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  • Michael Tolliver est vivant d'Armistead Maupin

    michael tolliver est vivant.jpgEditions de l'Olivier / Points - 291 pages

    Présentation de l'éditeur : Aujourd'hui, Michael Tolliver est plus vivant que jamais. Il a rencontré l'amour, et mène une vie heureuse au côté de son jeune mari. Mais la maladie ressurgit, et Michale doit choisir entre les deux femmes de sa vie : ira-t-il au chever de sa mère biologique, qui refuse depuis toujours son homosexualité, ou choisira-t-il San Francisco et Anna, sa mère spirituelle, qui souffre et réclame sa présence ?

    Quel plaisir de retrouver vingt ans après les héros de Barbary Lane ! Plus exactement, certains des protagonistes de la joyeuse bande des Chroniques de San Francisco. En effet, Armistead Maupin, figure emblématique de la littérature américaine gay, après six tomes croustillants entrecroisant les histoires de personnages hauts en couleurs, revient ici avec une sorte de spin off écrit à la première personne tournant autour de Michael Tolliver.

    Le temps a passé, les personnages ont vieilli, ils sont moins nombreux et plus sages, quoique... Malgré un récit plus rectiligne, Maupin réussit le pari de la fidélité à sa légendaire hexalogie. Le ton est toujours aussi tendre et caustique à la fois, mais il est surtout plus nostalgique. Par l'évocation des bouleversements de la société, de la condition des homosexuels et de l'évolution de LA maladie, l'auteur signe de merveilleuses retrouvailles avec des amis trop longtemps perdus de vue, qui ont grisonné silencieusement à nos côtés. Un vrai délice pour les accros. Cerise sur le gâteau, il existe un tome 8 : Mary Ann en automne.

    N'hésitez pas à découvrir dare-dare cette saga fantasque si vous ne l'avez pas encore lue !

  • Rentrée littéraire : Féerie générale d'Emmanuelle Pireyre

    Editions de l'Olivier - 248 pagesféerie générale.jpg

    Présentation de l'éditeur : « J'ai souvent eu l'impression, en écrivant ce livre, d'emprunter des discours tout faits comme on louerait des voitures pour le plaisir de les rendre à l'autre bout du pays complètement cabossées », confie l'auteur. Rassemblant des échantillons prélevés dans les médias et sur les forums, détournant les sophismes et les clichés de la doxa ambiante qu'elle mixe avec érudition et humour aux discours savants ou sociologiques, Emmanuelle Pireyre organise de magnifiques collisions de sens dans ce roman-collage où la réalité se mêle à la fiction. Une petite fille déteste la finance et préfère peindre des chevaux ; des artistes investissent les casernes ; un universitaire laisse tomber sa thèse sur l'héroïsme contemporain ; une jeune musulmane choisit pour devise Une cascade de glace ne peut constituer un mur infranchissable... Ainsi sont les personnages de Féerie générale : récalcitrants à l'égard de ce qui menace leur liberté, prompts à se glisser dans les interstices du réel pour en révéler les absurdités. Avec une jubilation communicative, Emmanuelle Pireyre propose une radiographie de notre conscience européenne en ce début de 21e siècle.

    Abandon en page 60. Si la première partie de cette étrange fable pastichant les clichés des discours publicitaires, sociologiques ou encore politiques m'a emportée et m'a fait sourire, j'ai finalement rapidement décroché. Non pas que la réflexion grinçante de l'auteur m'ait déplu ou ait mis un coup à ma conscience - encore que -, mais la forme expérimentale de l'écriture a eu raison de mon envie d'aller plus avant. Les morceaux décousus sont assez déconcertants et les personnages autant que les situations sont complexes. Si l'on sent bien que l'auteur a pour ambition de dénoncer et faire réfléchir sur les aberrations de la société et la pensée européennes modernes, l'abus de fantasque m'a semblé par trop nébuleux et un brin trop intellectualisant.

    Ma prédisposition actuelle de lectrice étant de m'évader sans avoir besoin de faire fumer la boîte à neurones, je ne pouvais pas trouver mon bonheur dans ce texte étrange et confus difficilement classifiable.

    Extraits :

    Bien sûr, ils étaient encore petits, ils n'étaient qu'à l'école primaire ; aussi ils ne tenaient pas longtemps avec les analyses vraiment prises de tête, ils avaient tout le temps envie de déconner. Certains jours où ils avaient du mal à anticiper le marché, ils disaient : "Quel après-midi pourri ! Si ça continue, je vais devoir vendre un de mes apparts à Cannes pour renflouer mes comptes de trading !" Ils avaient besoin de se défouler, même s'ils avaient conscience que le sujet était grave, même si quelques fois ils étaient soucieux et demandaient à la maîtresse : "Maîtresse, le but des banquiers, c'est de ruiner tout le monde ou quoi ?" - Juste les petits comme toi, répondait la maîtresse. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et eux ils doivent se faire de gros bénéfs. En plus, expliquait la maîtresse, ils peuvent te fourguer les produits merdiques qu'ils ont inventés et travailler avec des infos privilégiées en utilisant leurs fonds propres. Donc on peut pas lutter... c'est comme ça."

    ...

    La mère de Roxane était à cette période constamment absorbée par Internet, elle travaillait ou tchattait, on ne savait jamais trop ; célibataire depuis quelques mois, elle avait décidé de remédier à la situation et passait une bonne partie de ses jours et de ses nuits sur un site de rencontres ; elle espérait une relation durable, comptait bien cette fois réussir le délicat passage à la real life.

    ...

    - Je n'exagère pas, a dit Valentine, il faut que tu comprennes que les jeux vidéo violents sont comme la tragédie grecque, ils servent de catharsis à nos ados. La violence imaginaire détourne et limite la violence réelle, c'est une prouesse de l'esprit humain.

    ...

    Lorsque nous bronzons et semblons dormir d'un lourd sommeil sur telle ou telle plage brésilienne, en réalité nous ne perdons pas un mot des conversations de nos voisins de plage qui font allusion à nos efforts de diplomatie multilatérale, à notre refus de désigner, comme le font certains, un barbare parmi les peuples du monde puis de le combattre à mort. Nous savourons en somnolant ces remarques bienveillantes concernant la géopolitique tranquille de l'Europe, son désir de pouvoir dispersé et équilibré sur les différents points du globe. Nous les écoutons, souriant en rêve sur notre paréo fleuri, nous les écoutons citer Tzvetan Todorov, le cosmopolitisme et le projet kantien de paix perpétuelle.

    ...

    A un moment donné, la plupart d'entre nous parvinrent à la conclusion qu'il faudrait supprimer le service militaire, institution vieillotte qui ne coïncidait plus avec notre état d'esprit. Il y eut un consensus là-dessus, tous les garçons du pays avaient déjà pris l'habitude de se faire réformer ; ils se sentaient inaptes à la conscription, se trouvaient de gros défauts, des maladies mentales, des addictions. De leur côté, les militaires ne voulaient plus d'eux non plus, ils n'en pouvaient plus de supporter cette bande de bras cassés. Le service militaire avait été utile à une époque où des poitrines devaient être opposées à d'autres poitrines. Alors qu'à présent les armes récentes, lance-projectiles à détonateurs téléguidés, blindés amphibies évoluant en atmosphère contaminée, ne peuvent plus êtres confiées à des amateurs. Ces armes ultrasophistiquées font constamment apparaître notre incompétence, nous nous sentons nouilles.

  • Rentrée littéraire : Une semaine de vacances de Christine Angot

    une semaine de vacances.jpgEditions Flammarion - 137 pages

    Présentation de l'éditeur : Christine Angot a écrit ce court roman comme on prend une photo, sans respirer, sans prendre le temps de souffler. En cherchant la précision, en captant l'instant et le mouvement. Ce n'est pas à nous lecteurs de vouloir en connaître l'élément déclencheur, peu importe de le savoir. On s'aperçoit vite en le lisant que le texte possède en lui-même le pouvoir d'agir avec violence. Il suscite des sentiments dont l'angoisse ne peut être évacuée. Il provoque le saisissement par lequel on reconnaît un des pouvoirs d ela littérature : donner aux mots toute leur puissance explicative et figurative, plutôt que de s'en servir pour recouvrir et voiler. C'est comme si l'écrivain levait ce voile, non pas pour nous faire peur, mais pour que l'on voie et comprenne.

    Habituellement je m'évertue à ne pas être injurieuse - sans toutefois être complaisante - à propos des livres qui n'ont pas l'heur de me plaire par égard pour le travail des auteurs. Pourtant, une fois n'est pas coutume, j'ai très envie en ce qui concerne le dernier Angot d'être aussi vulgaire que la putain de la littérature.

    Je ne connaissais de l'auteur sulfureuse que sa réputation qui a elle seule suffisait à me convaincre de ne pas amputer ma maigre bourse avec ce genre de fadaises. Je n'ai lu sa dernière abjection que parce que le service de presse m'est tombé entre les mains et que je souhaitais pouvoir parler en connaissance de cause.

    J'ai eu beau insister, laisser le bénéfice du doute me disant que le trash n'était qu'une désagréable introduction a quelque chose de sensé, las ! Le verbe cru, la pornographie, la pédophilie suggérée, tout est gratuit. Plus que voyeur, on se retrouve complice de cette roulade auto-satisfaite dans la fange.

    Je dois reconnaître que le fait que cette littérature putassière soit éditée depuis si longtemps ne laisse pas de m'effarer. Plus qu'une faute de goût, je crois que l'Angot-ment pour cette plume est une sorte de pose méprisante. Un peu comme ces critiques littéraires ou cinématographiques qui adorent détester les blockbusters (citons par exemple la saga Harry Potter) uniquement pour s'inscrire à contre-courant de la masse.

    Si besoin était de conclure, Une semaine de vacances est bien la plus immonde écriture qu'il m'ait été donné de lire. Quand ce n'est pas vulgaire, c'est ennuyeux. Bref, ça n'a aucun, mais vraiment AUCUN intérêt. Angot n'est à la littérature que ce que la vérole est au sexe.

  • Egon Schiele Vivre et mourir de Xavier Coste

    Editions Casterman - 72 pagesegon schiele.jpg

    Présentation de l'éditeur : Dans l'ombre menaçante d'une Première Guerre mondiale, Vienne étale sa splendeur artistique. Un jeune homme ardent et fébrile se jette à corps perdu dans la peinture, encouragé et soutenu par Gustav Klimt. Egon Schiele pense pouvoir vivre et peindre en toute liberté, mais il va se heurter à ceux qu'il scandalise. "Je suis à bout, je vous dis, je me sens si misérable ! J'ai passé 24 jours en prison, n'êtes-vous pas au courant ? J'ai tout souffert..."

    Depuis longtemps, les trois images présentées ci-dessous ont une place privilégiée sur mes murs ou mes fonds d'écran. Pour autant, je ne connaissais pas grand chose - pour ne pas dire rien - de l'existence d'Egon Schiele (prononcer chi-leu). C'est donc sous la plume et le pinceau de Xavier Coste que j'ai pu amorcer ma découverte biographique de cette figure de proue de l'art moderne autrichien.

    Ce portrait romancé prend le parti de ne faire aucune évocation au patrimoine artistique du peintre, fourni malgré sa disparition précoce (1890 - 1918), fauché par la grippe espagnole. Privilégiant le rapport de l'esthète dandy aux femmes, aux critiques et à ses pairs, il offre la vision d'un homme excessif, tourmenté, aussi détestable que fascinant. Bref, un artiste, avec tout ce que cette définition implique de talent, d'égo et d'émotion. Un homme qui révolte mais auquel on s'attache.

    Le graphisme élégant et sombre est un hommage sensible et percutant à ce peintre provocant qui fit scandale à son époque. Xavier Coste livre ici une première oeuvre époustouflante, augurant un talent à surveiller de près.

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  • La Locataire d'Hilary Mantel

    la locataire.jpgEditions Joëlle Losfeld - 295 pages

    Présentation de l'éditeur : Dix ans après son départ cataclysmique vers une institution psychiatrique où elle a été internée, Muriel Axon est de retour dans sa petite ville des environs de Londres. Elle veut récupérer son ancienne maison qu'elle considère comme un dû. Mais par-dessus tout, elle veut se venger de ceux qui ont fait son malheur une décennie plus tôt. À cette fin, elle va user d'un art où elle est passée maître, le déguisement. Devenant tour à tour femme de ménage ou aide-soignante, elle va infiltrer le foyer de ses anciens voisins et exploiter leurs difficultés familiales, mettant son grain de sable dans des vies déjà bien assez compliquées... La locataire est un bijou d'humour noir qui met en scène un réseau de personnages placés sur une vaste toile d'araignée, au centre de laquelle trônerait Muriel, maniant tous les fils avec une malveillance jubilatoire, façon Desperate Housewives. Sous des aspects comiques, La locataire pose la vaste question de l'identité, des apparences, des malentendus qui surgissent quand on juge les gens trop rapidement.

    La Locataire est un étrange récit, surprenant quant à la multiplicité des émotions provoquées. Servie par un rythme très particulier, l'atmosphère de cette histoire est à plus d'un titre oppressante.

    Au commencement, après lecture de la jaquette et des premières pages, un sentiment jubilatoire vous envahit. La noirceur latente laisse supposer une évolution délicieusement grinçante où tout va rapidement tourner au vinaigre. Mais, au fil des pages, le rythme semble s'essouffler, va même jusqu'à agacer tant on a le sentiment d'être floué, que la promesse ne va pas être tenue et qu'il s'agit en fait d'une histoire gentillette. Entendons-nous bien, je n'ai rien contre ce que l'on appelle la happy end, mais ce n'est pas du tout ce à quoi l'on s'attend à la lecture de la présentation de l'éditeur. Et, effectivement, ce n'est nullement le cas. Après vous avoir ménagé - un peu longuement -, l'auteur opère une volte-face pour mieux vous maltraiter. Enfin ! dit le lecteur masochiste.

    Les personnages, multiples, sont tous plus dérangeants les uns que les autres et leur ambiguïté entraîne une oscillation permanente sur les sentiments que l'on nourrit à leur égard. Difficile de fait de s'attacher à eux et pourtant, on le veut ce fin mot de l'histoire. Entre couples au bord de la rupture, enfants paumés et aliénés divers et variés, les situations aussi absurdes que glaçantes ne manquent pas. Et le final est mené tambour battant pour mieux vous laisser pantois, groggy. Aux allergiques des ambiances dérangeantes et des finals qui laissent place au questionnement, passez votre chemin. Pour les autres, si La locataire n'est pas le meilleur du genre, il est très correct et suffisamment atypique pour mériter l'intérêt.

    S'il peut se lire indépendamment, il est à noter qu'il fait suite à C'est tous les jours la fête des mères narrant le rapport d'un des personnages centraux, Muriel Saxton, à sa mère tyrannique.

    Extrait :

    Et voilà : un cliché froissé sous ses plus vieilles chaussettes. Sa présence était un aveu tacite. Il devait pourtant savoir qu'elle fouillait dans ses tiroirs une fois de temps en temps ; au bout de vingt ans, il connaissait les méthodes qu'elle employait pour se tenir au courant. Il n'était pas de ces hommes secrets qui gardent par-devers eux leurs aventures amoureuses. Il faisait partie de ces hommes pitoyables, coupables, qui nourrissent un besoin profond d'être confondus.