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Blast de Manu Larcenet

blast.jpgTome 3 - La tête la première

Éditions Dargaud - 220 pages

Présentation de l'éditeur : "Je pèse deux hommes. L'un vous aime tant qu'il vous lèchera la main pour l'aumône d'une caresse. Il fera où vous lui direz, demandera la permission, courbera le dos sous la trempe, pourvu que vous lui accordiez une place près de vous. Un homme-chien. L'autre, sans trève ni repos, depuis toujours, n'a d'autre obsession que de vous faire baisser les yeux. Puis de les crever." Toujours en garde à vue après la mort d'une jeune femme, Polza Mancini déroule ses souvenirs d'errance, sa quête éperdue du blast, ces moments magiques qui le transportent ailleurs, mais aussi ses séjours en hôpital psychiatrique, ses terreurs et ses cauchemars. Avec Blast, Manu Larcenet signe l'une des oeuvres majeures de la bande dessinée contemporaine, une terrifiante descente aux enfers, profondément humaine et touchante. Un immense roman graphique, noir et âpre, d'un humanisme bouleversant, une série coup de poing dont le premier tome a été salué par le Prix des libraires 2010 !

Ma note :

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 Album cartonné : 22,90 euros

Et puis il y a les séries. Si elles sont gages de plaisir accru - si tant est que la qualité soit au rendez-vous ! -, elles sont aussi synonymes d'attente prolongée. Une attente mettant la patience à rude épreuve puisque contrairement aux mangas dont le rythme de parution est soutenu, les séries de l'acabit de Blast sont, dans le meilleur des cas, basées sur une sortie annuelle...

Si certains de ces cycles graphiques sont coutumiers de l'atermoiement pour finalement livrer de nouveaux opus décevants au regard de la fidèle expectative, Blast à l'art de réconcilier avec le principe et prouve que constance et persévérance riment avec récompense.

Après deux premiers tomes magistraux (Grasse carcasse et L'apocalypse selon saint Jacky), La tête la première se révèle plus qu'à la hauteur et poursuit le puissant crescendo aussi révulsant que fascinant entrepris par Larcenet depuis les premières cases de cette saga monstrueusement humaine.

L'on poursuit ainsi la garde-à-vue de cet extra-ordinaire personnage qu'est Polza, durant laquelle est reconstituée à coup de flashbacks-puzzles sa vie en marge. L'on s'enfonce encore plus profondément, aussi médusés que les deux flics qui l'interrogent, dans ses errances auto-destructrices entre bouffées délirantes et abus de substances en tous genres, dans sa rupture d'avec la société et sa communion d'avec la nature mais aussi sa quête de liberté, son voyage introspectif... et, inévitablement, dans ses crimes. Une narration quasi métaphysique qui laisse partagé entre la nécessité de réprimer sévérement l'horreur et l'envie de comprendre, de compatir, de laisser voix à cette atrocité, cette perdition, ces dérives et dégâts fruits de la société et son lot de misères.

Car Polza est un peu l'incarnation de la complexité des êtres et de leur construction en fonction des contextes (familiaux, sociaux...). Nul n'est noir ou blanc, ni bon ni mauvais. Polza est tout à la fois, fou et sage, fragile et prédateur, victime et bourreau. Voilà pourquoi il répugne autant qu'il attire. Derrière la dualité d'un homme, c'est la schizophrénie de la société, voire de l'humanité que Larcenet pointe du doigt et croque sans concession.

Il fait une fois encore preuve de son exceptionnelle maîtrise du crayon autant que de la plume. Entre trait sompteux et scénario magistral, il a su bâtir une oeuvre essentielle qui s'inscrit incontestablement dans les incontournables de la discipline. Sa justesse narrative et sa maîtrise singulière des phrases puissantes comme des silences plus que parlants sont toujours au rendez-vous. La qualité d'écriture est réhaussée par le somptueux travail graphique auquel il nous accoutume d'oeuvre en oeuvre. L'impressivité du récit est servie par un trait sombre, noir, glauque, des contrastes et cadrages exécutés avec finesse et surtout, surtout ces soudaines et foudroyantes pointes de couleurs habituellement liées au blast et qui ne sont pas sans rappeler le Saturne dévorant un de ses enfants de Goya ou Le Cri d'Edvard Munch. J'insiste sur le habituellement car dans cet opus, pas de blast ! Les fulgurances chromatiques sont liées ici à des exercices artistiques thérapeutiques ou à des oeuvres dénichées au hasard des squats...

Malgré une avancée significative de l'histoire, Manu Larcenet mesure intelligemment les contours qu'il veut bien dévoiler et impose son rythme qu'il gére avec précision, rigueur, de manière aussi jouissive qu'insupportable. Il distille les informations avec subtilité et parcimonie, en dit suffisamment pour satisfaire les attentes mais juste ce qu'il faut pour tenir en haleine, jouer avec les nerfs et faire grimper la tension d'un cran. Les questionnements sur l'identité et les agissements de Polza perdurent et le tourbillon d'émotions générées par le récit coupe le souffle. Un uppercut bédessiné. Bref, le suspens est paroxysmique. Gageons qu'il sera particulièrement éprouvant d'attendre fin 2013 pour avoir, enfin, le dénouement et les clés de ce personnage mystérieux, troublant, dérangeant. Et que l'album ultime de cette tétralogie sera explosif ; foudroyant !

Dans l'esprit du Combat ordinaire, Larcenet compose à nouveau avec ses thèmes de prédilection (dépression, angoisse, mutilation, disparition de la figure paternelle, rejet, décalage, sensation d'isolement à la réalité, aux autres...) en les poussant ici dans leurs retranchements. Il orchestre avec maestria l'association entre son personnage et lui ; une évidence hyperbolique qui révèle, une fois encore, la dimension cathartique de ses oeuvres. Un peu à l'image, dans un autre genre, de celles de Taniguchi (Quartier lointain, Le journal de mon père, Les années douces...) dont il s'est grandement inspiré pour son travail sur Blast... Une source d'inspiration qui est, à elle seule, une séduisante promesse.

Bien que la série soit en cours, ces trois volets d'une oeuvre édifiante constitueront à n'en pas douter un magnifique cadeau de fin d'année pour les amoureux de la bande dessinée. Mais est-il réellement besoin d'un prétexte pour dévorer cette remarquable série, objet d'une adaptation cinématographique ?

La bande annonce du tome 3.

La bande annonce du tome 2.

La bande annonce du tome 1.

Ils en parlent aussi : Sébastien Naeco, Planetebd, Noukette, Sullivan.

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