaux quittent la maison pour partir à l’université, Eva se met au lit au beau milieu de la journée… et y reste pendant un an. Elle n’est pas malade, bien au contraire. Depuis les confins de son lit, elle va trouver le sens de la vie, rien de moins ! Le rêve secret de TOUTES les femmes vu par Sue Townsend, la papesse de la comédie satirique made in England, auteur de l’inoubliable Journal d’Adrien, 13 ans 3/4, un classique de la littérature jeunesse (plus de 8 millions d’exemplaires vendus dans le monde) et du truculent La Reine et moi.

Ma note :

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Broché : 21 euros

Un grand merci aux Éditions Charleston pour m'avoir offert l'opportunité de découvrir ce roman en avant-première.

Se mettre au lit et n'en plus bouger pour une durée indéterminée, telle est, d'un jour apparemment comme un autre au lendemain, la décision pas banale prise par Eva. À l'origine de cette "initiative", la découverte d'une tâche à base de tomate - très ordinaire bien qu'agaçante - sur son fauteuil préféré. Une décision radicale qui pourrait apparaître un brin excessive, mais ce serait négliger le fait que cette souillure n'est que la goutte d'eau qui fait déborder une coupe déjà bien pleine.

Ce que l'on va découvrir au fil des pages, c'est qu'Eva était une desperate housewive cinquantenaire au bord de la crise de nerf qui ne demandait qu'à exploser. Délaissée, méprisée, bafouée, humiliée... par son mari, ses enfants, sa mère, sa belle-mère... Effarée et déprimée par les violences, les injustices, les horreurs... de la société et même de l'Humanité, il ne lui fallait pas plus qu'une simple salissure pour qu'elle décide de se retirer de cette vie qu'elle déteste et de ce monde qu'elle ne comprend plus et qui ne lui accorde qu'une place insignifiante qu'elle ne veut plus accepter.

Ce qu’Eva n'avait pas prévu en revanche, alors qu'elle n'aspire qu'à la tranquillité, c'est qu'en souhaitant littéralement ne plus mettre un orteil en dehors de sa couche, elle allait avoir besoin des autres pour la nourrir ou encore pour la débarrasser de ses excrétions. Sans compter que l'attention générale se braque rapidement sur cette "drôle de femme au lit"...

Alors, caprice ou délire psychiatrique ? Et comment tout cela va-t-il finir ? C'est ce que Sue Townsend, "l'une des romancières les plus drôles de son époque" selon le Times, nous raconte dans cette comédie satirique aux cocasseries so british. Elle nous plonge dès les premières pages dans son roman choral à la pléthore de personnages farfelus, aussi extravagants les uns que les autres, chacun à sa façon... mais également profonds.

Eva est une fille, une épouse, une mère... Et surtout une femme qui ne se reconnaît plus, dont la vie insatisfaisante manque cruellement d'existence. Mais il n'est jamais trop tard pour bousculer la vie qui ne nous convient pas. Ce qui m'a le plus touché chez elle, c'est son réveil, son sursaut de conscience, cette envie de dire stop et de le faire, même si sa façon peut sembler discutable, égoïste et pas réellement active ainsi que son empathie, trop rare dans un monde où individualisme et indifférence sont devenus la norme. Et de nous attacher à cette anti-héroïne ordinaire malmenée par la vie ordinaire... Ordinaire ? Normal ? Mais l'est-ce vraiment ? Et si la décision d’Eva était l'action la plus sensée en ce monde qui marche sur la tête ?

Quand l'absurdité de la réalité rencontre l'humour anglais, cela donne un récit émouvant et drôle derrière lequel se cache une réflexion sur le monde en général, notre vie en particulier, au coeur desquels on oscille constamment entre désir d'agir, léthargie et pétage de plombs. Si le rythme est maîtrisé par l'auteur, j'ai été un petit peu déçue par les dénouements, un peu précipités à mon goût. L'ensemble reste malgré tout un très agréable moment de lecture. Servi par une écriture vigoureuse et des chapitres courts, véritables mini-cliffhangers, La femme qui décida de passer une année au lit est de ces romans qu'on ne repose qu'une fois achevés.

Ils en parlent aussi : Onirik.

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Extraits :

Dans sa chambre, sans ôter ni ses vêtements ni ses chaussures, elle se mit au lit et y resta un an.

Elle ignorait que cela allait durer un an, bien sûr. Lorsqu'elle se coucha, elle pensais se relever une demi-heure plus tard, mais c'était tellement délicieux de se lover entre les draps blancs et propres où flottait une odeur de neige fraîche.

...

Elle comprit à son regard dérouté qu'après vingt-cinq ans de mariage, l'univers domestique qu'il connaissait si bien s'effondrait.

...

Avant que Brian ne parte, elle lui demanda : "Tu crois qu'il y a vraiment un Dieu, Brian ?"

(...) "Ne me dis pas que tu te tournes vers la religion, Eva. Ca finit toujours par des larmes. D'après le dernier livre de Steve Hawking, Dieu n'a aucune finalité. C'est un personnage de conte de fées.

- Alors pourquoi des millions de gens croient en lui ?

- Eva... Il est prouvé, statistiquement, que quelque chose peut sortir de rien. Le principe d'incertitude de Heisenberg rend possible l'apparition d'un bulle d'espace-temps à partir de nulle part... " Il marque une pause. "Mais je reconnais que sur le plan des particules, c'est complexe. Il faut vraiment que les gars de la supersymétrie dans la théorie des cordes trouvent le boson de Higgs. Et la réduction du paquet d'ondes reste problématique."

Eva hocha la tête et dit : "Je vois. Merci."

...

En fait, j'étais en train de crever mais personne ne s'en rendait compte, parce qu'on faisait tous pareil.

..

Il n'était pas un mauvais mari, pensait-il. Il ne l'avait jamais frappée - pas trop fort en tout cas. Bon, il la bousculait un peu de temps en temps, et une fois - après avoir trouvé une carte de la Saint-Valentin qu'elle avait caché derrière la chaudière et qui disait : "Eva, quitte-le, viens avec moi" -, il l'avait suspendue la tête en bas au-dessus de la rambarde du palier. C'était pour rire, bien sûr. Il est vrai qu'il avait eu un peu de mal à la remonter, et qu'à un moment il avait semblé qu'il pourrait bien la laisser tomber sur le carrelage en dessous. Mais ça ne justifiait pas les hurlement stridents qu'elle avait poussés. Il fallait toujours qu'elle exagère.

Elle n'avait pas le sens de l'humour, se dit-il.

...

Elle voulait des héros et des héroïnes dans sa vie. Sinon des héros, en tout cas des gens à admirer et à respecter.

Commentaires

  • J'aime beaucoup l'idée de départ (surtout en ces mois frileux), mais les mots farfelus et absurdité me font freiner des quatre pattes. A voir....

  • Je comprends tout à fait, c'est exactement ça : une très bonne idée de départ mais l'ensemble aurait pu être mieux. Un bon moment tout de même en cas d'envie de légèreté.
    Allergique à l'absurde et au farfelu ? Bien exploités, ce sont des partis pris drôles, croustillants, je trouve.
    Merci pour ta visite, à bientôt et meilleurs vœux !

  • Bonne critique. J'ai déjà j'ai lu et j'ai vraiment apprécié. Je l'ai aimé. Je vous remercie.

  • Merci ! Et comme c'est à mon sens le moins bon des Éditions Charleston, il vous reste de superbes découvertes à faire...

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