Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Nietzsche Se créer liberté de Maximilien Le Roy et Michel Onfray | Page d'accueil | Rentrée littéraire : Les Patriarches d'Anne Berest »

08/09/2012

Enfants de la paranoïa de Trevor Shane

Editions Michel Lafon - 363 pagesles enfants de la paranoia.jpg

Présentation de l'éditeur : Règle un : on ne tue pas les innocents. Règle deux : on ne tue pas les ennemis de moins de 18 ans. Depuis des siècles une guerre clandestine, ignorée du commun des mortels, oppose deux anciens clans qui se déchirent au nom du Bien et du Mal. Des deux côtés : des assassins endoctrinés et entraînés dès leur plus tendre enfance à haïr et détruire le camp adverse. Joseph, vingt-trois ans, est l'un de ces tueurs d'élite. Il ne connaît qu'une réalité : tuer ou être tué. Mais alors qu'il retrouve ses deux plus proches amis pour quelques jours de vacances dans le New Jersey, il tombe dans une embuscade. Echappant de peu à ce piège mortel, il est envoyé en mission à Montréal où il rencontre Maria, une jeune innocente de dix-sept ans. Pour la première fois, Joseph découvre l'amour... et le doute. S'il veut protéger la femme qu'il aime, il doit abandonner la vie qu'il a toujours connue et trahir ses frères d'armes. Osera-t-il transgresser les règles ?

Merci aux Editions Michel Lafon de m'avoir offert la possibilité de découvrir cette saga.

Ce roman trompeur m'a surprise à plus d'un titre.

Pour commencer, ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Primo, ne vous fiez pas à la couverture aux allures de roman jeunesse, il n'en est rien. Je dirais de ce livre qu'il n'est pas conseillé à des lecteurs de moins de 16 ans.

Segundo, ne pensez pas que vous obtiendrez le fin mot de l'histoire en refermant la couverture. Aucune indication en jaquette, pas plus qu'en postface et pourtant, il s'agit bien du premier tome d'une trilogie - même s'il serait concevable que l'histoire s'en tienne là malgré les interrogations laissées en suspens.

Enfin et surtout, ne croyez pas que vous allez vous embarquer pour un thriller manichéen s'appuyant sur le cliché de l'opposition entre le bien et le mal même si le choix des prénoms des protagonistes (Joseph, Maria, Christopher) laisse un peu à désirer. L'histoire n'est ni gentillette, ni banale.

Ces points étant éclaircis, je dirais que le plus surprenant de ce roman est bien sa qualité.

Enfants de la paranoïa est un récit oppressant et sombre qu'il est difficile de lâcher tend il vous prend aux tripes dès les premières pages. Ecrit sous forme de journal, il nous fait suivre le parcours du "soldat" d'une guerre dont les tenants et les aboutissants sont obscurs tant pour le lecteur que pour ceux qui la mènent et la subissent. Tout au long de la lecture, on s'interroge sur le bien-fondé du combat en avançant au rythme angoissant du tueur. Grâce un subtil mélange de suspens, de violence et de romance, l'auteur nous plonge dans une chasse à l'homme prenante parfaitement rythmée. La narration est servie par une écriture soignée et fluide, simple et efficace. Les personnages sont attachants même si l'ambiguïté demeure sur leur réelle bonté. L'atmosphère très noire, très fataliste, sans note d'humour pour alléger l'ambiance, permet de ressentir au plus prêt les doutes, les angoisses et la paranoïa des personnages. Les forts sentiments suscités font froid dans le dos et coupent le souffle. L'auteur relève ici le défi d'en dire assez pour nous impliquer avec force dans l'histoire sans en dire trop pour que les tomes suivants soient à la hauteur de ce premier opus. Ce qu'on ne peut qu'espérer...

Le plus de cette lecture entre polar et fantastique est d'offrir deux niveaux de lecture. L'on peut se contenter de l'aventure bourrée de suspens, de l'histoire palpitante de survie sanglante. Mais l'on peut également passer au-delà de l'intrigue et lire une véritable critique de notre société. L'auteur, par ses partis pris, fait de son roman une allégorie sartrienne selon laquelle l'enfer, c'est les autres. Il dénonce métaphoriquement avec beaucoup de justesse l'absurdité de la violence, le fait que les soldats de toutes les guerres, de tous les camps, sont persuadés de se battre pour la justice, sans trop savoir laquelle. Il met également en évidence la manipulation des gouvernements qui utilisent la paranoïa, la peur et le désir de vengeance pour conserver leur pouvoir et la paix intérieure. Il critique magistralement notre époque avec ces guerres sans réelles valeurs, ces régimes manipulateurs et ces combattants fanatiques endoctrinés. Et surtout, il fait l'apologie du doute comme clé de la liberté - au moins morale.

En bref, j'ai adoré le rythme, le crescendo brillamment opéré et le final explosif qui m'a laissée abasourdie. Je n'ai qu'une hâte, c'est d'avoir les deux autres tomes. Mais comme pour toute saga, il faut s'armer de patience...

A noter que les passionnés pourront continuer l'aventure en jouant aux enfants de la paranoïa sur l'Appstore. Souhaitons que cette petite application ingénieuse très bien marketée évolue au cours des sorties des prochains tomes de la trilogie.

Extrait :

- J'ai envie de toi, ai-je dit en te relevant et en t'embrassant.

Puis je t'ai soulevée dans mes bras et je t'ai emportée dans la chambre. J'étais décidé à reprendre le dessus, mais tu l'étais encore plus à me conquérir. Nous sommes tombés sur le lit. J'ai essayé de me glisser entre tes jambes. Tu as déjoué ma manoeuvre, et tu m'as chevauché, les mains sur mon torse. J'ai saisi ta poitrine entre mes mains, passé mes lèvres et ma langue sur tes seins. Tu as étouffé un cri. Je voulais te regarder dans les yeux, mais je ne pouvais empêcher mon regard d'errer sur ton corps. Tu avais la peau pâle, mais sans défaut. Haletante, cambrée, tu étais là, nue devant moi. Si ton but était de me posséder, de me marquer à jamais comme ta propriété, il aurait été atteint, si je n'avais déjà été marqué à ton fer.

Commentaires

Si le livre est aussi bon que ta chronique, il y à de fortes chances qu'il sorte du lot. Charlotte : "défricheuse littéraire"...

Écrit par : Meelly | 08/09/2012

Répondre à ce commentaire

Si le livre est aussi bon que ta chronique, il y à de fortes chances qu'il sorte du lot. Charlotte : "défricheuse littéraire"...

Écrit par : Meelly | 08/09/2012

Répondre à ce commentaire

Merci miss ! Je n'avais pas connaissance de cette saga jusqu'à ce que je trouve ce 1er tome dans ma boîte aux lettres. Délicieuse surprise à double titre. Je suis assez étonnée par certaines critiques lues çà et là qui trouvent l'ensemble convenu et pas original. Moi, j'ai adoré et beaucoup d'autres lecteurs sont très enthousiastes également. Les goûts et les couleurs, toujours !

Écrit par : charlotte à Meelly | 08/09/2012

Répondre à ce commentaire

Nous vous remercions de l'examen merveilleux et attentionné. Cela me rend si heureux lorsque les gens trouvent tellement dans mon travail!

Écrit par : Trevor Shane | 10/09/2012

Répondre à ce commentaire

Oh !

C'est un honneur pour moi de vous accueillir sur mon blog ! Je vous remercie donc doublement : pour cette visite et surtout pour ce fantastique moment d'évasion. Et de stress ! J'attends la suite avec impatience...

Je suis ravie d'avoir à mon tour créé un peu de cette émotion qui doit être si fantastique : d'une part d'être édité, d'autre part de voir son livre apprécié.

Encore bravo. Votre imagination fertile m'a entraînée dans un tourbillon de sentiments.

Écrit par : charlotte à Trevor Shane | 11/09/2012

Répondre à ce commentaire

Un auteur qui remercie une blogueuse en des termes aussi chaleureux, j'imagine que cela doit faire plaisir. Si j'en crois ta critique le livre est génial et en plus l'auteur semble attentionné et plein de gentillesse. J'ai du coup doublement envie de découvrir "Enfants de la paranoïa" :-)

Écrit par : Meelly | 11/09/2012

Répondre à ce commentaire

Oh que oui ! C'est la magie du blog qui me confirme - si besoin était - que j'ai raison de continuer.

Pour ce qui est de la lecture de ce livre, ne boude pas ton plaisir, lance-toi ! Ta PAL n'est plus à un livre près ah ah...

Écrit par : charlotte à Meelly | 11/09/2012

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.