Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Nietzsche Se créer liberté de Maximilien Le Roy et Michel Onfray

nietzsche.jpgEditions Le Lombard - 126 pages

Présentation de l'éditeur : Après avoir donné un grand coup de pied dans le dogmatisme intellectuel français, le philosophe Michel Onfray offre un nouvel outil à tous les esprits curieux et désireux de s'initier à la libre pensée, avec cette biographie bédessinée de Friedrich Nietzche, l'un de ses maîtres à penser. Au fil de ces 120 planches, superbement illustrées du trait sensible de Maximilien Leroy, le lecteur découvre la vie d'un homme absorbé par sa recherche d'un absolu, tourné vers l'homme et sa quête de bonheur. La vie d'un penseur prêt à payer le prix de sa pensée révolutionnaire et sans concessions.

Il y a les gens qui lisent et ceux qui ne lisent pas. Pour peu que vous fréquentiez des membres de la première catégorie, vous conviendrez sûrement qu'il est certaines de ces personnes qui pensent qu'il est de bon ton de se la péter, qui utilisent un peu les ouvrages lus (ou non, ne sous-estimons pas les bluffeurs qui se la racontent doublement) comme des étendards de leur intellect revendiqué. Souvent, ces lecteurs prétendent ne pas lire de romans. Pour eux, seul l'essai est digne de proclamer leur supériorité culturelle.

Dans ma bibliothèque, l'essai n'a que peu droit de cité. J'aimerais parfois en lire davantage pour le seul plaisir de démasquer les pseudo-lecteurs aspirant élitistes adeptes du mépris de leur auditoire et de les coincer dans leurs arguments piqués çà et là et répétés comme des perroquets.

Mais las ! Je ne lis que trop peu de livres autres que romans. Force m'est de constater que les ouvrages historiques ou scientifiques ou politiques ou... ou... ou... me gonflent. Moi quand je lis, je veux m'évader, pas réfléchir (trop), ni prendre des notes qu'il me faudra réviser comme en leur temps les leçons d'histoire-géo pour mieux les recracher et ainsi briller en société. Pour apprendre - ce que j'adore -, je suis plutôt portée sur le documentaire, plus concis mais pas moins précis. Télévisés le plus souvent. Mais également bd.

Car le neuvième art que je chéris multiplie ces derniers temps les parutions de dessinateurs reporters façon Davodeau qui rendent accessibles au plus grand nombre des sujets parfois complexes. C'est ainsi que j'ai découvert Nietzsche dont je ne connaissais que quelques titres et citations, fonds commun de ce que l'on appelle la culture générale.

Cet album somptueux, aux magnifiques aplats et couleurs franches inspirés des tableaux impressionnistes et fauvistes, retrace la pensée brillante et intimement liée à son expérience personnelle du philosophe allemand. L'on découvre un homme solitaire aux idées révolutionnaires pour son époque, désireux de "briser les anciennes tables de loi". Un homme passionné de musique, un homme extrêmement lucide tout autant qu'aux portes de la folie et surtout, un homme manipulé dont la représentation généralement admise est galvaudée. J'ai par exemple découvert avec stupeur que le fervent antisémitisme qu'on lui prête communément est totalement inexact.

Certains lecteurs plus pointus et/ou contre-partisans fervents du controversé Michel Onfray jugeront peut-être qu'il s'agit davantage d'un récit hagiographique que d'une biographie objective. Pour ma part, je n'y ai vu que le magnifique ouvrage d'un dessinateur talentueux m'offrant la possibilité de découvrir plus avant la vie et les idées d'une figure incontournable de la philosophie.

Malgré tout - car il y a un bémol à mon enthousiasme -, si l'objet de ce livre est de rendre plus accessible la pensée nietzschéenne, il faut bien avouer que l'on est loin de la vulgarisation. Sans connaissance a priori de l'homme et de son oeuvre, il reste quand même difficile de tout comprendre. Certaines références sont restées complètement abstraites à la béotienne que je suis. La bd n'en démérite pas pour autant, elle reste un premier pas fort enrichissant.

Retrouvez l'interview de Maximilien Le Roy à propos de Nietzsche.

A noter que le talentueux Le Roy a réédité l'exercice plaisant de la biographie bédessinée en scénarisant dans La vie sublime la pensée de l'incontournable philosophe américain Thoreau, indigné avant l'heure si enclin à la Désobéissance civile. Si vous avez aimé Into the Wild, foncez !

Extraits :

Il faut aimer ce qui advient. "Amor Fati" : "Aime ton destin". Voilà ma formule pour toute chose. C'est d'ailleurs la formule du bonheur... Du moins la conjuration du malheur. C'est la plus haute sagesse.

...

Que peux-tu attendre du christianisme, cette maladie qui nous invite au suicide lent... Qui veut que nous mourrions de notre vivant sous prétexte que nous mourrons mieux le jour dit ? Que peux-tu attendre de cette religion qui vénère une cadavre crucifié ? De cette religion qui fait les vertus des vices du renoncement au corps, à la chair, au plaisir de la vie ? Il n'y a pas d'arrière-monde, pas de Ciel, pas d'Enfer, pas de Dieu, pas de Diable !

Commentaires

  • Très intéressant !

    1. Le principe est vraiment pertinent : passer par la BD pour aborder l'homme.
    Cela dit, Michel Onfray est le penseur à la mode que les éditeurs aimeraient bien s'arracher.
    2. Ta réflexion est à nuancer : les deux catégories que tu définis sont perméables l'une à l'autre. Les personnes qui lisent des essais ont l'ambition de comprendre le monde d'un point de vue concret ; elles cherchent un socle d'informations sur lequel se poser pour forger un avis.
    Celles qui lisent des romans cherchent l'évasion, mais le roman n'évade pas souvent : d'abord, les bons romans sont rares. Et d'autre part, les bons romans sont souvent ceux qui ont une empreinte historique, un marquage qui renvoit à ce que connaît le lecteur. On trouve dans un livre ce qu'on veut bien y trouver : ce que l'on connaît déjà.
    Enfin et surtout, il y a des essais qui ne sont pas barbants et concrets. Les documentaires sont complémentaires : je crois qu'ils font davantage appel aux sens, à l'émotion, tandis que l'essai apporte les chiffres et la précision.

  • Vaste débat. Mais je n'ai pas la prétention d'avancer des vérités. Je parle de groupes généraux que je respecte de manière égale et de sous-groupes heureusement très particuliers à savoir les bêcheurs et les faux lecteurs (qui existent aussi dans la catégorie roman cela dit). Et je ne critique aucunement les lecteurs d'essais. Je dis juste que personnellement, ce n'est pas ce que j'aime.

    Pour ce qui est de la précision et de l'objectivité des essais, hum hum. De nombreux auteurs sont de parti-pris je pense. De l'intérêt d'ailleurs de lire pour un même sujet deux visions. Don deux fois plus barbant selon moi ah ah. La BD reste mon meilleur compromis même s'il ne fait qu'effleurer les sujets. (Et je dois bien avouer que pour les sujets qui me passionnent vraiment, je succombe à l'appel de l'essai, mais chut !)

Les commentaires sont fermés.