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Hector de Jacqueline de Romilly

hector.jpgEditions de Fallois - 286 pages

Présentation de l'éditeur : Hector, le défenseur de Troie dans l’Iliade, semble un personnage bien fait pour intéresser et émouvoir un public de notre temps. C’est un héros plus humain qu’aucun autre. Homère aurait très bien pu montrer ce prince troyen sous un jour un peu hostile, comme un ennemi. Or, c’est le contraire qui se produit. En effet, Homère nous présente Hector, Hector seul, entouré des siens, de son père et de sa mère, de sa femme et de son enfant – et tout le monde connaît les adieux admirables d’Hector et d’Andromaque : ceci forme autour de la personne d’Hector un réseau de sympathie, d’inquiétude et de profonde pitié. Cette pitié trouve bientôt de quoi se justifier, car Hector va être tué dans le poème, il sera même maltraité après sa mort, Achille refusant de le laisser ensevelir. Ces chants d’Homère, qui sont les plus beaux et qui se terminent par un apaisement, expriment ainsi d’un bout à l’autre la douleur de la mort à la guerre et le devoir de respecter les corps des victimes. Deux thèmes qui ont touché les hommes de notre époque tourmentée. Mais il se trouve aussi que ces textes sur la guerre de Troie n’ont pas cessé de vivre, d’être lus, d’être imités, d’être modifiés. Aussi je ne me suis pas contentée de cette relecture. A chaque fois j’ai voulu apporter des rapprochements : rapprochements avec d’autres textes grecs ; rapprochements avec des textes du Moyen-Âge, de l’époque classique, de l’époque moderne ; rapprochements même avec des scènes qu’il m’était arrivé de vivre ou de voir vivre. De cette façon, en plus de l’émotion suscitée par le poème lui-même, le livre avait une chance de jeter quelques lumières sur un aspect particulier de l’histoire de la culture. Jacqueline de Romilly

Sachant que je considère Homère comme le plus grand tous, je ne pouvais choisir qu’une étude sur l’un de ses héros : Hector ! Et Madame Jacqueline de Romilly étant une des plus passionnantes hellénistes, comment hésiter. Cela pourrait sembler un choix désuet, vieillot, mais… Comme disait Charles Péguy :

Homère est nouveau ce matin et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui.

Donc, comme le dit si justement l'auteur dans sa préface, ce livre n’est nullement une biographie d’Hector – comment serait-ce possible ? : Hector étant seulement un personnage épique. Le lecteur ne peut donc qu’être plus touché par ce héros merveilleux, ayant connu les affres du combat, de la mort et de l’impiété. Il est, en effet, tellement humain, tellement proche de nous, alors que nous n’avons plus connu la guerre depuis plus de soixante ans et que nous vivons dans une société du souvenir.

Hector est le héros par excellence. Nullement sur-homme. Seulement humain mais tellement plus. Il est le seul, dans les poèmes homériques, à connaître une réelle vie de famille, à aimer, craindre, douter, bref, à être Homme. Des sentiments que, tous, tôt ou tard, nous serons obligés de connaître – n’est-ce pas notre destin ?

Un chemin que Jacqueline de Romilly décrit en quatre parties – si distinctes et pourtant si voisines : Hector, l’homme, au combat, sa mort, sa sépulture. Quatre parties qui ne forment qu’un tout. Il est si difficile de les séparer. Pourquoi y aurait-il une différence entre sa vie de père, celle d’époux et celle de combattant. Pas au niveau d’Hector, c’est inconcevable. L’est-ce également à notre niveau ?  

Oui, mais les Dieux. Présents, actifs. Bref, un concept désuet. Leurs interventions s’appellent maintenant hasard, providence. Hector est donc toujours aussi humain, toujours aussi proche.

Hector est mort. Mort depuis des millénaires. Que de siècles depuis sa naissance mais nous ne l’avons toujours pas oublié. Pourquoi devrait-il disparaître de notre mémoire alors qu’il nous apporte tant.

Cela le rapproche de nous. Et il est clair que notre époque répugnerait à l’image des héros plus qu’humains. Nous risquerions même de tomber dans l’excès inverse, à nous détourner des héros au nom du réalisme et d’un sens aveugle de l’égalité.

Le XIe chapitre nous parle d’apaisement. Apaisés, nous ne pouvons que l’être à la lecture d’un livre si érudit et pourtant si accessible. Eminente pédagogue, Jacqueline de Romilly réussit avec brio à nous rappeler l’importance des lettres classiques, nous rappeler que l’histoire ne doit pas être oubliée. Ah amnésie, que de crimes commis en ton nom…

Hector, le frère, l’ami que nous aurions tant voulu avoir…

Extraits :

J’ai dit « d’un homme » et non « d’un héros » : Hector est un héros à la mesure de l’homme.

...

L’Iliade est un poème de guerre, mais non un poème belliqueux ; Hector est un héros guerrier, mais qui, même au combat, demeure proche de nous et nous touche. Il est, avant tout, humain.

...

Car il n’espère rien, que la gloire. Et c’est un autre trait qui le distingue, le met à part. Son ambition est d’autant plus haute que son destin est bouché. Il veut une gloire durable, prolongée. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de ce que diront ou penseront les Troyens et les Troyennes : la résolution d’Hector échappe au présent pour viser le domaine universel de la mémoire des hommes : « quelque haut fait dont le récit parvienne aux hommes à venir ».

Rédigé par Vincent

Commentaires

  • @ Vincent

    Proposer sa première chronique sur un livre de Jacqueline de Romilly est un pari osé. Mais le pari est réussi. Tu as réussi à mettre tes connaissances à la portée de la simple lectrice que je suis. Souvent, (notamment au moment de sa disparition) lors de mes pérégrinations dans les librairies j'ai pris puis reposé des livres de Jacqueline de Romilly, parce que je l'avoue elle me faisait peur. Mais ton enthousiasme est contagieux, et je compte bien ajouter à ma PAL très prochainement ce livre.

  • Un livre de Jacqueline de Romilly ne peut jamais être source de doute, de crainte : seul le plaisir résultera de sa lecture ! Tous ses livres le sont ! A lire donc, à partager, même avec les plus jeunes.
    C'était une grande, une vraie Dame. Disparue, je la regrette... Amèrement... Elle aimait tant la vie...

  • Putain, c'est trop beau !
    Je n'ai rien compris mais c'est trop beau ;-)

    Vincent, tu es vraiment un pro !

  • Que dire, hors "Merci !"...
    Hector est en nous, nous sommes en lui...
    Vive l'amitié !

  • Merci pour votre visite et pour votre soutien ! Si vous voulez vous détendre les méninges entre deux chroniques de Vincent, vous pouvez vous rendre dans les catégories (à gauche) chroniques amoureuse, de l'effort, écolière ou féministe qui sont beaucoup moins érudites...

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