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18/09/2012

Le coeur d'une autre de Tatiana de Rosnay

le coeur d'une autre.jpgEditions Héloïse d'Ormesson / Livre de poche - 281 pages

Présentation de l'éditeur : Bruce, un quadragénaire divorcé, un peu ours, un rien misogyne, est sauvé in extremis par une greffe cardiaque. Après l’opération, sa personnalité, son comportement, ses goûts changent de façon surprenante. Il ignore encore que son nouveau coeur est celui d’une femme. Mais quand ce coeur s’emballe avec frénésie devant les tableaux d’un maître de la Renaissance italienne, Bruce veut comprendre. Qui était son donneur ? Quelle avait été sa vie ? Des palais austères de Toscane aux sommets laiteux des Grisons, Bruce mène l’enquête. Lorsqu’il découvrira la vérité, il ne sera plus jamais le même…

Enfin ! J'ai enfin lu un Tatiana de Rosnay. Des incitations répétées de mon amie-collègue libraire aux critiques dithyrambiques glanées çà et là, je ne pouvais plus reculer. Il me fallait combler ces lacunes en me lançant une fois pour toutes à l'assaut de cette franglaise comptant parmi les auteurs les plus lus en Europe, cette Reine du tweet que je suis assidûment.

Si, comme moi à la lecture de la jaquette, vous pensez a priori vous embarquer pour une bluette harlequinesque, détrompez-vous. Nul sentimentalisme mièvre à l'horizon. Le Coeur d'une autre, certes, relate de belles amours. Mais il est tellement plus.

Il est également un hommage vibrant à l'Italie et ses peintres, par le spectre du maître vénitien de la Renaissance Paolo Uccello auquel on ne peut que s'intéresser au sortir de la lecture. Il est cependant avant tout une occasion magnifique de s'intéresser au don d'organes.

Fille de cardiologue, le sujet m'a d'emblée attirée. L'idée de l'influence du greffon sur la personnalité du receveur est aussi énigmatique que captivante. Mais si les mystères de la mémoire cellulaire ont longtemps été méconnus, l'étude de l'épigénétique a remis en question les nombreuses convictions semblables à celle du Dr Berger-Le Goff du roman, qui botte en touche vers le suivi psychiatrique quand il n'a pas de réponse (malheureux réflexe de médecins suffisants qui ont oublié qu'ils ne savent pas tout que j'ai pu éprouver à l'occasion de ma dernière hospitalisation).

Mais rassurez-vous, Le coeur d'une autre n'a rien d'un essai médical sur la greffe. Telle une conteuse flamboyante, Tatiana de Rosnay nous embarque dans une poignante histoire servie par son style fluide et accessible toutefois réhaussé de nombreuses références culturelles, ses rebondissements incessants, ses chapitres courts qui donnent un rythme trépidant comme un coeur qui s'emballe et ses personnages très travaillés infiniment attachants. Finalement, le seul reproche que l'on puisse faire à ce livre rempli d'émotions est qu'il est vraiment trop court.

Malgré le choix d'un sujet grave, Tatiana de Rosnay insuffle à son récit beaucoup de poésie et d'humour, notamment dans le portrait avant opération un brin misogyne de son héros, qui gagnera en subtilité en ayant le coeur d'une femme. De bien des façons, l'auteur rappelle que la femme reste envers et contre tous l'avenir de l'homme.

En dépit du caractère assez prévisible de la narration - qui réserve toutefois de jolies surprises -, j'ai été définitivement séduite par le cheminement du roman qui, avec beaucoup de simplicité et d'intelligence, amène le lecteur à s'interroger sur l'existence et ce qu'il voudra laisser quand il ne sera plus. Il soulève aussi la question de l'anonymat des dons d'organes qui, à l'instar de celui des parents des enfants abandonnés, peut se révéler un supplice dans la quête d'identité.

Le petit plus de ce livre réside dans sa préface. L'écrivain livre ses émotions liées à la relecture de son texte après plusieures années, qui lui permet de retrouver des amis qu'elle a créés, puis longtemps perdus de vus. Très touchante également l'intervention de son illustre père Joël de Rosnay, éminent scientifique qui a partagé son savoir avec sa fille pour l'aider à construire son roman.

Demandez votre carte de donneur.

Pour ceux qui voudrait approfondir le sujet des changements de personnalités liés à la greffe, vous pouvez par exemple lire le témoignage de l'actrice Charlotte Valandrey, De coeur inconnu aux éditions Le Cherche Midi.

Extrait :

J'étais de ces hommes qui, une fois la femelle conquise, n'aspiraient qu'à une envie : fuir. Seule la chasse m'excitait, ce moment précis où une femme capitule, où l'on sait qu'il suffit de quelques gestes pour la posséder.

15:08 Écrit par charlotte sapin dans Citation, Culture, Littérature française, Livre, Roman | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it!

Commentaires

Une auteure que je n'ai encore jamais eu envie de découvrir. J'ai toujours trouvé ses intrigues trop "féminines", un peu trop fleur bleue. Ton billet est le premier qui me donne envie de changer d'avis. Cette histoire de greffe et d'art italien m'intrigue. A voir donc...

Écrit par : zarline | 18/09/2012

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Je te remercie de ta visite et c'est avec plaisir que j'ai découvert ton blog.
Je ne vais pas te mentir, ce roman est quand même de ceux que je placerais dans la catégorie "lecture pour femmes" sans aller jusqu'à chick-litt quand même. Mais je sais que ce livre a convaincu de nombreux hommes malgré tout. C'est tout simple, sans prétention et même si c'est un peu convenu, on est emporté dans l'histoire toute en délicatesse et pleine de poésie. Je suis curieuse de connaître ton avis si tu te lances dans l'aventure.
PS : je m'en vais farfouiller dans tes archives, ayant également un penchant pour la littérature africaine... A bientôt !

Écrit par : charlotte à zarline | 19/09/2012

Tiens, justement, je suis en train de lire "Rose" qui m'a été offert lors de mon dernier swap... En fait, c'est étrange - je te rejoins sur pas mal de point concernant le style de l'auteur excepté un : pour moi, ça pêche un peu trop par mièvrerie... Mais du coup, c'est intéressant d'en lire un avis différent et néanmoins passionnant et de qualité ! Même si nous ne sommes pas tjs d'accord, c'est par contre tjs un plaisir de te lire !

Écrit par : Lili | 08/10/2012

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Bonjour Lili, merci pour tes compliments et ta fidélité !

Un swap ? Quel chance, à chaque fois que j'en découvre un, il est terminé...

Effectivement, il semble que beaucoup des romans de Tatiana de Rosnay soient plein de bons sentiments. Je trouve que ça fait du bien à l'âme occasionnellement. Cela dit, j'ai cru comprendre qu'elle écrit aussi des livres beaucoup plus angoissants comme Le Voisin par exemple.

Je partage ton avis sur l'intérêt de lire des avis différents. C'est pourquoi je suis une inconditionnelle de Babelio et Libfly aussi... Si tu n'es pas inscrite, n'hésite pas (éventuellement fais-moi signe pour que je te marraine).

A bientôt !

Écrit par : charlotte à Lili | 09/10/2012

Les commentaires sont fermés.