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L'établi de Robert Linhart

l'établi.jpgÉditions de Minuit - 178 pages

Présentation de l’éditeur : L’Établi, ce titre désigne d’abord les quelques centaines de militants intellectuels qui, à partir de 1967, s’embauchaient, "s’établissaient" dans les usines ou les docks. Celui qui parle ici a passé une année, comme O.S. 2, dans l’usine Citroën de la porte de Choisy. Il raconte la chaîne, les méthodes de surveillance et de répression, il raconte aussi la résistance et la grève. Il raconte ce que c’est, pour un Français ou un immigré, d’être ouvrier dans une grande entreprise parisienne. Mais L’Établi, c’est aussi la table de travail bricolée où un vieil ouvrier retouche les portières irrégulières ou bosselées avant qu’elles passent au montage. Ce double sens reflète le thème du livre, le rapport que les hommes entretiennent entre eux par l’intermédiaire des objets : ce que Marx appelait les rapports de production.

Ma note :

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Poche : 5,80 euros

« Je ne suis pas une machine. »

Voilà la quintessence même de cet ouvrage. Le cri de n’importe lequel de ces hommes sur la chaîne de montage. Un ouvrage fort et court où des hommes se battent contre ce travail qui mange tout, contre l’engourdissement et la routine, le racisme, le rabaissement, la peur. Où le temps d’une cigarette est un bien si rare et si précieux. Où les chefs écrasent de leur pouvoir despotique. Mais où les mots entraide et solidarité ne sont ni vains ni vidés de leur substrat.

Inévitablement se pose la question de la légitimité de l'auteur. Un intellectuel gaucho qui va s'encanailler sur une chaîne Citroën au lendemain des événements de 68, qui pourra quoi qu’il arrive trouver un bien meilleur travail, mieux payé, mieux considéré, moins dur... Difficile pour l'auteur d'être crédible et aisé pour le lecteur de penser que tout est biaisé, qu’il ne s’agit que d’une énième convulsion marxiste bourgeoise, qui plus est marquée par son temps.

Bien au contraire.

Évidemment, l’abord de cet ouvrage éminemment politique et sociologique sous-entend une lecture de l’aliénation, de la domination sociale, de la lutte des classes, de l’opposition dominants et dominés mais il n'en demeure pas moins actuel et réaliste. Pire, sa pertinence n’a aucunement faibli. Malgré les quelque trente années écoulées depuis l'écriture de ce texte, les thématiques abordées et les constats sont hélàs transposables au monde du travail actuel. Intensification, augmentation de la production, rationalisation, suppression de postes... sont malheureusement plus que jamais d'actualité.

Rien n’a changé... si ce n'est, parfois, en pire. Heureusement, cet ouvrage est aussi une espérance. L'espérance en un monde du travail où le mieux est possible, où tout ce qui peut améliorer les conditions de travail de l’homme laisse une trace, où même s’il n’est pas le propriétaire des moyens de production, le travailleur peut conserver sa dignité et son honneur d’Homme... Faible lueur mais lueur quand même !

Cet essai sur le travail ouvrier, à la chaîne, se lit comme un roman. Il remet en perspective avec bon sens et clarté les idéaux qui, confrontés à la violence de la réalité, perdent un peu de leur superbe. Et rappelle combien il est difficile de lutter quand l'on est essoré physiquement et psychologiquement par ce rouleau-compresseur que l'on appelle le quotidien...

Ils en parlent aussi : Pierre Merckle, Sonia Flusin, Loïc, Cripure, François Derennes.

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Extraits :

Intensification des cadences.

Temps raccourcis à l’improviste.

Bonis modifiés.

Machines chamboulées.

Un poste supprimé.

Rationalisation.

...

Comment ne pas être pris d’une envie de saccage ? Lequel d’entre nous ne rêve pas, par moments, de se venger de ces sales bagnoles insolentes, si paisibles, si lisses – si lisses !

Rédigé par Vincent

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