Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Rentrée littéraire : La Déesse des petites victoires de Y. Grannec | Page d'accueil | Pas de pitié pour les gueux de Laurent Cordonnier »

06/10/2012

Rentrée littéraire : Dessous de Leela Corman

Editions çà et là - 204 pagesdessous.jpg

Présentation de l'éditeur : Dessous décrit la vie tumultueuse de deux soeurs jumelles, Esther et Fanya, issues de la communauté juive du Lower East Side new-yorkais du début du XXe siècle. Leur mère tient un atelier de confection et trompe sans vergogne son mari, un homme effacé. Peu enclines à reprendre le commerce maternel, les deux soeurs s'éloignent du giron familial dès l'adolescence. Fanya est embauchée par une sage-femme avorteuse qui fera son éducation scolaire et politique. Esther, fascinée par les danseuses d'un théâtre burlesque local, prend des cours de danse tout en travaillant comme bonne à tout faire dans la maison close attenante au théâtre. Les chemins des deux soeurs, pourtant très liées l'une à l'autre, vont progressivement diverger. Avec Dessous, Leela Corman décrit les difficultés de cette population immigrante à la veille de la grande dépression, mais brosse surtout le magnifique portrait de deux femmes libres et farouchement indépendantes.

Merci à la bibliothèque en ligne Libfly et aux éditions çà et là de m'avoir donné l'opportunité de découvrir ce livre dans le cadre de l'opération La voie des indés.

La couverture rappelant l'univers de Marjane Satrapi m'a attirée au premier coup d'oeil. C'est ensuite, davantage encore que le résumé, le fait que ce soit le premier roman graphique de l'auteur qui m'a interpellée ; j'aime ô combien les premières oeuvres.

Dans Dessous, Leela Corman nous plonge dans le Lower East Side New Yorkais du début du XXe siècle et nous embarque par moment dans la Russie de la fin du XIXe. Traitant des moeurs d'une époque en général et de celle de la communauté juive en particulier, c'est avant tout la condition féminine dont l'auteur parle en nous faisant suivre les pas d'Esther et Fanya, jumelles fusionnelles que les hasards de la vie aux apparences anodines vont pourtant séparer. Malgré des existences radicalement opposées, nos deux intenses et puissantes héroïnes conservent une identique ambition : celle de rester maîtresses de leurs destinées, au mépris des conventions et au risque de se perdre en chemin...

De ces destins entrelacés, Leela Corman brosse un portrait de l'émancipation des femmes au cours d'une époque en mouvement et au coeur d'un monde sans concession souvent violent à leur endroit. Pas une des grandes thématiques féministes ne manque à l'appel : éducation, mariage forcé, prostitution, avortement...

Le décor tout de noir et de blanc très Art déco retranscrit parfaitement l'atmosphère de l'époque, symbolise la rudesse de la vie d'alors aussi bien que le caractère austère de la culture évoquée. La documentation pointue sur laquelle s'est appuyée l'auteur est sublimée par des illustrations très détaillées - notamment en ce qui concerne les scènes de rue et les tenues - infiniment esthétiques.

Comme l'Histoire nous l'a déjà conté - et nous le narre encore -, la libération de la femme s'est faite dans la douleur. Pas de surprise donc, Leela Corman, comme pour son trait, construit son fond sur la noirceur. Sûr, l'on ne ressort pas indemne de cet hymne à la liberté, mais qu'il est bon de se faire cabosser quand il s'agit d'humanité ! Entre justesse et sensibilité, cette lecture pleine de sens n'a qu'un seul petit défaut : l'absence de traduction de la plupart des termes yiddish employés, même si cela ne gène en aucun cas la lecture.

21:31 Écrit par charlotte sapin dans Bande dessinée, Culture, Littérature américaine, Littérature juive, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it!

Les commentaires sont fermés.