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Tartuffe au bordel d'Alain Paucard

culture,citation,littérature,essai,sexe,prostitution,histoireA paraître le 7 novembre 2012

Editions Le Dilettante - 121 pages

Présentation de l'éditeur : Et une fois de plus, comme un seul homme, la Rosalie au canon, l'étendard brandi et donnant du clairon, Alain Paucard lance l'assaut, fonce dans la brèche ! Celui qui défendit, seul contre tous, la mémoire calomniée de Joseph Staline, prit fait et cause pour la série B, déchaîna sa ire contre les vacances, se fit le Bossuet du pur malt, sacrifia au culte d'Audiard et fit de Guitry l'une des très riches heures de la langue et de l'esprit français, ramasse aujourd'hui l'épée de Condé pour relever l'honneur du tapin, défendre en sa vérité la prostitution gauloise, menacée par une législation inique et maladroite. "Touche pas à ma pute" tonne le père Paucard depuis cette chair(e) généreuse où il aime tant à monter pour dénoncer les dérives puritaines, les hypocrisies bien-pensantes et la connerie au pare-chocs de 4x4 qui menace la si poétique péripatéticienne, lieu de mémoire et figure clé du paysage français. Dom Paucard fait feu de tout bois, multiplie les exemples historiques, déroule toute une casuistique précise, inspirée de l'histoire récente, visant à démontrer que la prostitution ou art du monnayage érotique participe, non de l'esclavage (même si elle en prend souvent la forme), mais d'un exercice consenti de la liberté, une forme de commerce plus équitable que prévu. Démonstration étayée, et c'est l'un des plaisirs de ce libelle, par une expérience personnelle (n'oublions pas qu'il est l'auteur du Guide Paucard des filles de Paris, 1985) où flamboie cette maxime cinglante et roborative : "la chair n'est pas triste, certes, et voyez dans mon livre." Après le Guide Paucard des filles de Paris, Les Criminels du béton, Le Cauchemar des vacances, La Crétinisation par la culture, Manuel de résistance à l'art contemporain, l'auteur persiste et signe avec Tartuffe au bordel. On ne s'étonne pas qu'Alain Paucard n'ait pas que des amis...

Tartuffe au bordel ! TARTUFFE AU BORDEL ! Non mais comment ? Comment, en ce souvenant de ces innombrables heures de cours de Français où l'on nous a fait bouffer du Molière ad nauseam - pardon Jean-Baptiste, je ne savais pas ce que je vomissais... -, comment, une fois encore, résister à un tel titre ? C'est avec une curiosité goguenarde que je me suis donc plongée dans ce texte.

Ne vous attendez pas à une vulgaire - ce serait le cas de le dire - parodie du célèbre texte du non moins illustre dramaturge. N'allez pas non plus croire que ce court essai soit une histoire des maisons aux lanternes rouges - encore qu'il soit extrêmement bien documenté et riche en exemples historiques.

Non, Tartuffe au bordel est un hymne aux maison de plaisirs.

Bordel, lupanar, bouis, maison de passe, boîte, abbaye de s'offre-à-tous, boutique à surprise, pince-cul, bazar, maison d'abattage, bobinard, boc, tringlodrome, bousingot, estaminet, chabanais, temple de Vénus, sérail, usine à gonocoques, bousin, baisoir, boccard, boxon... Quel que soit le nom que l'on donne à la maison de tolérance, c'est sans doute le terme de maison close qui porte mieux que jamais son nom depuis la loi du 13 avril 1946 dite Marthe Richard - surnommée ironiquement la Veuve qui clôt. Putain de toi Marthe, qu'as-tu fait des p'tites femmes de Pigalle ?

D'un verbe tantôt argotique, tantôt érudit, Paucard condamne l'absurdité et l'hypocrisie de la fermeture des taules et explique avec éloquence pourquoi, pour bien des raisons, ces établissements dont on ne doit plus dire le nom devraient être reconnus d'utilité publique.

L'irrévérence et l'audace à dire tout haut ce que certains (beaucoup ?) pensent tout bas de l'auteur m'ont rappelé mon cher, mon regretté et mon unique, Georges Brassens. Le sujet traité ne pouvait quant à lui que me remémorer l'excellent moment passé à la lecture des Trois mamans du petit Jésus d'Alphonse Boudard.

Je me garderai bien de dire ce que je pense sur le sujet, traité avec verve par le trublion des causes perdues d'avance, ayant été dernièrement échaudée par quelques commentateurs allergiques à la libre pensée divergeant de la leur. Je me contenterai par le fait de clamer l'intérêt de ce livre, que l'on soit pour ou contre la réouverture des claques. Ne serait-ce que pour le plaisir de la rhétorique, celui plus important encore de ne pas mourir idiot ou celui, le plus crucial peut-être, de s'inspirer du magnifique respect, pour ne pas dire amour, d'Alain Paucard pour les "filles".

Extraits :

Il y a deux sortes de clients de prostituées : ceux qui vont les voir parce qu'ils n'ont pas de femme et ceux qui vont les voir parce qu'ils en ont une.

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A entendre les militants de la cause, ce serait la première fois en France qu'on interdirait la prostitution. Evidemment quand on fait remonter l'histoire de notre pays à 1789, voire à 1981, on ignore que saint Louis, roi très pieux et même un peu masochiste - il porait la haire pour se mortifier - ferma les bordels en 1254. Mais saint Louis est un sage et revient sur sa décision. Il codifie ce qu'on ne peut éradiquer. "Quand [saint Louis] voulut interdire complètement la prostitution, ses conseillers, religieux pour la plupart, le dissuadèrent d'entreprendre ce vain combat, car l'Eglise savait que la chair est faible et que le péché originel a rendu les rechutes inéluctables" écrit Jacques Le Goff. (...) C'est curieux que les étourdis abolitionnistes n'aient pas pensé à cela, que les policiers et les juges savent d'expérience et de loi et même d'instinct : ce qu'on ne peut supprimer, on l'encadre.

...

Le mac, de maquereau, donc, ou comme disait Brassens, "le cocu systématique", qu'il ne faut pas confondre avec d'autres variétés de poisson comme le barbeau, le dos, etc., qui sont des souteneurs, qui vivent du travail des filles. Le maquereau est un souteneur amateur, plus un entremetteur qu'un proxénète, qui tire argent et cadeaux de sa maîtresse mais "dans des limites raisonnables". Il porte un surnom charmant : "le julot-casse-croûte", ce qui explicite très bien la place qu'il occupe. Au début des traitements de texte, je souriais toujours d'entendre une jeune femme grisée d'informatique déclarer qu'elle ne peut pas se passer de son Mac. La maîtresse du julot-casse-croûte non plus.

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René de Obaldia a une jolie formulation pour décrire le système des vases non communicants : "En leur défendant d'être nulle part, on les oblige a se répandre partout."

Une dame âgée m'affirma : "Du temps des maisons, on savait où était son mari."

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Surcouf, corsaire français, prisonnier et apostrophé par un amiral anglais qui lui déclare : "Vous les Français, vous vous battez pour l'argent tandis que nous, c'est pour l'honneur" répond, superbe : "Chacun se bat pour ce qui lui manque."

...

Ce qu'il faut avant tout expliquer aux jeunes gens, pour qu'ils ne désespèrent pas de bonne heure, c'est que l'Humanité est profondément dégueulasse, que l'homme est un loup pour l'homme, que toute idée généreuse, la plus généreuse, devient un système d'oppression quand elle arrive au pouvoir. Si une majorité dit noir, il faut sans réfléchir prendre parti pour le blanc. Une idée qui se simplifie devient une caricature, un instrument d'intolérance quand elle est partagée par le plus grand nombre.

...

Puisqu'il faut construire l'Europe

Et des pays faire l'union,

Il faudra bien qu'on développe

Le tourisme de la nation.

Ah que celui qui nous dirige

Agisse donc avec raison,

Car le marché commun  l'oblige,

A faire rouvrir les maisons.

Jean Yanne, Jean Baïtzouroff

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Un de mes maîtres, Jean Dutourd, a écrit : "Le monde n'est, d'âge en âge, qu'une grande conspiration de crétins malfaisants dont il faut à tout prix se démarquer."

Commentaires

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